AVERTISSEMENT
Nous éditons ce premier numéro de notre organe dans des conditions extrêmement dures qui résultent moins des formes rudimentaires de présentation que nous imposent notre faiblesse organique et notre pauvreté – aspect matériel d’importance secondaire – que des circonstances pénibles qui président à notre apparition.
Celles-ci, en effet, ne font que refléter la profonde dépression du mouvement ouvrier, la crise idéologique aiguë qui le désagrège et menace d’emporter les derniers noyaux de résistance du prolétariat.
Pour nous, résister, signifie rester inébranlablement sur le terrain de classe, remonter le courant qui emporte la société vers la guerre impérialiste, lutter contre la meute des agents du Capitalisme : social-démocrates, socialistes de “gauche”, socialistes “révolutionnaires”, “communistes” de la IIIème Internationale ou leurs succédanés, aujourd’hui coalisés pour l’œuvre d’anéantissement de la pensée et de la chair du prolétariat.
Tâche immense que nous ne pouvons entamer qu’en affirmant – avant tout – notre position et les principes sur lesquels nous voulons fonder l’activité de notre fraction. Nous commençons à le faire dans ce numéro, non sans “alourdir” quelque peu son contenu. – À nos camarades lecteurs à ne pas confondre un sectarisme pédantesque avec l’indispensable intransigeance principielle, qui s’impose plus que jamais, et à comprendre la difficulté extrême qu’il y a à créer un peu de clarté dans l’immense confusion actuelle ;
Partant de bases politiques solides, nous serons d’autant plus à l’aise dans la suite pour développer nos conceptions qui s’inspireront toujours rigoureusement de la pensée marxiste, essentiellement mouvante parce qu’expression de la vie et du devenir des classes.
Nous nous efforcerons dans chacun des prochains numéros d’apporter des éléments théoriques qui formeront la substance de notre travail fractionnel. – De plus, nous analyserons dans leur rubrique propre les situations économique et politique en Belgique, la situation internationale, les problèmes syndicaux, etc., mais toujours avec la préoccupation centrale de retirer de la matière expérimentale les principes sans lesquels le prolétariat ne peut vaincre et organiser la nouvelle société.
NOTRE POSITION DANS LE MOUVEMENT COMMUNISTE
Notre rupture avec la Ligue des Communistes Internationalistes sera certainement interprétée comme une manifestation de pédantisme et de sectarisme impuissants par ceux-là même qui ont toujours considéré que les intérêts du prolétariat étaient inséparables de la promiscuité politique des courants agissant en son sein, que l’on a baptisée pompeusement d’UNITÉ, qui n’est que l’unité de la confusion, en réalité l’unité pour les intérêts du capitalisme.
On peut considérer que la scission fut prématurée en ce sens qu’elle a interrompu la confrontation politique engagée au sein de la Ligue sur la base de divergences secondaires et sans qu’ait pu être abordé de front le problème fondamental du parti. — Mais la guerre d’Espagne, question cruciale pour le prolétariat mondial, n’a fait que précipiter une cassure qui, nous en sommes convaincus aujourd’hui, se serait inévitablement produite dans la suite. — Ces circonstances, liées aux conditions historiques de la lutte prolétarienne, nous placent devant des difficultés telles qu’une inébranlable intransigeance principielle raffermie sans cesse par l’analyse marxiste des développements de classe, peut seule nous permettre de les surmonter comme elle nous fera résister aux cyclones sociaux que le capitalisme ne pourra que déchaîner ; comme elle nous aidera à intervenir ensuite dans les situations mûries afin de les orienter vers la révolution prolétarienne.
En effet, notre capacité révolutionnaire de demain est conditionnée par notre capacité d’aujourd’hui à nous situer clairement, sans équivoque, dans le processus de la lutte des classes, à définir avec la rigoureuse précision scientifique que cela implique, notre place, notre fonction et nos tâches dans la progression du mouvement communiste.
Nous n’hésitons pas à affirmer qu’au stade actuel de l’évolution des antagonismes de classe, il s’agit, pour un organisme prolétarien se posant comme tâche fondamentale d’édifier la charpente idéologique et les cadres du parti de demain, de résoudre surtout un problème de qualité et non de quantité. — Et à ceux qui nous accuseraient d’une certaine présomption naïve, nous répondrions sans plus que nous ne visons pas ici la qualité et l’honnêteté intrinsèques des individus composant cet organisme ; ce que nous visons c’est la capacité de ce dernier, non pas de lutter avec “succès” contre d’autres courants politiques en se développant extensivement à leur détriment ; mais de donner aux problèmes posés par la lutte des classes des solutions théoriques qui demain deviendront les instruments de la victoire prolétarienne, quand, pour transposer la formule de Marx : “l’arme de la critique interviendra dans la critique par les armes”.
Que sommes-nous donc ou plutôt, que voulons-nous représenter pour le prolétariat et que voulons-nous réaliser avec lui et par lui ?
Pour répondre, nous sommes obligés de nous référer à deux notions centrales dégagées par l’histoire même du mouvement ouvrier : le parti et la fraction. — L’expérience nous apprend que ces deux facteurs fondamentaux de la lutte des classes, bien qu’indissolublement liés, correspondent cependant à des phases différentes de cette lutte, répondent à des fonctions différentes suivant le climat historique. — En d’autres termes, Parti et Fraction expriment des états opposés pourrait-on dire de la classe prolétarienne et, par conséquent des rapports de force opposés également, entre la bourgeoisie et le prolétariat.
Nous simplifierons notre analyse en la rattachant essentiellement aux données qui se trouvent posées dans l’ère des révolutions prolétariennes qui a été effectivement ouverte en 1914.
Le Parti trouve sa pleine justification historique, agit véritablement, dans une période de montée révolutionnaire où explosent les antagonismes de classe, lorsque par son intervention dans les situations il aide le prolétariat à réaliser la capacité politique qui lui est nécessaire pour poser le problème du pouvoir et ses objectifs finaux.
Les deux conditions fondamentales qui permettent au prolétariat de s’affirmer comme classe révolutionnaire, résident donc d’une part dans la réalité objective s’exprimant par une maturation des contrastes de la société capitaliste et, d’autre part, dans l’existence du parti prolétarien appelé facteur subjectif parce qu’il jette dans la lutte le programme de la révolution. — Encore la révolution n’éclate-t-elle que lorsque la fusion s’opère entre la matière objective ou sociale et la matière subjective ou programmatique. — Ce phénomène de “synchronisme” social s’est manifesté en octobre 1917 en Russie. — Il n’est pas apparu en Allemagne, en 1919 ni plus tard, parce que les Spartakistes, insuffisamment armés idéologiquement, se sont heurtés par surcroît à une bourgeoisie infiniment plus puissante que la bourgeoisie russe. — En Italie, le parti communiste a surgi dans une phase postérieure à l’échéance révolutionnaire. — Enfin, dans les vieux centres de la démocratie bourgeoise, en France, en Angleterre, en Belgique, l’illusion démocratique a anéanti les possibilités révolutionnaires qui avaient été mûries par les événements.
Il vient un moment où la courbe de la révolution redescend, où les situations se “tassent”, ce qui signifie que le capitalisme est parvenu à surmonter temporairement ses contrastes et s’est affirmé politiquement plus puissant que le prolétariat. — Si dans cette conjoncture historique, le parti ne parvient pas à faire avancer le prolétariat, en affrontant victorieusement les problèmes nouveaux qui surgissent dans les domaines de la théorie et de la tactique, s’il ne parvient pas à combler les lacunes du programme initial, révélées par le développement des événements, s’il “marque le pas”, il s’affaiblit politiquement, se laisse pénétrer d’opportunisme, s’échappe par les forces capitalistes et, finalement, trahit. — La dégénérescence du parti s’explique ainsi par l’incessant mouvement contradictoire des forces économiques et politiques, par la dialectique de la lutte des classes, et non par le comportement particulier des individus qui le composent. — Ou bien l’idéologie communiste se renforce en s’enrichissant, au feu de la lutte — et alors le cours révolutionnaire reprend plus ou moins rapidement — ou bien cela ne se réalise pas et alors, l’idéologie bourgeoise qui reconquiert toute son influence (et nous savons si ses moyens sont puissants et multiples) mène en dirigeant la société vers la seule issue qui s’offre : la guerre impérialiste.
