Internationale Kommunistische Partei

Bilan 2

Massacre des travailleurs en Espagne

Combien seront-ils ? Impossible de connaître un chiffre même approximatif du nombre des victimes tombées dans l’orgie de sang, digne cérémonie pour l’ouverture des Cortès de la „République des travailleurs d’Espagne“. Droite agraire et monarchiste, droite républicaine, gauche radicale, parti socialiste, gauche catalane, dans un front unique admirable, manifestent leur satisfaction de cette victoire de „l’ordre“. La classe ouvrière espagnole ayant abandonné les mauvais pasteurs – que seraient en l’occurrence les anarchistes de la Fédération Anarchiste Ibérique – de Macia, „le libérateur de la Catalogne“ à Maura, de Lerroux à Prieto, rendent l’hommage voulu et opportun à la „sagesse des travailleurs espagnols“. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un mouvement ouvrier étouffé par les mitrailleuses et les canons ; mais tout simplement, ah ! combien simplement, d’une sorte d’épuration faite par la bourgeoisie dans l’intérêt des travailleurs. Une fois l’ulcère extirpé, la sagesse, la sagesse innée, reviendrait et les travailleurs s’empresseraient de remercier les bourreaux qui les auraient délivrés des meneurs anarchistes.
Ah ! qu’on l’établisse, mais qu’on l’établisse sans tarder le bilan des victimes qu’a à son actif la République des Azana-Caballero, aussi bien que celle des nouvelles Cortès, et, – bien mieux que mille controverses théoriques – on parviendra à établir la signification de la „République“ et de la soi-disante révolution démocratique de 1931.Ce bilan pâlira devant l’oeuvre de la monarchie et finira par montrer au prolétariat qu’il n’ y a, pour lui, aucune forme d’organisation bourgeoise qu’il puisse défendre. Qu’il n’y a pas de „moindre mal“ pour lui et tant que l’heure n’est pas venue pour livrer sa bataille insurrectionnelle, il comprendrait qu’il ne peut défendre que les positions de classe qu’il a conquises et qu’on ne peut confondre avec les formes d’organisation et de gouvernement de l’ennemi, fussent-elles les plus démocratiques. Les travailleurs espagnols viennent encore une fois d’en faire l’expérience, comme le prolétariat des pays du „paradis démocratique“ ou du fascisme.
„Mouvement anarchiste“ ! C’est ainsi qu’est caractérisé ce soulèvement étouffé dans le sang. Et évidemment, les formations de la gauche bourgeoise, les socialistes aussi bien que le libéral Macia, diront que parmi ces „meneurs“ anarchistes, se trouvaient les „provocateurs“ de la monarchie : ainsi leur „conscience“ républicaine trouvera une nouvelle sérénité et leur âme restera sans tâche. Mais le prolétariat reconnaît les siens et il sait que ce ne sont pas des provocateurs que la gendarmerie a étendu sur le sol, mais ses fils les plus valeureux qui s’étaient révoltés contre l’oppression du capitalisme républicain.
Étranges anarchistes que ces ouvriers qui déclenchent un mouvement de rébellion à la suite d’une consultation électorale ! Cependant nous n’hésiterons pas un seul instant à nous solidariser avec un mouvement prolétarien, même s’il était dirigé par des anarchistes (en essayant de faire prévaloir au cours de la lutte la conception communiste qui, seule, peut aboutir à la victoire). Mais le fait n’est pas là, et nous nous insurgeons dès maintenant contre ces militants qui, au moment même où le faisceau des forces du prolétariat mondial devrait se resserrer pour soutenir le prolétariat espagnol, avancent des critiques à l’égard des prétendues responsabilités des anarchistes espagnols.
Des mouvements d’une telle ampleur ne dépendent, et ne peuvent dépendre d’un plan préétabli : c’est là la conception propre à l’ennemi qui considère que la lutte des masses contre son oppression n’est que le fait d’un parti tramant des complots. Actuellement, les derniers évènements d’Espagne ont montré une opposition flagrante entre l’idéologie anarchiste et l’élection des Cortès qui les a déterminés. Cette révolte prolétarienne trouve sa cause réelle non dans les élections mais dans la situation générale de la classe ouvrière. Elles ont fourni une occasion fortuite que seuls des phraseurs superficiels peuvent considérer comme l’élément déterminant de la révolte ouvrière de ces derniers jours
LE DÉFAUT D’UN PARTI RÉVOLUTIONNAIRE DU PROLÉTARIAT ! Voilà ce qui a sauvé les défenseurs du capitalisme espagnol. La construction de ce parti se fait au prix d’innombrables victimes prolétariennes. Les conditions de sa formation et de son développement comme guide de la classe ouvrière peuvent surgir des expériences de la lutte sanglante du prolétariat contre le capitalisme.
Les victimes ouvrières tombées dans la lutte en Espagne n’appartiennent à aucune école particulière. Elles ne peuvent offrir matière à spéculation, pour ou contre les anarchistes. Le prolétariat de tous les pays honorera les morts d’Espagne en aidant le prolétariat ibérique à se forger l’instrument indispensable pour sa victoire, son parti de classe, pour le déclenchement de l’insurrection prolétarienne.

Six communistes décapités dans les prisons de Cologne

Dessau, 28 novembre : „Dix condamnations à mort ont été prononcées par le Tribunal de Dessau contre les communistes accusés d’avoir tué un milicien hitlérien„.

Une simple information de presse, un fait divers, voilà comment le prolétariat mondial a connu la condamnation à mort de dix communistes, ainsi que la décapitation de six d’entre eux en Allemagne.
La sanglante répression qui s’abat sur le prolétariat allemand et les conditions dans lesquelles se trouvent les prolétariats dans les autres pays, sont les traits saillants de la situation actuelle. D’un côté, le fascisme peut décapiter six communistes sans que les ouvriers allemands aient la force d’y opposer une manifestation de protestation et de solidarité, d’un autre côté ? dans le monde entier ? les organisations qui englobent pourtant encore aujourd’hui des millions d’ouvriers, peuvent, sans rencontrer l’opposition des masses organisées, se borner à relater brièvement, comme un „fait divers“, les assassinats d’ouvriers en Allemagne.
Dans le secret glacial de Cologne, le bourreau peut travailler sans crainte : la proie est à sa disposition, il peut la saisir, la ligoter, l’assassiner ; quelques semaines avant, à l’occasion du plébiscite, les bourreaux fascistes avaient senti que le moment était venu pour signifier au prolétariat que, désormais, le capitalisme défendra son régime d’esclavage par l’étranglement de ceux qui oseraient lui opposer la moindre résistance.
Et le bourreau de Cologne a lancé son avertissement à la classe ouvrière : pas de pitié, pas de grâce : pour la mort d’un défenseur du régime bourgeois, dix ouvriers seront exécutés.
D’aucuns avaient prévu qu’à la suite du plébiscite du 12 novembre, le fascisme aurait promulgué une amnistie. Mais ils avaient jugé sans considérer la logique terrible des situations : le capitalisme, une fois son ennemi ? le prolétariat ? étendu par terre, dans l’impossibilité de s’opposer à son plébiscite, a immédiatement dressé la potence pour ceux qui osent défendre leur classe et leur vie : et dans les usines et les ménages, le capitalisme introduit brutalement le spectre de la potence, comme rançon des luttes de résistance et de défense de la classe ouvrière.

PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS !

Les décapitations de Cologne, les conditions qui les ont accompagnées, sont une preuve manifeste de la faiblesse du prolétariat mondial. Si ces décapitations ont pris la signification d’un „fait divers“ c’est que la capacité de défense et de lutte du prolétariat allemand et mondial est, aujourd’hui, un „fait divers“ en face de l’attaque hardie, violente, terrible, que développe le capitalisme international.
La première condition pour que cette faiblesse ouvrière ne comporte pas l’écrasement du prolétariat de tous les pays, dans le carnage d’une nouvelle guerre, réside dans la réelle compréhension de la situation où se trouve la classe ouvrière. Le „OUI“ des ouvriers allemands lors du plébiscite a la même portée historique que le „OUI“ des ouvriers social-démocrates qui applaudissent ou consentent à accepter les discours des traîtres d’hier et d’aujourd’hui quand ils prêchent le boycott des marchandises allemandes. Ce „OUI“ a la même portée historique que l’accord des ouvriers révolutionnaires qui applaudissent ou consentent à accepter les discours centristes d’aujourd’hui ? et traîtres de demain ? qui prétendent que le renforcement politique, économique militaire et diplomatique de l’État ouvrier ? délié de la classe ouvrière internationale et s’appuyant sur les États capitalistes ? peut opposer une barrière à la répression sanglante du capitalisme international qui, par cette répression, prépare la guerre de demain.
Cependant, le „NON“ des ouvriers allemands, des ouvriers social-démocrates, des ouvriers révolutionnaires, n’est pas et ne peut être le résultat d’une proclamation verbale, ou l’affirmation d’une volonté de protestation.
Ce „NON“ ne peut résulter, après l’effondrement et la mort de l’Internationale Communiste, lors de la victoire du fascisme en Allemagne, que de la reconstruction des partis de classe du prolétariat. Mais la reconstruction de ses partis n’est pas l’oeuvre d’académiciens : elle est l’oeuvre des prolétaires révolutionnaires qui peuvent et doivent faire de chaque situation un jalon vers la fondation de ces nouveaux partis, un jalon pour la reprise des luttes révolutionnaires.
La seule réponse prolétarienne aux décapitations de Cologne consiste, par conséquent, dans l’indication claire et nette des positions autour desquelles les masses ouvrières peuvent se regrouper et constituer leur front de combat, le plus large. Elle consiste aussi dans la formation de cadres pour la révolution au feu de cette lutte, ou de la préparation de cette lutte.

OUVRIERS DU MONDE ENTIER !

La seule action menée actuellement, à l’échelle internationale, à propos des événements d’Allemagne, est celle qui se concrétise autour du mot d’ordre du „boycott“ des produits allemands. Les social-démocrates proclament ce boycott et lancent des affiches d’une signification nationaliste, qui pourraient parfaitement émaner des partis de la réaction la plus agressive dans sa lutte contre le prolétariat de chaque pays.
Les centristes qui avaient prôné, il y a cinq ans, cette politique de boycott contre l’Italie fasciste, ne donnent pas leur adhésion à cette campagne de boycott des produits allemands. Mais nullement parce qu’ils y opposent une campagne de lutte du prolétariat mondial contre le fascisme, mais seulement parce qu’une telle action compromettrait les relations économiques entre la Russie et l’Allemagne. Et puisque le centrisme oppose à la lutte révolutionnaire du prolétariat mondial contre l’impérialisme, la lutte des travailleurs pour le renforcement économique et diplomatique de l’Etat ouvrier et la lutte pour sa pénétration progressive au sein du système capitaliste international il ne veut nullement compromettre la sécurité commerciale de l’Union Soviétique par l’emploi du boycott.
Le boycott des produits allemands est-il, ou peut-il devenir un mot d’ordre de la classe ouvrière ? Est-il ou peut-il représenter une condition favorable pour la Iutte de chaque prolétariat contre son capitalisme respectif ? En outre est-il, ou peut-il devenir un facteur de soutien pour la lutte des ouvriers allemands contre le fascisme qui les torture et les assassine ? A toutes ces questions, l’on ne peut opposer une réponse brutalement négative. En effet l’initiative des rapports économiques appartient uniquement aux États capitalistes et le prolétariat ? dans le régime actuel ? ne saurait contrôler l’établissement des relations commerciales de la bourgeoisie. De ce fait rien n’empêcherait les ouvriers d’acheter les produits allemands jetés sur le marché par les mêmes capitalistes qui placardaient ensuite l’affiche pour le boycott allemand, comme ce fut du reste le cas pendant la guerre. Au surplus, les États capitalistes ne peuvent jamais obtenir la solidarité du prolétariat pour les luttes qu’ils se livrent entre-eux : les prolétaires de tous les pays étant les victimes expiatoires de ces luttes. Il est parfaitement naturel que les traîtres de 1914, qui s’apprêtent à offrir de nouveau leurs services pour la nouvelle guerre, appellent, dès aujourd’hui, les ouvriers de France, d’Angleterre, de Belgique à se préparer idéologiquement ? par le boycott ? à prendre les armes afin de se faire massacrer ou de massacrer leurs frères de misère, dans les futurs carnages.
Le plan grâce auquel le fascisme allemand entend souder le prolétariat aux intérêts du capitalisme, est celui de la lutte contre Versailles et contre l’impérialisme des autres pays. Pour la meilleure réussite de ce plan, le fascisme s’appuiera avantageusement sur la campagne du boycott, persuadé qu’il est que les différents capitalismes lui assureront une solidarité agissante et effective pour la réalisation de son plan d’asservissement du prolétariat allemand, en vue de la préparation de la guerre et de la contre-révolution mondiale. Pas une des clauses du Traité de Versailles n’a fonctionné, et ne pouvait fonctionner, contre le capitalisme allemand. L’impérialisme français, belge ou anglais n’empêchera en rien le plan de réarmement des fascistes allemands. car, tout comme l’Allemagne, il est intéressé à préparer les conditions matérielles et idéologiques pour la guerre de demain.
Le mot d’ordre du boycott doit donc être repoussé comme étant l’instrument pour la liaison organique des prolétariats à leur capitalisme respectifs et comme étant un facteur de raffermissement du pouvoir fasciste lui-même. A ce mot d’ordre capitaliste, le prolétariat doit opposer celui du déclenchement de mouvements et de grèves de solidarité, celles-ci affaiblissant et menaçant la bourgeoisie de chaque pays et, par contre-coup, le fascisme en Allemagne, en Italie et dans les autres pays.
Mais, pour la réalisation d’un tel plan de lutte de la classe ouvrière, il faudrait que l’avant-garde communiste puisse en prendre l’initiative. Le centrisme impose, dans l’intérêt de la conservation du régime capitaliste mondial, une politique qui rend impossible cette initiative de l’avant-garde communiste. En dehors des organisations de masse, le centrisme impose au parti communiste la politique des Comités d’Amsterdam, de Paris du 1er août, etc., entraîne l’avant-garde en dehors de la lutte réelle des masses, pousse à la scission de ses organisations syndicales et met l’avant-garde en dehors du mécanisme même de la lutte des classes. Comités sans autorité sur les masses, incapables d’avoir le moindre effet sur la lutte des classes, ils ne font que servir les intérêts particuliers de la politique centriste et de son maintien au sein des masses.
C’est seulement sur les bases de mouvements de classe, propre à chaque prolétariat dans sa lutte contre son impérialisme respectif, c’est seulement au sein des organisations syndicales, où les masses se trouvent réunies, qu’une action est possible pour soutenir les travailleurs allemands et pour la reprise réelle de la lutte du prolétariat dans tous les pays.
Et c’est sur ce front de lutte que les ouvriers de toutes les tendances doivent se rassembler et que le bloc de toutes les forces ouvrières devra se faire. Ceux qui s’y opposent, s’opposent en réalité à la défense de la classe ouvrière devant la nouvelle guerre, que tous les impérialismes, fascistes ou démocratiques, préparent de concert.

PROLÉTAIRES !

Le capitalisme pousse à l’organisation fasciste de la société. Et pour maintenir sa domination et son pouvoir, il doit supprimer toute manifestation des antagonismes de classe. La situation économique ne laisse plus aucune possibilité au capitalisme d’employer un surprofit quelconque à la corruption des organismes de la classe ouvrière et le plan esclavagiste de la bourgeoisie doit être directement et rapidement imposé aux masses.
Bien au delà du contraste entre la démocratie et le fascisme (contraste qui ne peut et ne doit englober le prolétariat démocratie et fascisme étant deux formes de vie et de domination de la classe capitaliste) il y a l’intérêt réel et fondamental du prolétariat à défendre ses organismes de classe contre l’anéantissement fasciste ou la corruption démocratique de la social-démocratie. Ces organismes n’ont nullement été renforcés par la démocratie, mais sont le fruit de luttes sanglantes de dizaines et de dizaines d’années livrées par la classe ouvrière dans tous les pays. Ces organismes de classe représentent la condition pour l’éclosion des mouvements défensifs des masses, la condition pour s’opposer à la préparation de la guerre impérialiste, une des conditions pour préparer la révolution prolétarienne, le seul moyen pour éviter la guerre de demain.
Ainsi que l’expérience italienne l’a prouvé, la classe ouvrière, qui n’a pas su sauvegarder ses organisations de classe, devient incapable de les reconquérir par ses forces exclusives. La solidarité du prolétariat des autres pays lui est indispensable, et si cette solidarité devait faire défaut, la classe ouvrière d’Italie, d’Allemagne sera impuissante à empêcher la dernière conclusion de la victoire fasciste : la guerre ! et c’est seulement au feu de celle-ci, ou après elle, que les ouvriers pourront reprendre leur lutte de masse vers la révolution prolétarienne. Voilà quelle est la réelle situation de la classe ouvrière dans les pays fascistes et cela oppose un démenti des plus brutal aux conceptions grossières répandues actuellement sur les soi-disant perspectives révolutionnaires en Allemagne. Si la solidarité des autres prolétariats manque à la classe ouvrière allemande elle se trouvera dans l’impossibilité d’opposer le moindre mouvement de grève au plan des assassins fascistes.
D’autre part, dans les autres pays les organismes de la classe ouvrière sont rendus inoffensifs pour le capitalisme et risquent de devenir des pions dans le jeu atroce de la bourgeoisie, pour la défense de la démocratie, de cette même démocratie qui massacre les ouvriers et les paysans dans les colonies.
Une action de solidarité sur une base de classe, pour le prolétariat allemand, est de nature à soutenir les luttes de la classe ouvrière étranglée par le fascisme, est de nature à rendre au prolétariat ses organismes de classe, que les traîtres font servir au plan du capitalisme dit démocratique.

PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS !

Les six décapités de Cologne, les assassinats continuels en Allemagne, sont des alertes qui ne peuvent vous laisser indifférents, sans risquer de voir votre classe sombrer demain sous les coups des bourreaux capitalistes du monde entier.

DEBOUT POUR REPRENDRE VOTRE LUTTE !
OPPOSEZ-VOUS AU BOYCOTT QUI EST UN INSTRUMENT DE LUTTE IMPÉRIALISTE !
PRÉPAREZ DES MANIFESTATIONS DE CLASSE ET DE MASSE !
IMPOSEZ A VOS ORGANISATIONS DE CLASSE LE DÉCLENCHEMENT DE MOUVEMENTS DE SOLIDARITÉ AVEC LE PROLÉTARIAT ALLEMAND !
UNIFIEZ VOS LUTTES DÉFENSIVES CONTRE LA RÉPRESSION QUI SE DÉCHAÎNE DANS CHAQUE PAYS AVEC LES LUTTES DE SOLIDARITÉ POUR LE PROLÉTARIAT ALLEMAND !
VIVENT LES SIX DÉCAPITES DE COLOGNE ! QUE LEUR SANG FERMENTE, DANS LE PROLÉTARIAT ALLEMAND ET INTERNATIONAL, LES CONDITIONS POUR LA REPRISE DE LA LUTTE RÉVOLUTIONNAIRE DANS TOUS LES PAYS !
VIVE LA LUTTE DE SOLIDARITÉ DU PROLÉTARIAT DE TOUS LES PAYS !
VIVENT LES FRACTIONS DE GAUCHE DES PARTIS COMMUNISTES !
VIVE LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE MONDIALE !

LA FRACTION DE GAUCHE DU P.C.I.

Le 10 décembre l933

Le 30 novembre ont été exécutés, à Cologne, les travailleurs : Hammacher, Woeser, Wilms, Horch, Moritz et Engels. Le 28 novembre, à Breslau, l’ouvrier Kurt Gerber. Le 1er août, à Altona, les prolétaires : Bruno Tesch, Auguste Lüttgens, Walter Möller et Karl Wolf.
Tous sont tombés héroïquement dans la lutte : le prolétariat international s’en souviendra !

Une victoire de la contre-révolution mondiale : Les Etats-Unis reconnaissent l’Union Soviétique

„Une victoire de l’U.R.S.S. – Une victoire de la révolution mondiale“.
(Rundschau, 23 novembre 1933 ).

