L’Est européen dans la perspective révolutionnaire
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Dans l’effroyable galimatias de 56 pages que le numéro d’octobre de Démocratie Nouvelle consacrait à « La Hongrie, un an après » on trouve ce jugement fort intéressant jusque dans le mensonge et la fausseté :
« Si l’on veut analyser correctement les événements de Hongrie, il ne faut d’abord pas les isoler de la situation mondiale CENTRÉE autour de la lutte entre un système social déclinant, le capitalisme, et un autre en ascension vigoureuse, le socialisme. En automne dernier, la Hongrie s’est trouvée au FOYER de ces contradictions et est devenue le théâtre ouvert de la lutte des classes qui se poursuit à l’échelle mondiale. »
Deux choses à retenir dans ces quelques lignes : la version qui y est donnée de la lutte mondiale des classes – l’idée du « foyer ».
Nous combattons depuis trop longtemps la première pour nous étendre longtemps sur elle. Rappelons seulement que le marxisme repousse complètement l’assimilation de la lutte mondiale des classes avec la lutte entre les deux « systèmes » en question pour au moins quatre raisons.
Parce que le mode historique de production est le même dans les deux secteurs : économie mercantile et à salariat tendue vers l’augmentation de la production et de la productivité, donc CAPITALISME. Une preuve, parmi d’autres, de cette identité : les appels « communistes » à la reprise et l’intensification des ÉCHANGES MONDIAUX.
Parce que le domaine géographique des deux prétendus « systèmes » n’a pas été lui-même délimité par la lutte révolutionnaire, mais par les accords impérialistes de Yalta.
Parce que loin de prévoir les moyens politiques et de lutte d’étendre ce domaine d’un prétendu socialisme, le communisme des « systèmes » y a ouvertement renoncé au XXe Congrès : coexistence pacifique, non immixtion de l’URSS dans les affaires des autres États – voies pacifiques et parlementaires au socialisme.
Parce que si le problème de l’extension se posait – c’est à dire s’il y avait vraiment du socialisme dans le secteur russe – elle ne pourrait avoir d’autre instrument que l’Internationale prolétarienne, à laquelle le communisme des systèmes a plus que jamais tourné le dos avec la doctrine des voies nationales au socialisme.
La prémisse économique étant ce qu’elle est, les faits politiques ne pouvaient être autres. Ils vérifient parfaitement toutes les prévisions marxistes sur la dégringolade toujours plus accentuée des renégats vers le reniement total, ouvert du communisme.
Est-il vrai maintenant qu’en novembre 1956, la Hongrie se soit trouvée au foyer de la lutte mondiale des classes, c’est à dire, en termes marxistes, de la lutte entre le MODE CAPITALISTE et le MODE SOCIALISTE de production ?
L’intéressant est que les néo-staliniens ne sont pas les seuls à l’avoir dit, en mettant, il est vrai, le socialisme derrière les forces répressives et le capitalisme derrière les insurgés, comme le voulait leur version toute spéciale de la lutte des classes.
Bien qu’intervertissant les rôles, une opposition qui se réclame elle aussi du socialisme A AFFIRMÉ EXACTEMENT LA MÊME CHOSE du moment qu’elle a caractérisé l’insurrection hongroise comme « révolution ouvrière et socialiste ». Bien plus, toutes ses réactions1 aux événements de Pologne montrent que dans sa vision (si du moins elle en possède une de quelque cohérence) c’est l’Est européen qui se trouve actuellement au foyer de la lutte mondiale des classes, et qui a le plus de chances de s’y trouver dans les années à venir.
Non seulement cette appréciation et cette perspective sont fausses, mais, ce qui est plus important, elles TRAHISSENT UNE VERSION de la lutte mondiale des classes qui pour être bien différente de celle du néo-stalinisme n’en est pas moins pernicieuse. L’opposition qui partage l’opinion de ce dernier sur le foyer de la lutte (ce n’est pas un hasard) n’est pas l’antithèse du communisme renégat que nous abominons, mais son image en négatif. Pour que la version MARXISTE de la lutte de classe mondiale soit rétablie et que ne soient pas perdus les véritables enseignements d’un mouvement qui en comporte de précieux, elle doit être combattue.
* * *
Le socialisme scientifique s’est toujours préoccupé, à chaque phase, de déterminer quel pouvait être dans l’avenir le foyer de la lutte mondiale des classes. Mais par foyer, on n’entendait pas simplement le « lieu des événements », comme le font les petits reporters et les journalistes vulgaires qui osent aujourd’hui se réclamer du socialisme. Par exemple, quand après la défaite de la Commune de Paris (qui avait entraîné la dissolution de la première Association internationale des Travailleurs), Marx et Engels prévoyaient que le premier rôle pourrait revenir au prolétariat allemand dans la phase suivante2, c’est parce que celui-ci leur semblait le plus susceptible d’impulser la reconstitution du mouvement politique international du prolétariat sur une base supérieure à celle de la défunte organisation.
Pourquoi ? Parce que le prolétariat allemand ne pourrait pas, quand viendrait son tour d’entrer dans l’arène, lutter avec les illusions du socialisme petit-bourgeois dont le creuset historique avait été la France et qui restait influent dans les pays latins. Si donc on prévoyait alors que l’Allemagne pouvait devenir le foyer de la lutte mondiale des classes, c’est parce qu’on comptait sur l’exemple de son prolétariat pour la victoire du socialisme scientifique dans le mouvement international.
Dès le début du XXe siècle pourtant le marxiste Kautsky (un allemand, justement) constatait que le centre de gravité de la lutte tendait à se déplacer vers l’aire slave. En effet, c’est en Russie (et non pas, malheureusement, en Allemagne) que la révolution a eu lieu, en Octobre 1917. Mais si nous pouvons bien dire qu’au début de ce siècle le foyer de la lutte mondiale des classes s’est trouvé en Russie, ce n’est PAS TELLEMENT parce que le prolétariat y a remporté la victoire, mais parce que sa révolution a été le point de départ de la reconstitution de l’Internationale prolétarienne, détruite en 1914 du fait de l’influence prédominante du courant social-patriote et réformiste dans les différents partis-membres.
Aujourd’hui, cette Internationale n’existe plus. IL N’EXISTE AUCUN MOUVEMENT POLITIQUE ORGANISÉ DU PROLÉTARIAT À L’ÉCHELLE MONDIALE. Si l’on n’en croyait pas les faits, il faudrait bien en croire du moins l’AVEU de Staline au XIXe Congrès du Parti russe :
« Le mouvement actuel pour la paix se propose d’entraîner les masses populaires dans la lutte, pour maintenir la paix, pour conjurer une nouvelle guerre mondiale. PAR CONSÉQUENT IL NE VISE PAS À RENVERSER LE CAPITALISME ET À INSTAURER LE SOCIALISME. Il se BORNE à des buts DÉMOCRATIQUES de lutte pour le maintien de la paix. À cet égard, le mouvement actuel pour le maintien de la paix se DISTINGUE de celui qui existait dans la période de la PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, et qui, visant à transformer la guerre impérialiste en guerre civile ALLAIT PLUS LOIN ET POURSUIVAIT DES BUTS SOCIALISTES. » (Les problèmes économiques du Socialisme en URSS ch. « de l’inévitabilité des guerres, etc. » 17 février 1952)
Pour quiconque se place réellement (et non pas seulement en paroles !) dans la perspective de la lutte mondiale pour le SOCIALISME, cette absence d’Internationale prolétarienne est la caractéristique DOMINANTE de la phase historique actuelle. Sans Internationale, on ne peut parler de « lutte mondiale des classes pour le socialisme ». Sans la manifestation d’une tendance à la RECONSTITUER, on ne peut parler de REPRISE de cette lutte, qui suppose « la constitution du prolétariat en CLASSE, et donc en PARTI politique ». Quiconque hésite sur ce point RENIE le Manifeste Communiste lui-même, et doit être traité en renégat.