Dans une situation où le capitalisme parvient à maîtriser et même à asservir les organisations ouvrières et le parti, la fraction de gauche devient le lieu de retranchement du prolétariat, le point où se concentre sa conscience. — Et ici, rappelons que la préparation de la révolution pose un problème politique avant d’exiger une solution d’organisation. — Celle-ci, si parfaite soit-elle, ne représente une arme dirigée contre l’opportunisme que dans la mesure où elle sauvegarde l’intransigeance principielle de l’organisme prolétarien. — C’est précisément ce qu’ont compris les bolcheviks avant et après 1914 et c’est ce qui leur a permis, également, de conclure leur âpre travail théorique par la révolution d’octobre. — Voir dans la dure polémique engagée par Lénine contre les opportunistes en 1902 (Que Faire ?) et en 1904 (Un pas en avant, deux pas en arrière) une discussion byzantine portant sur un article de statut organique, ou bien une lutte du “sommet” contre la “base”, c’est escamoter tout simplement le fond du problème, c’est nier aussi que “pour être vraiment une expression consciente, il faut que le parti sache établir des rapports organiques assurant un certain niveau de la conscience et élevant systématiquement ce niveau.” (Lénine, op. cit.) Les partis de la IIe Internationale, en faisant l’inverse, ont mené à la faillite de 1914. — En concevant le critère de l’organisation sous l’angle quantitatif plutôt que qualitatif, en pratiquant le “trade-unionisme” tendant à rabaisser l’idéologie du parti à l’idéologie de la masse ouvrière (en fait, celle du capitalisme), ils ont renié leur rôle d’avant-garde et sont devenus les agents de l’ennemi. — Par voie de conséquence, les défaites prolétariennes de 1918-1921, en Allemagne, Hongrie, Italie, trouvent leur explication fondamentale dans l’impréparation théorique des noyaux révolutionnaires qui ne s’étaient pas reliés antérieurement à un travail fractionnel sévère effectué au sein de la IIe Internationale, alors que par contre les Bolcheviks parvenaient à récolter ce qu’ils avaient semé au cours de leurs longues et pénibles luttes de fraction.
L’opportunisme de la IIe Internationale se greffa sur le développement impérialiste du système capitaliste. — Dans la crise de déclin de celui-ci, la faillite de la IIIe Internationale se rattache à l’intervention d’un nouveau facteur historique : l’état prolétarien qui, en sortant de l’orbite de la révolution mondiale, en devenant le pivot du socialisme national, s’est transformé en l’arme de corruption la plus puissante que le capitalisme ait utilisée. — Et encore une fois, le fait que des fractions de gauche n’aient pu s’affirmer au sein de la IIIe Internationale ou même en dehors d’elle, après les scissions de 1928, a déterminé une décomposition sans précédent du mouvement prolétarien, dont l’ampleur est mesurée par ce phénomène paradoxal de partis communistes évoluant à “droite” de la social-démocratie.
La fraction répond donc bien à une nécessité exprimée par le mouvement prolétarien à un stade déterminé de son évolution. — Elle n’est pas une “abstraction” mais elle représente un facteur concret de la lutte des classes, une sorte d’antidote que celle-ci oppose à la dégénérescence du parti en même temps qu’elle représente l’endroit où le prolétariat récupère et perfectionne ses capacités révolutionnaires. — Mais, et ceci est capital, la fraction en tant que lien politique assurant la survivance de la conscience prolétarienne, ne peut s’affranchir du milieu historique de la lutte des classes, ce qui signifie, qu’elle doit se rattacher étroitement aux réactions prolétariennes qui se déterminent au sein du parti tout en se situant au-delà des positions du parti et jamais en deçà.
Évidemment, les formes de liaison avec le parti — organiques ou extra-organiques — dépendent des rapports de classe et non de la volonté des militants. — C’est pourquoi la scission modifie la substance sociale de la fraction et provoque la rupture totale avec le parti seulement lorsque les conditions historiques existent pour la création du nouveau parti, c’est-à-dire lorsque l’ancien parti quitte ses bases de classe en passant dans le camp du capitalisme.
La fraction, puisqu’elle surgit pour assurer la continuité progressive du mouvement prolétarien, ne peut se placer en dehors du processus de ce mouvement, s’en rendre “indépendante” si elle ne veut se transformer en secte isolée d’académiciens politiques n’apportant aucun élément positif dans la lutte des classes. — En effet, puisque la fraction a comme tâche essentielle d’élaborer la solution des problèmes théoriques restés non résolus de par les circonstances historiques et la carence du parti, elle ne peut conclure son travail qu’en se fondant sur une analyse expérimentale du mouvement prolétarien, qui doit être réalisée à l’endroit où la substance idéologique est la plus dense, la conscience prolétarienne la plus élevée ; ne pas agir ainsi serait nier la filiation des expériences prolétariennes antérieures et faire rebrousser chemin au prolétariat, au lieu de le pousser en avant, par conséquent s’interdire le droit de parler en son nom. — On ne peut retourner en deçà du Manifeste communiste quant à l’interprétation de l’histoire ; en deçà des révolutions de 1848 pour ce qui est de l’autonomie du mouvement prolétarien ; en deçà de la Commune de Paris de 1871, quant à la conception marxiste sur l’État ; en deçà d’octobre 1917, quant à la notion de dictature du prolétariat et à la conception sur la nature et le rôle du parti.
D’autre part, il est évident que la fraction ne réalise sa fonction prolétarienne que dans la mesure où elle prouve sa capacité à comprendre les situations historiques, non en se figeant “dogmatiquement” sur les principes acquis, mais en enrichissant ceux-ci des enseignements fournis par les expériences nouvelles. — Pour réunir les éléments théoriques du nouveau programme de la révolution, il faut partir des principes fondamentaux de l’ancien programme qui ont été fixés par l’expérience historique, sinon on vicie les bases des solutions ultérieures en procédant à un “révisionnisme” principiel de nature rétrograde. — À ceux qui objectent que la question consiste précisément à faire un “choix” des principes à conserver, nous répliquerons qu’un tel choix prend également une signification réactionnaire. — Et qu’on nous entende bien. — Si les principes des deux premiers congrès de l’Internationale Communiste restent intégralement valables, c’est parce que, comme nous venons de le dire, ils ne font que consacrer théoriquement des faits définitifs. — Par contre, les formulations tactiques du IIe Congrès peuvent et doivent être réexaminées parce qu’elles répondent à des situations contingentes et qu’elles évoquent aussi des perspectives qui n’ont pas été réalisées au cours de l’évolution ultérieure. — C’est ainsi que les thèses sur le parlementarisme, les questions nationale et coloniale, la question agraire, sont à refondre dans certaines de leurs parties, puisque les faits les ont déjà révisées.
Quant aux fractions de gauche issues du mouvement communiste fondé par la IIIe Internationale, elles ne pouvaient se maintenir dans la ligne de continuité et de progression historiques de ce mouvement qu’en se reliant fermement au patrimoine théorique légué par ce formidable événement que fut la Révolution russe et qui délimita deux époques du capitalisme : la progressive et la décadente — en même temps que deux phases de l’histoire ouvrière : celle du réformisme et celle des révolutions prolétariennes.
