Le mouvement social en Chine Pt.3
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Dans l’article précédent (« Programme Communiste », № 28), nous avons étudié la question agraire et la tactique du P.C.C. jusqu’en 1949. Les réformes promulguées depuis l’avènement de la République « populaire » seront analysées ultérieurement. Rappelons cependant les conclusions auxquelles nous sommes arrivés :
– Une « révolution agraire » ne peut être elle-même qu’une révolution bourgeoise dont le résultat sera de libérer les forces productives des entraves d’une économie naturelle et de développer à l’échelle nationale l’échange des marchandises et l’accumulation du capital ;
– Au lieu de critiquer les illusions petites-bourgeoises sur le caractère « anticapitaliste » de cette révolution, le parti de Mao les a reprises à son propre compte et, s’inspirant du stalinisme russe, les a développées en théorie de la « construction socialiste » en Chine.
– Loin de mener une révolution agraire « radicale », le P.C.C. a toujours opté pour la voie réformiste (baisse du loyer des terres ou partage) et non pour la voie révolutionnaire : la nationalisation et les soviets de paysans ;
– ainsi, le P.C.C. a renouvelé les erreurs, les hésitations et les compromis des partis petit-bourgeois qui se sont inspirés en Russie du « populisme » et en Chine du sunyatsénisme ; mais alors que sur la lancée de la révolution d’Octobre les bolcheviks les ont démasqués et battus, leur victoire en Chine est à la mesure de la contre-révolution mondiale.
L’objet de cet article est précisément de montrer comment, malgré les prétentions « anti-impérialistes » de Pékin, les faux communistes chinois ont fait entrer la poussée révolutionnaire des masses dans la stratégie nationale et internationale de la bourgeoisie. Que représentent « l’extrémisme » chinois, la revendication d’un strapontin à l’O.N.U et quelques bulletins de victoires dans la construction économique, à côté des catastrophiques « chocs en retour », des secousses révolutionnaires, que Marx et Lénine attendaient pour l’Europe et l’Amérique de l’irruption d’une Chine moderne, sortant de son isolement et de son arriération séculaires ? Il faut bien l’avouer, le mouvement des paysans chinois n’a pas été comparable pour le capitalisme mondial à cette menace de mort que lui lança la révolution d’octobre. N’en déplaise à tous les démocrates, ce ne sont pas des considérations de masse ni d’étendue territoriale qui ont joué, mais des questions de doctrine et de programme révolutionnaire !
IV. La question nationale
Le lecteur trouvera dans « Les leçons de la polémique russo-chinoise » la critique des positions prises par Pékin sur la question nationale et coloniale depuis la fondation de la « démocratie populaire ». Nous envisagerons moins ici l’idéologie officielle de l’État chinois que la praxis historique et sociale, la tactique du P.C.C. dans la période révolutionnaire qui s’est ouverte pour tout l’Orient avec la révolution de 1905 en Russie.
Marxisme et État national
Résumant dans sa brochure « Sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » l’attitude de Marx à l’égard des mouvements nationaux d’Europe occidentale au siècle dernier, Lénine souligne en ces termes le caractère circonstanciel de la question nationale et la manière dialectique de l’aborder pour les marxistes :
« La classe ouvrière est la moins susceptible de faire un fétiche de la question nationale, car le développement du capitalisme n’éveille pas forcément toutes les nations à une vie indépendante. Mais une fois que sont apparus des mouvements nationaux de masse, les répudier, refuser de soutenir ce qu’ils ont de progressif, c’est en fait céder aux préjugés nationalistes : c’est reconnaître ‹ sa › nation comme la ‹ nation modèle › ou, ajouterons-nous pour notre part, comme la nation détenant le privilège exclusif d’édifier un État ».
Il n’est pas de marxiste pour qui ce passage ne puisse évoquer la double lutte menée par les fondateurs du socialisme scientifique, d’une part, contre les libéraux bourgeois de type mazzinien qui se faisaient un fétiche de l’indépendance nationale et de l’État bourgeois ; d’autre part, contre les militants ouvriers (chartistes anglais et proudhoniens français) qui refusaient leur appui aux mouvements nationaux révolutionnaires d’Irlande et de Pologne. Dès cette époque, se sont cristallisées sous ces deux formes élémentaires toutes les nuances de l’opportunisme dans la question nationale et coloniale. Là non plus le stalinisme n’a pas innové.