Quel sera le foyer de cette reprise. Nous n’avons aucun droit d’adopter d’AUTRES critères que nos camarades du passé pour répondre à la question. « L’excellente organisation des syndicats » n’était pas décisive, pour Engels. Aujourd’hui qu’il n’y a plus de syndicats de classe, ni d’organisations prolétariennes de masse quelconques, leur reconstitution serait sans doute un grand pas en avant. MAIS CELA NE DÉCIDERAIT TOUJOURS RIEN (et cette conquête elle-même ne saurait se maintenir) si les ouvriers ne montraient pas EN MÊME TEMPS, pour reprendre les termes mêmes d’Engels « s’être assimilé le socialisme scientifique », « AVOIR PROFITÉ DES EXPÉRIENCES CHÈREMENT ACQUISES » non plus seulement du mouvement anglais et français, mais du mouvement de toute l’EUROPE, et « SAVOIR ÉVITER À PRÉSENT LES ERREURS » qui l’ont fait sombrer depuis trente ans !
C’est seulement quand cela se vérifiera que l’on pourra dire : il existe dans le monde un foyer de la lutte de classes pour le socialisme. Quelle que soit la nation où cela se vérifiera on pourra dire que son prolétariat est à l’avant-garde de cette lutte. Un pas immense aura été fait vers la reconstitution du parti mondial de la classe ouvrière.
Est-ce le cas des ouvriers qui ont fait l’an dernier l’insurrection hongroise ? Des prolétariats de l’Est, en général, où une lutte sourde se poursuit ? Il ne s’agit pas ici de marchander mesquinement l’attribution de « postes d’honneur » : si c’était seulement une question d’honneur, les ouvriers hongrois qui pour la première fois ont brisé l’immobilité de cadavre du prolétariat européen dans cet après-guerre mériteraient mille fois la première place ! Il s’agit d’éviter que, serait-ce même à la faveur de l’enthousiasme, ne SOIENT RÉINTRODUITES dans le trop faible mouvement socialiste d’aujourd’hui une idéologie, des revendications sans doute en grande partie INÉVITABLES à l’Est, mais qui n’en trahissent pas moins une RÉGRESSION par rapport au mouvement qui existait dans la période d’après la première guerre… et qui poursuivait des BUTS SOCIALISTES.
* * *
Il se trouve qu’une grande autorité en matière de socialisme scientifique nous a donné cette admirable analyse des événements hongrois, qui conduit à tout autre chose qu’à un espoir de reconstitution de l’Internationale, détruite une seconde fois, grâce à la victoire du national-communisme dans les partis-membres :
« De même que les ouvriers croyaient s’émanciper AUX CÔTÉS de la bourgeoisie, de même ils pensaient, À CÔTÉ DES AUTRES NATIONS BOURGEOISES, À L’INTÉRIEUR DES FRONTIÈRES NATIONALES de la France, pouvoir accomplir une révolution prolétarienne. Mais les conditions de production de la France sont déterminées par son commerce extérieur, par sa POSITION SUR LE MARCHÉ MONDIAL et par les LOIS DE CE DERNIER. Comment la France LES BRISERAIT-ELLE, SANS UNE GUERRE RÉVOLUTIONNAIRE EUROPÉENNE ayant son contre-coup sur l’Angleterre, le DESPOTE DU MARCHÉ MONDIAL ? »
Cette « grande autorité » étant naturellement des nôtres, un lecteur chagrin pourra bien penser qu’il ne sied pas de se louer ainsi soi-même. Pourtant, la modestie est sauve : ces lignes n’ont pas été écrites par un camarade vivant, à propos de la Hongrie (ou de la Pologne), en 1956 ou en 1958. Elles concernent la France… de la révolution de 1848, en un temps où le despote du marché mondial n’était pas encore les États-Unis, mais l’Angleterre. On les trouve dans La Lutte des classes en France, de Karl Marx ! Elles s’appliquent en plein à ces pays vers lesquels nous devrions regarder comme vers le foyer actuel de la lutte pour le socialisme, comme vers les pays de l’« espoir », à en croire une certaine opposition, dont jamais le communisme n’est apparu aussi douteux que depuis lors !3
Étant bien entendu que jamais nous n’accepterons de troquer notre espoir dans la révolution socialiste contre le lâche et au reste vain espoir d’une « démocratisation », le seul « foyer » que nous pourrions reconnaître serait le pays dont le prolétariat proclamerait dans et par sa lutte JUSTEMENT qu’il n’est pas de révolution prolétarienne possible AUX CÔTÉS DE LA BOURGEOISIE, de même qu’il n’est pas d’émancipation AUX CÔTÉS DES AUTRES NATIONS BOURGEOISES, À L’INTÉRIEUR DES FRONTIÈRES NATIONALES.
Le message de la Hongrie insurrectionnelle a-t-il été celui-là ? Pis, est-il celui-là, l’enseignement de la Pologne réformée ? Voilà à quoi il faut répondre !
Politiquement, la revendication CENTRALE de l’insurrection hongroise (tout comme de la réforme polonaise) a été l’INDÉPENDANCE NATIONALE. C’est en fonction de cette indépendance que s’expliquent toutes les autres revendications politiques, de caractère constitutionnel, du mouvement : retour à la multiplicité des partis, au moins de ceux se réclamant du socialisme – liberté des élections. En effet, c’est comme moyen politique d’obtenir l’intégration des économies des pays d’Europe Centrale à celle de la Russie que le « régime » du parti unique a été instauré, lorsqu’en réponse au lancement du Plan Marshall, cette dernière, renonçant à l’Europe unie, tira le « rideau de fer » devant le courant mondial des échanges ou du moins prétendit le tirer, selon la vaine fanfaronnade « anti-impérialiste » qui, du temps de Staline, n’avait pas encore fait entièrement place aux appels à la « coexistence pacifique ».
Il est bien évident que réclamer la fin de l’intégration économique portait forcément à réclamer aussi l’abolition de la forme politique de cette intégration : le régime du parti unique. Or c’est bien ce premier résultat que les insurgés hongrois (et la réforme polonaise) entendaient atteindre avec L’INDÉPENDANCE NATIONALE.