En outre, ces fractions avaient à affirmer leur indépendance, mais seulement vis-à-vis des forces politiques condamnées par l’évolution et non par rapport au cours historique de la lutte prolétarienne dont elles devaient être au contraire l’émanation et l’expression organique. — Cette position — des fractions — dépendante de la lutte des classes signifiait par conséquent que leur substance et leur activité dépendaient aussi des situations exprimant un certain rapport des classes ; en d’autres termes que, pas plus que la volonté de l’homme ne détermine à elle seule la réalité sociale — mais que c’est avant tout celle-ci qui règle la volonté — un organisme prolétarien, si résolu et si clairvoyant soit-il, est impuissant à créer des actions de classe et encore moins des situations révolutionnaires, lorsque les possibilités sociales d’intervention n’existent pas. — De même la capacité des fractions de s’élargir et d’agir en partis résulte seulement des explosions de classe, de la maturation des contrastes sociaux ; c’est pourquoi leur travail et leur activité ne pouvaient que se régler sur la dynamique des événements. — Et comme elles surgissaient dans une période de déclin idéologique du parti ou après sa faillite totale, elles avaient avant tout à se concentrer sur des tâches d’élaboration politique, à se conformer ainsi véritablement au précepte de Lénine, suivant lequel il n’y avait pas d’action révolutionnaire possible sans théorie révolutionnaire. — Et affirmer cela, ce n’était pas avancer un prétexte à ne pas “agir” ainsi que le supputaient les “réalistes de la révolution” qui trouvaient dans leur démagogique “agitation de masse” l’occasion de dissimuler leur ignorance crasse des problèmes ouvriers ou leurs criminels desseins ; c’était simplement poser les conditions fondamentales de vie et de développement des fractions et sauvegarder par conséquent leurs capacités d’intervention jusqu’à ce que sonnât l’heure de leur transformation en partis.
L’opposition internationale de gauche de Trotsky, qui se constitua en 1930 après les scissions successives de 1927/1928, a été acculée au suicide politique — et, avec elle, la plupart des oppositions nationales dont elle n’était que l’hétéroclite expression — précisément parce qu’elle n’a pas su poser le problème de la lutte fractionnelle sur son véritable terrain, celui de la création de fractions appelées à prendre la succession du courant centriste de la IIIe Internationale qui devait évoluer irrésistiblement vers l’opportunisme et la trahison. — Une analyse rétrospective de l’évolution de cette défunte opposition de gauche et, particulièrement, de l’opposition belge, nous servira aujourd’hui de conclusion.
* * *
En réalité, la substance des diverses oppositions, dès leur origine fut déterminée par la nature des scissions dont elles émanèrent. – Nous savons que ce fut la crise interne du Parti communiste russe – expression des contrastes développés par l’existence d’un état prolétarien isolé au sein du monde capitaliste – qui fut l’élément moteur des ruptures successives dans le mouvement communiste international. – Cela signifia que les formations oppositionnelles durent se borner à emprunter à la plateforme de l’opposition russe le capital politique avec lequel elles se constituèrent, faute d’avoir pu élaborer au sein même des partis et par le canal des fractions, des solutions reliées aux multiples et complexes problèmes de la lutte prolétarienne posés dans chaque pays, ce qui leur aurait permis d’apporter leur contribution propre au développement de la politique communiste internationale ainsi que leur soutien positif aux camarades de la gauche russe aux prises avec d’énormes difficultés théoriques. – Les scissions, tout en se rattachant à une appréciation commune, bien que superficielle, du problème russe, ne réussirent cependant pas à créer des facteurs susceptibles de faire progresser nationalement et internationalement la lutte prolétarienne, parce qu’elles ne répondirent pas concrètement aux exigences posées par cette lutte. –
L’incapacité des groupements oppositionnels à se relier dans la suite à la lutte des classes, doit être expliquée par leur carence politique initiale aussi bien que par leur base organique qui était de nature à anéantir toute possibilité d’un travail fractionnel intransigeant. – Sur le terrain de l’organisation comme sur le terrain politique, les oppositions ne faisaient qu’exprimer la confusion imprégnant la vie de l’opposition russe. – Les bases organiques de celle-ci ont été définies par Trotsky lui-même lorsqu’il considérait que la plateforme de gauche devait être défendue avec la perspective de “voir le parti réussir par une réforme intérieure, à transformer le zigzag centriste-gauche de la direction en un véritable cours léniniste” (Contre le courant 25/10/1928). – C’est à dire que l’objectif de l’opposition ne résidait pas dans la conquête de la direction du parti au feu de la bataille des classes, mais qu’il visait le redressement de la direction centriste ; ce qui permit à Trotsky d’affirmer que le travail oppositionnel pouvait parfaitement se fonder sur le renoncement aux méthodes fractionnelles. – En fait, on sacrifiait l’activité de la gauche au mythe de l’unité du parti ; on acceptait la dissolution des fractions et on consentait à agir sous l’égide du “centralisme-démocratique” que le centrisme toléra temporairement pour mieux étouffer dans la suite tout développement de la fraction de gauche. –
Lorsque, plus tard, Trotsky posera le problème de la fraction (notamment pour l’opposition française) il en faussera les données – comme cela apparaîtra au travers de ses directives ultérieures – et il faussera en même temps l’orientation des groupements d’opposition sans même parvenir à leur imprimer une direction unique, les uns évoluant comme organismes “indépendants” des partis communistes (opposition belge), d’autres luttant pour la réintégration et la “réforme” du parti. –
De même que les scissions s’étaient trouvées étroitement dépendantes de la question russe, de même celle-ci absorba presque toute l’activité des oppositions sans que se réalisât une certaine polarisation fractionnelle autour de la tâche fondamentale de solutionner les problèmes spécifiques à chaque prolétariat par rapport à la signification internationale de l’expérience russe. – Le “redressement” des partis communistes devint l’axe de la politique de l’opposition internationale quand celle-ci se fonda par simple juxtaposition des multiples groupes hétérogènes créés depuis 1928. – Cette position superposée à celle de la défense de l’URSS, était bâtie sur l’hypothèse que le courant centriste des partis parviendrait à se “redresser”, c’est à dire à représenter un facteur révolutionnaire sous la poussée d’une “croisade” capitaliste contre l’URSS. : Trotsky, en effet, imagina possible la victoire prolétarienne en Allemagne, non pas au travers du triomphe idéologique de la gauche, mais sous le contrôle de la direction centriste, de même qu’il crut vraisemblable une défense révolutionnaire de l’URSS, appuyée sur la politique contre-révolutionnaire du centrisme et qu’il n’hésita pas, par surcroît, à affirmer, avant l’avènement du fascisme en Allemagne, que semblable événement justifierait la mobilisation du prolétariat russe, même sous le commandement de Staline. –
Mais la tentative de vouloir appliquer à l’échelle internationale la politique du “redressement”, n’aboutit qu’à la désagrégation des forces oppositionnelles parce que les réactions salutaires qu’elle détermina dans certains groupes, ne furent pas mises à profit et ne contribuèrent malheureusement qu’à éloigner davantage ces groupes du centre névralgique de la lutte des classes (à part de rares exceptions comme le groupe italien de Prometeo), à les affaiblir par conséquent dans la mesure où ils s’affirmaient sur la ligne de l’évolution indépendante. –
La vie de l’Opposition belge a fourni à cet égard de précieux enseignements que nous allons essayer de dégager. –
Il faut se rappeler que, parallèlement à ce qui se passa dans les autres partis, la scission, dans le parti belge, fut le corollaire de la crise du parti russe et non la conséquence d’oppositions de principes et de tactique créées par les exigences de la lutte du prolétariat belge. – De même le nouveau groupe de gauche, de par son impréparation idéologique, ne put que reprendre à son compte la plateforme de l’Opposition russe, tout en faussant par conséquent dès son départ son orientation politique. – Également du point de vue organique, l’équivoque domina parce que l’Opposition belge ne parvint pas à se situer nettement dans la lutte des classes, parce qu’elle ne s’affirma ni comme fraction, ni comme parti, mais plutôt comme un groupe indépendant qui enregistrait d’emblée l’impossibilité d’agir sur les éléments du parti et déclarait vouloir se diriger vers la constitution “d’un parti révolutionnaire de masse” (brochure : Que veut l’Opposition ?) en préconisant ainsi en fait une politique d’isolement du milieu de classe. – Les élections partielles d’Anvers en décembre 1928 et les élections générales de mai 1929 confirment la volonté de l’Opposition, par la présentation de candidats propres, de s'”affranchir du Parti communiste, d’apparaître comme organisme “indépendant” bien qu’agissant comme un deuxième parti, et sans que cela correspondît aux rapports des classes de l’époque. –