Jamais l’anti-impérialisme stalinien n’a dépassé la revendication « légitime » des principes abstraits de « liberté, égalité, fraternité » pour tous les « peuples ». Jamais il n’a vu dans les mouvements nationaux d’Orient autre chose que le drapeau d’un bloc de classes qu’il s’agissait de planter sur l’édifice d’un État bourgeois indépendant. En même temps ces phrases ronflantes se sont traduites dans la pratique par la trahison la plus honteuse des révolutions anticoloniales qui ont demandé un bon demi-siècle de guerres civiles et de révoltes manquées avant d’arriver à terme. Comme le prévoyaient Marx et Lénine, le prolétariat des métropole, battu dans son assaut au pouvoir bourgeois, a finalement cédé aux préjugés nationalistes, avec toute l’Internationale moscovite. Cette trahison a trouvé sa forme classique dans l’attitude du P.C.F. devant la révolution algérienne et dans celle du Kremlin à l’égard de la révolution chinoise. Staline en 1927, commue Thorez en 1936, n’a-t-il pas présenté aux peuples opprimés sa propre nation comme la « nation modèle » se réservant le droit exclusif d’édifier par priorité son… socialisme ?
Mais le marxisme ne se contente pas de dénoncer cette duplicité de la bourgeoisie et de ses laquais. Il ne s’arrête pas à cette contradiction criante entre les principes qu’ils proclament et leur comportement effectif. Car son but n’est pas de réaliser leur rêve petit-bourgeois : une mosaïque universelle d’États « vraiment indépendants » et représentés à la proportionnelle au superparlement de l’ONU. Le marxisme place comme clef de voûte de tout le développement historique l’établissement d’une société dans laquelle auront disparu les classes et avec elles les différences entre États et les nations elles-mêmes. Il pose donc la question nationale en partant de tout autres prémisses.
« Dans le monde entier », dit encore Lénine, « l’époque de la victoire définitive du capitalisme sur le féodalisme a été liée à des mouvements nationaux. La base économique de ces mouvements, c’est que pour une victoire complète de la production marchande, il fallait que la bourgeoisie fasse la conquête du marché intérieur, que s’unissent en État les territoires dont la population parle la même langue, et que soit écarté tout obstacle au développement de cette langue (…) La formation d’États nationaux qui satisfont le mieux à ces exigences du capitalisme moderne est donc une tendance propre à tout mouvement national. Les facteurs économiques les plus profonds y contribuent ; et pour toute l’Europe occidentale – bien mieux, pour le monde civilisé tout entier, – ce qui est typique, normal en période capitaliste, c’est donc l’État national ».
Il est difficile d’être plus clair. L’État n’est pas éternel ; les langues ne sont pas immuables, comme le prétendait la linguistique stalinienne. Mais il y a plus : la revendication de l’État national, d’une langue, d’une culture nationales sont « typiques » pour le capitalisme. Tel est donc le contenu réel de la « question nationale », le secret de ce fétiche qui n’a d’égal, pour le nombre de ses adorateurs. que le fétiche de l’argent : la destruction de l’économie naturelle, le développement de l’échange de marchandises et l’accumulation du capital ne sont possibles que sur la base d’un État national centralisé avec son appareil administratif et policier, sa concentration économique et sa culture nationale. Et nous voici ramené du ciel des principes abstraits sur le terrain des intérêts matériels d’une révolution bourgeoise.
« Nous ignorons », dit encore Lénine, « si l’Asie parviendra, avant la faillite du capitalisme, à se constituer en un système d’États nationaux indépendants à l’instar de l’Europe. Mais une chose est incontestable, c’est qu’en éveillant l’Asie, le capitalisme a suscité là aussi des mouvements nationaux ; que ces mouvements nationaux tendent a constituer des États nationaux en Asie ; que précisément de tels États assurent au capitalisme les meilleures conditions de développement. »
Nous avons donc déjà établi plusieurs points :
1) la revendication de l’État national est « typique et normale » pour le capitalisme, car cette forme étatique lui assure les « meilleures conditions de développement » ;
2) le prolétariat ne peut se faire un fétiche de l’État national pour au moins deux raisons :
– il a pour tâche historique de le détruire ;
– « le développement du capitalisme n’éveille pas forcément toutes les nations à une vie indépendante ».