Cette intégration à l’économie russe, effectuée au nom de la lutte ANTI-IMPÉRIALISTE CONTRE LES ÉTATS-UNIS, mais destinée en réalité à améliorer la position de l’URSS DANS LA LUTTE IMPÉRIALISTE avec eux, avait entraîné des souffrances immenses pour le peuple hongrois (et polonais). Elle avait imposé un énorme effort dans le domaine de l’industrie lourde aux dépens de l’industrie de consommation, de la production de l’acier aux dépens de celle du « pain ». Elle s’était accompagnée d’une véritable extorsion de richesses par l’URSS, ce que les insurgés voulaient faire savoir au monde en réclamant la publication des accords économiques entre leur pays et l’URSS. Enfin, elle privait les consommateurs de ces produits tant vantés de l’industrie occidentale, digne incarnation du « bien-être » américain, dont l’attrait semble avoir, hélas, franchi le rideau de fer !
Renonçant à un moyen aussi coûteux (et aussi illusoire mais cela n’est pas apparu dans le mouvement) de « lutter contre l’impérialisme américain », les insurgés hongrois (et les polonais) réclamaient la liberté « d’ouvrir des négociations avec tous les pays en vue d’établir des relations donnant aux parties des avantages réciproques sur la base du principe de l’égalité ». Voilà ce qu’il faut entendre par la formule qu’une soi-disant opposition révolutionnaire en France a stupidement reprise, de « liberté du communisme hongrois de se développer comme il l’entend ».
Autrement dit, les ouvriers hongrois voyaient la solution pour échapper à leurs souffrances dans la RÉINTÉGRATION DU MARCHÉ MONDIAL. Quel rapport avec la lutte pour le SOCIALISME ? Admettre même un seul instant que c’était là un PAS dans cette direction, c’est croire que l’HONNÊTETÉ, et la LIBERTÉ COMMERCIALES allant jusqu’au droit de faire des échanges avec… le DESPOTE DU MARCHÉ MONDIAL ont leur rôle à jouer dans… l’ÉMANCIPATION DU PROLÉTARIAT ! Celui qui le croit le moins du monde ne vaut pas, en fait de marxisme, la corde pour le pendre. C’est un proudhonien attardé en notre siècle !
De fait, n’importe quelle classe NON PROLÉTARIENNE était bien capable de « découvrir » pareille solution, et pouvait bien y trouver intérêt !
Mais le prolétariat ? Supposons que les insurgés aient vaincu, que la sujétion économique à l’URSS se fût relâchée : l’économie nationale aurait-elle cessé de subir les LOIS DU MARCHÉ MONDIAL, avec leurs effets sociaux désastreux ? Où aurait-elle donc été, la victoire « socialiste » ? Supposons encore qu’en dépit de ces lois, la rupture de cette sujétion ait permis un certain ralentissement de la folle accumulation du temps des Gerö et des Rákosi : l’ACCUMULATION CAPITALISTE aurait-elle pour autant cessé d’être la loi ? Là encore, où aurait donc été le « socialisme » de cette victoire ?
En adhérant à la revendication d’INDÉPENDANCE NATIONALE, le prolétariat hongrois (et polonais) n’a fait qu’adopter la solution des AUTRES CLASSES pour résoudre sa situation particulière dans le cadre d’une économie soumise à l’impérialisme russe : il ne formait donc pas un PARTI spécial dans la société, où, selon la conception marxiste, il n’agissait pas encore comme CLASSE. Comment son insurrection peut-elle donc être considérée comme le début de la lutte pour le socialisme, comme une promesse de renaissance du mouvement politique révolutionnaire mondial ? IL CROYAIT POUVOIR S’ÉMANCIPER AUX CÔTÉS DES AUTRES NATIONS BOURGEOISES, À L’INTÉRIEUR DES FRONTIÈRES NATIONALES !
La tâche qui revient au prolétariat comme CLASSE, c’est de BRISER LES CONDITIONS DE PRODUCTION imposées à chaque pays par l’organisation NATIONALE de celle-ci et par les LOIS DE L’ÉCONOMIE MERCANTILE qui ne leur permet d’entrer en contact que par le COMMERCE.
Plus encore qu’au temps de Marx, cela n’est possible que par une GUERRE SOCIALE RÉVOLUTIONNAIRE à l’échelle au moins européenne. Imagine-t-on que les prolétariats qui commenceront cette lutte en vue d’abolir les relations d’ÉCHANGE non seulement chez eux, mais entre eux (c’est-à-dire la nation bourgeoise en même temps que la société bourgeoise) puissent se proposer, après avoir unifié l’Europe sous leur dictature de « commercer à avantages réciproques » avec le DESPOTE YANKEE du marché mondial ? Nous pensons plutôt que la dictature révolutionnaire tentera d’asphyxier l’infâme capitalisme de l’autre côté de l’ATLANTIQUE par le plus formidable blocus de l’histoire, seul moyen de soulever là-bas un prolétariat qui comptera longtemps encore parmi les plus arriérés politiquement du monde !!
Le foyer de la lutte mondiale des classes pour le socialisme, ce sera le secteur dont le prolétariat donnera LE SIGNAL de cette guerre révolutionnaire là.
AUJOURD’HUI, ELLE N’A MÊME PAS ENCORE COMMENCÉ !
* * *
Fort bien, mais le prolétariat d’EUROPE CENTRALE n’est-il pas appelé, justement, à donner ce signal dans les lustres ou les décades à venir, puisqu’aussi bien il est jusqu’à présent le seul (Berlin, Poznan, Budapest !) qui ait donné quelques signes de vie ?
À condition que le terrain soit complètement déblayé des billevesées de l’opposition sur le « communisme national internationaliste »4, une telle question peut bien être examinée. Mais quiconque nourrit le moindre doute sur ce premier point n’a qu’à arrêter là sa lecture : la « révolution » qu’il a en vue n’a aucun rapport avec la révolution socialiste universelle. Elle est conçue en quelque sorte « sur mesure » pour l’Est européen ! Son but, c’est la « pensée libre et l’échange de pensée libre », la « décentralisation », « la fixation d’un plafond des traitements et le relèvement anti-hiérarchique des salaires »5. Son digne symbole c’est… l’absence de police « devant les bâtiments du quartier des ambassades » dans la Varsovie de l’Espoir !6
RIEN, enfin, qui puisse annoncer au prolétariat mondial un terme plus ou moins proche aux tourments de cette ère de folle accumulation capitaliste, au cauchemar de la guerre impérialiste pesant sur l’avenir. RIEN qui puisse enflammer sa lutte dans les autres secteurs du globe ! RIEN qu’une triviale ressucée de démocratie et de proudhonisme, sous le prétexte plus trivial encore de « révolution anti-bureaucratique » :
Le déshonneur de l’opposition ne saurait toutefois rejaillir sur les ouvriers de l’Est, hongrois ou polonais, qui ont agi et agiront comme les y déterminaient les conditions générales, économiques et politiques, dans lesquelles ils se trouvaient placés. C’est justement pour cela qu’il faut partir de ces conditions pour juger s’ils ont des chances de se placer demain à l’avant-garde de la lutte mondiale pour le socialisme.
L’Est européen, si nous faisons abstraction pour un moment de l’U.R.S.S., c’est quelques 85 millions d’hommes enfermés dans un conglomérat d’États nationaux dont l’existence seule, comme le disait Marx en 1849 pour les « déchets de peuple » qui les habitent7 est une « PROTESTATION CONTRE UNE GRANDE RÉVOLUTION HISTORIQUE ».