Des considérations générales sont indispensables pour comprendre la réelle signification de l’événement international que constitue la reconnaissance de l’U.R.S.S. par les États-Unis. La victoire révolutionnaire en Russie a déterminé l’éclosion de la conception suivante, au sein du mouvement communiste mondial : le renforcement de l’État ouvrier représente la condition pour le développement de la révolution mondiale. Dès lors, cette conception fut imposée dans les partis communistes sous la forme impérative suivante : telle ou telle position renforce-t-elle la puissance économique, militaire ou diplomatique de l’État ? Si oui, l’on ne peut hésiter et la lutte dans cette direction doit immédiatement devenir une revendication capitale pour le prolétariat de chaque pays. Le problème de la reconnaissance de l’ U.R.S.S. par les États capitalistes une fois posé ainsi, le centrisme peut proclamer que la victoire du prolétariat consiste dans l’obtention de cette reconnaissance, l’opposition affirmer que la reconnaissance de l’Union soviétique constitue un événement positif dans l’intérêt de la révolution mondiale.
Insensiblement, nous en sommes arrivés à faire de l’État ouvrier une sorte de dogme devant lequel toute critique de fond devient une hérésie contre-révolutionnaire : le dogme de l’État ouvrier et de sa politique devient même la pierre de touche, pour l’établissement de la démarcation entre révolution et contre-révolution. A notre avis, et pour le cas concret qui nous occupe, la démarcation se détermine en réalité entre la contre-révolution qui marque une conquête importante et décisive, grâce à la reconnaissance de l’U.R.S.S. par les États-Unis, et la révolution, qui s’oppose au concert unanime en faveur de cette reconnaissance, et qui représente la défense des principes révolutionnaires que l’État ouvrier brise au moment même où il „arrache“ une soi-disant conquête en face du monde capitaliste.
Du principe marxiste que l’insurrection peut se déclencher dans un seul pays, nous en sommes arrivés à concevoir le possibilité de renforcer la dictature prolétarienne dans les limites territoriales de l’État ouvrier. La démarcation entre le centrisme et l’Opposition Internationale de gauche, bien que de grande valeur, ne porte pas – à notre avis – sur le fond même du problème. Le centriste proclamera ouvertement que le prolétariat de chaque pays ne vit pas dans le milieu capitaliste où il est condamné à lutter, mais entre les frontières de l’État ouvrier. L’oppositionnel fera du renforcement de l’État ouvrier la condition politique du développement de la révolution mondiale et critiquera le centriste seulement parce qu’il n’a pas „dosé“ le traité diplomatique avec le capitalisme suivant les nécessités du mouvement communiste mondial. L’oppositionnel croit donc que la lutte entre les états capitalistes et la révolution mondiale peut, dans une certaine mesure, découler de l’habileté des diplomates ouvriers, lesquels, en tendant des „pièges“ aux capitalistes, s’appuieraient sur le mouvement ouvrier international qui deviendrait le pion employé par l’État ouvrier dans son jeu subtil envers le capitalisme : son propre développement exprimant directement le renforcement du mouvement prolétarien dans les pays capitalistes.
La liaison de principe entre la possibilité de l’insurrection dans un seul pays, et le maintien, le développement de la dictature du prolétariat, n’a pas été examiné ouvertement, si ce n’est par le centrisme qui a résolu ce problème par la Théorie du socialisme en un seul pays. Le camarade Trotsky a eu le grand mérite en 1927 de porter contre cette théorie une critique aiguë. Mais – aussi bien que les autres courants de gauche, le nôtre y compris – il n’a pas su, ni pu, donner une solution de principe au problème des rapports entre l’État ouvrier et les États capitalistes. L’époque est donc venue où il est possible de donner une solution de principe à cette question ; les expériences étant là pour nous aider, et cette solution représentant une des conditions capitales pour la reprise de la lutte ouvrière ainsi que pour la sauvegarde réelle de l’État ouvrier, du prolétariat russe et du prolétariat mondial.
Une opposition de principe nous parait exister entre le déclenchement de la bataille insurrectionnelle dans un seul pays et la défense, le développement de la dictature du prolétariat dans les limites de l’État ouvrier. Ces deux positions ne s’enchaînent nullement et, ainsi que l’expérience de l’après guerre devait le confirmer, elles s’excluent mutuellement : une fois l’insurrection victorieuse dans un seul pays, sa défense et sa généralisation ne peuvent dépendre que du mouvement ouvrier international, de ses intérêts, des rapports de force entre le capitalisme et le prolétariat sur l’échelle mondiale. Ainsi pratiquement, si après l’analyse d’une situation générale nous devrions choisir entre le mouvement ouvrier d’un pays capitaliste et les intérêts matériels de l’État ouvrier, nous n’hésiterions pas à considérer comme nécessaire de refuser une condition d’avantage à l’État ouvrier et à mettre en première ligne les intérêts du mouvement ouvrier du pays capitaliste. Quant au fond du problème, nous affirmons que le développement pacifique de l’État ouvrier au sein du monde capitaliste, étant inconcevable, le cours réel de la vie, de la défense de cet État, ne peut passer par la courbe des multiples reconnaissances, des pactes de non-agression, des traites d’amitié, etc…, qu’à la seule condition d’abandonner son réel soutien : le prolétariat de chaque pays.
Surgissant de la société bourgeoise, la révolution prolétarienne, qui permet l’érection de l’État prolétarien, peut ne pas se généraliser immédiatement à tous les autres pays. Ainsi que nous l’avons déjà expliqué dans le troisième paragraphe de notre „Projet de constitution d’un Bureau d’Information international“ ( „Bilan“, novembre 1933, page 34), la structure du monde capitaliste ne fonctionne pas en tant qu’État mondial, mais en tant qu’ensemble d’États nationaux, qui essayent de faire épouser leur cause par leurs prolétariats respectifs. Par contre, la lutte du prolétariat ne peut dépendre que de considérations d’ordre international et seulement international.
A la faveur de l’opposition entre les états capitalistes et de la lutte qu’ils se font entre eux, il se produit un développement révolutionnaire extrêmement inégal, dont la vitesse se détermine, d’abord par la situation du capitalisme au point de vue mondial, ensuite par la tension des contrastes des classes, particuliers à chaque pays et résultant de la portion de butin économique accaparé par chaque bourgeoisie (ce sont les pays économiquement les plus arriérés qui fournissent les conditions les plus favorables pour le déclenchement de l’insurrection) et enfin, – et c’est là le facteur essentiel – par la capacité du parti de la classe ouvrière d’intervenir au travers des événements. Il est évident que la formation et les capacités de ce parti sont fonction des conditions particulières du capitalisme lui-même, et ainsi il est possible d’expliquer le rôle du parti socialiste allemand pour la fondation de la IIe Internationale, et le rôle du parti bolchevik pour la fondation de la IIIe Internationale. Le parti socialiste allemand surgissait d’une société capitaliste arrivant parmi les dernières, sur l’échelle des victoires de la bourgeoisie. Le parti bolchevik provient du milieu social où une bourgeoisie n’a pas encore réalisé sa victoire, et au cours de la période historique de déchéance du capitalisme considéré au point de vue mondial.
Ce sont donc des conditions foncièrement historiques qui permettent l’insurrection dans un seul pays. Les lois de la lutte des classes agissent sur le plan international et paraissent erronées seulement pour le philistin marxiste, qui récite son credo „internationaliste“ dans l’intérêt du capitalisme et pour condamner la bataille insurrectionnelle dans un seul pays. Mais en réalité, ces lois expliquent cette insurrection, le prolétariat se greffant sur la structure (États distincts et opposés) du monde capitaliste. Après la victoire de l’insurrection, ces lois de la lutte des classes du fait de l’érection de l’État prolétarien ne cessent pas de fonctionner. Et le dilemme se pose : ou bien cet État va être considéré comme une des postions du prolétariat mondial, ou bien il va être considéré comme la condition concentrant en elle la lutte du prolétariat international.
L’on pourrait arriver à la conclusion que l’opposition entre les États capitalistes détermine la possibilité d’une identification de l’État ouvrier avec le prolétariat mondial, à la seule condition de considérer que la tendance organique des États capitalistes vers la guerre, n’obéit pas à la structure du monde capitaliste, mais obéit à une loi internationale de la lutte des classes. Au critère de l’élargissement des positions économiques de chaque État, cause de la guerre, viendrait se substituer comme raison des conflagrations, l’autre critère de la lutte entre ces États dans l’intérêt de la révolution prolétarienne. Ainsi la guerre deviendrait une phase de l’évolution révolutionnaire et ne serait plus l’éruption des contradictions capitalistes pouvant fournir une condition pour la révolution, seulement dans la mesure où le parti de la révolution mène une lutte intransigeante et énergique contre la guerre.
L’insurrection dans un seul pays dérive donc de la structure du monde capitaliste et cette même structure nous oblige à faire dépendre l’activité politique de cet État de considérations internationales et seulement d’elles !

Le problème des rapports entre un État prolétarien et les États capitalistes devient, après la victoire de l’insurrection, le point central des luttes ouvrières pour le prolétariat vainqueur, aussi bien que pour le prolétariat international. Ce que nous possédons actuellement à ce sujet, c’est la notion du „rapport des force“. Les défaites prolétariennes créent des conditions défavorables pour l’État ouvrier, et de cette nouvelle situation on fait découler la nécessité des concessions envers le monde capitaliste. Qu’il en soit ainsi est confirmé par le fait que la reconnaissance de l’U.R.S.S. ne s’est posé qu’après les défaites d’Allemagne, de Hongrie et d’Italie, c’est à dire après que le soutien naturel des mouvements révolutionnaires vint à manquer.
Les marxistes conçoivent évidemment la nécessité d’opérer des retraites, quand la situation se modifie au désavantage du mouvement prolétarien. Mais ces retraites sont conditionnées par des considérations de principe ; ainsi, les marxistes luttent pour sauvegarder une position principielle de lutte et sa signification, même au risque de devoir perdre dans le combat un organisme qui ne pourrait subsister qu’à la condition d’appliquer une politique contraire aux intérêts de la lutte révolutionnaire.
Ce qui a guidé et ce qui continue à guider la politique de l’État ouvrier, c’est la „théorie“ des rapports de force. Or les rapports de force constituent une „quantité arithmétique“ exprimant la contingence. En faire une théorie c’est donc ériger la contingence en principe et abandonner tout programme. Un rapport de force peut et doit être un critère d’ordre quantitatif pour mesurer les possibilités concrètes de l’élargissement de la lutte, jamais il ne peut devenir le critère, le guide pour l’action, si petite soit-elle. De plus, même en tant que critère pour notre action quotidienne, le rapport de force garde sa signification marxiste, à la seule condition d’être établi entre des éléments historiquement opposés. Ainsi, à notre avis, pour l’État ouvrier, il ne peut être question que de rapports de force entre l’État ouvrier et le capitalisme mondial, et non de rapport de force entre l’État ouvrier et les autres États capitalistes. D’ailleurs, Lénine lui-même, lorsqu’il préconisa la Nep, et appuya la nécessité d’une délégation soviétique à la Conférence de Gênes de 1922, expliquait (au point de vue théorique) la nécessité de cette retraite en considération des rapports de classe sur le terrain mondial.
Nous arrivons donc à la conclusion qu’il est nécessaire de s’opposer vigoureusement à tous les soi-disant „réalistes“ qui obtiendraient des conquêtes dans la mesure où ils parviendraient à assurer le renforcement de l’État ouvrier. A ces „réalistes“ nous opposons la nécessité d’une fidélité aux principes de la classe ouvrière, car seulement ainsi sa réalité prolétarienne est sauvegardée, et le développement de la lutte du prolétariat mondial assuré.
Idéalisme le nôtre ? Oui ! dans la mesure où l’on bouleverse la signification des mots et où idéalisme signifie compréhension des événements et de leurs lois, et non recherche de données abstraites pour idéaliser les soi-disant exigences de la contingence, ce qui revient, en définitive, à appuyer les intérêts de la classe ennemie.
Une base de principe est le reflet, contenu dans des documents programmatiques, d’une ligne de tendance historique spécifique à la classe, et il suffit de s’en écarter pour que l’ennemi en tire son profit, même si nous voyons grossir l’importance numérique ou l’influence apparente de l’organisme ouvrier, qu’il soit le syndicat, le parti ou l’État.
Par contre, l’établissement d’une base de principe pour l’action du prolétariat signifie ouvrir la porte devant une multitude de possibilités de luttes spécifiques à la classe. Il ne dépendit certes pas des bolcheviks, si lors de leur victoire en Russie, le prolétariat mondial ne possédait pas de solution de principe à la question des rapports entre l’État ouvrier et les États capitalistes. Il revient désormais aux fractions de gauche de résoudre ce problème. Elles constitueront, dans l’intérêt de la révolution russe et des révolutions à venir, l’artère permettant le fonctionnement et le développement de la vie de la classe ouvrière mondiale, au delà de contingences immédiates et variables innombrables.
Ainsi le patrimoine idéologique du prolétariat, l’arsenal pour sa lutte révolutionnaire, sera complété par la nouvelle arme politique indispensable pour la lutte et pour la victoire révolutionnaire.

La théorie centriste du „socialisme en un seul pays“ est la fille légitime du manque de conscience du prolétariat mondial, qui se trouva non préparé devant les problèmes formidables issus d’Octobre 1917. A nouveau, dans l’histoire, une situation devait se présenter où il revenait au prolétariat de jouer un rôle dont il ne pouvait s’acquitter. Et, en outre, le processus historique n’ayant pas permis au parti bolchevik de préparer les conditions positives pour assurer une politique marxiste et une fonction révolutionnaire à l’État ouvrier, après le reflux de la vague révolutionnaire et la consolidation des différents États capitalistes !
Les critiques présentées par des groupes de communistes hollandais et allemands, lors de l’instauration de la Nep, ont été bannies des rangs de l’Internationale Communiste, comme autant d’hérésies antimarxistes, et cela par une démolition impitoyable des positions particulières que ces groupes défendaient sur différents problèmes de la lutte ouvrière : syndicats, question parlementaire, paysannerie, etc. Une lutte de principe sur le problème de la politique de l’U.R.S.S. n’était pas possible à cette époque, l’Internationale se trouvant devant la nécessité de donner des solutions immédiates aux rapports de l’État ouvrier avec les États capitalistes, sans bénéficier d’un système fondamental précédemment acquis. Dans la mesure où l’erreur n’est qu’une manifestation de la réalité elle-même, et que cette erreur peut donc faire apparaître la nécessité de comprendre cette réalité, nous pouvons affirmer que l’Internationale avait le devoir de s’approprier la substance prolétarienne de ces groupes, au lieu d’obtenir une victoire qui n’en n’était pas une, et qui n’était nullement difficile à obtenir en démolissant, en discréditant ces groupes dans le mouvement ouvrier.
La lacune sur le problème des rapports entre l’État ouvrier et les États capitalistes devait, à cause de la défaite chinoise surtout, permettre la victoire du centrisme au sein des partis communistes. L’exclusion de la gauche marxiste en 1927 représente la plus terrible des défaites essuyées par la prolétariat mondial dans l’après guerre. Les partis communistes, l’Internationale, l’État ouvrier lui-même sont, dès lors, acquis à l’évolution historique opposée à celle qui s’était présentée avec la fin de la guerre.
L’État ouvrier scinde en 1927, et ouvertement, ses intérêts du prolétariat des autres pays. Ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer dans notre article sur le „Seizième anniversaire de la révolution russe“ („Bilan“, novembre 1933), la défaite du prolétariat chinois et le rapport de force mondial qui en découla, constitue la prémice politique pour dresser la théorie des réalisations „socialistes progressives“ en Union Soviétique. Quand nous affirmons que la société est divisée en classes, et que – au point de vue historique – cette société fonctionne comme un „tout mondial“, et non comme une addition de secteurs économiques disparates (coloniaux, capitalistes, prolétariens), nous affirmons par là que l’opposition entre prolétariat et bourgeoisie est le moteur de toutes les situations dans lesquelles nous vivons et que, à l’instant même où l’État ouvrier proclame son divorce avec le prolétariat mondial pour réaliser dans ses frontières le socialisme, puisqu’il ne peut pas rester campé en l’air, il doit finir par être encerclé et finalement incorporé dans l’évolution du capitalisme international. Quand nous disons que l’expulsion de la gauche marxiste a représenté la plus terrible des défaites, nous voulons non pas nous limiter au duel, du reste erroné : Staline-Trotsky, ni a l’autre beaucoup plus juste : centrisme-opposition de gauche marxiste, mais nous voulons caractériser la portée réelle de cet événement. Le centrisme devient un instrument à la disposition de l’ennemi pour la lutte contre le prolétariat ; seuls, de petits noyaux de la gauche marxiste continuent la lutte pour la révolution prolétarienne.

Dans la phase impérialiste du capitalisme, et au point de vue général, il n’existe que deux issues : l’une capitaliste : la guerre ; et l’autre prolétarienne : la révolution. C’est seulement l’insurrection des travailleurs qui peut empêcher le déclenchement de la guerre. Cette considération fondamentale, pour ne pas rester une affirmation théâtrale d’ornementation politique, doit devenir le critère pour l’établissement de toute notre activité politique, si minime soit-elle. Le fascisme, la victoire fasciste en Allemagne sont là pour nous prouver qu’au moment où le prolétariat s’est arrêté dans sa lutte révolutionnaire pour conquérir le „tout“ : sa dictature révolutionnaire, le capitalisme est passé à la contre-offensive brutale pour réaliser son „tout“ spécifique, c’est à dire l’écrasement de tous les organismes de résistance et de lutte de la classe ouvrière.
Au point de vue mondial, l’opposition entre les deux issues s’est révélée flagrante au travers des derniers événements. Et c’est la victoire du capitalisme international, abattant son talon de fer sur le corps du prolétariat allemand anéanti, qui constitue visiblement la condition même pour le regroupement des constellations impérialistes en vue de la guerre.
Nous avons expliqué la fonction qu’a joué l’État russe, au cours des événements qui se sont conclus par la victoire du fascisme en Allemagne. La fonction de cet État s’est exprimée par le canal de l’I.C., et a consisté à imposer au parti communiste allemand une politique qui devait supprimer toute possibilité de lutte des ouvriers allemands contre le plan du capitalisme international, en vue de la victoire du nazisme.
Immédiatement après l’écrasement du prolétariat allemand, après que la condition historique pour la guerre fut remplie, nous pouvons assister à une activité diplomatique fébrile qui passe par l’Allemagne, l’Italie, la France, l’Angleterre, pour finir aux États-Unis, et qui tend à s’accaparer l’appui de la Russie pour la prochaine conflagration. A cette activité capitaliste, le centrisme oppose l’abandon total et définitif de l’Internationale Communiste, tout en faisant miroiter devant les ouvriers l’idée que les pourparlers et les tractations pour la guerre, qui se développent dans le monde entier et auxquels participent la Russie, se transformeraient, du seul fait de la participation de délégués soviétiques, en autant d’étapes contre la guerre et pour la „paix“. D’autre part, le centrisme explique la soudaine sympathie pour l’URSS, qui anime les États capitalistes, après la victoire des nazis, par la considération suivante : tous les États capitalistes n’auraient d’autre échappatoire aux manifestations de la crise économique, qu’une course de vitesse pour le renouement de relations politiques et économiques avec la Russie. On peut évidemment répondre facilement que, si réellement le poids de l’U.R.S.S. était tellement considérable, le centrisme devrait ne point offrir cette planche de salut au capitalisme. Cette image d’Épinal arriverait alors à ces conclusions : l’écroulement du monde capitaliste d’une part et le développement de la nouvelle société en Russie, d’autre part.
Mais toute la course des différents États capitalistes vers l’U.R.S.S. trouve son explication réelle dans la préparation de la nouvelle conflagration qui représente la seule forme de défense du régime de la bourgeoisie. Les constellations impérialistes en 1914-18 agissent en vue du partage des colonies, et la guerre éclate des étincelles allumées dans la poudrière des Balkans. Au cours de la guerre, et aux dépens des autres impérialismes, va se constituer le plus puissant d’entre eux : les États-Unis.
Actuellement, c’est la lutte pour la domination du pacifique qui va opposer d’une façon générale les États-Unis à ceux des capitalismes européens qui se trouvent – par le butin réalisé dans la dernière guerre – dans la possibilité d’opposer une résistance à l’hégémonie de l’impérialisme américain. En Asie, la défaite chinoise de 1927 a fait disparaître le prolétariat en tant que force capable de libérer ce continent de la domination impérialiste et d’en faire une contrée industrielle sous la direction de la dictature du prolétariat. Le japon, en conséquence de cette défaite, peut grandir et se manifester en tant que puissance pan-asiatique, voulant réaliser son hégémonie impérialiste en Asie.
C’est sur le fond de cette situation réelle, où s’affrontent les intérêts et les visées des impérialismes, et sur le fond d’une crise économique à laquelle il ne peut y avoir d’autre issue que la guerre, que se préparent les constellations capitalistes, qui s’opposeront demain dans la guerre. Voilà la réalité où se situe la reconnaissance de l’U.R.S.S. par les États-Unis. Au point de vue économique, ces derniers détenaient – même avant la reconnaissance de la Russie – directement ou par le truchement de l’Allemagne, la masse la plus considérable de rapports commerciaux avec l’Union soviétique. Ce n’est donc pas pour des raisons économiques que Livitnof fut appelé à Washington. D’ailleurs, le centrisme lui-même a mis en évidence les répercussions, avantageuses pour l’U.R.S.S., qu’aura cette reconnaissance „de jure“. Enfin le voyage de Livitnof à Rome ne fait que confirmer l’enjeu réel des pourparlers de Washington : la défense mutuelle des deux états contre la puissance grandissante du japon. L’on connaît parfaitement les buts de la politique du capitalisme italien en Asie, et le rôle qu’il joue actuellement en Europe pour la constitution d’un bloc de puissances dirigées contre le partage du monde tel qu’il fut réalisé à Versailles. C’est en fonction des contrastes pour la domination du Pacifique et la lutte des différents impérialismes pour le partage de l’Asie que se constituent, en Europe, les deux blocs impérialistes qui se feront la guerre.
La Russie, de par sa situation géographique, se trouve être un des facteurs les plus importants dans les nouvelles situations historiques qui se préparent. D’un côté, les États-Unis se trouvent aussi, grâce à leur situation géographique et leur puissance économique, obligés à jouer un rôle de protagoniste dans les événements de demain. Il est possible que les apparences couvrent, encore une fois, la vision des acteurs principaux de la nouvelle guerre et qu’elles laissent apparaître comme essentiels d’autres contrastes. Mais c’est en fonction de l’Asie que les impérialismes déclencheront la prochaine guerre.
La reconnaissance de l’U.R.S.S. par les États-Unis prend donc l’aspect d’un double épilogue : d’un coté, l’État ouvrier se voit incorporé au système capitaliste mondial et acquis aux alliances pour la guerre ; d’un autre côté, s’éclaircit le front où les compétiteurs vont s’affronter pour essayer de déterminer un partage du monde autre que celui qui avait été sanctionné à Versailles.
Dans ces conditions, l’événement dont nous nous occupons représente une victoire considérable de la contre-révolution mondiale, et c’est dans ce sens qu’il faut mettre en évidence la signification de ce qui vient de se passer.