Cependant, quand en 1929 s’esquissa la rupture entre Charleroi et les éléments groupés autour du bureau exécutif, la preuve se manifesta clairement que l’Opposition n’avait pas réussi à se constituer un capital théorique propre qui lui eût quand même permis de relier les discussions aux problèmes spécifiques de la lutte en Belgique et non, comme ce fut le cas, au conflit sino-russe à propos du chemin de fer de l’Est chinois, à la défense de l’URSS et à l’alternative du redressement ou non-redressement des partis communistes. – Ce n’était cependant là que le fruit d’une évolution au cours de laquelle l’opposition avait répudié le travail fractionnel pour se donner l’illusion qu’elle pouvait se substituer arbitrairement au Parti dans toutes les manifestations de classe où celui-ci intervenait. – Il en résulta que les conséquences de la deuxième scission furent également entièrement négatives. – Charleroi rejoignit le confusionnisme de l’Opposition internationale en se ralliant à la politique de redressement des partis, à la défense inconditionnelle de l’URSS, en s’affirmant contre la création du second parti et pour la formation de fractions (vidées de leur substance). – Le bureau exécutif, de son côté, repoussait la directive du redressement telle qu’elle était définie par l’Opposition internationale et il crut trouver dans cette conception erronée de la lutte fractionnelle une justification à sa propre politique “indépendante” consistant à “orienter nettement son travail vers la constitution d’un véritable parti communiste et à rejeter délibérément la proposition de se constituer en fraction interne du parti communiste officiel comme dangereuse et devant aboutir à de nouvelles et cruelles déceptions pour le développement de l’influence communiste en Belgique” (Déclaration de novembre 1930). –
Le nouveau groupe persistait ainsi à user de méthodes qui s’étaient cependant révélées désastreuses puisque, du propre aveu du bureau exécutif tirant le bilan de l’activité passée : “l’Opposition n’avait pu garder dans ses rangs l’ensemble des éléments qu’elle avait groupés lors de la scission du parti et que dans maint endroit elle avait perdu presque tout contact avec les ouvriers” (Communiste 24.8.1930). – Il est vrai que pour ce courant, la question : fraction ou parti, relevait de la tactique et non des principes car, s’il considérait que le travail fractionnel s’imposait par exemple en Allemagne et en France, où l’influence des partis communistes était grande, il n’en était pas de même en Belgique où il fallait pousser les ouvriers à rompre avec un parti communiste squelettique pour créer un nouveau parti et lutter efficacement contre la social-démocratie (nous connaissons l’antienne : aller aux masses…). –
Le fait que ce fut ce même courant – ou plutôt ce qui en resta – qui fonda, un an après la scission de Charleroi, la Ligue des Communistes Internationalistes, permet de comprendre l’évolution de celle-ci, puisque par ses bases organique et politique, elle fut inévitablement portée à se placer au niveau de la conscience des masses plutôt que d’élever cette conscience au niveau des nécessités de la lutte prolétarienne, et bien qu’on puisse dire que ce fut le noyau communiste qui résista le plus longtemps à la débâcle de l’Opposition internationale, précisément parce que vivant au dehors d’elle. –
Lorsqu’en 1933, la Ligue, reprenant la thèse développée par le bureau exécutif de l’ancienne Opposition de 1930, considérait que “l’effort des Communistes de gauche devait se porter surtout sur la réserve social-démocrate”, elle ne faisait qu’entretenir la confusion créée entre prolétariat et courants politiques le dominant ; entre liaison avec le prolétariat au travers de ses organisations de classe : les syndicats et collusion avec les partis qui l’asservissaient au Capitalisme ; entre le facteur objectif : la classe et le facteur subjectif : la conscience de classe. – Quand la Ligue, d’une part, envisageait la possibilité de s’adjoindre “les meilleurs parmi les ouvriers et militants attachés à la social-démocratie à qui la décomposition de cette dernière ouvre lentement mais sûrement les yeux” mais, que d’autre part, elle considérait que “les alliances à réaliser avec les groupes ou éléments venant de la social-démocratie ne pouvaient se faire qu’après une profonde discussion… et que toute recherche de faire nombre doit être bannie si elle doit se faire au détriment de la qualité et de l’homogénéité du nouvel organisme à créer”, elle posait le problème de la construction du parti de demain en faisant fi de l’expérience historique. – On ne pouvait sans aller au devant de nouvelles défaites prolétariennes, construire les partis comme l’avait fait la IIIème Internationale sous la poussée des circonstances historiques : en croyant pouvoir allier l’eau et le feu elle avait étouffé le brasier révolutionnaire en Hongrie, en Autriche et en Allemagne. – La Ligue, faisant marche arrière, se plaçait dans l’impossibilité de devenir l’organisme d’avant-garde forgeant le programme plus avancé de la Révolution prolétarienne. –
Lorsque l’Opposition internationale opéra son fameux tournant de 1933, après l’avènement d’Hitler, en abandonnant la directive du redressement pour celle de la création des nouveaux partis, la Ligue crut voir dans cet événement une consécration de sa propre politique d’indépendance organique alors qu’il esquissait simplement la faillite idéologique de l’opposition avec l’amalgame politique réalisé à la Conférence de Paris et la décision de construire la nouvelle Internationale et de fonder le programme de la Révolution en s’appuyant sur la collaboration des gauches socialistes. – D’ailleurs, en 1934, la déroute de l’opposition se consomma par la liquidation de la IVème Internationale en France et en Belgique, et le retour des groupements oppositionnels au sein de la IIème Internationale. – Mais ne fallait-il pas “changer le rapport des forces, entrer dans la masse” et ainsi payer le prix de l’incapacité où l’Opposition s’était placée – de son propre aveu – à réaliser un travail fractionnel fructueux et la formation de cadres cohérents ? Il est vrai qu’on se rassurait en considérant que “l’irréconciliabilité principielle n’a rien de commun avec la pétrification sectaire qui passe inattentivement dans les changements de la situation et de l’état d’esprit des masses”, que par conséquent le problème prenait un aspect quantitatif car la Ligue (française) avait chance de modifier le rapport des forces en entrant dans le parti socialiste ! (rapport Vidal). –
Si du point de vue formel, la Ligue des Communistes Internationalistes dénonça la banqueroute oppositionnelle, il n’en est pas moins vrai qu’en substance sa politique s’apparentait à celle de l’Opposition puisqu’elle ne rejetait pas l’hypothèse que “des noyaux révolutionnaires se hissant à la hauteur des buts historiques du prolétariat puissent se développer au sein des partis socialistes indépendants sous la poussée irrésistible des masses” ou – ceci est significatif – “par suite de la difficulté persistante des groupements d’avant-garde indépendants à se développer en partis”. –
Sur le plan parlementaire, la faiblesse principielle de la Ligue se marqua encore davantage. –
Alors qu’en 1928-1929, l’Opposition belge – nous l’avons signalé – présentait ses propres candidats, en 1932, dans une phase de dégénérescence beaucoup plus avancée du Parti communiste, la Ligue préconisait le vote en faveur de celui-ci parce qu’il “représentait malgré tout l’idée de la révolution prolétarienne”. – Aux élections partielles de 1935, le courant dirigeant demandait de voter pour le candidat communiste “en signe de protestation contre l’appui donné par les socialistes et les syndicats à l’Union nationale”. – Aux élections générales de 1936, alors que l’Union nationale a consommé la misère des masses (dévaluation) la direction proposait de voter pour le POB et cela, parce que, s’abstenir serait faciliter l’avènement du fascisme. –
Quelques semaines plus tard, se déclenchait l’attaque du capitalisme espagnol et la majorité de la Ligue n’hésitait pas à faire la scission afin de pouvoir se relier à “l’antifascisme prolétarien” en acceptant une guerre dirigée par le Capitalisme. –
Le “réalisme” politique triomphait ainsi de l’intransigeance principielle, sur les cadavres des prolétaires espagnols1.