De ces 85 millions, l’immense majorité est constituée par des paysans : 60% en Pologne, beaucoup plus partout ailleurs, sauf en Tchécoslovaquie. Dans la révolution moderne qui, à la différence de la révolution russe d’Octobre 1917, ne peut ni ne doit instaurer une « dictature démocratique du prolétariat et des paysans », mais une PURE dictature prolétarienne, ces chiffres définissent un rapport de forces DÉFAVORABLE au prolétariat.
Il s’agit là d’un secteur à l’économie traditionnellement arriérée. Déjà à l’époque du Manifeste, le marxisme considérait que la mission de le moderniser revenait à l’Occident. Non seulement l’Occident n’a pas accompli cette tâche, mais la « guerre des races » dans laquelle la révolution de 1848 avait dégénéré en Europe orientale a continué tout au long de l’histoire, hypothéquant lourdement les chances de la révolution libérale d’abord, puis, comme on put le constater au lendemain de la première guerre mondiale, de la révolution socialiste.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, après la défaite de l’Allemagne, ce secteur était la proie toute désignée de l’impérialisme russe, et, ce qui est pis, du « socialisme » dont celui-ci prétendait être le champion. Proclamant comme son but le « développement des forces productives » et l' »industrialisation », cette espèce mensongère de « socialisme » pouvait rencontrer un certain écho dans des pays qui, à les considérer isolément8, souffraient plutôt de l’indigence du développement capitaliste que de sa pléthore. La seule condition pour cela était que le courant marxiste et internationaliste ait été suffisamment décomposé dans le monde, et qu’aucune autre solution historique pour sortir de leur condition arriérée (en l’espèce, la révolution prolétarienne en Occident) ne se présentât donc comme une possibilité plus ou moins proche aux yeux de ces peuples. Cette condition n’étant que trop parfaitement remplie par la contre-révolution stalinienne, la « révolution par en haut », sous les auspices de la seconde puissance impérialiste du monde pouvait bien, moyennant une démagogie anti-capitaliste appuyée sur de larges nationalisations, rallier les sympathies et l’appui de la classe ouvrière, qui accepta la substitution de la démocratie populaire à la dictature du prolétariat.
C’est de 1948 que l’on date cette étrange « révolution » sans lutte de classe qui aurait soi-disant liquidé la classe des capitalistes. On ignore s’il y eut alors à l’Est des voix révolutionnaires pour mettre en doute les effets sociaux positifs d’une transformation patronnée par un IMPÉRIALISME et pour nier qu’il pût y avoir une révolution prolétarienne sans destruction de l’État bourgeois, AUX CÔTÉS DE LA BOURGEOISIE, fût-elle la petite bourgeoisie paysanne et artisane. On ne sait pas davantage s’il s’est trouvé des minorités pour montrer que le socialisme ne se définissait pas par le développement des forces productives, mais par leur application à l’AMÉLIORATION DES CONDITIONS DU TRAVAIL VIVANT, but auquel la nationalisation à base mercantile était bien incapable d’atteindre, d’autant plus qu’elle frappait souvent des unités économiques ne présentant même pas les conditions de travail associé et de technique scientifique qui sont à la base de toute socialisation. On ignore tout autant si le nationalisme chauvin des nouvelles républiques fut dénoncé, autrement qu’à partir d’un internationalisme sentimental, et en particulier en vertu de cette évidence que seul un APPORT EXTÉRIEUR, à condition que ce ne fût pas sous la forme capitaliste du COMMERCE9, pouvait permettre d’obtenir rapidement dans l’Est arriéré une amélioration sensible des conditions du travail vivant, en faisant l’économie d’une phase d’accumulation avec tous les effets sociaux désastreux que cela comporte.
Il est par contre certain qu’eussent-elles même été défendues, ces positions (qui furent celles d’un très faible mouvement révolutionnaire rescapé, en Occident, de la débâcle générale du communisme) n’auraient guère rencontré d’écho, sans parler de la répression impitoyable qui se fût abattue sur les propagandistes. Pour les adopter, la masse des ouvriers aurait en effet dû pouvoir ANTICIPER sur un avenir que la contre-révolution avait rejeté dans un lointain quasi-fantastique : celui de la victoire prolétarienne en Occident, et en premier lieu en Allemagne ; la réaction anti-germanique provoquée par la guerre, et surtout la totale absence du prolétariat allemand sur la scène politique et de la lutte sociale au lendemain du conflit empêchait une telle anticipation. Que dire alors d’une perspective de révolution en URSS, seul autre secteur qui, dans les conditions POLITIQUES ET SOCIALES radicalement différentes créées par un tel événement, aurait été en mesure de lui fournir cette aide économique ?
Mais si la réalisation d’aucune de ces deux éventualités ne se dessinait le moins du monde dans les faits, comment les prolétariats de l’Est n’auraient-ils pas reculé à l’idée d’une révolution qui les aurait obligés à affronter une paysannerie10 bien supérieure en nombre, et n’ayant, surtout, pas atteint le niveau technique permettant une rapide transformation du travail parcellaire en travail collectif, même si cette idée leur avait été présentée ? Les rapports de force internationaux et intérieurs ne favorisaient pas seulement la solution capitaliste de fait des problèmes séculaires de l’Est ; ils rendaient plus difficile que partout ailleurs la constitution du prolétariat en parti véritablement révolutionnaire ! Ces conditions ont-elles changé en dix ans de façon que nous devrions arriver à la conclusion radicalement inverse, c’est-à-dire que cette constitution y est devenue PLUS FACILE que dans tout autre secteur du monde ? Si cela était, on se demande pourquoi diable les derniers mouvements auraient bien mis en cause la domination russe, mais nullement le communisme national, dès lors que les héros d’octobre 1956 ont été Imre Nagy et Gomulka ; ni davantage la démocratie populaire, dès lors que toutes les revendications politiques exigeaient qu’elle fût EFFECTIVE !
Pour se porter à la tête de la lutte mondiale des classes pour la révolution socialiste, le prolétariat de l’Est devrait réaliser l’impératif que le marxisme n’a cessé de présenter comme l’exigence majeure de la victoire : la rupture politique avec toutes les couches bourgeoises, fauteuses de revendications libérales qui sont la forme politique adéquate de la liberté COMMERCIALE, et donc de la survie du capitalisme. NUL PROLÉTARIAT N’EST SANS DOUTE AUSSI MAL PLACÉ POUR LE FAIRE, SUR LE CONTINENT EUROPÉEN !
Pourquoi ? En premier lieu, parce que les dix ans d’orgie productive qui viennent de s’écouler n’ont pas pu liquider l’arriération économique de l’Est européen, et ceci d’autant moins qu’ils ont été dix ans de la pire domination impérialiste. Or, que l’on écoute ce que Lénine disait des conséquences politiques de « rapports économiques arriérés ou retardant dans leur développement » :
« (ils) suscitent constamment l’apparition de partisans du mouvement ouvrier qui ne s’assimilent que certains côtés du marxisme, que certaines parties de la nouvelle conception ou certains mots d’ordre et revendications, et QUI SONT INCAPABLES DE ROMPRE AVEC TOUTES LES TRADITIONS DES CONCEPTIONS BOURGEOISES en général et des CONCEPTIONS BOURGEOISES DÉMOCRATIQUES en particulier » (Les divergences dans le mouvement ouvrier européen, déc. 1910).