C’est ainsi que Lénine posait en 1914 la question de savoir si l’Asie se constituera en États nationaux « avant la faillite du capitalisme ». Nous verrons dans cette perspective comment l’Internationale Communiste envisageait, à travers la révolution prolétarienne mondiale, la possibilité de réduire considérablement pour tout l’Orient la phase douloureuse de l’accumulation capitaliste et de la constitution d’États nationaux bourgeois.
Deux époques du capitalisme
Il nous reste un point à préciser : dans quelles limites historiques et selon quels critères la « question nationale » peut-elle se poser au prolétariat comme la question de sa participation et de son soutien à un mouvement national de masse ?
Citons encore Lénine, dans ses « Notes critiques sur la question nationale » de 1913 :
« Le capitalisme en développement connaît deux tendances historiques dans la question nationale. La première : le réveil de la vie nationale et des mouvements nationaux, la lutte contre toute oppression nationale, la création d’États nationaux. La seconde : le développement et la fréquence de toutes relations entre les nations, la destruction des barrières nationales, la création de l’unité internationale du capital et, en général, d’une vie économique, d’une politique, d’une science internationales.
Ces deux tendances sont une loi universelle du capitalisme. La première domine au début de son développement ; la seconde caractérise le capitalisme déjà mûr et qui marche vers sa transformation en une société socialiste ».
La tendance naturelle du capitalisme, montre Lénine, est de détruire les entités nationales aussi bien que les rapports de propriété qu’il a crées. Contre les régimes pré-bourgeois, il revendique l’égalité entre les nations et le droit « égal » à la propriété privée. Mais le mouvement même de la concentration capitaliste élimine les petits propriétaires et constitue à l’échelle internationale des ententes économiques et des trusts qui dictent leur loi aux États les plus puissants.
Ainsi, dans la première phase du développement capitaliste, les marxistes lutteront pour l’indépendance d’une nation opprimée, pour son unification politique sur une base démocratique, car ces conditions sont celles d’un essor rapide du capitalisme transformant les vieilles structures économico-sociales dans un sens bourgeois et donnant sa forme la plus pure à l’opposition du travail salarié et du capital. Mais dans la deuxième phase, celle du capitalisme déjà mûr, où la bourgeoisie s’est emparée du pouvoir d’État, où les réformes démocratiques ont donné tout ce qu’elles pouvaient donner, développant considérablement les antagonismes de classe, tout appel à « l’unité nationale », tout « programme national » d’un parti ouvrier ne représentent plus que la trahison des intérêts de classe du prolétariat et la défense de la patrie bourgeoise.
Après une longue dégénérescence la IIe Internationale en est arrivée à cette trahison suprême. Et l’Internationale de Moscou n’a pas connu d’autre fin. Ce fut en vain que Lénine rappela en 1914 les limites historiques et géographiques des mouvements nationaux révolutionnaires : la contre-révolution, comme la révolution, est devenue mondiale. Quels étaient ces critères ?
« Dans l’Europe occidentale, continentale », dit Lénine, « l’époque des révolutions démocratiques bourgeoises embrasse un intervalle de temps assez précis qui va à peu près de 1789 à 1871. C’est cette époque qui fut celle des mouvements nationaux et de la création d’États nationaux. Au terme de cette période, l’Europe occidentale s’était transformée en un système constitué d’États bourgeois, d’États nationaux homogènes en règle générale. Aussi bien, chercher à l’heure actuelle le droit de libre disposition dans les programmes des socialistes d’Europe occidentale, c’est ne pas savoir l’abc du marxisme.
En Europe orientale et en Asie, l’époque des révolutions démocratiques bourgeoises n’a commencé qu’en 1905. Les révolutions en Russie, en Perse, en Turquie, en Chine, les guerres dans les Balkans, telle est la chaîne des événements mondiaux de notre époque, dans notre ‹ Orient ›. Et il faut être aveugle pour ne pas voir dans cette chaîne d’événements l’éveil de toute une série de mouvements nationaux démocratiques bourgeois, de tendances à la formation d’États nationaux, homogènes et indépendants ».