Notes
DECLARATION DE PRINCIPES
Le Parti est une fraction du prolétariat. – Dans l’ère des révolutions prolétariennes, le Parti exprime effectivement la conscience et la capacité politique du prolétariat dans une phase de flux révolutionnaire où se pose directement le problème du pouvoir. –
La Fraction est un élément du Parti, organique ou extra-organique selon le rapport des classes. – Sa nature procède de la nature même du parti. – Pas plus que celui-ci, la fraction n’émane uniquement de la volonté d’individualités révolutionnaires, mais elle exprime avant tout un produit de la lutte des classes, surgissant lorsque le mouvement prolétarien trace une courbe descendante. – Elle apparaît comme une nécessité assurant la survivance de la fonction historique du parti, lorsque ce dernier devient la proie de l’opportunisme. –
Quand le parti passe ouvertement au capitalisme, en trahissant, la fraction constitue la base de formation, le noyau du parti en devenir qui reprendra la succession historique du parti défaillant. –
De par sa substance sociale, la fraction, loin de s’isoler de la lutte des classes, reste étroitement liée à toutes les réactions prolétariennes qui s’y déterminent et elle s’enracine par conséquent à tout le développement ultérieur de cette lutte. – De son côté, le prolétariat, malgré la défaite, trouve dans la fraction l’endroit politique où peut se concentrer et se raffermir sa conscience de classe, condition de sa capacité d’action dans les situations mûres de demain. –
La trahison des partis de la IIIème Internationale a fécondé les conditions historiques pour l’apparition de nouveaux partis communistes. – Cependant leur création ne dépend pas du libre arbitre des communistes, mais elle résulte d’une maturation des contrastes sociaux alors que s’ouvre la phase de la transformation des fractions en partis sur la base des nouvelles données historiques que les fractions ont élaborées. –
Dans la période actuelle, les fractions de gauche vivent en substance une situation analogue à celle vécue par les courants et les fractions de gauche de la IIème Internationale pendant le déchaînement de la guerre impérialiste, qui va de la trahison de 1914 à octobre 1917, alors que se constituent les prémices de la nouvelle Internationale. –
Aujourd’hui, que les fractions de gauche ont dû rompre totalement avec les partis de la IIIème Internationale, et que la situation les empêche d’agir comme des partis, elles se trouvent – ou à peu près – exclusivement confinées dans les limites du travail théorique, au sein d’une évolution qui précipite la société capitaliste vers le gouffre de la guerre impérialiste. –
Outre la formation des cadres du futur parti, la tâche fondamentale des fractions est de forger l’arme doctrinale qui fraiera à la lutte du prolétariat la voie vers le triomphe de la révolution. –
Le noyau issu de la scission qui s’est opérée au sein de la Ligue des Communistes Internationalistes déclare se constituer en Fraction, en s’inspirant des considérations qui précèdent. – Elle se revendique du communisme sur la base des principes fondamentaux posés par les deux premiers Congrès de l’Internationale Communiste, elle se situe par conséquent dans la lutte prolétarienne en tant que continuité historique de la théorie marxiste fondée sur le déterminisme économique, le matérialisme dialectique et la lutte des classes. – Elle s’affirme en tant qu’organisme progressif se fixant l’objectif central de pousser le mouvement communiste à un stade supérieur de son évolution doctrinale en apportant sa contribution propre à la solution internationale des problèmes nouveaux posés par les expériences de la révolution russe et de la période de déclin du capitalisme, solution que la IIIème Internationale n’a pu élaborer de par les conditions historiques. –
En outre, la fraction a comme tâche de répondre aux problèmes spécifiques de la lutte prolétarienne en Belgique, en fonction des principes généraux régissant la lutte mondiale du prolétariat. –
La fraction, œuvrant pour la reconstruction du parti du prolétariat et celle de l’internationale prolétarienne, pose comme condition fondamentale de cette tâche le refus catégorique de se rallier organiquement ou non à des courants politiques historiquement condamnés comme forces rétrogrades et ennemies : social-démocratie, partis de la IIIème Internationale, ou bien encore à des groupements communistes qui ont altéré leurs bases politiques et idéologiques en se rattachant directement ou indirectement à des forces appartenant à ces courants. – Par là, la fraction sauvegarde son propre développement en même temps que le triomphe de la révolution prolétarienne. –
La fraction déclare accepter uniquement des affiliations individuelles sur la base d’une adhésion sans réserve à la présente déclaration de principes. –
La fraction, dès sa fondation, marque sa position internationaliste en affirmant vouloir collaborer dans l’élaboration du travail théorique avec tout organisme politique se réclamant d’un autre prolétariat, pourvu que cet organisme agisse dans la voie de la fraction telle qu’elle est tracée dans cette déclaration. –
Sur cette base, et voulant marquer sa ferme volonté contre la confusion extrême qui domine actuellement le mouvement communiste, résolu à contribuer au renforcement du prolétariat, la fraction affirme sa conjonction internationale avec la fraction italienne se réclamant déjà de la position principielle exposée ci-dessus et décide d’adopter la dénomination de fraction belge de la gauche communiste internationale. –
Les points suivants posent les notions politiques essentielles appelées à s’intégrer à la charpente idéologique et programmatique de la révolution prolétarienne. –
Les fractions communistes ne peuvent forger l’arme théorique indispensable au triomphe de la révolution qu’à la condition de comprendre le mécanisme interne de la société capitaliste dans sa phase de déclin historique et de relier étroitement l’analyse des événements à la signification de l’époque. –
L’Impérialisme ou dernière étape du Capitalisme oriente l’évolution sociale vers une impasse : les forces productives dans leur ensemble, ne peuvent plus se développer dans le cadre du système capitaliste parce qu’elles ont atteint le niveau maximum compatible avec la nature de ce système. – En d’autres termes, la forme socialiste de la production et le mode bourgeois de production et de répartition des produits sont entrés en un conflit irréductible qui nourrit la crise générale de la société bourgeoise évoluant dans les limites d’un marché saturé de marchandises. – Le reflux des forces productives pose objectivement la nécessité de la révolution prolétarienne et de l’avènement du communisme en même temps qu’il ouvre une phase décisive de la lutte des classes : “l’époque de décadence capitaliste est l’époque de la lutte directe en vue de la dictature du prolétariat.” (2ème Congrès de l’I. C.)