Ceux qui ferment les yeux devant la réalité, basent leur perspective sur des considérations tout à fait abstraites, et continuent à lancer le mot d’ordre de la défense de l’U.R.S.S. Ce mot d’ordre résulte d’une perspective dessinée suivant un schéma que l’on croit pouvoir imprimer aux événements et non de la réalité. Nous nous sommes déjà occupés de ce problème dans le chapitre sur l’U.R.S.S. de la résolution de la C.E. de notre fraction : „Vers l’Internationale deux et trois quarts… ?“ (pages 24-25, „Bilan“, novembre 1933).
Le problème de la défense de l’Union Soviétique se pose uniquement dans la mesure où l’État ouvrier proclame son rattachement au mouvement ouvrier mondial et le manifeste par le canal de l’Internationale Communiste. Deux conditions qui n’existent nullement aujourd’hui. En leur lieu et place, nous trouvons la proclamation du rattachement de l’État ouvrier aux États capitalistes et la déclaration de Livitnof à Roosevelt, qu’en Russie ne sera plus tolérée aucune organisation visant à la lutte et à la destruction du régime capitaliste en Amérique.
Entre le syndicat et l’État, il existe une différence d’une portée considérable et que nous avons essayé de mettre en lumière dans le chapitre cité ci-dessus sur l’U.R.S.S. Le syndicat, organisme spécifiquement de résistance, s’écroule dès que le capitalisme a pu anéantir le prolétariat en tant que classe luttant pour la réalisation de ses revendications spécifiques. L’État, par contre, n’est pas un organisme de simple résistance contre le capitalisme, mais un instrument pour la gestion directe économique. L’État prolétarien se situe, dès son apparition, sur la scène où agissent les forces capitalistes par excellence : les États de la bourgeoisie. L’État ouvrier ne peut pas poursuivre des objectifs de simple résistance au capitalisme, mais doit avoir des objectifs tendant au bouleversement du système capitaliste. Le prolétariat, lorsqu’il gère la production économique dans un seul pays, ne peut s’assigner comme but que celui d’étendre le territoire de sa domination, par sa jonction au mouvement révolutionnaire des autres pays. A la tête de l’économie, d’un mécanisme procréant des forces économiques toujours croissantes, le prolétariat doit donner une destination aux forces économiques progressives qu’il a à sa disposition. S’il ne les destine pas à l’amélioration des conditions de vie des ouvriers en Russie, et à l’appui des mouvements révolutionnaires dans les autres pays, s’il les bloque en faveur d’un renforcement militaire et économique de son État, il expose celui-ci à répéter, en son sein, les mêmes lois qui conduisent les États capitalistes vers la guerre.
La défense de l’U.R.S.S. est donc inséparable de la revendication du prolétariat mondial pour la reconstitution de l’Internationale Communiste. Cette tâche revient aux fractions de gauche et c’est, en définitive, à leur triomphe qu’est rattachée, désormais, la défense de l’Union Soviétique. Autrement, la fonction historique du centrisme arrivera à son aboutissement : L’État prolétarien participant à une constellation impérialiste pour la guerre. Le devoir des prolétaires du monde entier sera alors de mener une lutte simultanée et égale contre lui, aussi bien que contre les autres États. Et c’est à cette seule condition que le carnage de la guerre pourra représenter la destruction du capitalisme, pour le triomphe de la révolution mondiale.

Nous vivons une période particulièrement pénible : la Commune russe, après la glorieuse Commune de Paris, est menacée par la gangrène centriste. Mais les révolutions prolétariennes, quand le capitalisme parvient à les étouffer, renaissent toujours plus fortes, plus actives. Marx, après les événements de 1848 en Allemagne et en France, disait à ce propos :
Les révolutions prolétariennes, par contre, comme celles du XIXe siècle, se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent, à chaque instant, leur propre cours reviennent sur ce qui semble déjà accompli pour recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n’abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre, et se redresser à nouveau formidable en face d’elles, reculent constamment à nouveau devant l’immensité infinie de leur propre but, jusqu’à ce que soit crée, enfin la situation qui rend impossible tout recul en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : hic Rhodus, hic salta. C’est ici qu’est la rose, c’est ici qu’il faut danser. (Le 18 Brumaire)
Et le prolétariat international sautera quand même !

La crise du mouvement communiste : Désertions, trahisons et difficultés réelles de la théorie marxiste

Le marxisme a toujours été considéré, à juste titre, comme la théorie de la lutte de la classe ouvrière.
Notre période de reflux révolutionnaire devait donc connaître une carence de la pensée marxiste, sa stagnation dans des formules creuses, la contamination bourgeoise au sein du prolétariat, la victoire de l’opportunisme dans les organismes prolétariens, la désertion de nombreux militants.

Lénine, dans „La maladie infantile de communisme„, caractérisant une période analogue à celle que nous vivons, disait : „Années de réaction (1907-1910) le tsarisme a vaincu. Tous les partis de la révolution ou d’opposition sont écrasés. Le découragement, la démoralisation, les scissions, la dispersion, les trahisons, la pornographie se substituent à la politique. La tendance à l’idéalisme philosophique se renforce ; le mysticisme apparaît revêtant des états d’esprit contre-révolutionnaires. Mais c’est aussi cette grande défaite qui donne au parti et à la classe ouvrière une leçon véritable, infiniment salutaire, une leçon de dialectique historique, une leçon d’intelligence, d’habileté et d’art de conduire la lutte politique. Les amis se reconnaissent dans le malheur. Les armées sont à bonne école„.

De nombreux militants désertent ou trahissent actuellement. Peut-on se borner à caractériser des cas individuels, ou faut-il donner une explication générale de ce phénomène ?
Dans l’immédiat après-guerre, la prolétariat, qui se trouvait sur des positions d’offensive et directement révolutionnaires, parvint à entraîner, à sa suite, une foule d’individus qui désertent aujourd’hui. A cette époque, le marxisme était une notion très simple : les masses, par leur lutte et leur élan révolutionnaire, faisaient directement apparaître les matériaux politiques de la théorie marxiste. Aussi les travaux de l’Internationale Communiste, à l’époque de sa fondation, issus de la lutte des ouvriers russes et du prolétariat international, constituent, sans aucun doute, des piliers fondamentaux de la lutte prolétarienne pour la conquête du pouvoir.
Une des caractéristiques — et très négative — du mouvement de l’immédiat après- guerre, résidait dans la possibilité pour beaucoup d’éléments, de rejoindre le mouvement actif du prolétariat, sans une préparation théorique adéquate. Il est vrai que la génération prolétarienne, la plus active dans cette période, s’était trouvée, à cause de la guerre, dans l’impossibilité de se préparer politiquement et théoriquement aux luttes pour la révolution prolétarienne. Mais il est tout aussi vrai que la victoire révolutionnaire a été possible en Russie parce que la génération prolétarienne la plus active a pu se souder avec la génération précédente, qui s’était trempée au feu d’intenses luttes politiques sur la signification de la doctrine marxiste.
Hormis la Russie, où le parti bolchevique avait poussé très loin le travail théorique indispensable, dans les autres pays, immédiatement après la guerre, il y eut — en dehors de fondements principiels — un afflux d’individus croyant posséder la méthode et la théorie marxistes par le seul fait d’avoir donné leur adhésion au parti de la classe ouvrière, ou collaboré à sa fondation et qui rejoignaient la lutte des masses ouvrières grâce à la coïncidence de l’élan révolutionnaire de ces dernières avec leur propre volonté d’action.
En définitive, la plus grande partie des intellectuels venant au prolétariat, à cette époque, n’était marxiste que dans la mesure où la situation elle-même, par la montée révolutionnaire des masses, exprimait les données essentielles du marxisme. La situation ayant changé à la suite des défaites ouvrières, ces éléments, qui ne possédaient d’autre azimutale théorique que celle provenant de la contingence favorable, se sont empressés de proclamer la faillite du marxisme. Mais, en réalité, ils sont restés identiques à eux-mêmes : avant, ils exprimaient très superficiellement la montée révolutionnaire sans être capables de la contrôler, la diriger, pour la porter enfin vers l’insurrection. Actuellement, ils ne font que refléter une situation inverse, le reflux terrible de la classe ouvrière et sont encore une fois incapables de représenter autre chose que le reflet immédiat de la contingence défavorable, ne trouvant et ne pouvant trouver aucune explication à leur désarroi.
A tous les prophètes de la faillite du marxisme l’on peut, mais vainement, demander ce qu’ils entendent substituer au marxisme pour donner une explication valable à l’évolution historique et aux situations actuelles ; ils répondront inlassablement par un battage d’estrade, sans parvenir à opposer ne fut-ce que deux idées au marxisme qu’ils prétendent enterrer.
Le mouvement prolétarien a connu d’innombrables fossoyeurs de ce genre ; tous, invariablement, ont fini par situer leur „élan“ intellectuel dans l’élan de l’attaque de la bourgeoisie contre le prolétariat.
Par conséquent, les désertions multiples qui se vérifient aujourd’hui ne nous intéressent qu’en tant que symptômes généraux des situations actuelles défavorables à la lutte révolutionnaire du prolétariat. Et puisque l’on n’oppose que des phrases creuses et le néant grossier au marxisme, nous croyons inutile d’analyser les élucubrations d’ailleurs stupides des nouveaux „néo-marxistes“ aussi bien que des prétendus fossoyeurs de Marx.

Le marxisme, en tant que méthode et théorie pour la révolution prolétarienne, se présente comme une synthèse d’où nous ne pouvons dissocier les parties constitutives. Mais, au point de vue de l’analyse de l’histoire et des situations concrètes, nous aboutirons à des conclusions différentes selon que nous nous efforcerons de comprendre la marche des événements, ou selon que nous essayerons d’établir les conditions subjectives à réaliser pour intervenir dans ces événements.

Ceci, bien entendu, au point de vue du procédé à appliquer pour le travail théorique. Car la substance foncièrement synthétique du marxisme entrelace interprétation historique et intervention en vue de la transformation du monde. Les conclusions différentes auxquelles l’on peut aboutir représentent, somme toute, les aspects constitutifs de la conscience de classe, c’est à dire le processus d’intelligence sociale — pris dans son intégrité — de la force sociale prédestinée, par le développement économique.
Le déterminisme économique et le matérialisme historique nous suffiront en tant que méthodes de compréhension de l’histoire et en tant qu’explication des lois fondamentales de l’économie capitaliste. Ainsi, la théorie de la plus-value reste totalement confirmée par les situations actuelles, pour déterminer le moteur de l’économie capitaliste. La contradiction entre capacité de production et capacité d’achat se présente toujours comme la cause essentielle des crises économiques et comme la condamnation historique du capitalisme. D’autre part, la relation entre le mode industriel et collectif de production et les rapports sociaux basés sur la propriété privée, représente toujours la seule explication possible de la vie et de l’organisation de la société capitaliste, aussi bien que des contrastes surgissant de cette société et des mouvements sociaux qui y correspondent. Cependant, notre tâche devient beaucoup plus difficile lorsque nous voulons établir l’ensemble des données subjectives, indispensables afin de déterminer une évolution des situations vers la révolution, c’est à dire lorsqu’il s’agit de construire et de développer le parti du prolétariat.
Ici nous ne nous trouvons plus devant un travail essentiellement achevé. Et nous pouvons affirmer que ce travail, pour la réalisation des conditions subjectives — de par la nature même du marxisme — n’est concevable que sur la base d’une „refonte permanente“. L’atelier historique du prolétariat — le parti — ne pouvant effectuer cette refonte que sur la base des matières premières que fournissent les époques historiques. Du reste, il est impossible de retrouver les solutions politiques pour les situations concrètes dans aucune œuvre des maîtres du communisme scientifique, même si pour la circonstance, elle serait transformée en „bible“.
Rosa Luxembourg disait très justement : „l’œuvre de Marx qui constitue, en tant que découverte scientifique, un tout gigantesque, dépasse les besoins directs de la lutte de classe du prolétariat pour lequel elle fut créée. Dans l’analyse complète et détaillée de l’économie capitaliste, aussi bien que dans la méthode de recherche historique avec ses possibilités d’application infinies, Marx nous a donné beaucoup plus qu’il n’était nécessaire pour la pratique de la lutte des classes„. Ailleurs, dans le même article de « Marx 1903 » Rosa disait : „au reste c’est seulement dans le domaine économique qu’il peut être plus ou moins question, chez Marx, d’une construction parfaitement achevée. Pour ce qui est au contraire, de la partie de ses écrits qui présente la plus haute valeur, la conception matérialiste, dialectique de l’histoire, elle ne reste qu’une „méthode d’enquête“, un couple d’idées directrices générales qui permettent d’apercevoir un monde nouveau, qui ouvrent aux initiatives individuelles des perspectives infinies, qui offrent à l’esprit des ailes pour les incursions les plus audacieuses dans des domaines inexplorés„.