Nous pouvons dire aujourd’hui qu’avec la fin de la seconde guerre mondiale, la période des révolutions démocratiques bourgeoises s’est close également pour l’Afrique et pour l’Asie. Partout les mouvements nationaux révolutionnaires ont abouti à la constitution d’États bourgeois plus ou moins « indépendants », plus ou moins « populaires ». Cela signifie que dans ces pays, comme dans les vieilles métropoles, le prolétariat n’a plus à répondre aux appels l’invitant à parfaire l’indépendance politique ou économique de sa bourgeoisie, à parachever la révolution démocratique. Il ne lui reste plus qu’à s’organiser en classe et à lutter contre sa bourgeoisie. Devant cette situation, le « socialisme » chinois n’apparaît nullement comme le champion des mouvements nationaux révolutionnaires qui sont en réalité arrivés à leur terme bourgeois. Ses mots d’ordre sont ceux de la collaboration de classe en Orient où s’affirme la domination du Capital.
Ainsi, le « développement » historique dont les progressistes bourgeois attendent tout a créé (avec quelles difficultés et quelles souffrances !) les conditions matérielles pour que le prolétariat des pays arriérés entre à son tour en lutte contre sa bourgeoisie. C’est le moment que choisit Pékin pour annoncer au monde la bonne parole de la « construction du socialisme » en Chine. Sans même considérer le contenu objectif de ce mot d’ordre, nous pouvons affirmer que Lénine et l’Internationale Communiste envisageaient une autre issue aux mouvements nationaux révolutionnaires d’Orient et avaient préparé et créé les conditions subjectives d’un bond par dessus l’évolution bourgeoise et la phase de la constitution d’États nationaux en Asie.
La « répétition générale » : Russie (1905), Chine (1911)
Toute la Deuxième Internationale a vécu dans l’idée que la démocratie bourgeoise, son élargissement et ses « progrès » représentaient la condition à la fois nécessaire et suffisante du « passage » au socialisme. Elle n’a pas reçu de meilleur démenti que dans la victoire de la dictature prolétarienne en Russie, pays ne connaissant ni les « avantages » d’un régime parlementaire, ni un puissant « développement » capitaliste. La position officielle des socialistes de la Deuxième Internationale et des mencheviks russes fut toujours de nier la possibilité d’une conquête du pouvoir en Russie et d’affirmer la nécessité d’une période constitutionnelle bourgeoise. Cette position a été constamment celle du parti de Mao dans la révolution chinoise. « C’est seulement par la démocratie qu’on peut arriver au socialisme », déclarait Mao Tsé-toung dans son rapport « Sur le gouvernement de coalition » présenté au VIIe Congrès du P.C.C. en 1943. Ce seul point marque la rupture complète de tout l’Orient avec la tradition du bolchevisme et les perspectives de l’Internationale Communiste.
Nous ne reviendrons pas ici aux « Thèses sur la question nationale et coloniale » où Lénine étendit à tout l’Orient l’enseignement des trois révolutions russes. Le lecteur en trouvera d’abondants extraits dans l’article « Révolution et contre-révolution en Chine » (« Programme Communiste », № 20 et 21). Rappelons seulement deux des trois points qui constituaient selon Lénine la clef de voûte de ces thèses : 1) la notion claire des circonstances historiques et économiques ; 2) la dissociation des intérêts des classes opprimées et des intérêts « nationaux » des classes dominantes. C’est par cette méthode que le bolchevisme s’est frayé le chemin du pouvoir. Appliquée à la Chine, aurait-elle donné des résultats différents ? Aurait-elle infirmé les prévisions des marxistes ? Nous le nions.