L’antagonisme fondamental entre la bourgeoisie et le prolétariat devient l’axe de l’évolution historique autour duquel gravitent tous les contrastes secondaires, y compris les contrastes inter-impérialistes. – Cela veut dire que désormais la vie de la société capitaliste oscille entre les deux issues ouvertes par l’évolution des rapports sociaux : Guerre impérialiste ou Révolution prolétarienne. –
La guerre impérialiste est la rançon sanglante de la survivance anachronique du Capitalisme, lorsque le prolétariat est impuissant à imposer sa propre solution : le Communisme, au travers de sa dictature de classe. –
Le capitalisme pourrissant ne peut subsister qu’en dévorant sa propre substance, en provoquant des pertes énormes de travail accumulé (chômage des machines, destruction des produits, dévaluations monétaires) et de travail humain (chômage, utilisation pour la production de guerre, etc…)
Quand la guerre éclate, c’est que les contrastes internes de la production bourgeoise ne trouvent plus d’autre issue que celle constituée d’une part par la destruction massive des richesses productives qui, parce qu’elles ont dû refluer dans le cadre des économies de guerre, ont engendré leur propre négation en se transformant en moyen de destruction ; d’autre part, par le massacre du prolétariat, vivante antithèse de la société capitaliste. –
C’est la nature de cette société, fondée sur l’antagonisme irréductible entre la bourgeoisie et le prolétariat qui détermine le mobile fondamental de la guerre impérialiste et son contenu social, mais non la lutte entre les États capitalistes ou entre fractions bourgeoises d’un même État : les antagonismes inter-impérialistes sont seulement l’expression de la contradiction entre la tendance à l’universalité du système capitaliste et sa division en nations résultant de l’appropriation privée des richesses. –
Dans l’époque de la décadence bourgeoise, le prolétariat doit se désolidariser de toutes les guerres dirigées par le capitalisme ou ses agents démocratiques, que leur drapeau soit celui de la Révolution bourgeoise ou des nationalités opprimées, ou de l’émancipation nationale des colonies, ou de l’antifascisme, ou encore du “socialisme en un seul pays”. –
Le prolétariat reconnaît et accepte uniquement la guerre civile déclenchée par ses propres forces et sous le contrôle de son parti de classe, contre et pour l’abolition de l’État capitaliste. –
La Révolution prolétarienne trouve sa condition objective dans la condamnation historique du capitalisme, mais la force motrice capable de la propulser doit être recherchée pas dans l’économie, mais sur le terrain politique : une société pourrie ne peut tomber que sous la poussée d’une classe révolutionnaire. – Le prolétariat, en forgeant son parti de classe, devient cette classe révolutionnaire capable d’abattre la bourgeoisie, d’empêcher la guerre et la décomposition de la société. –
La démocratie bourgeoise est l’expression politique du libéralisme économique qui a favorisé l’accumulation du capital dans la phase de croissance du système bourgeois de la production. – En même temps, derrière le paravent de “l’égalité” politique, il tendit à dissimuler au prolétariat croissant en nombre et en force politique, la réalité de la société divisée en classes. – Bien que le prolétariat ne pouvait encore poser concrètement le problème du pouvoir, il s’opposa cependant à l’État capitaliste en fondant ses propres organisations de classe et, par là, heurtait aussi le principe démocratique qui constituait la charpente de l’édifice juridique-politique de la bourgeoisie. – Les organismes prolétariens de lutte surgissent contre la volonté de l’État démocratique et non pas grâce à l’existence de cet État ; mais en même temps, ils se laissaient pénétrer par la corruption de l’idée démocratique, d’autant plus puissante qu’elle baignait dans une ambiance de prospérité. – D’autre part, le capitalisme pouvait donner satisfaction partielle aux revendications ouvrières alors que celles-ci ne menaçaient pas encore le fonctionnement même du système capitaliste, mais pouvaient au contraire se greffer sur son développement. –
Par contre, la décadence du capitalisme non seulement s’oppose à une élévation (absolue aussi bien que relative) des conditions de vie du prolétariat mais exige l’exploitation intensive de celui-ci sur la base de l’étranglement de ses luttes. –
Pour la défense de ses intérêts, le prolétariat ne peut pas s’accrocher aux institutions démocratiques celles-ci n’étant pas son œuvre propre, mais celles de la bourgeoisie et qu’elles ne subsistent que dans la mesure où elles empêchent le prolétariat de poser ses revendications de classe et d’acquérir la conscience politique qui lui fasse découvrir la nécessité de détruire l’État bourgeois démocratique. –
La démocratie et le fascisme sont deux formes de domination d’une même classe : la bourgeoisie mondiale. –
Leur choix est déterminé en fonction non d’intérêts particuliers et contradictoires de cette classe, mais de son intérêt historique, fondamental : l’écrasement du prolétariat. –
Le prolétariat ne peut empêcher l’avènement de la domination fasciste que dans la mesure où, appuyé sur ses organisations de classe il s’oppose à la réalisation du programme capitaliste visant à son anéantissement en tant que classe, dans la mesure où il parvient à s’acheminer vers son propre objectif : la révolution communiste. –
Les expériences “démocratiques”, depuis 1918, ont démontré que la défense de la démocratie était la négation de la lutte des classes, étouffait la conscience du prolétariat et conduisait son avant-garde jusqu’à la trahison – aujourd’hui consommée – des partis communistes sans empêcher l’instauration du fascisme là où il s’imposait, mais en y contribuant : la tragédie du prolétariat espagnol jeté dans le gouffre de la guerre “antifasciste” a définitivement marqué au fer rouge les défenseurs, conscients ou non, de la démocratie bourgeoise. –
La position des communistes à l’égard des syndicats se rattache au critère central qui affirme que le programme de lutte pour les revendications immédiates doit être le pôle de concentration du prolétariat dans une phase où celui-ci n’agit pas en tant que classe consciente de ses buts historiques et où ce programme apparaît comme le seul qui heurte de front le programme capitaliste. – La conscience prolétarienne peut renaître dans la mesure où les batailles économiques partielles se développent jusqu’à atteindre la phase supérieure politique qui pose le problème du pouvoir. – “À l’époque où le capitalisme tombe en ruines, la lutte économique du prolétariat se transforme en lutte politique beaucoup plus rapidement qu’à l’époque du développement pacifique du régime Capitaliste. – Tout conflit économique important peut soulever devant les ouvriers la question de la révolution”. (2ème Congrès de l’I.C.)
Les communistes ont pour devoir de militer dans les syndicats réformistes qui sont actuellement les seules organisations unitaires de masse. – Mais, c’est à la condition de ne pas devoir sacrifier leur activité, sauvegarde de la lutte prolétarienne, que les communistes légitiment leur présence dans les syndicats. –
Les syndicats fascistes ne sont pas des organisations ouvrières mais des créations du capitalisme qui empêchent tout travail révolutionnaire. –
Lorsque l’arme économique des prolétaires a été anéantie par le Fascisme, les communistes ont pour devoir d’œuvrer à la constitution de nouveaux syndicats de classe. – Ceux-ci ne peuvent cependant surgir que du bouleversement des rapports sociaux. – De même un nouveau type d’organisation unitaire ne peut être un produit artificiel, mais un phénomène social surgissant de situations révolutionnaires où le prolétariat se dirige vers l’instauration de son propre pouvoir et est amené à en créer les organes de base, tels les soviets. –
La Révolution prolétarienne d’Octobre 1917, par ses traits fondamentaux, détermine le contenu des révolutions prolétariennes de demain. –
Dans le développement de la lutte des classes, elle représente la continuité progressive de la Commune de Paris et de la Révolution russe de 1905 et apporte la vivante preuve historique des prémisses théoriques suivantes : –
a) la révolution prolétarienne ne se réalise que par la destruction de l’État capitaliste et la fondation de l’État prolétarien, qui est inévitable dans la phase de transition entre le capitalisme et le communisme ;
b) pour atteindre son objectif historique – l’extinction des classes – le prolétariat doit instaurer sa propre dictature sous la direction de son parti de classe. –