La théorie de la lutte des classes nous donne les éléments essentiels pour l’action du prolétariat, mais elle ne suffit pas pour la réalisation de la tâche historique de celui-ci. En effet, du fait de sa position de classe exploitée, le prolétariat peut seulement arriver à constituer des organisations pour l’obtention, de meilleures conditions de vie : les syndicats, les coopératives, les mutuelles. Même dans la supposition, totalement abstraite, que toutes les unités constituant le prolétariat soient intégralement organisées dans des organismes de résistance contre l’exploitation capitaliste, la condition essentielle pour la lutte révolutionnaire du prolétariat ne serait pas encore remplie. Le mécanisme de la lutte des classes n’évolue pas automatiquement vers l’éclosion des luttes politiques se concluant par l’émancipation de la classe ouvrière. Part contre, et pour contrecarrer l’évolution du capitalisme vers le socialisme, la bourgeoisie opposera une résistance sanglante dirigée vers le massacre de la force historique : le prolétariat pouvant fournir, par son insurrection, la condition essentielle pour la construction de la société socialiste.
Une classe peut agir, dans l’évolution historique, dans la mesure où elle parvient à réaliser l’intelligence de ses buts et des moyens pour les atteindre. Au sens général, cette intelligence réside dans la compréhension des moyens pour atténuer et supprimer le domination des forces et du mécanisme économique sur l’homme.
Pour reprendre Engels, nous pouvons dire que l’évolution sociale de l’humanité peut être divisée en deux parties fondamentales : la préhistoire dont la dernière phase est le capitalisme, et l’histoire réelle qui débutera avec l’avènement du prolétariat. Dans la préhistoire, les périodes qui caractérisent la croissante libération de l’homme du mécanisme économique, s’accompagnent avec la formation de classes qui accaparent, dans leur intérêt propre et limité, le degré atteint par le développement des forces de production. L’intelligence historique de ces classes exploiteuses n’est, en définitive, que le reflet réel de la position qu’elles sont en train d’acquérir ou qu’elles ont déjà acquise en face du mécanisme productif.
Pour ce qui concerne l’évolution historique qui accompagne l’essor du capitalisme, nous constaterons que, en définitive, elle résulte du rôle historique qui revient à la bourgeoisie. Celle-ci n’a qu’un objectif assez limité : la substitution d’un privilège à un autre : celui de la propriété privée à l’autre du servage. C’est la résistance à l’économie féodale qui fermente directement les conditions de la lutte pour la nouvelle économie capitaliste et c’est dans la mesure où se constituent et se renforcent — dans les villes — les positions économiques de la bourgeoisie, que se forme l’ossature de la classe capitaliste. Celle-ci n’a pas besoin d’un parti de classe pour réaliser sa lutte et sa victoire ; ce sont les Comptoirs de commerce et les manufactures qui représentent les organismes nécessaires à la lutte de la bourgeoisie.
Et lorsque, après des siècles de pénétration progressive de ces forteresses capitalistes, au sein de l’économie féodale, l’heure sonna pour passer à l’attaque générale, la bourgeoisie put devenir la classe dirigeante de la société. En Angleterre d’abord, en France ensuite, en Allemagne enfin, il se produisit un épanouissement d’une large production intellectuelle dans tous les domaines, épanouissement qui ne fit que couronner les succès que le capitalisme avait déjà obtenus dans le domaine économique. Et la nouvelle classe qui s’installe au pouvoir, réalise „a posteriori“ une intelligence totale, au point de vue historique, de sa mission, grâce à l’élaboration d’un matériel idéologique qui sert aux buts de la conservation de son privilège et de la corruption de son ennemi fondamental, le prolétariat. Au point de vue général, on peut toutefois affirmer que la formation de la classe capitaliste se détermine sous l’effet de la résistance au régime féodal, qu’elle s’accompagne avec les progrès économiques au sein de l’ancienne société, qu’elle éclate quand ont mûri les conditions objectives pour son triomphe.
Peut-on supposer un schéma analogue pour le prolétariat ? Ainsi que nous l’avons indiqué, l’objectif historique du prolétariat n’est pas et ne peut pas être la substitution d’un privilège à un autre : cet objectif représente la lutte pour la suppression de tout régime de privilège. Si l’on voulait donner un fondement de doctrine au „réformisme“ nous pourrions affirmer que sa position initiale ne faisait que répéter le procédé de formation et de développement de la classe capitaliste. Les „réformes“ obtenues de l’État capitaliste auraient dû représenter autant de marches pour la pénétration progressive des cellules prolétariennes au sein même du régime capitaliste. Les coopératives, par exemple, étaient représentées comme autant d’ilôts prolétariens, et les syndicats aussi bien que les partis, comme des positions qu’il ne fallait que grossir en puissance pour préparer l’évolution de la société vers le socialisme
La précipitation historique de 1914 a prouvé définitivement que cette position du „réformisme“ comportait, en réalité, l’incorporation du prolétariat dans le plan de conservation de la bourgeoisie, dans le plan de résistance de la préhistoire contre les forces de l’histoire consciente de l’humanité, forces représentées par le prolétariat, et par le seul prolétariat.
Le prolétariat se trouvera donc à devoir agir, non en fonction d’une série de positions économiques qui expriment, par leur développement, la croissance de sa classe, la réalisation de son rôle historique. Dépourvu de toutes positions économiques au sein du capitalisme, le prolétariat ne peut s’assigner comme but spécifique d’en conquérir, et s’il veut renforcer ses syndicats, ses mutuelles, et demain son État, sa dictature, c’est pour en faire des conditions, des éléments, pour favoriser sa lutte internationale, et jamais des positions où pourrait se concrétiser la fonction historique de sa classe. Il est d’ailleurs inconcevable d’opposer un autre privilège à celui de la propriété privée et celle-ci est inconcevable sur la base très étendue des masses ouvrières. Le prolétariat se trouve donc être garanti contre une dénaturation des buts fondamentaux qui lui reviennent : l’expérience historique n’en n’est d’ailleurs que la confirmation la plus lumineuse, car chaque défaite du prolétariat n’est que le triomphe de la plus terrible des réactions et la déformation centriste de l’État russe ne peut se faire qu’au prix d’une aggravation des conditions de vie de la classe ouvrière et dans tous les pays.
L’action révolutionnaire du prolétariat se complique bien plus du fait que, membre lui-même de la société capitaliste, il se trouve être l’objet de la lutte de toutes les forces qui, autour du capitalisme, réalisent le bloc de la résistance millénaire de la préhistoire contre les forces de l’histoire. Et si ces dernières peuvent se prévaloir de la logique de l’évolution des forces de la production, elles ne peuvent s’appuyer sur aucun appareil économique, mais doivent battre et vaincre toutes les forces qui ont à leur service une puissante organisation économique, politique, policière, militaire et judiciaire.
La division de la société en classes ne supprime pas le fonctionnement de l’organisme social en tant qu’un tout unitaire de la classe dominante. Il n’existe pas une série de conceptions différentes d’organisation de la société pour autant de classes ou de sous-formations de classes divergentes qui existent. L’exploitation de classe ne fera que déterminer une occasion favorable pour la lutte révolutionnaire et une simple occasion élémentaire. Le paysan, par exemple, ne fera que rejoindre — sous la suggestion de son exploitation — le front de lutte du prolétariat, non pour l’accompagner dans sa mission historique, mais pour satisfaire ses besoins et il deviendra un frère de lutte quand, à la suite de l’industrialisation des campagnes, il aura cessé d’être un paysan pour devenir un ouvrier agricole. Autrement, il reste un „appoint“ pour la lutte, un appoint ne pouvant apporter des armes efficaces au patrimoine de lutte de la classe ouvrière.
Sous l’effet de l’exploitation, ne fermentent que des oppositions au capitalisme, mais ne se déterminent pas les conditions pour la préparation et le déclenchement de l’insurrection prolétarienne. La situation „d’exploité“ ne fera pas du paysan, de l’intellectuel, ou de l’ouvrier lui-même, un artisan de la révolution et il est grossièrement ridicule de vouloir juger de l’ „opinion prolétarienne“ en fonction directe de la situation économique de l’individu. Même pour ce qui concerne la classe dans son ensemble — et le fascisme est là pour le prouver — la situation de la plus terrible oppression économique et politique sur les ouvriers n’est pas la situation la plus favorable pour le déclenchement de la lutte révolutionnaire.
Pour passer de la phase de résistance — celle produite par les antagonismes propres à la société capitaliste — à la phase ultérieure de la lutte révolutionnaire, le prolétariat doit parvenir à la conscience de ses buts généraux, aussi bien qu’à la conscience du chemin à prendre pour atteindre ses buts. La politique de la classe ouvrière consiste, en définitive, dans l’établissement d’une série de mots d’ordre susceptibles de déterminer, non pas la simple opposition au régime capitaliste et pour de meilleures conditions de vie, mais une opposition qui contient déjà la disposition pour l’organisation de la nouvelle société.
Les mouvements de masse qui sont, évidemment, le résultat direct des antagonismes sociaux, ne représentent, eux non plus, la formation de la conscience de classe du prolétariat. Nombre de grèves, et de grèves d’une importance énorme par leur ampleur, restent sans influence décisive et directe sur les événements. De plus l’expérience est concluante pour nous prouver que des mouvements encore plus importants que les grèves, ainsi que les rvoltes dans l’immédiat après-guerre, n’ont pas représenté la conscience de classe du prolétariat. Par contre, l’effondrement de l’empire tsariste et les mouvements prolétariens de cette époque se transforment en combats révolutionnaires, la conscience de classe du prolétariat ayant été assurée par le parti bolchevik et par le travail que celui-ci avait réalisé pendant de longues années où, de la défaite de 1905, il avait retiré les armes politiques pour la victoire de la révolution de 1917.
On se plaît à représenter le parti bolchevik sous une image qui nous paraît foncièrement fausse : il aurait pu aboutir à Octobre 1917 car, à chaque occasion, dans l’avant-guerre et pendant la guerre, il aurait été l’auteur conscient de tous les mouvements des ouvriers et paysans en Russie, il aurait déterminé ces mouvements grâce à ses organisations. Et c’est du fait de cette image qu’au sein de l’Internationale communiste, depuis sa fondation, et encore aujourd’hui, au sein de l’opposition de Gauche, nous entendons le refrain sur la possibilité et la nécessité de „déterminer“ tel ou tel mouvement de masse, et nous assistons au chassé-croisé entre les différentes formations politiques qui se disputent l’initiative du mouvement, alors qu’en réalité, aucune d’elles ne peut prétendre à cela. D’ailleurs une analyse sérieuse de la formation du parti bolchevik nous portera fort probablement à la conclusion que, jusqu’en avril 1917, nous n’avons assisté qu’à un travail de la „fraction“ bolchevique et que c’est seulement à partir de cette date que se fonde réellement le parti pouvant prendre, par après, et particulièrement en juillet et octobre 1917, l’initiative du déclenchement des mouvements révolutionnaires.
Mais si les hommes, ou même la „collectivité organisée ou s’organisant en fraction ou parti“ ne peuvent déterminer sur commande les mouvements qui, eux, dépendent des rapports contradictoires de classes, ils restent quand même un facteur, et un facteur d’une importance capitale pour l’évolution de ces mouvements et, en partie aussi, un facteur direct de leur préparation et de leur maturation. Il s’agit seulement de déterminer „comment“ le parti ou la fraction de parti peut s’acquitter de cette tâche.
Ainsi que nous l’avons dit, c’est vers la simple „résistance“ et non vers la révolution que se dirigent les mouvements produits par les antagonismes sociaux, et le facteur conscient lui-même ne résulte pas des contrastes de classe, mais y est introduit par un organisme, le parti. A ce sujet, il est certainement caractéristique que Lénine, alors que se constituaient les fondements du parti bolchevik, écrivait dans „Que faire ?“ tout un chapitre très suggestif sur la „spontanéité des masses et la conscience de la social-démocratie“, où il mettait en évidence les paroles profondément justes de Kautsky à propos du projet de nouveau programme du parti social-démocrate autrichien (Lénine) où, entre autres, nous trouvons: „Beaucoup de nos critiques révisionnistes s’imaginent que Marx a affirmé que le développement économique et la lutte de classe non seulement créent les conditions de la production socialiste, mais encore engendrent directement la conscience de sa nécessité… La conscience socialiste ne peut se constituer que sur la base de la science profonde… Le porteur de la science n’est pas le prolétariat, mais la catégorie des intellectuels bourgeois : c’est, en effet, dans le cerveau de certains individus de cette catégorie qu’est né le socialisme contemporain et c’est par eux qu’il a été communiqué aux prolétaires intellectuellement les plus développés qui l’introduisent ensuite dans la lutte de classe du prolétariat, là où les conditions le permettent„. Et Lénine ajoute : „Certes, il ne s’ensuit pas que les ouvriers ne participent pas à cette élaboration. Mais ils n’y participent pas en qualité d’ouvriers, ils y participent comme théoriciens du socialisme… Eux-mêmes (les ouvriers), ils lisent et voudraient lire tout ce qu’on écrit pour les intellectuels, et seuls quelques pitoyables intellectuels pensent qu’il suffit de leur parler des règlements et de la vie de l’usine et de leur remâcher ce qu’ils savent depuis longtemps„. Lénine avait encore une fois devancé les temps. En effet, actuellement, lorsque c’est par centaines et par milliers que se chiffrent les ouvriers capables de participer au travail d’élaboration théorique du parti, c’est seulement par la lutte personnelle, la falsification historique, la calomnie, le scandale, la persécution, la répression, l’emploi d’un appareil politique alimenté par la plus-value de millions d’ouvriers et de paysans trompés et trahis, que l’on peut condamner ces ouvriers révolutionnaires à l’inertie idéologique, au rôle de simples acteurs qui répètent la partition du souffleur centriste.
Nous nous sommes reportés à Lénine pour mieux indiquer la position marxiste de départ dans le travail du parti. Cela nous permet de nous différencier immédiatement de ces „faiseurs de mouvements de masse“, du type prédominant dans les oppositions qui se nomment bolcheviques -léninistes, dans les groupes qui se trouvent dans l’impossibilité de modifier, d’une façon directe, les situations actuelles, ne fut-ce que la valeur d’un millième de millimètre. Nous sommes biens placés pour employer ces mots sans qu’ils servent de justification pour personne (nous aussi nous nous considérons comme une expression de la déformation actuelle du prolétariat et seulement un facteur de son travail de régénérescence), mais nous avons toujours protesté contre la lutte menée par le camarade Trotsky à l’égard de ces militants qui voulaient s’adonner au travail de reconstruction théorique de la lutte du prolétariat révolutionnaire.
Cette position marxiste de départ nous intéresse pour délimiter la tâche du parti, sa capacité d’influence sur les situations et la condition à remplir pour qu’il devienne un facteur actif de l’évolution révolutionnaire des mouvements produits par les antagonismes sociaux. Le drapeau du parti est l’acquisition et la formation de la conscience de classe du prolétariat, et c’est dans la mesure où cette conscience se forme que se forme aussi la classe en tant que facteur agissant dans l’histoire pour l’instauration de la dictature du prolétariat, étape pour arriver à la société sans classe. Fondation du parti signifie donc manifestation réelle de l’apparition de la classe prolétarienne parce qu’elle signifie — dans les déclarations programmatiques et statutaires — la production des premières armes pour la lutte révolutionnaire, l’apparition, encore primaire et générale de la conscience du prolétariat. La croissance du parti, pour signifier l’augmentation de la capacité de lutte du prolétariat, et non un simple renforcement numérique de ses rangs, doit se traduire par une croissance de conscience théorique. Et à ce sujet, nous affirmons sans détours que le parti réalise une condition réelle de succès pour la lutte lorsqu’il parvient à donner une affirmation politique claire des buts du prolétariat et cette affirmation a une valeur concrète et positive de beaucoup supérieure aux syndicats de masse, aux partis de masses, à l’État ouvrier lui-même. L’expérience d’avant guerre prouve que c’est l’hypertrophie des organismes ouvriers considérés en eux-mêmes qui a suffoqué et enfin étranglé la classe prolétarienne et le regroupement bolchevique, numériquement insignifiant, à réalisé, dans l’intérêt de la révolution, autant et plus que n’ont réalisé, dans l’intérêt de la contre-révolution, les soi-disant constructeurs des organisations colossales de masses.
Ce travail de formation de la conscience théorique du parti ne peut se faire que par l’énonciation progressive des notions politiques enrichissant l’armature du parti. Celui-ci, dans la mesure ou schéma, signifie explication des situations passées, analyse de la situation concrète, effort d’établissement de perspectives, élabore et doit élaborer autant de schémas autour desquels il proclame la discipline de ses membres d’abord, et le devoir du prolétariat de s’y rassembler ensuite. De plus le parti doit soumettre les données politiques qu’il croit avoir acquises à la vérification des événements, sans crainte d’apporter les rectifications ou des modifications substantielles, car l’élaboration scientifique d’une situation n’est possible qu’à posteriori.

Les considérations qui précèdent pourraient faire croire que nous considérons le parti comme un club de „sectaires“ et de „schématistes abstraits campés dans les nuages“. La polémique pour la polémique — ce qui est la règle dans toutes les formations centristes et oppositionnelles — ne nous intéresse pas et nous opposerons le plus net mépris pour ceux — de n’importe quelle carrure — qui voudraient, par exemple, nous faire passer pour des „désenchantés du mouvement des masses“. Nous réclamant d’un courant qui a formé le parti communiste sur les membres d’une classe ouvrière battue, mitraillée par le fascisme, nous qui avons fait la lutte des masses jusqu’au dernier instant où cette lutte était possible, nous n’inventons pas un schéma abstrait pour la lutte, nous ne nous dérobons pas au pénible travail qui nous appartient, car nous savons attendre les conditions pour reprendre notre place dans le mouvement des ouvriers. De plus, nous affirmons que, seul, un travail dans la direction que nous indiquons, représente la condition réelle pour la reprise des luttes ouvrières.
Le travail théorique du parti doit être fait exclusivement en considération de la lutte de la classe ouvrière. La gestation aussi bien que le développement du parti, ne peuvent pas résulter de la sélection d’idées de ses militants en fonction de leurs capacités intellectuelles. Par contre, le parti ne peut se fonder ou agir en dehors de la conception de son organisation. Concevant le parti comme instrument essentiel et fondamental au prolétariat, nous concevons le procédé de sa formation, de son développement permanent, de son fonctionnement, au point de vue complexe et unitaire : chacune de ses parties étant nécessaire au mouvement de l’ensemble, sa division organisatrice étant une division fonctionnelle et non quantitative.
Ainsi, Comité Exécutif, Comité Central, Comités Fédéraux, assemblées de sections nous apparaissent comme les organes spécifiques où se dénoue la vie de la classe ouvrière. Une discussion politique principielle, un Congrès du parti nous apparaissent donc le canal par lequel la classe ouvrière aborde ou réalise une conquête dans sa lutte pour la révolution.
Lénine, lors de la construction des bases du parti bolchevik, préconisa une scission sur une question d’organisation qui, à notre avis, représentait non une question de détail, mais une question essentielle de principe, qui parvenait à indiquer la condition pour la gestation et le développement du parti et de la classe ouvrière elle-même. „N’est membre du parti que celui qui est affilié à une organisation de base“ : voilà comment Lénine indique le procédé d’articulation de la classe ouvrière.
L’œuvre des bolcheviks, avant et pendant la guerre, prendra toute sa signification si on la considère comme l’inventaire des positions politiques représentant les frontières entre lesquelles devait se développer la lutte de la classe ouvrière. Le retour à Marx de Lénine, ne signifie pas un retour formel et littéral à la production politique de Marx, mais – contre le réformisme qui répétait littéralement Marx — Lénine enrichissait la production laissée par Marx et en y ajoutant la doctrine du parti et de l’insurrection prolétarienne. Lénine nous a donné les notions théoriques pouvant suffire à la classe ouvrière dans la période où il a vécu, il ne pouvait donner plus, il ne pouvait comprendre plus, le marxiste n’étant pas l’apôtre religieux du monde nouveau, mais l’artisan de la destruction de la société capitaliste.
Après Lénine, d’autres problèmes ont surgi et la classe ouvrière doit dresser la théorie de l’État prolétarien et la théorie de la tactique. Si on n’aborde pas la résolution de ces problèmes, on n’emprunte pas la voie de la reprise de la lutte révolutionnaire. Lénine a généré la théorie du parti et de l’insurrection des entrailles mêmes de la social-démocratie où pourrissaient la corruption et la trahison du révisionnisme. C’est en restant en relation politique et idéologique avec le monde centriste qui croule, et c’est à cette seule condition, que nous pourrons reconstruire les vertèbres du nouveau monde du prolétariat. Encore une fois, c’est par la voie des fractions que nous pourrons nous acquitter de notre tâche historique. Par les fractions qui proclament ouvertement que le produit théorique indispensable reste à acquérir. Jamais, en fondant des nouveaux organismes qui, proclamant que tout est acquis, ne font qu’affirmer que c’est grâce à l’intervention des forces démoniaques de Staline et du „stalinisme“ que le prolétariat a cessé d’exister en tant que classe au point de vue international, aussi bien qu’à l’intérieur de chaque pays. Construire les fractions c’est reconstruire la capacité de lutte de la classe ouvrière.

Das demokratische Prinzip

Bestimmte Ausdrücke können in dem einen oder anderen Sinn verwendet werden. Sie führen daher sehr oft zu Missverständnissen, wenn man sie für die Darlegung der Probleme des Kommunismus benutzt. Das geschieht zum Beispiel mit den Begriffen Demokratie und demokratisch. Der wissenschaftliche Kommunismus ist seinem Wesen nach zugleich Kritik und Negation der Demokratie, andererseits verteidigen die Kommunisten oft den demokratischen Charakter der proletarischen Organisationen (Sowjetstaat, Gewerkschaft, Partei) und befürworten die Anwendung der Demokratie in diesen Organisationen. Darin liegt selbstverständlich kein Widerspruch. Und auch gegen die Gegenüberstellung von bürgerlicher Demokratie und proletarischer Demokratie lässt sich nichts einwenden, solange man darunter den Gegensatz von bürgerlicher Demokratie und proletarischer Diktatur versteht.

Die marxistische Kritik an den Grundsätzen der bürgerlichen Demokratie beruht auf der genauen Kennzeichnung der Wesenszüge der heutigen Gesellschaft. Die bestehende Produktionsweise selbst führt zu einer Teilung der Gesellschaft in Klassen. Diese Klassenteilung lässt sich durch die politische Gleichheit nicht aufheben. Eine Auffassung, welche die materiell begründete Klassenteilung mit der politischen Gleichheit vereinbaren möchte, ist daher – wie der Marxismus nachweist – theoretisch unhaltbar und praktisch ein Betrug.

Die liberale Ideologie meint, dass das Wahlrecht die politische Freiheit und Gleichheit verwirkliche. Aber von Freiheit und Gleichheit zu reden hat nur einen Sinn, wenn man von ökonomischen Bedingungen ausgeht, die im Wesentlichen für alle gleich sind. Dies ist auch der Grund, weshalb wir Kommunisten die Anwendung des Wahlrechts innerhalb der proletarischen Klassenorganisationen akzeptieren und eine demokratische Funktionsweise für die Organisationen fordern. Mit dem Begriff Demokratie verbinden sich allerdings viele Illusionen, die wir mit Mühe zu zerstören versuchen. Es wäre daher wünschenswert, einen anderen Ausdruck zu verwenden, denn damit würden wir Missverständnissen vorbeugen und eine erneute Aufwertung des Begriffs Demokratie vermeiden. Auf jeden Fall ist es aber ratsam, den eigentlichen Inhalt des demokratischen Prinzips sowohl im allgemeinen als auch in seiner besonderen Anwendung auf Organisationen, die aus Mitgliedern einer einzigen Gesellschaftsklasse bestehen, näher zu untersuchen. So können wir der Gefahr entgehen, eine bestimmte „Kategorie“ – in diesem Falle die Demokratie – zu einem Prinzip absoluter Wahrheit und Gerechtigkeit hoch zu stilisieren. Gerade heute, wo wir die Waffen der Kritik auf die ganze Lüge und Willkür der „liberalen“ Theorien richten, um klare Fronten zu schaffen, gerade heute müssen wir es vermeiden, selbst einem solchen Apriorismus zu verfallen, der unserer Weltanschauung vollkommen fremd wäre.