Par l’exigence d’une claire notion des circonstances historiques et économiques, Lénine entendait s’opposer à la revendication formelle des principes abstraits de la démocratie bourgeoise et déterminer de la façon la plus rigoureuse le rôle des classes sociales dans les révolutions d’Orient. En Russie, avait-il souligné, la bourgeoisie est une classe mort-née et l’on ne peut attendre qu’elle vienne d’elle même à bout de ses tâches politiques et sociales. L’expérience de la réforme de 1861, des révolutions de 1905 et de février 1917 ont suffisamment montré son impuissance et son empressement à se jeter dans les bras du tsarisme au premier danger. « La révolution bourgeoise, disait Lénine, est impossible comme révolution de la bourgeoisie ». On sait que Staline ne fut pas de ce point de vue entre février et avril 1917, lorsqu’il milita pour la convocation de l’Assemblée constituante et la liquidation des Soviets. On sait surtout que de 1924 à 1927, il mit à la base de la tactique du P.C. chinois cette idée que la bourgeoisie anticoloniale pourrait être plus révolutionnaire que la bourgeoisie antitsariste russe, et que les enseignements de la révolution russe ne pouvaient être appliqués à la Chine. Non seulement le cours de la révolution chinoise, mais même les prévisions de Lénine vont à l’encontre de cette « théorie » dont nous avons relevé par ailleurs les traits typiquement menchéviques (cf. « Programme Communiste », № 27).
Parce qu’elle hésitait à armer la paysannerie pour réaliser l’unité nationale et rompre de façon radicale avec l’impérialisme étranger, la bourgeoisie chinoise a dû laisser la place et le pouvoir à son exécuteur testamentaire, le parti de Mao. Mais sa faiblesse congénitale et ses contradictions apparurent dès 1911, lors de la première révolution chinoise. Le mouvement qui avait renversé la dynastie mandchoue venait à peine de donner le pouvoir à Sun Yat-sen, que celui-ci l’abandonna en faveur d’un militariste douteux, Yuan She-k’ai, qu’il jugeait mieux à même « d’unifier le pays et de garantir la stabilité de la République par la confiance dont il jouissait auprès des puissances étrangères ». Dans une lettre à Tchitchérine (28 Août 1921) Sun Yat-sen avouera : « Ma retraite fut une grosse faute politique dont les conséquences furent comparables à un remplacement de Lénine par Koltchak, Ioudenitch ou Wrangel ».
Dans un article peu connu de 1912, Lénine analysait en ces termes les circonstances politiques et sociales de la première révolution chinoise :
« Déjà, le droit de suffrage (ni universel, ni direct) indique l’alliance de la paysannerie aisée avec la bourgeoisie, en l’absence ou dans l’impuissance complète du prolétariat.
Cette même circonstance se révèle dans le caractère des partis politiques de Chine. Il y a trois partis principaux :
1) Le parti ‹ radical-socialiste › dans lequel il n’y a absolument aucun socialisme, comme chez nos ‹ socialistes populaires › et les 9/10e des ‹ socialistes-révolutionnaires ›. C’est le parti de la démocratie petite bourgeoise. Ses revendications principales sont l’unification politique de la Chine, le développement du commerce et de l’industrie ‹ dans un sens social › (phrase aussi nébuleuse que ‹ le principe du travail › et ‹ l’égalitarisme › de nos populistes et s.-r.), le maintien de la paix.
2) Les libéraux. Ils sont alliés avec le parti ‹ radical-socialiste › et constituent ensemble le ‹ parti national ›. Selon toute vraisemblance, ce parti aura la majorité au premier parlement chinois. Son chef est le Docteur Sun Yat-sen. Il s’occupe actuellement d’élaborer le plan d’un réseau ferré (à l’intention des populistes russes : Sun Yat-sen fait cela dans l’idée que la Chine ‹ évitera › le capitalisme !).
3) Le troisième parti s’appelle ‹ Union des républicains › : exemple du caractère trompeur des enseignes politiques ! En réalité, c’est un parti conservateur s’appuyant surtout sur les fonctionnaires, les propriétaires fonciers et les bourgeois du Nord de la Chine, plus arriéré, alors que le parti ‹ national › est surtout le parti du Sud, plus industriel, plus avancé, plus développé.
Le soutien principal du ‹ parti national › est la masse paysanne. Ses chefs sont des intellectuels formés à l’étranger.