Le parti n’étant que la fraction la plus consciente du prolétariat n’a pas d’intérêts se différenciant de ceux de la classe ; mais il exprime les intérêts d’ensemble de cette classe, leur finalité sociale. – Par définition, comme du point de vue de la réalité historique, il y a identification absolue entre dictature de classe et dictature du parti. –
Par contre, il existe une opposition irréductible entre la dictature prolétarienne et la dictature de l’État : –
Le prolétariat ne peut sauvegarder sa dictature de classe et, par conséquent, son programme historique qu’en asservissant l’État à la réalisation de ce programme. –
La dégénérescence prolétarienne trouve son terrain spécifique non dans la dictature du parti, mais dans l’incorporation du parti à l’appareil d’État. – Par contre, le contenu positif des révolutions prolétariennes, sans cesse grandissant, réside dans le dépérissement de l’État et non dans le développement de ses organes de coercition et de répression. –
L’une des tâches essentielles des fractions communistes est d’élaborer une solution de principe au problème capital de la gestion d’un état prolétarien, solution que les bolcheviks n’ont pu donner, faute de matière expérimentale. –
Les enseignements tirés de la révolution russe fournissent dès à présent les données suivantes du problème : –
a) la révolution prolétarienne ne peut suivre un cours autonome qui serait fondé sur l’originalité du milieu géographique et social. – Elle n’est pas la résultante de prémices matérielles développées dans le pays où elle surgit, mais le produit d’une maturation politique des contrastes de classe et ce, à l’échelle internationale. – Le critère de maturité économique ou culturelle est à rejeter tout aussi bien pour les pays à développement supérieur que pour les pays retardataires. – La maturité de la révolution prolétarienne est donnée par l’époque historique, telle que nous l’avons définie au point 2° ;
b) la révolution prolétarienne prend racine sur le terrain national, mais ne peut se développer qu’en se greffant sur la lutte du prolétariat mondial et en mettant l’État prolétarien au service de cette lutte. – L’affirmation centrale du marxisme que la révolution politique doit précéder la révolution économique n’acquiert sa pleine signification que sur l’arène internationale, sur la base d’un écrasement politique du capitalisme, au moins dans ses centres vitaux ;
c) le socialisme mondial, préface au communisme, ne peut pas être la juxtaposition d’économies “socialistes” nationales, mais il est l’expression de la division internationale du travail telle qu’elle a surgi du développement capitaliste, une organisation unitaire composée de secteurs inter-dépendants et solidaires ;
d) même après la fondation d’un État prolétarien et jusqu’au triomphe de la révolution mondiale, les lois de la production capitaliste continuent à s’exercer – dans une plus ou moins grande mesure – au sein de cet État, sous la pression des classes ennemies expropriées mais non détruites, et du capitalisme mondial : – Celui-ci ne peut pas être vaincu sur le terrain des compétitions économiques mais sur le terrain politique, au travers d’une exacerbation de la lutte mondiale des classes. – À celle-ci doivent donc être subordonnées les tâches d’un prolétariat victorieux par rapport à sa propre économie. – Les limites au programme économique sont tracées par la place spécifique qu’occupera l’économie prolétarienne dans l’organisation socialiste mondiale ;
e) en outre, le contenu social de la révolution prolétarienne ne se mesure pas essentiellement au développement des forces productives, mais au mobile et à la destination de la production, au degré de satisfaction des besoins des masses. –
L’URSS, en rompant avec le prolétariat mondial sur la base du Socialisme national a imprimé à son économie un cours capitaliste se dirigeant vers l’issue de la guerre impérialiste : l’industrialisation soviétique se traduit par l’édification d’une économie de guerre : –
Le devoir des fractions communistes est de rejeter toute défense – même conditionnée – de l’URSS, instrument de l’impérialisme mondial. –
LE PLEBISCITE VAN ZEELAND
Le chantage rexiste a donné ses fruits.
Le triomphe du “démocrate” Van Zeeland consacre non la “défaite du fascisme” mais celle des ouvriers.
Privé d’un parti de classe, ployant sous le poids des défaites accumulées, le prolétariat belge offrait une proie facile à tous les traîtres et maquignons politiques qui prétendent parler en son nom.
Social-démocrates, staliniens, socialistes “révolutionnaires”, tous s’inspirant, pour le plus grand profit du capitalisme, des expériences sanglantes d’Autriche, d’Allemagne et d’Espagne, ont engagé les ouvriers à faire choix du “moindre mal”, à abandonner leur terrain de classe pour celui de l’antifascisme. Si le fascisme s’impose un jour en Belgique, il n’aura pas eu de meilleur artisan que toute cette racaille contre-révolutionnaire.
Mais la manœuvre électoraliste du 11 avril ne posait nullement l’alternative Démocratie-fascisme. Elle facilitait un coup de sonde de la bourgeoisie, sans plus. Et la victoire de Van Zeeland n’a rien changé au rapport des forces entre Bourgeoisie et Prolétariat.
L’État démocratique ne s’est-il pas révélé tout aussi apte que l’État totalitaire fasciste à broyer la conscience des ouvriers ? En Belgique, la “défense” de la démocratie bourgeoise n’a-t-elle pas été réfutée par les faits tout comme elle le fut déjà en Allemagne ?
De 1932 à 1937, la continuité de la politique d’écrasement économique et politique du prolétariat n’est-elle pas manifeste ? Cette politique n’est-elle pas jalonnée par l’étouffement des grèves revendicatives, les pleins pouvoirs “démocratiques”, les décrets de déflation, le “Plan du Travail”, la dévaluation du gouvernement de Rénovation nationale ? Et la victoire “démocratique” de 1937, en raffermissant l’Union sacrée, ne prépare-t-elle pas les “réformes de structure”, l’incorporation totale des syndicats à l’État capitaliste, l’arbitrage obligatoire des conflits avec l’appui des forces démocratiques coalisées ?
La liberté démocratique est sauve !
Liberté de quoi ?
Le Capitalisme ne tolère cette liberté dans la mesure où le prolétariat n’en use pas pour menacer son profit.
Non, le prolétariat n’a pas à défendre la démocratie, et il ne peut défendre ses organisations de classe qu’en les mobilisant pour des batailles revendicatives et non en se bornant à leur conservation formelle.
Le salut des ouvriers réside dans une lutte autonome, intransigeante, par la grève, contre l’appareil économique et politique du Capitalisme, et par-dessus la tête des traîtres et des confusionnistes.
Ainsi seulement, ils retrouveront leur conscience de classe, avec l’aide des fractions de gauche forgeant les armes théoriques de la victoire…
RESOLUTION
Présentée par le courant minoritaire de la Ligue des Communistes Internationalistes et dont le rejet, à la Conférence nationale du 21 février 1937, a déterminé la scission.
1º – La guerre en Espagne surgit d’une évolution de la société capitaliste qui, sur le plan économique, exprime la décadence du système bourgeois de production et, sur le plan politique, traduit un renforcement de la classe bourgeoise, après la série de défaites prolétariennes qui sont le produit de la décomposition et de la trahison de l’Internationale Communiste.
2º – Le schéma de la révolution bourgeoise doit être rejeté de par la disparition des facteurs fondamentaux qui ont conditionné son épanouissement : une bourgeoisie révolutionnaire appuyée par les classes opprimées et un marché extensible développant les profits et l’accumulation du capital.
3º – L’Espagne n’est pas un îlot féodal, mais un état bourgeois inachevé et intégré au capitalisme mondial dont il subit les lois. De par la faiblesse de sa structure économique-politique, cet état oppose une moindre résistance aux phénomènes de la crise mondiale, tandis que les contrastes sociaux y atteignent une acuité extrême. L’objectif central de la bourgeoisie espagnole ne peut être de parachever la révolution bourgeoise, mais de briser toute action de classe du prolétariat.
4º – La république démocratique instaurée en 1931 a été la forme de domination capitaliste répondant le mieux à une évolution déterminée des contrastes sociaux. Avec elle, l’action ouvrière – si elle s’est amplifiée – est restée sous l’empire des forces démocratiques du capitalisme et n’a pu contribuer au développement de la conscience du prolétariat et à la formation de son parti de classe. Le contraste grandissant entre la volonté revendicative des masses et l’impossibilité pour la bourgeoisie d’y répondre, a cependant obligé celle-ci à une lutte ouverte contre le prolétariat. L’avènement du front populaire marque l’ultime manœuvre “pacifique” du capitalisme en même temps que la préparation de son offensive.