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Geht man einem Fehler in der politischen Taktik auf den Grund, so wird man immer einen theoretischen Fehler entdecken. Der theoretische Fehler ist sozusagen eine Übersetzung des politischen Fehlers in die Sprache unseres kritischen Bewusstseins. So hängt die verheerende Politik und Taktik der Sozialdemokratie mit einem prinzipiellen Fehler zusammen: Der Sozialdemokratie zufolge übernimmt der Sozialismus einen wesentlichen Bestandteil jener Auffassungen, mit denen die liberale Ideologie die alten, in der Religion begründeten politischen Doktrinen bekämpfte. In Wirklichkeit hat der marxistische Sozialismus jedoch die Kritik des demokratischen Liberalismus an dem Adel und der absoluten Monarchie des ancien régime keineswegs übernommen, um sie nachher zu vervollständigen. Im Gegenteil, er hat sie von vornherein voll und ganz zerstört. Um keine Missverständnisse im Hinblick auf unsere Orientierung aufkommen zu lassen, möchten wir allerdings sofort hinzufügen, dass es dem marxistischen Sozialismus dabei natürlich nicht um die Verteidigung der religiösen oder idealistischen Lehren gegen den aufklärerischen Materialismus der bürgerlichen Revolutionäre ging. Der Marxismus wollte nur nachweisen, dass die politische Philosophie der Enzyklopädie keineswegs zu einer Überwindung des idealistischen Unsinns und der metaphysischen Betrachtung der gesellschaftlichen und politischen Erscheinungen geführt hatte. Die Theoretiker des bürgerlichen Materialismus machten sich diesbezüglich nur Illusionen und konnten einer konsequent realistischen Kritik der Gesellschaft und der Geschichte, des historischen Materialismus von Marx, ebenso wenig wie ihre Vorgänger standhalten.

Ein anderer theoretischer Aspekt ist hier sehr wichtig. Im Laufe ihrer Zusammenarbeit mit der bürgerlichen Demokratie haben die Sozialdemokraten die Theorie der proletarischen Revolution so weit entstellt, dass ihr mächtiger revolutionärer Charakter völlig verwischt wurde.

Um ihr diesen Charakter zurückzugeben, bzw. um den Graben zwischen Sozialismus und bürgerlicher Demokratie zu vertiefen, muss man aber keineswegs die Prinzipien des Sozialismus in einem idealistischen oder neo-idealistischen Sinn revidieren. Es genügt ganz einfach, auf die ursprüngliche Kritik unserer Meister an den Trugschlüssen der liberalen Auffassungen und der bürgerlichen materialistischen Philosophie zurückzugreifen.

Aber bleiben wir bei unserem Thema: Die Kritik des Sozialismus an der Demokratie war im Grunde eine Kritik an der demokratischen Kritik an den alten politischen Philosophien, eine Widerlegung des scheinbaren allgemeinen Gegensatzes zwischen jenen zwei Denkschulen, der Beweis ihrer theoretischen Verwandtschaft. Dies entsprach der praktischen Tatsache, dass das Proletariat sich vom Übergang der Staatsmacht von den Händen des Feudaladels, der Monarchie und des Klerus in diejenigen der jungen Handels- und Industriebourgeoisie nicht viel zu versprechen hatte. Der Nachweis, dass die neue, bürgerliche Philosophie die alten Fehler der despotischen Ordnung keineswegs überwunden, sondern an ihre Stelle eine Konstruktion aus neuen Irrtümern gesetzt hatte, entsprach der Entstehung der revolutionären Bewegung des Proletariats. Die Entstehung dieser Bewegung war die faktische Widerlegung der bürgerlichen Einbildung, mit dem allgemeinen Wahlrecht und dem Parlamentarismus ein politisches System errichtet zu haben, das für alle Ewigkeit eine friedliche und unbegrenzt vervollkommnungsfähige Leitung der Gesellschaft gewährleisten würde.

Die alten politischen Lehren beruhten auf religiösen Auffassungen und sogar auf dem Prinzip der göttlichen Offenbarung. Ihnen zufolge wurden das Bewusstsein und der Wille der Menschen von übernatürlichen Kräften gelenkt. Wenn bestimmte Individuen, Familien und Kasten das Gemeinwesen führen und regieren, so sei das darauf zurückzuführen, dass Gott ihnen diese Aufgabe erteilt hat, dass sie dank göttlicher Investitur die „Autorität“ verkörpern. Dem entgegen verkündete die demokratische Philosophie, die sich Hand in Hand mit der bürgerlichen Revolution behauptete, dass alle Bürger, ganz gleich ob Adlige, Kirchenfürsten oder Plebejer, moralisch, politisch und rechtlich gleich seien. Die demokratische Philosophie wollte die „Souveränität“ aus dem engen Kreis einer Kaste oder einer Dynastie lösen und der Allgemeinheit übertragen. Durch Befragung des Volkes auf der Grundlage des allgemeinen Wahlrechts sollte die Mehrheit der Bürger nach ihrem Willen die Staatsherrscher ernennen.

Sehr lange schien der „Rationalismus“ dieser politischen Philosophie das letzte Wort in der Gesellschaftswissenschaft und in der Staatskunst zu sein. Viele vermeintliche Sozialisten fühlten sich ihr verpflichtet, während sich die Priester aller Religionen und die religiösen Philosophen sehr heftig gegen sie wandten. Doch das alles darf uns nicht dazu verleiten, in dieser Auffassung den endgültigen Sieg der Wahrheit über die Finsternis zu erblicken. Die Behauptung, der zufolge seit Errichtung der Grundlagen für eine Regierungsbildung nach dem demokratischen Mehrheitsrecht die Zeit der „Privilegien“ überholt sei, kann der marxistischen Kritik nicht standhalten, weil der Marxismus ein ganz anderes Licht auf die Natur der gesellschaftlichen Erscheinungen wirft.

In der Tat: Um sich von der Logik einer solchen Auffassung bestechen zu lassen, muss man davon ausgehen, dass alle Wählerstimmen, d.h. das Urteil, die Meinung, das Bewusstsein eines jeden Wählers, der die Macht für die Leitung der öffentlichen Angelegenheiten delegiert, das gleiche Gewicht haben. Folgende Überlegung dürfte zunächst genügen, um zu zeigen, wie wirklichkeitsfremd und wie wenig „materialistisch“ diese Auffassung ist. Sie betrachtet jeden einzelnen Menschen als vollkommene „Grundeinheit“ eines Systems, das aus lauter solchen, an sich gleichen Einheiten besteht. Sie bewertet daher das Urteil des einzelnen Menschen nicht im Zusammenhang mit seinen jeweiligen Lebensbedingungen, d.h. mit seinen Beziehungen zu den anderen Menschen; stattdessen unterstellt sie, jedes Individuum bilde sein Urteil selbständig, „souverän“, und aus dieser unbegründeten Annahme folgert sie dann, das Urteil jedes Einzelnen habe die gleiche Einflusskraft. In der demokratischen Auffassung ist das Bewusstsein der Menschen also nicht die konkrete Widerspiegelung der Tatsachen und Zwänge seiner Umgebung. Sie versteht das Bewusstsein im Grunde als ein Lichtlein, das in jedem Menschen gleich brennt, im Kranken wie im Gesunden, im Geplagten wie in demjenigen, dessen Bedürfnisse harmonisch befriedigt werden. Aber wer sonst kann mit dieser Gerechtigkeit der Vorsehung in jedem Menschen ein solches Lichtlein entzündet haben, wenn nicht ein unbestimmter Lebensspender, irgendein Gott? Gott bestimmt zwar nicht mehr den Herrscher, aber stattdessen verteilt er diese Fähigkeit gleichmäßig unter allen Bürgern. Die demokratische Ideologie erhebt den Anspruch des Rationalismus, in Wirklichkeit geht sie aber von Voraussetzungen aus, die von einer naiven Metaphysik gekennzeichnet werden. Darin unterscheidet sie sich kaum von der katholischen Religion, die den Menschen einen „freien Willen“ unterstellt, von dessen Gebrauch Heil und Verdammung im Jenseits abhängen. Die demokratische Ideologie stellt sich also außerhalb der Zeit und der geschichtlichen Bedingungen und ist damit dem Spiritualismus nicht minder verhaftet als die ebenso grundfalschen Philosophien, denen zufolge jede Autorität von Gott ausgeht und die Monarchien auf Gottesrecht beruhen.

Wer diesen Vergleich weiterführen möchte, müsste nur noch daran erinnern, dass die politische Doktrin der Demokratie bereits Jahrhunderte vor der Erklärung der Menschen- und Bürgerrechte und der großen französischen Revolution von Denkern umrissen wurde, die sich ganz entschieden auf den Boden des Idealismus und der Metaphysik stellten. Im Übrigen hat die französische Revolution die Altäre des Christengottes im Namen der Vernunft gestürzt, konnte aber nicht umhin, aus dieser „Vernunft“ selbst eine neue Gottheit zu machen.

Aber nicht nur die Auffassungen des bürgerlichen Liberalismus, sondern auch alle Verfassungslehren und alle Gesellschaftsentwürfe, die auf einem angeblich „immanenten Wert“ bestimmter sozialer Verhältnisse oder Staatsformen beruhen, werden von dieser metaphysischen Prämisse gekennzeichnet, die sich mit der marxistischen Kritik absolut nicht vereinbaren lässt: Die marxistische Geschichtsauffassung zerstörte mit einem Schlag den mittelalterlichen Idealismus, den bürgerlichen Liberalismus und den utopischen Sozialismus.

* * *

Aber was setzte der kritische Kommunismus diesen willkürlichen Gesellschaftslehren entgegen, den aristokratischen wie den demokratischen, den autoritären wie den liberalen und auch den Vorstellungen, die sich der Anarchismus von einer Gesellschaft ohne Hierarchie und ohne Machtdelegierung macht, und die auf ähnlichen Irrtümern beruhen? Eine unvergleichlich gründlichere Untersuchung der inneren Beschaffenheit und der Wurzeln der gesellschaftlichen Verhältnisse in ihrer komplexen Entwicklung im Laufe der Menschheitsgeschichte sowie eine genaue Untersuchung der Natur dieser Verhältnisse in der gegenwärtigen kapitalistischen Gesellschaft und eine daraus abgeleitete Reihe von begründeten Hypothesen über die weitere Entwicklung, denen sich heute der großartige theoretische und praktische Beitrag der proletarischen Revolution in Russland hinzufügt.

Es ist wohl entbehrlich, an dieser Stelle die wohlbekannten Prinzipien des ökonomischen Determinismus näher darzulegen und wieder ausführlich nachzuweisen, dass er eine begründete Erklärung für die geschichtlichen Ereignisse und den Gesellschaftsmechanismus liefert. Indem er von der Ebene der Produktion und Ökonomie und von den daraus resultierenden Klassenverhältnissen ausgeht, beseitigt der ökonomische Determinismus die konservativen und zugleich die utopistischen Apriori und ebnet den Weg für eine wissenschaftliche Erklärung der verschiedenen juristischen, politischen, militärischen, religiösen und kulturellen Erscheinungen des gesellschaftlichen Lebens. Wie haben sich die Menschen im Laufe der Geschichte zu einer Gesellschaft zusammengeschlossen, wie sah ihre jeweilige Gesellschaftsordnung aus? Wir werden uns darauf beschränken, diese Entwicklung von Gesellschaftsformation zu Gesellschaftsformation in kurzen Zügen zu verfolgen. Es geht dabei allerdings nicht nur darum, wie sich diese Menschen zu einem Staatswesen, dieser abstrakten Darstellung einer Gemeinschaft, die alle Individuen vereinigen soll, organisierten, sondern auch um die verschiedenen Gebilde, die aus den Verhältnissen zwischen den Menschen entstehen.

Will man eine gesellschaftliche Hierarchie, ob sie nun einen engen oder breiten Rahmen hat, verstehen, so muss man von den Verhältnissen zwischen den verschiedenen Individuen ausgehen. Diese Verhältnisse beruhen ihrerseits auf Arbeitsteilung zwischen diesen Individuen.

Wir begehen keinen groben Fehler, wenn wir uns zunächst vorstellen, dass die ersten Menschen völlig ohne Organisation lebten. Sie waren nicht zahlreich und konnten deshalb unmittelbar von den Gaben der Natur leben, ohne Technik oder Arbeit auf sie anzuwenden. So konnte auch jeder leben, ohne auf seinen Nächsten angewiesen zu sein. Die einzigen vorhandenen Beziehungen waren die der Fortpflanzung, die allen Gattungen gemein sind. Doch für die Menschen (und übrigens nicht für sie allein) reichen diese Beziehungen schon aus, um ein Beziehungsgefüge und eine daraus resultierende Gliederung entstehen zu lassen: die Familie. Polygam, polyandrisch oder monogam (wir können hier auf diese verschiedenen Formen nicht näher eingehen), bildet die Familie einen Embryo organisierten gesellschaftlichen Lebens auf der Grundlage einer Aufgabenteilung. In diesem Fall erwächst die Aufgabenteilung unmittelbar aus dem physiologischen Bereich: Die Mutter pflegt die Nachkommenschaft und zieht sie groß, während der Vater der Jagd, dem Schutz vor äußeren Feinden usw. nachgeht.

Wie bei den nachfolgenden Entwicklungsphasen der Produktion und des Wirtschaftslebens, so hat es auch im Hinblick auf diesen Urzustand, wo man von Produktion und Wirtschaft kaum reden kann, keinen Sinn, sich bei der abstrakten Frage aufzuhalten, was nun die Einheit bilde, das Individuum oder die Gesellschaft. Biologisch stellt das Individuum zweifellos eine Einheit dar. Wenn es sich aber um eine Gesellschaftsformation handelt, dann ist es hirnverbrannte Metaphysik, vom Individuum auszugehen. Vom Standpunkt der Gesellschaft haben die Einzelnen nicht denselben Stellenwert. Die Gesellschaft selbst entsteht erst aus Beziehungen und Einreihungen, in denen Stellung und Tätigkeit jedes Einzelnen keinen individuellen, sondern einen kollektiven Charakter haben, denn sie sind eine Funktion des gesellschaftlichen Ganzen. Und selbst wenn keine organisierte Gesellschaft, ja überhaupt keine Gesellschaft vorhanden ist, wie in unserem elementaren Beispiel, selbst dann führen die physiologischen Gesetzmäßigkeiten eine Organisation, die Familie, herbei. Schon diese Gesetzmäßigkeiten widerlegen die unbegründete Vorstellung, das Individuum sei die unteilbare Einheit (das ist die wörtliche Bedeutung des Begriffs Individuum), bzw. die komplexeren Formen beruhten auf der Zusammensetzung von Individuen, die ihr in sich abgeschlossenes Wesen und ihren gewissermaßen gleichen Stellenwert weiterhin behalten. Natürlich kann man in diesem Fall auch nicht von der Gesellschaft als einer Einheit reden. Die zwischenmenschlichen Beziehungen, selbst die bloße Wahrnehmung der Existenz von Mitmenschen, sind äußerst begrenzt, sie gehen nicht über den Kreis der Familie oder des Clans hinaus. Eine Schlussfolgerung, die sich von selbst aufzwingt, können wir hier vorwegnehmen, nämlich dass die Gesellschaft noch nie eine „Einheit“ war; selbst in der Zukunft wird sie es nur als „Grenzwert“ sein, dem man sich durch die Aufhebung der Klassen und der Staatsgrenzen allmählich wird annähern können.

Nimmt man das Individuum als solches zum Ausgangspunkt für die Untersuchung der Gesellschaft und den Aufbau von Gesellschaftslehren, oder meinetwegen für die Negation der Gesellschaft, so geht man von einer wirklichkeitsfremden Voraussetzung aus, die auch in den modernsten theoretischen Versuchen im Grunde nichts anderes darstellt, als eine modifizierte Wiedergabe von Begriffen wie göttliche Offenbarung, Schöpfung, Unabhängigkeit des geistigen Lebens vom Bereichen der Natur und des Organischen.

In der religiös-idealistischen Auffassung soll Gott bzw. eine allmächtige Kraft, die das Schicksal der Welt lenkt, jedes Individuum mit einer Seele versehen und aus ihm dadurch ein selbständiges, abgeschlossenes, bewusstes, willensfähiges und mündiges Molekül der Gesellschaft gemacht haben. Die materiellen Bedingungen und Hindernisse sollen dabei keine Rolle spielen. So entschlossen „materialistisch“ sich die ersten liberalen Bourgeois und die Anarchisten vorgewagt haben mögen: Mit dem demokratischen Liberalismus und dem anarchischen Individualismus wird diese Auffassung nur anders verkleidet. An die Stelle der Seele, des göttlichen Funkens, treten nur andere philosophische Phrasen, die im Lichte der marxistischen Kritik unter derselben infantilen Naivität leiden: die subjektive Souveränität des Wählers, bzw. die unbegrenzte Selbständigkeit des Bürgers einer gesetzlosen Gesellschaft.

Dem Begriff der Seele entspricht die gleichsam idealistische Unterstellung, die Gesellschaft sei eine vollkommene Einheit. Es handelt sich um eine Art gesellschaftlichen Monismus auf der Grundlage des göttlichen Willens, der das Leben unserer Gattung lenken und verwalten soll. Als wir uns weiter oben mit dem Urzustand des gemeinschaftlichen Lebens befassten und auf die Familienorganisation stießen, mussten wir zum Ergebnis kommen, dass man bei der Untersuchung des Lebens und des Entwicklungsprozesses der Menschheit nicht fortschreiten kann, wenn man von der metaphysischen Hypothese ausgeht, dass das Individuum oder die Gesellschaft die eigentliche „Einheit“ bilden. Wir können andererseits auch eine positive Behauptung aufstellen:

Wir finden ein auf einheitlicher Grundlage organisiertes Kollektiv, die Familie, vor. Heißt das, dass wir wie die Anarchisten angesichts des Individuums oder die Anhänger der absoluten Monarchie angesichts der Standesordnung die Familie als eine unveränderliche und ewige Grundform betrachten oder zum Modell des gesellschaftlichen Zusammenlebens verklären dürfen? Selbstverständlich nicht. Wir stellen lediglich die Existenz dieser Ureinheit menschlicher Organisation fest. Ihr werden andere Formen folgen, sie selbst wird sich in vielerlei Hinsicht verändern und als Bestandteil in andere Gemeinwesen eingehen. Es ist sogar anzunehmen, dass die Familie in einer höheren Gesellschaft verschwinden wird. Wir verspüren nicht das geringste Bedürfnis, aus Prinzip für oder gegen die Familie oder z.B. auch für oder gegen den Staat zu sein. Uns geht es darum, den Sinn der Entwicklung dieser Form menschlicher Organisation so gut wie möglich zu begreifen. Wenn wir uns fragen, ob sie eines Tages verschwinden wird, so tun wir das so unvoreingenommen wie es eben geht, denn es entspricht nicht unserer Denkweise, sie als heilig und unantastbar oder umgekehrt als schädlich und zerstörungswürdig zu betrachten. Das ist Sache des Konservatismus und seiner Kehrseite (d. h. der Negation jeder Form gesellschaftlicher Organisation und hierarchischer Gliederung), die beide theoretisch gleich schwach sind und in der Praxis zu keinem Ergebnis führen.

Wir lassen also die herkömmliche Gegenüberstellung der Kategorien Individuum und Gesellschaft beiseite und verfolgen die Bildung und Entwicklung anderer Einheiten, d. h. anderer organisierter Gemeinschaftsformen im Laufe der Geschichte der Menschheit. Es handelt sich um mehr oder weniger ausgedehnte Gruppierungen von Menschen auf der Grundlage einer Arbeitsteilung und einer hierarchischen Gliederung. Diese Gruppierungen treten als Träger und handelnde Faktoren des gesellschaftlichen Lebens auf. In einem bestimmten Sinne kann man sie mit den organischen Einheiten, den Lebewesen, vergleichen, in denen die Zellen verschiedene Funktionen erfüllen und jeweils einen anderen Stellenwert haben. Hier hätten wir anstelle der Zellen die einzelnen Menschen und die Grundgruppen von Menschen. Aber auch dieser Vergleich hinkt, denn das Lebewesen ist in sich genau abgegrenzt und macht eine biologische Entwicklung durch, an deren Ende es stirbt. Anders die organisierten gesellschaftlichen Einheiten. Sie werden durch keine festen Umrisse in sich abgegrenzt, sondern verflechten sich miteinander, zersetzen sich und setzen sich in einem Prozess ständiger Erneuerung gleichzeitig wieder zusammen.