En second lieu, parce que le système de gouvernement appliqué pendant la période stalinienne a été la méthode de la violence, c’est-à-dire la méthode consistant à refuser toute concession au mouvement ouvrier : or l’effet « unilatéral » de ce système de gouvernement a toujours été le développement de l’anarcho-syndicalisme, fait qui n’est pas démenti par tout ce que l’on sait des positions apolitiques11 de la critique égalitaire sommaire du prétendu socialisme d’État12 dans lesquelles les ouvriers de l’Est tombent dès qu’ils cessent de suivre le national-communisme qui, considéré dans ses rapports avec le mouvement de masse autant que dans sa version du socialisme, figure parfaitement le côté réformiste, puisque pratiquement les conquêtes socialistes s’y limitent à la nationalisation. Or l’anarcho-syndicalisme se caractérise par le fait que, tout en marquant son mépris de la démocratie parlementaire, il reprend à son compte le principe démocratique, d’une part (loi de la majorité considérée comme la vérité absolue) et que d’autre part, il substitue à la révolution de classe BOULEVERSANT TOUS LES RAPPORTS DE PRODUCTION ce que l’on a appelé à bon droit une « révolution d’ordre »13 dans laquelle les rapports restent calqués sur le modèle capitaliste (ÉCHANGE) le « sujet opérant » étant, bien sûr, les « travailleurs eux-mêmes ». Sous couvert d’apolitisme, il favorise donc le maintien du prolétariat dans l’ornière politique bourgeoise ou petite-bourgeoise de la nation, de la démocratie, du pacifisme etc etc… etc
L’oppression impérialiste de l’URSS, en mettant en branle TOUTES les classes de la société, a consolidé au lieu d’affaiblir l’ALLIANCE POPULAIRE et NATIONALE, fondement de la forme politique de cette oppression : la démocratie populaire monoparti !
Cet étrange résultat s’explique fort bien par la dépravation totale des principes politiques du prolétariat réalisée sous le national-communisme NON NATIONAL : mais quand l’opposition veut nous le présenter comme une création positive d’une « situation révolutionnaire inédite » comme la formule politique14 de la révolution contre la bureaucratie nous ne pouvons que la renvoyer à ses origines bourgeoises !
Tout serait changé parce qu’il n’y aurait plus de CLASSE CAPITALISTE À L’EST ! Que nous importe, si c’est JUSTEMENT CE FAIT (ou cette APPARENCE des nationalisations) qui a permis la PREMIÈRE ET UNIQUE réalisation historique INSURRECTIONNELLE de cette directive, dans laquelle Staline résumait au XIXe Congrès l’essentiel du reniement et de l’imposture du communisme officiel auquel son nom reste attaché, en dépit des Khrouchtchev :
« Auparavant la bourgeoisie était considérée comme le chef de la nation, elle défendait les droits et l’indépendance de la nation, les plaçant au-dessus de tout. Maintenant, il ne reste même plus trace du principe national. IL NE FAIT PAS DE DOUTE QUE CE DRAPEAU, C’EST VOUS COMMUNISTES, QUI DEVEZ LE RELEVER ET LE PORTER EN AVANT… SI VOUS VOULEZ DEVENIR LA FORCE DIRIGEANTE DE LA NATION. Nul autre que vous ne peut le relever ! »
Laissons à d’autres le soin d’épiloguer sur l’ironie de l’histoire qui a voulu que cette directive de Staline se retournât contre ses successeurs ! Ce qui nous importe, c’est que là où elle est « appliquée », il n’y a ni « révolution ouvrière » ni socialisme !
La structure de classe des démocraties de l’Est européen, la confusion incroyable qu’y a apportée dans le mouvement ouvrier la montée au pouvoir d’un communisme renégat, ces deux aboutissants de tout un passé historique convulsé, ne semblent pas fournir des conditions favorables pour que le prolétariat de ces pays prenne la tête de la lutte mondiale pour le socialisme, ou, ce qui revient au même, pour que ce secteur devienne LE FOYER de cette lutte. Par contre, les tourments mêmes que l’histoire semble vouloir imposer jusqu’au bout à ces peuples, l’instabilité sociale de ces États permettent de prévoir qu’au premier ébranlement révolutionnaire en Europe, ils seront, quoiqu’à des degrés bien différents, immédiatement entraînés dans le tourbillon.
D’où peut provenir cet ébranlement ? Il est manifeste que pour l’opposition la réponse est : DE RUSSIE ! Une telle réponse prouve simplement que pour ces gens, il faut infiniment moins d’effort pour imaginer une RÉVOLUTION LIBÉRALE (nous avons montré que tel était le contenu de la fameuse révolution anti-bureaucratique) que pour prévoir une RÉVOLUTION SOCIALISTE !
C’est que pour la première, il suffit de rabâcher quelques très vieilles erreurs, quelques superstitions bien éculées du courant démocratique, ouvriériste, illuministe et populaire qui, depuis Proudhon et Bakounine, n’ont malheureusement pas cessé de « provoquer le trouble et la confusion » chez les Latins, d’abord (qui sont en passe de s’en débarrasser) et, en cette seconde moitié de siècle, jusque chez les Slaves, que seule le maintien d’une solide tradition du socialisme scientifique en Allemagne aurait pu préserver de ce malheur.
Tandis que pour la seconde…! Il faut regarder avec des yeux neufs (parce que débarrassés de toutes les scories que traînait hier encore avec lui un mouvement encore mal dégagé des conditions historiques de l’ère précédente) une réalité neuve parce qu’elle montre avec une évidence qui ne fut jamais aussi criante, l’impossibilité d’une révolution autre que PUREMENT Socialiste, d’un attardement à des tâches TRANSITOIRES quelconques, DÈS LE MOMENT où la grande « locomotive de la Révolution » aura repris sa marche en avant ! Le socialisme scientifique, disait Rosa Luxembourg, est inassimilable par la bourgeoisie, en même temps qu’IL EXCÈDE LES BESOINS DE LA LUTTE DES CLASSES. Cela explique que LE PLUS ANCIEN (nous l’avons affirmé bien des fois !) soit aussi en réalité le plus NEUF : les défaites de la lutte des classes obligent à METTRE EN ŒUVRE pour la REPRISE de la lutte des classes une partie toujours plus grande autrefois INUTILISÉE, du socialisme scientifique15. Malheur à qui, au lieu de puiser au trésor encore intouché, préfère passer chez les brocanteurs de la vieille ferraille qui TRAHIT son XIXe siècle libéral et libertaire !
Ce sont pourtant ces gens-là qui se croient « inédits » !