5º – Il est faux de représenter Franco comme agent d’une “rébellion militaire” ou du fascisme, alors qu’il agit incontestablement pour le compte du capitalisme tout entier, ce qui est confirmé par la collusion entre “fascistes” et “républicains”. Si la tentative d’écrasement immédiat du prolétariat échoue, c’est uniquement parce que les ouvriers, emportés par leur sûr instinct de classe, échappent temporairement à l’emprise de toutes les forces contre-révolutionnaires, se battent sur leur terrain de classe, recourent à la grève générale, posent leurs revendications matérielles tout en attaquant de front l’appareil capitaliste. Cela explique pourquoi le prolétariat peut vaincre dans des conditions manifestes d’infériorité matérielle.
6º – Le 19 juillet, la lutte s’élève jusqu’à la forme insurrectionnelle. Mais cela ne signifie pas qu’il s’agisse déjà d’une révolution prolétarienne.
La révolution prolétarienne est un phénomène dialectique, non un acte spontané. La lutte des classes prend un caractère révolutionnaire seulement lorsqu’elle est orientée vers la destruction totale de l’état capitaliste et non lorsqu’elle tend à la conservation de cet état. La révolution signifie que le prolétariat anéantit l’appareil bourgeois et le remplace par son propre appareil. Elle ne se borne pas à une simple substitution du pouvoir qui laisse intactes les bases, si pas les formes, de l’état capitaliste.
7º – En Espagne, les données marxistes du problème central de l’état ont été falsifiées par les courants politiques dominant le prolétariat. Non seulement l’état bourgeois n’a pas été aboli, mais le prolétariat a été détourné de sa tâche essentielle consistant à créer avec des organisations unitaires analogues aux soviets, les bases de son propre pouvoir. En même temps, lui a été enlevée la possibilité de développer sa conscience de classe et son parti.
En Catalogne, le comité des milices et le conseil de l’économie, loin de représenter les organes d’un pouvoir prolétarien, même embryonnaire, ont été des instruments de collaboration de classe et d’union sacrée. Ces organismes n’ont été que la “façade prolétarienne” du pouvoir bourgeois et non le pouvoir prolétarien dissimulé derrière la “façade” du pouvoir “fictif” de la bourgeoisie. De même sous le signe de l’idéologie bourgeoise, les réalisations du prolétariat catalan ont acquis un contenu bourgeois en dépit de la radicalisation de leur forme.
8º – Parce qu’après son succès initial contre Franco, le prolétariat, par manque de conscience politique n’a pu poursuivre son action jusqu’à la destruction de l’appareil bourgeois, il a donné au capitalisme la possibilité d’intervenir par une manœuvre de diversion qui a opéré un changement radical dans la nature des événements : la guerre des classes entre la bourgeoisie et le prolétariat se transformant en une guerre territoriale entre le fascisme et l’antifascisme. La formation des fronts militaires a coïncidé avec la cessation des luttes revendicatives et de la lutte armée autonome des ouvriers. Elle a représenté la condition du désarmement politique et de la défaite du prolétariat.
9º – Les communistes ne peuvent dissocier le fascisme – forme de domination de la bourgeoisie – du capitalisme – système d’exploitation de cette même bourgeoisie.
Du point de vue marxiste, il ne peut exister de lutte spécifique contre le fascisme. Il existe une incompatibilité foncière entre la lutte antifasciste et la lutte prolétarienne. L’antifascisme est, par définition, une manœuvre capitaliste et, du point de vue de la réalité politique, il ne peut exister d’opposition entre l’antifasciste bourgeois et l’antifasciste “prolétarien”. Ce dernier ne peut donc pas s’intégrer à la lutte révolutionnaire contre le capitalisme. La nature d’une guerre militaire est déterminée par la nature de la classe qui la dirige. Une guerre qui se déroule sous la domination capitaliste est une guerre capitaliste quels que soient ses aspects. En aucun cas, le prolétariat ne peut accepter une telle guerre dans la phase de déclin historique du capitalisme.
10º – En Espagne, il n’y a actuellement ni révolution ni guerre civile.
Dans la guerre civile, la bourgeoisie et le prolétariat s’opposent irréductiblement en posant l’enjeu du pouvoir et de l’état. Dans la guerre “antifasciste”, comme dans toute guerre capitaliste, la collaboration de classe triomphe et pose l’objectif central du massacre des prolétaires sous le signe du dilemme : fascisme ou antifascisme. La guerre “antifasciste” prend les formes et les développements internes de la guerre impérialiste : a) par l’étouffement des revendications de classe des ouvriers, la prédominance des besoins de guerre et la militarisation de la vie sociale ; b) par la gestion économique de guerre sous la forme concentrée du capitalisme d’état ; c) par le processus d’union sacrée accéléré sous la pression des fluctuations militaires. Le caractère fondamental de la guerre impérialiste n’est pas donné par l’opposition des états capitalistes, mais par l’opposition des classes, telle qu’elle se manifeste dans le déclin du capitalisme aspirant à la conservation de sa domination. L’effacement des buts impérialistes dans la guerre en Espagne ne supprime pas son objectif essentiel : l’écrasement du prolétariat sous le drapeau du capitalisme. Même victorieuse, la guerre “antifasciste” représente une défaite prolétarienne.
11º – La guerre d’Espagne pose à nouveau devant le prolétariat international le problème crucial de 1914.
En 1914, la résolution de Stuttgart contre la guerre impérialiste est balayée par le mythe de la “guerre du droit”.
En 1936, le mot d’ordre des communistes-internationalistes, rejetant la guerre contre le fascisme “extérieur”, devient une acceptation de la guerre contre le fascisme “intérieur”.
Sous le drapeau antifasciste, le prolétariat espagnol tombe pour le capitalisme et non pour le socialisme. La guerre “antifasciste” est dirigée contre le prolétariat qui a pour devoir de classe de s’en désolidariser, de déclencher la guerre civile pour la destruction de l’état capitaliste et d’accepter les conséquences “défaitistes” découlant de cette attitude.
12º – L’aide internationale au prolétariat espagnol ne peut pas se poser sur la base capitaliste de l’interventionnisme armé, de la lutte pour “obliger les états démocratiques à lever le blocus du front populaire d’Espagne, à s’opposer à l’interventionnisme des états fascistes”. Sur ce terrain, la tentative de dissocier l’aide prolétarienne de l’aide capitaliste, est purement abstraite. Le prolétariat ne peut pas plus intervenir sur le terrain des compétitions impérialistes que sur celui des divergences programmatiques entre fractions de la bourgeoisie. Au programme du capitalisme impérialiste, le prolétariat doit opposer celui de la révolution prolétarienne. Chaque prolétariat national doit marquer sa solidarité aux prolétaires d’Espagne en déclenchant des actions de classe contre sa propre bourgeoisie, contre l’appareil économique et politique du capitalisme.
L’aide effective à l’Espagne révolutionnaire réside dans la généralisation de la lutte prolétarienne et le bouleversement du rapport mondial des classes.
13º – Le prolétariat belge doit s’inspirer de la leçon espagnole et repousser toute tentative du capitalisme – ou de ses agents – visant à l’entraîner dans le guet-apens d’une guerre “antifasciste” tant intérieure qu’extérieure : l’internationalisme prolétarien ne peut dissocier le “fascisme national” du “fascisme étranger”.
En Belgique, une offensive violente du capitalisme, propulsée par le “rexisme” – ou toute autre formation bourgeoise – doit être le signal du réveil de classe des travailleurs.
Le prolétariat a pour devoir de s’insurger par tous les moyens en son pouvoir, contre l’attaque capitaliste tendant à l’écraser ; mais il ne peut vaincre que sur son terrain propre, en déclenchant des actions de classe, en engageant une lutte autonome contre tout l’appareil économique et politique de la bourgeoisie.
C’est seulement en échappant à l’emprise des forces capitalistes, en franchissant les limites de la légalité bourgeoise, sous la direction de son parti de classe, que le prolétariat peut développer sa lutte révolutionnaire jusqu’à la phase décisive de destruction totale de l’état capitaliste et de l’instauration de sa dictature et de son propre état, avec l’aide nécessaire du prolétariat international.