Unser erstes Beispiel, die Familie, liegt auf der Hand, um das wesentliche hervorzuheben. Die Familie besteht zwar selbstverständlich aus Individuen und setzt sich von Fall zu Fall anders zusammen. Aber die Familie ist eine Einheit, die einen Ganzheitscharakter besitzt, als organisches „Ganzes“ auftritt. Die Zergliederung der Familie in individuelle Einzeleinheiten ist eine leere Abstraktion, die höchstens für die Mythologie von Belang sein kann. Die Familie ist ein Element, dessen Leben einen Einheitscharakter besitzt, aber dieser Charakter wird nicht durch die jeweilige Anzahl der Einzelmenschen bestimmt, die in einer Familie zusammengefasst sind, sondern durch das Netz ihrer wechselseitigen Beziehungen. Andererseits kann man anhand eines banalen Beispiels feststellen, wie unterschiedlich der Wert einer Familie sein kann: Es genügt, eine Familie, die sich aus Oberhaupt, Frauen und einigen untauglichen Greisen zusammensetzt, mit einer anderen, die neben dem Oberhaupt noch einige junge und arbeitsfähige Söhne zählt, zu vergleichen.

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Schon in dieser ersten, aus Einzelmenschen gebildeten Einheit treten Formen von Aufgabenteilung, von Hierarchie, von Autorität, von Leitung der Tätigkeit der Einzelnen und von Verwaltung auf. Im Laufe der Entwicklung durchlaufen die Menschen unzählige andere Organisationsformen, die immer breiter und komplexer sind und mit einer immer komplexeren Gliederung der gesellschaftlichen Beziehungen und Hierarchien zusammenhängen. Gehen wir der Ursache für diese zunehmende Komplexität nach, so können wir feststellen, dass sie mit einer zunehmenden gesellschaftlichen Differenzierung einhergeht: Größere handwerkliche Fertigkeit und bessere Erkenntnisse erlauben die Einführung neuer Produktionssysteme und damit eine Entfaltung der Produktion (im weitesten Sinne des Wortes); die Befriedigung der Bedürfnisse von größeren und fortgeschritteneren Gemeinschaften, der Übergang zu höheren Lebensformen, wird dadurch möglich. Die zunehmende gesellschaftliche Differenzierung ist eine direkte Folge neuer Produktionssysteme.

Will man den Entstehungs- und Transformationsprozess der menschlichen Organisationen und ihre Wechselbeziehungen innerhalb der Gesamtgesellschaft verstehen, so muss man die Entwicklung der Produktivkräfte und der Produktionsverhältnisse, d.h. der Verhältnisse, welche die Menschen infolge der gesellschaftlichen Arbeitsteilung untereinander eingehen, zum Ausgangspunkt der Untersuchung nehmen. Aufgrund einer solchen Untersuchung kann man die Entstehung und Laufbahn der Dynastien, Kasten, Armeen, Staaten, Reiche, Zünfte und Parteien verfolgen. Es ist denkbar, dass auf dem Höhepunkt dieser komplexen Entwicklung ein einheitlich organisiertes Gemeinwesen bestehen wird, das die ganze Menschheit umfasst und alle Menschen in eine rationale Aufgabenteilung einbezieht. Man kann auch die Frage erörtern, welche Bedeutung und welche Grenzen eine hierarchische Gliederung der kollektiven Verwaltung in dieser höheren Form menschlichen Zusammenlebens haben wird.

Wir müssen nun aber bald zur Untersuchung jener organisierten Vereinigungen übergehen, deren innere Beziehungen auf dem beruhen, was man gemeinhin das „demokratische Prinzip“ nennt. Wir führen deshalb eine Vereinfachung ein und teilen die organisierten Gemeinschaften in zwei Sorten ein: solche, die ihre Hierarchie von außen erhalten, und solche, die ihre Hierarchie von sich aus und aus ihren eigenen Reihen bilden. Für die Religion und die reine Obrigkeitslehre soll jede Gesellschaft eine Einheit bilden, die ihre Hierarchie von übernatürlichen Mächten erhält. Es ist überflüssig, die Kritik an einer solchen metaphysischen Versimpelung weiterzuführen, denn sie wird ohnehin von der ganzen menschlichen Erfahrung widerlegt. Die Hierarchie entsteht automatisch aus der Notwendigkeit einer Aufgabenteilung. Auch in der Familie war es natürlich so. Wenn diese sich zur Sippe und zum Stamm weiterbildete, musste sie sich zum Kampf gegen andere Organisationen organisieren. Die Führung wurde zweckmäßigerweise denjenigen übertragen, welche die gemeinsamen Anstrengungen am besten koordinieren konnten. Daraus entstanden militärische Hierarchien. Könige, Heeresführer und Priester wurden ursprünglich gewählt: Jahrtausende vor der Entstehung des modernen demokratischen Wahlfimmels bestimmte das gemeinsame Interesse die Wahl. Dieses Kriterium für die Bildung von Hierarchien wurde später verdrängt. Die abstammungsmäßige Vererbung und die Zugehörigkeit zu geschlossenen Schulen, Sekten und Kulten gewannen die Oberhand und führten zur Bildung von Kastenprivilegien. Wer aufgrund seiner besonderen Fähigkeiten und Funktionen einen Posten besaß, hatte in der Regel auch den größten Einfluss auf die Bestimmung seines Nachfolgers. Wir haben, wie gesagt, nicht vor, den Entstehungsprozess der Kasten und später der Klassen in der Gesellschaft im Einzelnen zu verfolgen. Die logische Notwendigkeit einer Aufgabenteilung verwandelte sich in ein Macht- und Einflussmonopol in den Händen jener Schichten von Individuen, die eine privilegierte Stellung im ökonomischen Mechanismus einnahmen. Jede herrschende Kaste bildete auf diese oder jene Weise ihre eigene Organisation und Hierarchie. Dasselbe trifft für die ökonomisch privilegierten Klassen zu. Wir beschränken uns auf ein einziges Beispiel: Der Landadel des Mittelalters verband sich, um das gemeinsame Privileg gegen die Angriffe anderer Klassen zu verteidigen. Damit entstand eine Organisationsform, die in der Monarchie ihren vollendeten Ausdruck fand. Die Monarchie fasste die ganze öffentliche Gewalt in ihren Händen zusammen, die anderen Bevölkerungsschichten hatten an dieser Gewalt keinen Anteil. Im Mittelalter war der Staat die Organisation des Feudaladels, der vom Klerus unterstützt wurde. Das wichtigste Herrschaftsinstrument dieser militärischen Hierarchien war das Heer. Damit gelangen wir zu einem Organisationstyp, dessen Hierarchie von außen bestimmt wird. Das Heer beruht auf dem passiven Gehorsam all seiner Mitglieder, die Heeresführer werden vom König ernannt. Die Macht, eine Reihe von hierarchisch gegliederten Exekutivorganen, wie Heer, Polizei, Gerichtswesen und Bürokratie zu besetzen und zu lenken, wird in jeder Staatsform vereinheitlicht und zentralisiert. Der Staat ist eine organisierte Einheit, die sich der Tätigkeit von Individuen aller Klassen bedient. Er beruht aber auf einer einzigen oder auf wenigen privilegierten Klassen, denen die Gewalt, die verschiedenen Hierarchien aufzubauen, vorbehalten bleibt. Die anderen Klassen und im allgemeinen alle Gruppen von Individuen, denen das naheliegende klar wird, nämlich dass die vorhandene Staatsorganisation trotz gegenteiligen Anspruchs keineswegs die Interessen und Bedürfnisse aller vertritt, versuchen, eigene Organisationen zu bilden, um ihre Interessen durchzusetzen. Der Ausgangspunkt solcher Organisationen ist die einfache Feststellung der gemeinsamen Lage ihrer Mitglieder in der Produktion und im Wirtschaftsleben.

Wenn wir uns mit jenen Organisationen befassen, die ihre Hierarchien selbst bilden, können wir allerdings die Frage stellen, wie diese Hierarchie zu ernennen sei, um die gemeinsamen Interessen aller Organisationsmitglieder am besten zu wahren bzw. um die Herausbildung von privilegierten Schichten innerhalb der betreffenden Organisation zu vermeiden. Hier stoßen wir wieder auf das Verfahren, das auf dem demokratischen Prinzip beruht: Alle einzelnen Mitglieder sollen befragt werden, die Posten der Hierarchie sind durch Mehrheitsentscheidung zu besetzen.

Wenn es darum geht, die ganze Gesellschaft, so wie sie heute besteht, oder bestimmte Nationen auf die Anwendung dieser Methode zu verpflichten, muss unsere Kritik viel härter ausfallen, als wenn es um deren Einführung in viel engeren Organisationen wie den proletarischen Gewerkschaften und Parteien geht.

Die erste Auffassung ist völlig aus der Luft gegriffen und damit ohne weiteres zu verwerfen. Sie berücksichtigt überhaupt nicht die Stellung der Einzelnen im Wirtschaftsleben und betrachtet das demokratische Verfahren nicht im Zusammenhang mit dem Entwicklungsprozess der jeweiligen Gesellschaft, sondern als etwas Selbständiges und an sich Vollkommenes.

Da die Gesellschaft in Klassen geteilt ist, die sich infolge von ökonomischen Privilegien krass voneinander unterscheiden, können Mehrheitsentscheidungen keine Bedeutung haben. Der demokratische und parlamentarische Staat liberaler Verfassung erhebt den Anspruch, eine Organisation aller Bürger im Interesse aller Bürger zu sein. Das ist ein Betrug. Solange Interessengegensätze und Klassenkämpfe bestehen, ist keine Organisationseinheit möglich. Obwohl ein Schein von Volkssouveränität zur Schau getragen wird, bleibt der Staat das Organ der ökonomisch herrschenden Klasse und das Instrument zum Schutz ihrer Interessen. Obwohl in der bürgerlichen Gesellschaft die politische Vertretung (die parlamentarischen Organe) demokratisch gewählt werden, betrachten wir diese Gesellschaft als einen Komplex aus verschiedenen anderen Organisationen und Vereinigungen. Viele davon werden von den privilegierten Schichten gebildet und verfolgen die Aufrechterhaltung der bestehenden Gesellschaftsordnung. Sie schließen sich daher um die mächtige und zentralisierte Organisation des Staatsapparates zusammen. Andere verhalten sich neutral oder ändern von Fall zu Fall ihre Haltung gegenüber dem Staat. Andere schließlich entstehen innerhalb der besitzlosen und ökonomisch ausgebeuteten Klassen; sie richten sich gegen den bestehenden Klassenstaat. Der Staat hat also keineswegs den Charakter einer Vereinigung aller Bürger oder der ganzen Nation. Und daran können die politische und rechtliche Gleichheit aller Bürger, die formale Anwendung des demokratischen Prinzips bzw. des Mehrheitsrechts überhaupt nichts ändern, weil eine ökonomisch bedingte Klassenteilung besteht. Die politische Demokratie gibt offiziell vor, einen Staat aller Bürger errichtet zu haben. In Wirklichkeit ist sie jedoch die Staatsform, die sich für die Herrschaft der kapitalistischen Klasse und die Aufrechterhaltung ihrer Privilegien besonders gut eignet. Sie ist die spezifische Form der bürgerlichen Diktatur im echtesten Sinne des Wortes.

Es ist deswegen nicht notwendig, die vernichtende Kritik des Marxismus an dieser falschen Auffassung noch weiter auszuführen. Wer ist der Wähler? Ein durch körperliche Überanstrengung erschöpfter Arbeiter oder ein reicher Nichtstuer, ein gerissener Industrieunternehmer oder ein Proletarier, der tief im Elend steckt, aber die Ursachen seiner Leiden nicht kennt und keinen Ausweg erblickt? Danach fragt die Demokratie nicht. Sie geht davon aus, dass alle „Wählerstimmen“ gleichermaßen unabhängig und reif sind. Von Zeit zu Zeit wird man aufgefordert, die „souveräne“ Funktion der Stimmabgabe zu erfüllen. Ruhe und Gehorsam sollen damit gesichert sein, auch wenn man unter den Folgen staatlicher Unterdrückung und Ausplünderung und behördlicher Willkür zu leiden hat.

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Wie wir gesehen haben, hat das demokratische Prinzip keinen Wert an sich. Als Prinzip ist es absolut untauglich. Es handelt sich eher um einen einfachen Organisationsmechanismus, der auf einer banalen arithmetischen Regel beruht: Die Mehrheit hat Recht und die Minderheit Unrecht. Schauen wir uns jetzt an, wie es mit der Anwendung dieses Mechanismus im zweiten Fall steht, d.h. in Organisationen, die Klassenumrisse haben und durch keine inneren ökonomischen Gegensätze zerrissen sind. Ist dieser Mechanismus hier nützlich? Reicht er aus? Wir müssen diese Organisationen in ihrem historischen Entwicklungsprozess untersuchen.

Nach dem revolutionären Sieg der unterdrückten Klassen über die bürgerliche Staatsmacht wird eine Diktatur des Proletariats errichtet. Ist der demokratische Mechanismus hier anwendbar? Werden in dieser Staatsform die politischen Vertretungen und Hierarchien so gebildet, dass man von einer „proletarischen Demokratie“ reden kann? Wir müssen diese Frage ohne Vorurteile betrachten. Nehmen wir an, wir kommen zu dem Schluss, dass dieser Mechanismus, solange die geschichtliche Entwicklung selbst kein besseres Verfahren hervorbringt, doch auf eine bestimmte Art und Weise gut anwendbar sei. Es gibt dennoch keinen Grund dafür, die Souveränität der „Mehrheit“ des Proletariats zum Prinzip zu erheben. Darüber muss man sich im Klaren sein. Nach dem Sieg der Revolution ist das Proletariat noch keine völlig homogene Klasse. Es handelt sich nicht einmal um eine einzige Klasse. In Russland z. B. liegt die Macht in den Händen der Arbeiter und Bauern, wenn man aber die ganze Entwicklung der revolutionären Bewegung auch nur flüchtig betrachtet, dann wird man sofort feststellen, dass das Industrieproletariat, obwohl es viel weniger zahlreich als die Bauernschaft ist, eine viel wichtigere Rolle spielt. So ist es logisch, wenn in den Sowjets, im Rätesystem, eine Arbeiterstimme ein viel größeres Gewicht als eine Bauernstimme hat. Wir werden hier die Wesenszüge der Verfassung des proletarischen Staates nicht im Einzelnen untersuchen. Wir betrachten diesen Staat auf jeden Fall nicht als etwas absolutes, wie etwa die Reaktionäre die Monarchie aus göttlichem Recht, oder die Liberalen den Parlamentarismus mit allgemeinem Wahlrecht bzw. die Anarchisten die Staatslosigkeit betrachten. Der proletarische Staat ist die Organisation einer Klasse zum Kampf gegen andere Klassen, deren ökonomische Privilegien abgeschafft werden müssen. Er ist eine materielle Kraft in der Geschichte und muss sich seinen Zielen, d. h. den Notwendigkeiten, die ihn hervorriefen, anpassen. Das kann unter bestimmten Umständen durch die breiteste Massenabstimmung, unter anderen Umständen wiederum durch die Entscheidung eines sehr kleinen und mit uneingeschränkter Vollmacht versehenen Exekutivkomitees gewährleistet werden. Das wesentliche ist, dass diese proletarische Gewaltorganisation über die Mittel und Waffen zur Zerschlagung des politischen und militärischen Widerstandes der Bourgeoisie und zur Ausradierung ihrer ökonomischen Privilegien verfügen muss. Nur so kann sie die Abschaffung der Klassen einleiten und den Boden für eine immer tiefere Transformation ihrer eigenen Struktur und Funktion vorbereiten.

Die bürgerliche Demokratie verfolgt in Wirklichkeit das alleinige Ziel, jeden Einfluss der großen proletarischen und kleinbürgerlichen Massen auf die Staatsführung auszuschließen. Diese ist den großen Oligarchien der Industrie, der Finanzen und des Grundbesitzes vorbehalten. Die proletarische Diktatur hingegen muss die breitesten Schichten der proletarischen und auch halbproletarischen Massen in den Kampf, den sie verkörpert, einbeziehen. Diesen Punkt muss man festhalten. Die Verwirklichung dieses Ziels ist aber nicht mit der Schaffung eines alles umfassenden Wahlsystems gleichzusetzen. Nur wer unter dem Einfluss bürgerlicher Vorurteile steht, kann eine solche Gleichung aufstellen. Ein derartiges Wahlsystem kann zu viel des Guten sein, noch öfters ist es aber zu wenig. Viele Proletarier würden sich auf die Wahlbeteiligung beschränken und jede weitere aktive Teilnahme am Klassenkampf enthoben fühlen. Zum anderen verlangt die Verschärfung des Kampfes in manchen Phasen prompte Entscheidungen und Reaktionen bzw. die Zentralisierung aller Kräfte in eine einzige Stoßrichtung. Um diese Bedingungen herzustellen, vollzieht der proletarische Staat einen direkten Bruch mit den Regeln der Demokratie. Dieser Bruch kommt in der gesamten Verfassung des proletarischen Staates zum Ausdruck, wie uns die lehrreichen Erfahrungen in Russland zeigen. Deshalb jammern die Anbeter der bürgerlichen Demokratie ja auch, dass dort die Freiheit vergewaltigt wird. In Wirklichkeit werden ganz einfach die spießbürgerlichen Vorurteile und die Demagogie entlarvt, die immer nur dem Schutz der bürgerlichen Macht gedient haben. Die proletarische Diktatur fasst die beratende und die ausführende Funktion in einheitliche Staatsorgane zusammen. Wenn nicht überhaupt die ganze Masse der Stimmberechtigten, so beteiligt sich mindestens eine breite Schicht ihrer Delegierten ständig und nicht nur von Zeit zu Zeit an den Funktionen des politischen Lebens. Durch diese aktive Teilnahme wird der einheitliche Charakter der Aktion des gesamten Apparates nicht gefährdet, sondern gestärkt. Es ist bemerkenswert, dass diese Beteiligung nach Kriterien erfolgt, die denjenigen des bürgerlichen Liberalismus entgegengesetzt sind. So wurden die Direktwahlen und die proportionale Vertretung im Wesen abgeschafft, ganz abgesehen davon, dass die andere heilige Kuh, die Stimmengleichheit, auch abgeschlachtet wurde, wie wir gesehen haben.

Wenn die Wahl der politischen Vertreter nach diesen neuen Kriterien erfolgt und diese in einer Verfassung verankert sind, so will das natürlich nicht heißen, dass darin etwas Prinzipielles zu erblicken sei. Unter anderen Umständen können sich die Kriterien verändern. Auf jeden Fall möchten wir klarstellen, dass für uns diese Organisations- und Vertretungsformen keinen inhärenten Wert haben. Unsere Ausführungen kommen in einer marxistischen Grundthese sinngemäß wie folgt zum Ausdruck: „Die Revolution ist nicht eine Frage von Organisationsformen“. Die Revolution ist im Gegenteil eine Frage des Inhalts. Es geht um die Bewegung und Aktion der revolutionären Kräfte, die einen unaufhörlichen Prozess durchmachen. Der wirkliche Gang der Revolution lässt sich in keinem dieser verschiedenen Entwürfe von starren „Verfassungslehren“ idealtypisch festlegen.