Pour en revenir à la Russie, admettre que son prolétariat puisse une SECONDE fois dans le même siècle, ou demi-siècle, DONNER LE SIGNAL de la révolution prolétarienne et socialiste, cela revient pratiquement à lui reconnaître les mêmes vertus messianiques que le « stalinisme » lui attribuait ! On pourrait s’en étonner, de la part des gens qui ont combattu ce dernier comme une religion (ce qui fut souvent bien comique !) ; mais cela correspond à un mécanisme mental très simple, et même infantile : l’opposition VEUT que le mouvement RÉEL reparte non pas d’où les conditions MATÉRIELLES réelles indiquent qu’il partira le plus PROBABLEMENT, mais de là où sa PROPRE INTELLIGENCE s’est arrêtée !
La révolution russe de la première moitié du XXe siècle a bénéficié PRÉCISÉMENT DU RETARD HISTORIQUE DU PAYS, puisque c’est ce retard qui a prêté à la révolution OUVRIÈRE la formidable énergie sociale accumulée par la non-réalisation de révolution bourgeoise. Les « dialecticiens » de l’opposition sont-ils capables de comprendre que dans la seconde moitié du XXe siècle, c’est encore son RETARD par rapport aux pays de vieille révolution bourgeoise qui lui RETIRE cette fois toute chance de prendre la tête du mouvement ?
La force du marxisme orthodoxe du bolchevisme en Russie lui est venue, nous l’avons déjà dit, de ce qu’il avait été semé sur un terrain vierge, où l’opportunisme n’avait pu encore exercer ses ravages. Cette condition ne sera plus, après un demi-siècle de révolution capitaliste stalinienne (en se plaçant dans les vingt ans de la crise prévisible) camouflée en révolution socialiste ! Alors, le rapport des forces qui donne un avantage écrasant à la paysannerie, d’autant plus fortement ancrée dans la propriété privée que celle-ci se mitige avec une forme pseudo-collective dans le kolkhoz, jouera à plein contre le prolétariat révolutionnaire, qui, en 1917, trouvait en elle une alliée, parce qu’il ne s’agissait pas d’une révolution socialiste pure ! L’État capitaliste assis sur une base aussi puissante, plus jeune que tous les autres, aura des ressources également supérieures pour détourner les assauts du prolétariat. L’espoir de la « guerre européenne » réside essentiellement dans le fait que, cette fois, contrairement à ce qui s’est passé en 1929, et du fait du relèvement forcé (et prévu par nous il y a longtemps) du rideau de fer, la Russie ne sera pas épargnée par la CRISE. Plus « la garde blanche à l’horizon de l’Europe », donc. Mais pas non plus le futur « foyer de la lutte mondiale des classes » !
Pour terminer, il faut indiquer quel est au fond le secret de la localisation slave du foyer révolutionnaire par cette opposition qui divise le monde en « sociétés bureaucratiques » et « sociétés bourgeoises » ; qui réduit le passage d’un mode historique de production à un autre à un « problème » de « formes nouvelles » de gestion et de coordination (sic !) des entreprises ; qui reconnaît une portée « révolutionnaire » au mouvement paysan de l’Est ; qui postule l’ALLIANCE DÉMOCRATIQUE DE TOUTES LES CLASSES POPULAIRES CONTRE LA « BUREAUCRATIE » et qui, pour couronner le tout dignement, ne souffle mot de l’INTERNATIONALE et de sa RECONSTITUTION, résultat trop gigantesque pour sa vision étriquée, trop lointain pour sa courte patience !
La constitution du prolétariat en classe, qui dans la réalité ne s’est accomplie (et ne s’accomplira) qu’au travers de catastrophes politiques affectant des générations entières, et en tous cas l’intellect des oppositions ; en d’autres termes : le bond dialectique de la lutte revendicative à la lutte politique révolutionnaire, moment essentiel de la lutte de classe, l’opposition les « réalise » à l’aide de quelques formules par là même élevées au ciel de la Logique abstraite16, pour courir victorieusement à sa conclusion de derrière la tête :
« À l’Est toutes les institutions représentent en théorie la classe ouvrière. Cela fait que dès que la mobilisation révolutionnaire des masses atteint un certain degré (changement quantitatif, ou bond qualitatif, demandons-nous ?) la grande majorité des membres du Parti communiste peut se trouver luttant les armes à la main contre l’État et le Parti. Or (c’est ici que l’opposition triomphe : attention !) QU’EST-CE QU’UN ÉTAT BUREAUCRATIQUE SANS LE PARTI ? ET QU’EST-CE QU’UN PARTI SANS SES MILITANTS ? »
ET QU’EST-CE QU’UN PHILISTIN, sinon celui qui voit le PRINCIPAL obstacle de la révolution dans la FORCE RÉPRESSIVE DE L’ÉTAT ? Mais poursuivons :
« Cette situation PRESQUE INCONCEVABLE EN SOCIÉTÉ BOURGEOISE (c’était donc ça !) s’est réalisée en HONGRIE et a été près de se réaliser en POLOGNE. »
En Hongrie, là où DE MÊME QU’ILS CROYAIENT S’ÉMANCIPER AUX CÔTÉS DE LA BOURGEOISIE, DE MÊME LES OUVRIERS PENSAIENT À CÔTÉ DES AUTRES NATIONS BOURGEOISES, À L’INTÉRIEUR DES FRONTIÈRES NATIONALES, POUVOIR ACCOMPLIR UNE RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE !
En Pologne, au pays de la « révolution » pacifique !
Tu as compris maintenant, cher lecteur, ce qui retient si curieusement les regards de cette opposition sur l’Est européen comme sur un foyer de la lutte mondiale de classe ? Le grand ESPOIR qu’elle voit s’y lever ? depuis que le terrible Staline est mort, il est vrai. Mais l’espoir de la révolution FACILE, de la révolution À MOINDRE FRAIS qu’ici !17
Que ne l’avions nous deviné plus tôt ! Son grand critère, POLITIQUE, c’était… la peur de la trique !
Notes
- Pour le même LEFORT qui, lors des événements hongrois reconnaissait que « l’association des deux idées de l’internationalisme et du communisme hongrois national pouvait paraître confuse du point de vue des principes du communisme » mais qui affirmait que « dans les circonstances présentes, elle est parfaitement compréhensible », « Pologne, depuis des mois, ce nom signifie espoir ». Et même Budapest détruit « La Pologne reste le pays de l’espoir » (Socialisme ou Barbarie Mai 1957 dans le reportage Retour de Pologne).