In den Arbeiterräten finden wir überhaupt nicht mehr jene typische Regel der bürgerlichen Demokratie, der zufolge jeder Bürger durch Direktwahl seinen Abgeordneten in das oberste Vertretungsorgan, d. h. ins Parlament, wählt. Es gibt im Gegenteil verschiedene Stufen von Räten. Jede höhere Stufe erfasst eine immer größere territoriale Einheit, bis hin zum Rätekongress. Die Orts- und Bezirkssowjets wählen ihre Delegierten für den höherstehenden Rat und zugleich ihre eigene Verwaltung, d. h. das jeweilige Exekutivorgan. An der Basis, d.h. in den untersten Räten von Stadt und Land, wird die ganze Masse befragt. Die Wahl der Delegierten für die höheren Räte und für die anderen Posten erfolgt dann aufgrund von Parteilisten, und zwar immer als Mehrheits- und nicht als Proportionalwahl. Da es sich im Übrigen meistens um die Wahl eines einzigen Delegierten handelt, der die Verbindung zwischen einer unteren und einer oberen Stufe des Rätesystems bilden soll, werden zugleich zwei Dogmen des formalen Liberalismus sichtbar gestürzt, nämlich die Listenwahl und das Proportionalwahlrecht. Auf jeder Stufe sollen die Räte nicht bloß beratende, sondern auch ausführende Körperschaften darstellen, die eng mit den zentralen Ausführungsorganen verbunden sind. Parlamentarische Schwätzerbuden, wo ununterbrochen diskutiert und niemals gehandelt wird, sind deshalb verständlicherweise untragbar. Je höher das Vertretungsorgan steht, desto enger und kompakter muss es sein, um die Aktion, den politischen Kampf und den gemeinsam revolutionären Vorstoß der ganzen Masse, die auf die geschilderte Weise zusammengefasst wird, leiten zu können.

Hinzu kommt die politische Partei, die in diesem Mechanismus eine bei weitem erstrangige Rolle spielt. Die Vorzüge, die sich aus der Präsenz der politischen Partei für das Rätesystem ergeben, können keinen Verfassungsentwurf von sich aus bringen, denn die Partei wird nicht durch die reine Organisationsform, sondern durch den Inhalt bestimmt. Die Partei verfügt über ein militantes kollektives Bewusstsein und über einen militanten kollektiven Willen. Sie kann die Arbeit daher mit Rücksicht auf die Notwendigkeiten eines langen und ständig fortschreitenden Prozesses planen. Die Partei ist dasjenige Organ, das den Wesenszügen einer einigen und einheitlichen, solidarisch handelnden Gemeinschaft am nächsten kommen kann. Sicher umfasst die Partei nur eine Minderheit aus der Masse. Vergleicht man aber die entscheidenden Merkmale der Partei mit denjenigen aller anderen, auf einer viel breiteren Basis beruhenden Organisationen, so wird man feststellen können, dass die Partei die kollektiven Interessen und die Gesamtbewegung des Proletariats am besten vertritt. Während sich das Gros der Massen darauf beschränkt, sich mit den unmittelbar auftretenden Problemen bewusst zu beschäftigen, beteiligen sich alle Mitglieder der kommunistischen Partei kontinuierlich an der Ausführung der gemeinsamen Aufgaben und an der Vorbereitung der Lösung aller Probleme des Kampfes und des ökonomischen Aufbaus. Da das Vertretungssystem des proletarischen Staates nicht auf dem demokratischen Betrug beruht, sondern auf derjenigen Klasse der Bevölkerung, die von ihren grundlegenden kollektiven Interessen zum revolutionären Kampf getrieben wird, ist es nur natürlich, dass die Massen spontan die Kandidaten wählen, die von der revolutionären Partei vorgeschlagen werden: Diese hat bewiesen, dass sie für den revolutionären Kampf gewappnet ist und sich gründlich vorbereitet hat, um die Probleme, die dieser Kampf stellt, zu lösen.

Wir werden weiter unten kurz zeigen, dass nicht einmal die Partei diese Fähigkeiten ganz einfach entfaltet, weil sie sich nach besonderen Organisationsregeln bildet. Die Partei kann ihrer Rolle von Antriebskraft der revolutionären Aktion des Proletariats gewachsen sein oder auch nicht. Natürlich reden wir hier nicht von politischen Parteien im Allgemeinen, sondern von der kommunistischen Partei, die als einzige eine solche Funktion erfüllen kann. Aber selbst die kommunistische Partei ist nicht gegen die vielen Gefahren der Degenerierung und der Auflösung gefeit. Jene positiven Eigenschaften, die die Partei besitzen muss, um ihren Aufgaben gewachsen zu sein, werden weder von Statuten noch von bloßen internen Organisationsmaßnahmen erzeugt. Vielmehr nehmen sie im Laufe des Entwicklungsprozesses der Partei und durch ihre Beteiligung an den Kämpfen des Proletariats Gestalt an, festigen sich als gemeinsame Orientierung auf der Grundlage einer Geschichtsauffassung und eines Grundsatzprogramms und treten somit als kollektives Bewusstsein und zugleich als verlässliche Disziplin der Organisation mit scharfen Konturen zutage. Diese Auffassungen sind dem Leser aus den Thesen über die Taktik des II. Kongresses der Kommunistischen Partei Italiens, wo sie näher dargelegt werden, bekannt.

Aber kommen wir auf die Natur des verfassungsmäßigen Mechanismus der proletarischen Diktatur zurück. Wir haben gesagt, dass die Räte auf den verschiedenen Stufen zugleich legislative und exekutive Organe sind. Es sind die Funktionen und Initiativen von Exekutivorganen mit bestimmten Aufgaben im kollektiven Leben, die zur Entstehung der Räte führen und die Verhältnisse innerhalb ihres elastischen und sich ständig entwickelnden Apparates bestimmen. Wir müssen noch etwas hinzufügen, um diese Aufgabe zu verdeutlichen. Wir wollen nicht an das Problem der endgültigen Grundlage der Vertretungsorgane in einer klassenlosen, kommunistischen Gesellschaft herangehen. Wie sich die verschiedenen Organisationen entwickeln werden, wenn wir uns dieser Gesellschaft annähern, können wir nicht im Einzelnen vorhersagen, nur die großen Züge lassen sich überblicken: Die Entwicklung wird in Richtung auf eine Verschmelzung aller politischen, administrativen und ökonomischen Organe laufen, während der Staat nach und nach jeden Charakter eines Zwangsapparates verliert, bis schließlich das Staatswesen selbst als Herrschaftsinstrument einer Klasse im Kampf gegen die anderen, überlebenden Klassen abstirbt. Hier wollen wir uns aber nur mit der Anfangsphase der proletarischen Macht beschäftigen. Sie lässt sich mit der Lage der proletarischen Diktatur in Russland im Laufe der vergangenen 4 1/2 Jahre vergleichen.

Die proletarische Diktatur hat in ihrer Anfangsphase eine äußerst schwierige und komplexe Aufgabe zu erfüllen, die man in drei Aktionsbereiche unterteilen kann: den politischen, den militärischen und den ökonomischen. Sowohl die militärische Verteidigung gegen die inneren und äußeren Angriffe der Konterrevolution, als auch der Wiederaufbau der Wirtschaft auf kollektiven Grundlagen können nur bewältigt werden, wenn alle Kräfte zusammengefasst und nach einem systematischen und rationalen Plan eingesetzt werden. Obwohl er die Energien der ganzen Masse einsetzt, oder besser gerade um diese Energien mit einem höheren Ergebnis einsetzen zu können, zielt dieser Plan auf eine strenge Zentralisierung der Gesamttätigkeit hin. Daraus folgt, dass die Organe, die an der vordersten Front des Kampfes gegen den äußeren und inneren Feind stehen (die revolutionäre Armee und auch die revolutionäre Polizei), auf einer in den Händen des proletarischen Staates zentralisierten Disziplin und Hierarchie beruhen müssen. Auch die rote Armee ist damit eine organisierte Einheit, deren Hierarchie von außen. d. h. von der politischen Führung des proletarischen Staates bestimmt wird. Dasselbe kann man von der revolutionären Polizei und dem revolutionären Gerichtswesen sagen.

Die Frage des ökonomischen Apparates, den das siegreiche Proletariat errichten muss, um das neue Produktions- und Verteilungssystem ins Leben zu rufen, weist komplexere Aspekte auf. Die Zentralisierung ist jedoch der Wesenszug, der diesen rationalen Verwaltungsapparat vom Chaos der kapitalistischen Privatwirtschaft unterscheidet. Alle Betriebe müssen auf der Grundlage der Ziele eines Produktions- und Verteilungsplans koordiniert und im Interesse der Gesellschaft als Ganzes geleitet werden. Mit dem allmählichen Aufbau des neuen Wirtschaftsapparates, aber auch infolge der Krisen, die mit einer solchen Umwälzungsperiode voll von politischen und militärischen Kämpfen unvermeidlich einhergehen, verändern sich andererseits ständig sowohl das Wirtschaftsgefüge als auch die jeweilige Stellung der Produzenten.

Was folgt aus diesen Betrachtungen? In der Anfangsphase der proletarischen Diktatur führen die Räte auf den verschiedenen Stufen zugleich legislative Wahlen für die höheren Stufen und exekutive Wahlen für die örtliche Verwaltung. Die absolute Verantwortung für die militärische Verteidigung und – allerdings in etwas flexiblerer Form – auch für den ökonomischen Feldzug muss jedoch in den Händen der zentralen Führung liegen. In dieser Hinsicht dienen die örtlichen Organe einer politischen Zusammenfassung der Massen, die auf deren Mitwirkung an der Durchführung jener Pläne sowie auf deren Zustimmung zum geplanten militärischen und ökonomischen Einsatz abzielt. Damit wird der Boden für eine möglichst breite und kontinuierliche politische Betätigung der Massen geschaffen, deren Energien auf den Ausbau der stark zentralisierten Organisation des proletarischen Staates kanalisiert werden.

Daraus kann man natürlich nicht folgern, den Zwischenstufen des staatlichen Apparates sei jede Bewegungsmöglichkeit und Eigeninitiative abzusprechen. Unsere Ausführungen dienen aber als Beweisgrundlage für etwas anderes, nämlich dass man kein formalistisches Schema für die Bildung dieser Organisationen stellen darf. Man kann z. B. nicht sagen: Da die Revolution militärische bzw. ökonomische Aufgaben zu erfüllen hat, müssen die proletarischen Wahlgremien nach Betrieben oder Armee-Einheiten organisiert werden, damit die Form der politischen Organisationen haargenau mit jenen Aufgaben übereinstimmt. Der Mechanismus dieser Organisationen wird nicht durch etwaige spezifische Eigenschaften eines bestimmten Schemas oder Gerüstes angetrieben. Die Einheiten, zu denen sich die Wähler an der Basis zusammenschließen, können aufgrund von empirischen Kriterien entstehen, mehr noch, sie werden von sich aus aufgrund von empirischen Kriterien entstehen, zu denen die Gemeinsamkeit des Arbeitsplatzes wie des Wohnviertels, der Garnison wie der Truppe an der Front, oder auch anderer Bereiche des Alltagslebens gehören kann. Keines dieser Momente darf a priori ausgeschlossen oder im Gegenteil zum Modell erhoben werden. Wenn es aber um die Vertretungsorgane des proletarischen Staates geht, so beruhen sie allerdings auf einer territorialen Unterteilung, es wird nach Bezirken gewählt.

Alle diese Ausführungen haben keinen absoluten Charakter, und das führt uns zu unserer These zurück: Kein Verfassungsschema hat einen Prinzipienwert, und die im formalen und arithmetischen Sinne verstandene Mehrheitsdemokratie ist nur eine Methode unter anderen, um die internen Verhältnisse in den kollektiven Körperschaften zu ordnen. Diese Methode kann keineswegs den Anspruch erheben, an sich notwendig zu sein oder die Gerechtigkeit selbst zu verkörpern. Für uns Marxisten haben solche Begriffe ohnehin keinen Sinn, und außerdem haben wir nicht die Absicht, das von uns kritisierte demokratische System durch den mechanistischen Entwurf eines anderen, aus seinem Wesen heraus vollkommenen Systems zu ersetzen.

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Bisher galten unsere Ausführungen einerseits der Anwendung des demokratischen Prinzips auf den bürgerlichen Staat, d. h. auf eine Organisation, die sich einbildet, alle Gesellschaftsklassen zu vertreten, und andererseits seiner Anwendung auf eine einzige Klasse, das Proletariat, wenn es nach dem revolutionären Sieg zur sozialen Basis eines neuen Staates wird. Wir glauben, das dazu gesagte ist hier ausreichend. Jetzt müssen wir aber noch einiges über die Anwendung des demokratischen Mechanismus in der inneren Struktur der proletarischen Organisationen, die bereits vor der Machteroberung (und auch danach) bestehen, sagen. Gemeint sind die Gewerkschaften und die politische Partei.

Wir haben festgestellt, dass eine wirkliche Organisationseinheit nur möglich ist, wenn die Organisation aus Mitgliedern besteht, die einheitliche Interessen haben. Der Beitritt in die Gewerkschaften und in die Partei erfolgt aufgrund einer spontanen Entscheidung, an Aktionen einer bestimmten Natur mitzuwirken. Hier hat unsere kritische Untersuchung der Funktion des demokratischen Mechanismus und des Mehrheitsrechts zweifellos einen anderen Charakter als im Falle des bürgerlichen Staates, wo wir mit unserer Kritik zeigen wollten, dass die Demokratie absolut nicht in der Lage ist, den künstlichen Verfassungsanspruch einer Vereinigung der verschiedenen Klassen zu verwirklichen. Allerdings dürfen wir uns auch im Falle der Gewerkschaften und der Partei nicht durch die willkürliche Auffassung von der „Heiligkeit“ der Mehrheitsentscheidungen irreführen lassen. Vergleicht man die Gewerkschaft mit der Partei, so stellt man fest, dass erstere durch eine vollständigere Identität der materiellen und unmittelbar gegebenen Interessen gekennzeichnet wird. In den Grenzen der jeweiligen Berufszweige erreicht ihre Mitgliedschaft einen sehr hohen Grad der Homogenität, die Gewerkschaft kann sich sogar tendenziell von einer freiwilligen Organisation in eine Zwangsorganisation verwandeln, der alle Arbeiter eines bestimmten Berufs- oder Industriezweiges automatisch angehören müssen, was übrigens auch in einer gewissen Entwicklungsphase des proletarischen Staates geschehen kann. Dass bei diesen Organisationen die Zahl die entscheidende Rolle spielt und der Mehrheitsspruch einen großen Wert hat, steht außer Frage. Eine solche schematische Betrachtung reicht allerdings nicht aus. Man muss auch die anderen Faktoren, die in der Gewerkschaftsorganisation eine Rolle spielen, berücksichtigen, nämlich einerseits die Funktionäre, die eine bürokratische Hierarchie bilden, und unter deren Kontrolle die Gewerkschaften gelähmt werden, und andererseits die Avantgardegruppen, die die revolutionäre politische Partei in der Gewerkschaft bilden, um sie auf den Boden der revolutionären Aktion zu führen. Im Laufe dieses Kampfes zeigen die Kommunisten sehr oft an, wie die Funktionäre der Gewerkschaftsbürokratie die demokratischen Regeln verletzen und auf den Mehrheitswillen pfeifen. Das ist richtig, denn diese rechten Gewerkschaftsführer tragen eine demokratische Gesinnung zur Schau, und man kann somit ihre Widersprüche entlarven. Ähnliches tun wir auch angesichts der bürgerlichen Liberalen, wenn diese die Wahlergebnisse verfälschen oder erpressen, allerdings ohne je die Illusion zu erwecken, freie Wahlen könnten die Probleme des Proletariats lösen. Der Einfluss der Gewerkschaftsfunktionäre ist ein außerproletarischer Einfluss. Wenn auch nicht offiziell, so doch im Wesen rührt er von Klassen und Kräften her, die der Gewerkschaftsorganisation fremd sind. Jene Anprangerung der Funktionäre ist richtig und am Platze, weil es in den Augenblicken, in denen die großen Massen durch die ökonomische Lage zum Kampf getrieben werden, möglich ist, ihren Einfluss zurückzudrängen und den Einfluss der revolutionären Gruppen zu steigern. Man darf sich aber dabei von keiner Anbetung der Statuten leiten lassen. Wenn die Kommunisten sicher sind, dass die Massen sie verstehen, wenn sie in der Lage sind, den Massen zu zeigen, dass sie im Sinne ihrer wirklichen Interessen handeln, dann dürfen und müssen die Kommunisten sich sehr flexibel verhalten gegenüber den Regeln der Gewerkschaftsdemokratie. Nehmen wir zwei taktische Haltungen als Beispiel. Solange die Satzung es erlaubt, können wir in den Führungsorganen der Gewerkschaften als Minderheit vertreten sein. Sobald wir aber die Führungsorgane erobern, können wir eine Satzungsänderung befürworten, um die Minderheitsvertretung in den Exekutivorganen abzuschaffen und somit die Handlungsfähigkeit dieser Organe zu steigern. Darin liegt kein Widerspruch, denn unsere Leitlinie in dieser Frage ist die genaue Einschätzung des Entwicklungsprozesses, den die Gewerkschaften in der heutigen Phase durchmachen: Man muss ihre Verwandlung von Organen der konterrevolutionären Beeinflussung des Proletariats in Organe des revolutionären Kampfes beschleunigen. Die Organisationsstatuten haben keinen Wert an sich, sondern nur in dem Masse, wie sie diesem Ziel dienen.

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Die Untersuchung der Parteiorganisation steht noch aus. Die Wesenszüge der Partei kamen allerdings bereits zur Sprache, als wir uns mit dem proletarischen Staatsapparat beschäftigten. Die Partei beruht nicht auf einer so vollständigen Identität der ökonomischen Interessen wie die Gewerkschaft. Dafür hat der einheitliche Charakter ihrer Organisation ein viel breiteres Fundament als der Berufszweig, nämlich die Klasse. Die proletarische Klasse als Ganzes liefert das Fundament, auf dem sich die Partei nicht nur im Raum ausdehnt, bis sie zu einer internationalen Partei wird, sondern auch in der Zeit, was so viel heißt, als dass die Partei genau das Organ ist, dessen Bewusstsein und Aktion die Erfolgsbedingungen im Laufe des ganzen Weges zur revolutionären Befreiung des Proletariats widerspiegeln. Diese Sachen sind bekannt, sie stellen aber auch den Rahmen für die Untersuchung der Fragen der Struktur und inneren Organisation der Partei, deren ganzen Entstehungs- und Lebensprozess wir uns im Lichte der komplexen revolutionären Aufgaben vor Augen halten müssen. Wir werden diese ohnehin schon lange Abhandlung bald abschließen und können deshalb nicht im Einzelnen darauf eingehen, wie der Mechanismus der Rekrutierung, der Befragung der Masse, der Militanten und der Ernennung der Verantwortlichen auf den verschiedenen Ebenen beschaffen sein sollte. Ohne Zweifel ist immer noch das Beste, sich an das Mehrheitskriterium möglichst zu halten. Wir wiederholen aber nachdrücklich, dass man diese Anwendung des demokratischen Mechanismus nicht zum Prinzip erheben darf. Die Partei hat nicht nur eine beratende Aufgabe, die sich mit der legislativen Aufgabe der Staatsapparate vergleichen ließe. Die Partei hat auch eine exekutive Aufgabe. In den Entscheidungsphasen des Kampfes entspricht diese Aufgabe derjenigen einer Armee und setzt ein Höchstmaß an Disziplin gegenüber der Führung voraus. Wie entsteht aber diese Führung? Betrachtet man die komplexe Entwicklung, die zur Bildung der kommunistischen Parteien führte, so wird man feststellen, dass die Führungen eine lange Kampftradition verkörpern. Sie sind ein reales und dialektisches Ergebnis jener ganzen Entwicklung, in deren Verlauf die Partei ihre Erfahrungen gesammelt und ihre Organisation geprüft hat. Man darf die Parteimehrheit nicht wie einen unfehlbaren und übernatürlichen Richter betrachten, der per se nur eine glückliche Wahl treffen kann. Dass die Führer des Gemeinwesens durch derartige Instanzen ernannt werden, gehört zum Glauben jener Leute, die die Teilnahme des Heiligen Geistes an den Konklaven für bare Münze halten. Sicherlich ist die Zusammensetzung der Partei als Ganzes bereits das Ergebnis einer Selektion, denn der Beitritt erfolgt spontan und freiwillig und die Rekrutierung untersteht einer Kontrolle. Aber selbst in einer solchen Organisation darf man nicht davon ausgehen, der Wahlspruch der Mehrheit sei grundsätzlich der Wahrheit letzter Spruch. Die Mehrheitsentscheidung, die zu einer besseren Leistung der Exekutivorgane der Partei beiträgt, ist ein Produkt der Übereinstimmung auf der Grundlage kollektiver und richtig orientierter Arbeit. Soll nun das demokratische Verfahren durch ein anderes ersetzt werden, und zwar durch welches? Wir wollen hier diesen Vorschlag weder unterbreiten noch im Einzelnen untersuchen.