Voir aussi dans le même n° (« La voie polonaise de la bureaucratisation ») cette appréciation : « La situation de la Pologne, historiquement inédite (?), restait une situation RÉVOLUTIONNAIRE. Le courant révolutionnaire, s’il ne parvenait pas jusqu’à constituer des organes autonomes des masses Conseils ou Soviets PÉNÉTRAIT QUAND MÊME PROFONDÉMENT LES ORGANISATIONS EXISTANTES, en particulier LE PARTI COMMUNISTE. LA DISCUSSION au sein de celui-ci devenait LIBRE, des TENDANCES RÉVOLUTIONNAIRES s’y exprimaient OUVERTEMENT etc etc….. LA MENTALITÉ DES MEMBRES ÉTAIT TRANSFORMÉE etc.. etc… » (p.59) (les majuscules sont de nous). L’auteur a hérité du trotskysme dont il sort la croyance qu’un « cours nouveau » à base de « liberté de discussion » avait ipso facto un sens révolutionnaire. Notre courant a toujours défendu cette position que la véritable trahison du stalinisme ne résidait pas dans la « suppression de la liberté », mais dans la falsification du marxisme, et qu’il faudrait beaucoup plus que le « retour à la liberté » pour que le véritable communisme triomphe ! Notons qu’il s’agit ici de la Pologne pacifique. Qu’est-ce que de tels gens ne devaient pas dire sur la Hongrie insurrectionnelle. Nous renvoyons le lecteur à leur brochure « L’insurrection hongroise », ainsi qu’à notre opuscule « Démocratie révolutionnaire, ou révolution socialiste ? » ↩︎ - Cf., en particulier, la préface d’Engels (1874) à La Guerre des Paysans. « Les ouvriers allemands ont, sur ceux du reste de l’Europe deux avantages essentiels. Premièrement, ils appartiennent au peuple le plus théoricien de l’Europe Sans le sens théorique des ouvriers, ils ne se seraient jamais assimilé le socialisme scientifique au point où ils l’ont fait. ET CE QUI PROUVE QUEL AVANTAGE INFINI C’EST LÀ, c’est, d’une part, L’INDIFFÉRENCE à l’égard de TOUTE THÉORIE, une des causes principales du peu de progrès du mouvement ouvrier anglais MALGRÉ L’EXCELLENTE ORGANISATION DES DIVERS SYNDICATS, et, d’autre part, le TROUBLE et la CONFUSION provoqués par le PROUDHONISME dans sa forme initiale chez les Français et les Belges, dans sa forme caricaturée, dans la suite, par Bakounine, chez les Espagnols et les Italiens. »
« Le second avantage, c’est que chronologiquement les Allemands sont venus au mouvement les derniers » et qu’ainsi ils ont pu profiter « des expériences chèrement acquises (du mouvement anglais et français) et ÉVITER À PRÉSENT LEURS ERREURS, ALORS POUR LA PLUPART INÉVITABLES »
« D’une part, EN RAISON DE LEUR POSITION AVANTAGEUSE, de l’autre par suite des particularités insulaires du mouvement anglais et de la violente répression du mouvement français, LES OUVRIERS ALLEMANDS SONT, POUR LE MOMENT, PLACÉS À L’AVANT-GARDE DE LA LUTTE PROLÉTARIENNE. On ne saurait prédire combien de temps les événements leur laisseront ce poste d’honneur… » (les majuscules sont de nous).
Ce qui nous intéresse, dans ce passage, ce sont les CRITÈRES de l’appréciation. À la fin de sa préface, Engels écartait en effet toute interprétation tendancieuse de ses paroles dans les termes suivants, qui sont naturellement toujours valables :
« Il s’agit de maintenir le véritable esprit international qui n’admet aucun chauvinisme patriotique et qui SALUE AVEC JOIE TOUT NOUVEAU PROGRÈS DU MOUVEMENT PROLÉTARIEN, DE QUELQUE NATION QU’IL PROVIENNE » ↩︎ - voir note ci-dessus. ↩︎
- Cf la brochure « L’Insurrection Hongroise » de Socialisme ou Barbarie p. 26 ↩︎
- Soc. ou Barb. N° 21 leader, p. 8. Cet étrange raisonnement: « les ouvriers essaient de s’organiser et de lutter en dehors de la bureaucratie. PAR LÀ MÊME (sic!) les luttes « revendicatives » (les guillemets sont dans l’original, ce qui revient, comme la suite l’indique d’ailleurs, à refuser cette caractéristique) PRENNENT UN CONTENU SOCIALISTE : (les majuscules sont de nous) Le mot « couteau » a bon dos ! Une lutte est revendicative ou socialiste selon qu’elle reste dans les cadres du salariat, ou qu’elle en sort. Un point c’est tout. Quant aux développements révolutionnaires d’une lutte revendicative c’est affaire de CONTEXTE POLITIQUE. L’expérience hongroise a prouvé que la lutte revendicative contre l’État national-communiste n’était pas « par là-même » (?!) une rupture politique avec le national-communisme ! Or les mêmes gens qui se livrent à ces petits tours de passe-passe sont aussi ceux qui consacraient récemment un tract fort long à enseigner aux ouvriers « comment lutter » (ce qu’ils savent certainement beaucoup mieux que ces Messieurs!) SANS DIRE UN SEUL MOT de ce que 30 ans de national-communisme leur ont EFFECTIVEMENT fait oublier: les BUTS FINAUX de leur lutte ! Comme s’il suffisait de mettre des guillemets à revendicatif pour dissimuler qu’on est tombé dans le syndicalisme (ou plutôt : l’immédiatisme) apolitique le plus plat ! ↩︎
- On trouvera ce détail en même temps que celui concernant le droit d’écouter la BBC, dans Retour de Pologne (n° 21 de Soc. ou Barb.) de Lefort, qui ne se tient pas d’aise devant ces victoires démocratiques ! ↩︎
- Il faisait exception pour les Hongrois et les Polonais. ↩︎
- Car il est évident que la guerre impérialiste qui ne les avait pas épargnés prouvait, elle, que le mal le plus général était bien l’excès du développement industriel ! ↩︎
- pour cette simple raison que, là, la règle est « donnant donnant » et que les pays arriérés, ayant justement peu à donner, ne peuvent pas s’attendre à beaucoup recevoir ! ↩︎
- comme le disait Lénine : « Il n’a pas été très difficile de chasser les propriétaires fonciers; il n’est pas très difficile non plus de chasser les capitalistes. Mais IL EST INFINIMENT PLUS DIFFICILE DE SUPPRIMER LES CLASSES : LA DISTINCTION ENTRE OUVRIERS ET PAYSANS SUBSISTE TOUJOURS.. Il faut que tous travaillent d’après un plan commun, sur un sol commun, dans les fabriques et usines communes, et selon un règlement commun. EST-CE FACILE À RÉALISER ? » Assez facile à réaliser et donc à SE PROPOSER pour le prolétariat d’un pays comptant, comme l’Allemagne 65% de sa population totale dans les villes, et 35% seulement à la campagne, ceci avec une productivité supérieure, même dans l’agriculture. Infiniment plus difficile pour des pays où le rapport est directement inverse ! ↩︎
- Les ouvriers hongrois, par exemple, auraient demandé alors certaines informations pour les conseils ouvriers « une représentation autonome dans la future assemblée nationale », en même temps qu’ils déniaient à tous les partis le droit de créer des cellules dans les usines, chassant même de nombreux organisateurs de celles-ci : mélange tout à fait original d’apolitisme anarcho-syndicaliste et d’illusions parlementaires qui ne pouvait naître que dans la prodigieuse confusion provoquée à l’Est par la sommation de quasi TOUTES les déviations antérieures du mouvement ouvrier réalisée dans le méprisable « national-communisme ». ↩︎
- Cette constatation ne comporte aucune complaisance à l’égard de l' »inégalité » contrairement à ce que le fanatisme ouvriériste tente de faire accroire chaque fois qu’on le met en présence de la critique marxiste de l’égalitarisme, dont « Staline » a naturellement usé et abusé (preuve des effets « anarchisants » de cette politique !) Nous renvoyons le lecteur à Progr.Com. N°1.ch. Marxisme et économie des conseils, p. 72, et en particulier à la citation de la Critique du Programme de Gotha : « Il faudrait dire : AVEC LA SUPPRESSION DES DIFFÉRENCES DE CLASSE disparaît d’ELLE-MÊME toute INÉGALITÉ SOCIALE ET POLITIQUE résultant de ces différences ».