Es ist allerdings anzunehmen, dass eine solche Organisation wie die Partei sich immer mehr von den Konventionen demokratischer Observanz befreien kann. Eine innere Abneigung gegen eine solche Entwicklung wäre unbegründet, denn die Geschichte kann andere Verfahren für die Entscheidungen, Ernennungen und Problemlösungen hervorbringen, die sich als geeigneter erweisen und den wirklichen Erfordernissen der Entwicklung der Partei und ihrer Aktion besser entsprechen.

Das demokratische Kriterium ist keineswegs eine unerlässliche Plattform der Partei. Wir betrachten es lediglich als ein herkömmliches Verfahren, dessen wir uns beim Aufbau unserer inneren Organisation und bei der Formulierung der Parteistatuten nebensächlich bedienen. Deshalb werden wir die bekannte Organisationsformel des „demokratischen Zentralismus“ nicht zum Prinzip erheben. Der Zentralismus ist für uns außer Frage ein Prinzip, denn die Parteiorganisation muss im Wesentlichen durch eine Einheit der Struktur und der Aktion geprägt werden. Die Demokratie kann aber für uns kein Prinzip sein. Um die bruchlose Organisationseinheit der Partei im Raum auszudrücken, genügt der Begriff Zentralismus. Es wäre noch ein Begriff für die Kontinuität in der Zeit einzuführen, d. h. für die geschichtliche Kontinuität der Partei, die über die aufeinanderfolgenden Hindernisse hinweg immer mit derselben Zielrichtung voranschreitet. Wir möchten diese beiden wesentlichen Begriffe vereinen und den Vorschlag machen, die Organisationsgrundlage der kommunistischen Partei als „organischen Zentralismus“ zu bezeichnen. So würden wir zwar aus jenem nebensächlichen demokratischen Mechanismus all das behalten, was uns dienlich sein kann, wir würden aber einen Begriff nicht mehr verwenden, den die schlimmsten Demagogen so gerne im Munde führen: die „Demokratie“, diese wahre Verhöhnung aller Ausgebeuteten, Unterdrückten und Betrogenen. Diesen Begriff sollten wir getrost den Bourgeois und den freilich versumpften, dennoch nach wie vor extremistischen Posen hin und wieder verfallenden Meistern des Liberalismus zum ausschließlichen Gebrauch überlassen.

Vers la construction d’une véritable fraction de gauche en France

Notre fraction avait donné son adhésion, au printemps passé, à l’initiative du XVe Rayon, pour déterminer l’unification des forces d’oppositionnelles en France. Immédiatement nous avons insisté pour que la discussion politique – à établir sans aucune exclusion préjudicielle – entre tous les groupements d’opposition communistes, prennent enfin le dessus sur les interminables luttes personnelles qui eurent cours en France, pour en arriver à établir une base de principe exprimant l’apport du prolétariat français au travail de reconstruction théorique de l’organisation du prolétariat international.
Nos propositions n’ont pas été acceptées et l’unification s’est faite quand même entre la Gauche Communiste et le XVe Rayon. Mais cette unification n’a nullement représenté un pas vers la constitution de la fraction de gauche du P.C.F., bien que le groupe unifié ait adopté l’étiquette de „fraction communiste de gauche“. La preuve en est fournie par l’anémie politique et théorique de cette fraction qui ne parvient pas à assurer la publication régulière ni de son organe Le Communiste, ni de son „Bulletin intérieur“.
Il est évident que la parution archi-régulière d’organes aussi décevants et aussi vides de contenu politique que La Vérité expriment, dans la même mesure, la faiblesse, l’inconsistance des organismes qui les lancent.

Tout récemment, l’orientation de l’Opposition Internationale de Gauche pour la fondation du nouveau parti, loin de s’accompagner avec une concentration des forces communistes, a produit une nouvelle crise au sein de la Ligue Communiste Française. De nombreux militants ont été exclus et cela sans que la presse de l’Opposition en rende compte au prolétariat. Mais, encore une fois, crise de la Ligue et scission devaient se manifester non autour de questions politiques, mais autour de questions personnelles. Il est évident que le fond de ces questions de personne, aussi bien que du régime intérieur pestilentiel et aventurier de la Ligue, est un fond politique. Mais tant que „les personnes et non les positions politiques“ restent l’enjeu des débats, des crises et des scissions, la „sélection“ (sic) qui en résultera ne sera que le triage continuel de personnes et d’attitudes contingentes chez les mêmes personnes, capables de s’adapter à un calendrier politique où il n’y a comme logique et cohérence que celles présidant aux changements météorologiques : aux giboulées du mois de mars.
A la suite de cette dernière scission de la Ligue, un groupe assez nombreux de militants s’est orienté vers la „fraction de gauche communiste“ dans un but d’unification. Mais il suffira de considérer les modalités de la scission pour déduire la signification de l’éventuelle unification. Depuis qu’elle existe, l’Opposition de Gauche peut concentrer son histoire autour de ce dilemme : „pour ou contre Molinier“ et c’est sur ce dilemme que se sont faites les différentes „sélections“. C’en est assez pour conclure que l’heure a sonné d’emprunter un tout autre chemin.
Nous reproduisons ci-dessous une résolution de notre Fédération de Paris (qui a été publiée dans le premier numéro du „Bulletin Intérieur“ de la „Fraction Communiste de Gauche“). Les idées essentielles que contient cette résolution nous paraissent pouvoir, encore maintenant, contribuer à la construction de la Fraction de Gauche du P.C.F. et à transformer la dernière crise de la Ligue Communiste en un pas sérieux dans cette direction.

* * *

Nous croyons d’abord devoir détruire une légende qui concerne notre fraction. Il paraîtrait que nous serions opposés à concevoir une possibilité de travail commun avec des organismes qui n’acceptent pas les positions politiques que nous défendons.
S’il en est qui pensent pareille chose, ils se trompent lourdement. Ce que nous voulons en réalité, c’est que les groupes politiques de gauche se donnent des positions principielles ou que, tout au moins, ils veuillent déclarer qu’il y a nécessité à élaborer des document fondamentaux.
C’est seulement après pareil travail qu’il nous paraît être possible de confronter les points de vue divergents, d’où seulement peut résulter la possibilité de contracter des liaisons définitives.

L’unification s’est donc faite en France en dehors de la Ligue Communiste. S’il fallait établir les raisons pour lesquelles la Ligue est restée étrangère à l’unification, pourrait-on se borner à dire qu’elles dépendent uniquement des manoeuvres effectuées par cette organisation ? En outre serait-il possible de rattacher les diverses scissions qui se sont produites au sein de la Ligue Communiste (et qui aujourd’hui ont trouvé leur conclusion dans l’unification des forces dissidentes de la Ligue), à des manoeuvres politiques ? Une telle explication nous paraît en contradiction avec les enseignements élémentaires du marxisme. Par contre, l’expérience prouve que toutes les manoeuvres qui ont vu le jour dans la Ligue, ont résulté de l’incapacité de cet organisme à donner une solution communiste de principe aux problèmes de la lutte de classe du prolétariat français. Il reste donc à déterminer s’il est possible et nécessaire de lutter contre les manoeuvres, prises en elles-mêmes, comme s’il s’agissait d’entités politiques particulières, ou bien s’il faut s’attacher à la source même du mal qui fut la cause des crises de l’opposition.
Au point de vue politique, quelles sont les bases politiques de l’Opposition unifiée ? Au cours des débats précédant l’unification, il a été possible de constater qu’une proposition fut donnée de prendre les 13 points élaborés par l’opposition de gauche internationale (léninistes-bolcheviks) et d’accepter ceux-ci comme base politique de l’opposition unifiée. Il paraîtrait que cette proposition émana des camarades disant vouloir lutter contre les manoeuvres de la Ligue, et qui, à leur tour, faisaient ainsi une manoeuvre pour embarrasser la direction de la Ligue. Mais passons sur ce point, et essayons de retirer, de cette proposition d’adoption des 13 points comme base, la signification politique indispensable. La diarrhée de scissions au sein de la Ligue, les débats pour l’unification elle-même, tout cela devait donc aboutir à l’existence de deux organisations se revendiquant l’une et l’autre du même document de base. Ainsi, le dernier document présenté par la Gauche communiste n’offre pas non plus de divergences sérieuses avec les positions politiques de l’opposition de Gauche et de sa section française.
Nous croyons devoir laisser à d’autres, à ceux qui ne feraient pas preuve d’un esprit de responsabilité communiste, le soin de se dire et de dire aux ouvriers, que trois d’existence de la Ligue ainsi que le fait de l’existence de deux organisations séparées, ne dépend que de l’existence d’une force démoniaque dont le camarade Trotsky ne parvient pas à se débarrasser, en l’espèce le camarade Molinier, lequel, certes, n’a pas l’envergure d’un Méphistophélès et qui, bien au contraire, ne sait manipuler que des jouets d’enfant que l’on prend pour des armes à feu.
Pour nous, il est clair que les difficultés actuelles ne pourront être surmontées qu’à une seule condition. Il faut que l’opposition s’attelle à la tâche ardue et difficile qui consiste à se relier aux traditions révolutionnaires en France et à reprendre l’héroïque héritage des Communards de 1871. En particulier, il faudra considérer que la scission avec les opportunistes à Tours, ainsi que la proclamation de la formation de la section française de l’I.C. n’ont pas signifié une solution définitive au problème de la construction d’un véritable parti communiste.
La trahison de 1914 ne vit pas en France la création d’un parti marxiste comme ce fut le cas en Allemagne et en Italie. Le processus de formation d’un parti communiste ne suivit pas non plus son cours normal : une fraction se développant en nouveau parti, comme ce fut le cas en Russie et en Italie. Le comité pour la Troisième Internationale de Souvarine-Loriot-Rosmer fut totalement submergé par la majorité amorphe de l’ancien parti socialiste et, même en restant à la direction du nouveau parti communiste constitué, il ne pouvait pas, sans aide très sérieuse (qui ne vint pas de la part de l’I.C.), former les cadres réels pour la victoire du prolétariat. En 1923, la lutte contre le „trotskisme“ et ses résultats en France : l’élimination des fondateurs du Parti, devait enlever toute possibilité de faire du parti l’organisation d’avant-garde de la classe ouvrière sans pour cela avoir recours à la constitution d’une fraction de gauche. Toutes les grandes expériences de classe de l’après-guerre en France demandaient à être analysées et traduites dans des documents politiques par l’opposition, réaction marxiste au centrisme de l’I.C. Ainsi seulement aurait été constitué l’organisme historique appelé à solutionner les problèmes de la crise communiste et à conduire, demain, les luttes du prolétariat français.
L’opposition débute en France par des cercles de littératures politique ; antérieurement, les syndicalistes révolutionnaires qui, à la fondation du parti, s’orientaient vers le nouveau communisme et avaient adhéré à celui-ci, s’en séparèrent pour évoluer, à nouveau, vers une nouvelle forme de syndicalisme.
L’exil du camarade Trotsky devait représenter une occasion favorable au regroupement des forces de l’opposition. A cette époque, l’erreur principale consista, en France, dans une élimination complète du travail d’analyse politique indiqué ci-dessus et, par la proclamation stérile de l’inutilité de pareil travail, l’adhésion aux quatre premiers Congrès de l’I.C. étant considérée comme suffisante.
Et ainsi, à la marche des évènements, la Ligue Communiste, résultant d’une conglomération de groupes oppositionnels de gauche, ne put opposer que les premiers congrès de l’I.C., où il était impossible de trouver la solution aux problèmes spécifiques de la lutte du prolétariat français. Au surplus, les quatre premiers congrès n’ont pas donné de solution définitive au problème de la bataille pour le triomphe du communisme. En outre, une de ses résolutions tactiques devait être suivaie par la défaite allemande de 1923. Un tel programme politique devait enfin engendrer les crises connues par la Ligue et aboutir aux expressions politiques les plus contradictoires.
Pendant la conférence d’unification, qui peut signifier un pas positif pour la construction de l’organisme communiste indispensable, deux méthodes se sont affrontées. Celle qui devait prévaloir consistait à mettre délibérément de côté toutes les expériences du prolétariat français, à élaborer un manifeste, courir vers l’élaboration d’une résolution de constitution, qui ne fait que répéter des notions politiques déjà établies sur le mouvement communiste international et qui est muette sur les luttes du prolétariat en France, son passé, son avenir. L’autre méthode, qui fut rejetée et était préconisée par notre fraction, consistait à ne pas jeter d’exclusive contre n’importe quel groupe oppositionnel, à considérer chacun d’eux comme un courant reflétant des opinions du prolétariat français et comme des réactions prolétariennes au centrisme. Nous proposions d’appeler tous ces groupes à une confrontation politique dans le but d’établir une plate-forme reposant sur les bases de l’I.C. : le Deuxième Congrès.

Certes, notre méthode de travail aurait été plus longue et plus laborieuse, mais les résultats auraient été positifs et le prolétariat français aurait eu son organisation de classe. Nous constatons, à notre grand regret, que l’unification s’est faite avec le même système déjà expérimenté en 1930, et qui donna les résultats lamentables que nous connaissons.
Il est encore temps pour ne pas s’exposer aux mêmes errements que la Ligue Communiste. Nous adressons un appel très vif à l’opposition unifiée afin qu’elle utilise les leçons du passé, aborde, avec ardeur et décision, les problèmes difficiles et puisse jeter hardiment les bases de la fraction de gauche du P.C.F., de l’organisme révolutionnaire de la classe prolétarienne.

Mai, 1933 – La Fédération de la Fraction de Gauche du P.C.I.

Pas de "Bordiguisme"

Réponse au Cercle démocratique de Paris

„Notre fraction avait organisé, au courant du mois d’avril dernier, une discussion contradictoire ne comportant aucune liaison politique, et, à ce sujet, elle avait invité le „Cercle Communiste Démocratique“. Ce dernier nous fit parvenir une résolution qui a été publiée dans le Travailleur de l’Est“ et dans le „Bulletin Communiste“ de juillet 1933. La résolution du Cercle tranche encore une fois – et avec quelle désinvolture ! – nombre de questions controversées : le „bordiguisme“, les quatre premiers Congrès de l’I.C., le front unique „honnête“ et nombre d’autres problèmes. Tout cela à l’occasion d’une invitation pour une discussion politique et non pour l’établissement de rapports politiques qui pourraient seulement résulter d’une minutieuse confrontation de positions générales et tactiques. Au reste, dans l’état actuel où se trouve le Cercle, il est d’ailleurs inconcevable que notre fraction puise adresser ou accepter une telle invitation.
Notre brève mise au point ne peut contenir une réponse politique aux questions contenues dans la déclaration du Cercle et où – encore une fois – l’on procède suivant le schéma traditionnel : par affirmations aussi catégoriques que superficielles. Nous devons nous borner à examiner la dénomination qui nous a été collée à nouveau et cette fois-ci par le Cercle, ainsi qu’à l’examen des conclusions de la résolution.
Le Cercle écrit : „En réponse aux incitations dont il est l’objet de la part du groupe communiste italien dit „bordiguiste“…“ Pour le Cercle, ce serait donc nous-mêmes qui nous appellerions „bordighistes“ et il ne s’agirait pas là d’une épithète dont on nous a qualifié pour la petite besogne d’une polémique inconsistante. Le Cercle témoigne – et cela ne lui arrive pas par hasard – d’un esprit superficiel qui lui permet de substituer à la connaissance des questions réelles l’image la plus appropriée aux besoins d’une polémique faite surtout de prétention et de prosopopée. A plusieurs reprises, au sein du parti italien, en présence du camarade Bordiga, aussi bien qu’au sein de l’Internationale et de l’Opposition de Gauche, nous avons affirmé l’inexistence du „bordiguisme“ aussi bien que de tous les autres „ismes“ qui ont atteint des véritables performances, depuis que – au sein du mouvement communiste – on a institué la Bourse de la confusion et de la tromperie politiques. La seule fois qu’a paru le terme „bordiguiste“, c’est sur la couverture de l’édition française de notre plate-forme, et, maintes fois, nous nous sommes expliqués à ce sujet ; nous avons dit que ce terme était une erreur, bien que dans l’intention des camarades il avait été employé seulement pour spécifier, au sein des nombreux groupes oppositionnels du parti français, les traditions du courant politique qui éditait la plate-forme. Mais, pour la polémique facile, l’on n’est jamais ce que l’on est, c’est-à-dire un courant politique, mais ce que l’on vous accuse à tort ou à raison d’être, soit des „bordiguistes“ qui essaient de se faire une petite place à la faveur du prestige du camarade Bordiga.
Conscients de la place énorme que pourrait occuper le camarade Bordiga dans notre travail, et des difficultés que nous traversons à cause des conditions imposées par l’ennemi au camarade Bordiga qui reste sur la tranchée de la lutte la plus dangereuse, nous ne pouvons, encore une fois, que répéter ce nous avions dit au troisième Congrès du parti italien, en présence du camarade Bordiga, qui approuva pleinement notre affirmation. Le bordiguisme, aussi bien que la réduction de notre courant politique à la personne de Bordiga, est la plus sotte déformation des opinions du camarade Bordiga lui-même qui, sur les traces de Marx, a détruit toute efficience de l’individualité en tant que telle et prouvé théoriquement que, seuls, la collectivité et ses organismes sociaux doivent et peuvent donner une signification à l’individu lui-même.
Ce qui ne signifie évidemment pas que notre production politique puisse lier la responsabilité du camarade Bordiga. D’ailleurs, nous nous sommes expliqués à ce sujet, dans la présentation de notre bulletin théorique.
Nous ne pouvons nullement marquer notre accord avec la conclusion où arrive le Cercle démocratique, à savoir : „l’évidence préalable d’une incompatibilité d’opinions interdirait au Cercle de se prêter à des controverses dont la stérilité acquise d’avance ne pourrait ménager que de nouvelles déceptions“. Tout comme nombre d’autres groupes ne possédant pas des documents politiques fondamentaux donnant une réponse aux problèmes de la crise communiste, le Cercle ne peut se prévaloir d’une „base principielle acquise“. Le seul fait d’une scission récente – consommée à l’amiable – avec des anciens collaborateurs du Cercle qui ont rejoint l’ennemi de classe, prouva la fragilité des textes sur lesquels se fonde ce cercle. Cela ne représente évidemment pas, pour notre fraction, une condition rendant impossible toute discussion : nous n’oublions pas que des fondateurs du parti communiste français et de l’Internationale, qui sont passés parmi les premiers à la lutte contre le centrisme, se trouvent dans celui-ci. Nous avons voulu rappeler ces considérations dans le seul but de montrer la réalité au delà des phrases pompeuses.
Notre fraction elle-même, qui possède des documents fondamentaux sur la crise du mouvement communiste, propose à la discussion et à la vérification internationale les positions politiques qu’elle défend.
Il est fort possible qu’un grand nombre de discussions actuelles soient stériles en résultat positifs, mais la proclamation immédiate de cette stérilité ne fait que ménager des tranquillités politiques absolument stériles.
C’est pour ces raisons que nous croyons devoir répondre au Cercle Démocratique que, dans l’intérêt de la cause prolétarienne, la discussion représente une nécessité, malgré les conceptions irrémédiablement opposées que défendent le Cercle Démocratique et notre fraction.

LA C.E. DE LA FRACTION DE GAUCHE DU P.C.I.

„En septembre 1870, Marx appelait l’insurrection une folie. Mais les masses s’étant insurgées, Marx voulait être avec elles, allait avec elles à l’école de l’expérience, dans la lutte, au lieu de leur donner des leçons bureaucratiques. Il comprenait que c’eût été du charlatanisme ou pédantisme irrémédiable que de prétendre évaluer à l’avance, avec une entière précision, les chances de victoire. Il accordait LE PLUS GRAND PRIX au fait que la classe ouvrière faisait héroïquement l’histoire du monde, avec abnégation, avec initiative ; il considérait l’histoire du monde du point de vue de ceux qui la font sans avoir la possibilité d’évaluer INFAILLIBLEMENT à l’avance les chances de succès, et non du point de vue petit-bourgeois intellectuel qui moralise : „il eût fallu prévoir… il ne fallait pas commencer…“

Lénine

(Préface aux lettres de K. Marx à Kugelmann).