Les ouvriers hongrois qui, en même temps qu’ils réclamaient la « FIXATION D’UN PLAFOND DES TRAITEMENTS », admettaient une représentation PARLEMENTAIRE NATIONALE, c’est à dire reconnaissaient des DROITS POLITIQUES aux classes NON PROLÉTARIENNES ont démontré ainsi qu’ils avaient au contraire la conception ingénue selon laquelle c’est en supprimant (limitant) les INÉGALITÉS que l’on pouvait supprimer les DIFFÉRENCES DE CLASSES. En effet, le premier pas vers la SUPPRESSION DES CLASSES, c’est la dictature SUR les classes attachées à la petite production mercantile ! ↩︎ - Cf. Travail de groupe n°5, juillet-août 1957, DANSE DES FANTOCHES, p. 14. et Fondements du Communisme révolutionnaire marxiste Progr. n° 1. ↩︎
- Force nous est, puisque l’on met de l’inédit là où il n’y a que faire, de citer l’ABC du marxisme (le Manifeste Communiste!) sur la nature des classes avec lesquelles Sa Confusion l’Opposition Anti-Bureaucratique voudrait à toute force nous allier !
« Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu’elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne SONT DONC PAS RÉVOLUTIONNAIRES, mais CONSERVATRICES; bien plus elles sont RÉACTIONNAIRES : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire. Si elles sont révolutionnaires, c’est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels. Elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat »
Est-ce que les classes moyennes combattent la « bureaucratie » parce qu’elle est une menace… pour l’ex prolétariat socialiste ? Y compris celles qui vendent de la philosophie, de la poésie et une espèce quelconque d' »art » ?
Les paysans hongrois qui dissolvaient les coopératives; les paysans, les artisans, les petits commerçants polonais qui sont les plus clairs bénéficiaires de la « révolution polonaise » — défendaient-ils leurs intérêts FUTURS ou pas plutôt leurs intérêts ACTUELS ? ABANDONNAIENT-ILS LEUR PROPRE POINT DE VUE POUR SE PLACER À CELUI DU PROLÉTARIAT ou ne défendaient-ils pas plutôt ce point de vue avec une fureur qui eût fait d’énormes difficultés À UNE VÉRITABLE RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE ?
C’est ce que l’opposition n’a eu garde de se demander, avant de revendiquer l’UNION SACRÉE CONTRE LA BUREAUCRATIE et de sacrer « révolutionnaire », l’an dernier, le mouvement paysan hongrois ! (Cf. sur ce point notre brochure Démocratie révolutionnaire, ou révolution socialiste ? II ch. « Le Mouvement paysan »).
↩︎ - Ainsi tous les développements positifs de Marx sur la société socialiste, que le préjugé courant ignore pour ne pas parler des classiques les plus galvaudés, mais aussi les moins connus ! ↩︎
- Tout le ch. Conseils ouvriers dans « La Voie polonaise de la bureaucratisation » (Soc. ou Barb. n° 21) serait à citer ! Tenons nous en au minimum. on nous dit que les Conseils polonais ont tendance à se fédérer : « cela signifie que les ouvriers veulent REMPLACER par l’activité COORDINATRICE VIVANTE (deux fois sic!) des producteurs eux-mêmes la coordination extérieurement imposée (mais pas « vivante » elle ? Or de la praxis ?!) par le plan bureaucratique » Et cela continue : « PAR LÀ MÊME, l’existence et l’extension du mouvement des Conseils, en TANT QUE MOUVEMENT ÉCONOMIQUE, pose une foule (sic!) de problèmes politiques ».
Et est-ce qu’il les résout également « PAR LÀ MÊME » ? « En tant que mouvement économique » ? Et ramène cette « foule » désorientée à UN grand problème général, celui du POUVOIR, pour faire un exemple ? Question polémique ? Mais la réponse Y EST ! ET QUELLE réponse « ce qui se passe dans l’usine est déterminé (n’est-ce pas ?) par ce qui se passe hors de l’usine (quelle façon plus plate, plus triviale d’aborder le problème central des liens entre rapports de production et pouvoir politique ? et donc entre LUTTE REVENDICATIVE et LUTTE POLITIQUE RÉVOLUTIONNAIRE ?). « DONC (variante a : par là même !) les Conseils ne PEUVENT QUE VOULOIR ÉTENDRE leur pouvoir au-delà de l’usine, puisqu’aussi bien leur rôle dans l’usine risque (sic!) de devenir illusoire, s’il se limite à l’usine ». Oui ! Selon ce splendide raisonnement, on pourrait tout aussi bien dire (en abrégé) : le rôle du syndicat risque de devenir illusoire s’il se limite à marchander le prix de la force de travail; DONC le syndicat NE PEUT QUE VOULOIR étendre son rôle au-delà de ce marchandage (sous-entendu, mais pas dit : à révolutionner le MODE DE PRODUCTION lui-même). C’est bien ce que voulait le syndicalisme de la belle époque ! Mais même dans la fleur de son romantisme, non seulement le SYNDICAT N’A NI POSÉ, NI RÉSOLU le problème du POUVOIR, mais il a adhéré, comme on sait, à la GUERRE IMPÉRIALISTE !
Et c’est la « courtoiserie » qui s’imposerait, devant cette ressucée inavouée, embarrassée du VIEUX SYNDICALISME RÉVOLUTIONNAIRE habillé en SOCIALISME D’ENTREPRISE ! ↩︎ - Voir au contraire la préface d’Engels (1895) à La Lutte des Classes en France qui admet, avec plus de vraisemblance que du côté des insurgés, « toutes les conditions sont devenues plus mauvaises » (que dans la révolution de 1848) et que « UNE INSURRECTION À LAQUELLE TOUTES LES COUCHES DU PEUPLE SYMPATHISENT SE REPRODUIRA DIFFICILEMENT; dans la lutte des classes TOUTES LES COUCHES MOYENNES ne se grouperont SANS DOUTE JAMAIS EXCLUSIVEMENT AUTOUR DU PROLÉTARIAT au point que le parti réactionnaire rassemblé autour de la bourgeoisie (de l’État national-communiste, c’est la même chose !) DISPARAISSE PRESQUE COMPLÈTEMENT ».
Cette appréciation n’est pas occasionnelle, ni « d’époque ». Elle est liée à la différence qui existe entre la révolution LIBÉRALE et la révolution SOCIALISTE, et à l’appréciation marxiste du caractère non seulement conservateur, mais RÉACTIONNAIRE des couches moyennes. Les sociaux-démocrates avaient falsifié cette préface pour faire apparaître Engels comme légaliste à tout prix. Les social-barbaristes, eux falsifient le sens des événements de l’Est pour rassurer les socialistes philistins sur les « violences » et les « difficultés » de la CONQUÊTE du POUVOIR. ↩︎