La liberté de la Chine a été conquise par l’alliance de la démocratie paysanne et de la bourgeoisie libérale. Les paysans réussiront-ils, sans la direction du parti du prolétariat, à conserver leur position démocratique contre les libéraux qui n’attendent que le moment opportun pour se jeter à droite ? C’est ce que montrera un proche avenir ». (« La Chine rénovée », « Pravda », 7 novembre 1912).
Les preuves de la lâcheté de la bourgeoisie chinoise ne se firent pas attendre : Yuan She-k’ai livra rapidement le pays à la réaction ; et Lénine pouvait déclarer quelques mois plus tard :
« Les révolutions de l’Asie ont montré la même absence de caractère, et la même bassesse du libéralisme, la même importance exclusive d’une indépendance des masses démocratiques, la même délimitation précise entre le prolétariat et toute la bourgeoisie » (« Les destinées historiques de la doctrine de K. Marx », 1913).
La guerre impérialiste : Perspectives de la révolution prolétarienne en Asie
Il fallut la première guerre mondiale pour mettre fin à la bonne entente entre la bourgeoisie russe et le tsarisme et pour libérer le mouvement social en Russie. Ses conséquences, plus tardives, devaient être aussi importantes pour l’Orient, objet de toutes les convoitises impérialistes. L’après-guerre plaça en effet le prolétariat chinois au premier plan de la scène politique et justifia les perspectives de l’Internationale Communiste : lutte directe pour le pouvoir des soviets dans toute l’Asie.
La rupture prolongée des relations économiques avec les métropoles en guerre entraîna un développement notable du capitalisme indigène qui voyait d’un mauvais œil la restauration des anciens monopoles commerciaux. D’une part, l’apparition de nouveaux concurrents aggrava les conflits impérialistes en Orient. Contre leurs rivaux européens, les U.S.A., suivis par le Japon, lancèrent la politique dite de « porte ouverte » dont Wilson avait défini les principes : « liberté des mers », « société des nations », « internationalisation des colonies ».
Cette situation accentua les contradictions de la bourgeoisie chinoise. Elle avait participé la guerre impérialiste dans l’espoir de récupérer après la « victoire » les possessions de l’Allemagne en Chine. Le traité de Versatiles les transféra purement et simplement au Japon. Le mécontentement et la déception qui s’ensuivirent provoquèrent le mouvement du 4 mai 1919. Il n’était plus possible désormais de s’en tenir à la politique consistant à s’appuyer sur un impérialisme pour grignoter l’autre. La Conférence de Washington fit triompher la politique de « porte ouverte » ; mais ses perspectives entraient toujours plus en contradiction avec le rêve de Sun Yat-sen : créer un consortium de grandes puissances pour le développement économique de la Chine.
La position du gouvernement nationaliste de Canton n’était pas plus brillante. Aucune mesure n’avait été prise en faveur des ouvriers et des paysans qui désertaient l’armée. La campagne contre les militaristes du Nord et pour l’unification de la Chine était compromise. Le pouvoir de Sun Yat-sen fut lui-même plusieurs fois menacé. Il fallut l’arrivée de Borodine et la réorganisation du Kuomintang avec l’aide des Communistes pour redresser la situation. Borodine rédigea le « Manifeste du Kuomintang réunifié » de façon à en faire un parti « populaire » et les prolétaires chinois sacrifièrent à ces belles phrases leur indépendance de classe Il était difficile de prendre plus ouvertement le contre-pied du IVe Congrès de Moscou sur la question de l’Orient qui déclaraient :
« Le jeune mouvement ouvrier oriental est un produit du développement du capitalisme indigène de ces derniers temps … Bien souvent, comme l’a indiqué le IIe Congrès de l’Internationale Communiste, les représentants du nationalisme bourgeois, exploitant l’autorité politique et morale de la Russie des Soviets et s’adaptant à l’instinct de classe des ouvriers, drapent leurs aspirations démocratiques bourgeoises dans du ‹ socialisme › et du ‹ communisme › pour détourner ainsi, parfois sans s’en rendre compte, les premiers organes embryonnaires du prolétariat de leurs devoirs d’organisation de classe. Tels sont le parti Behill Ardou en Turquie, qui a repeint le panturquisme en rouge, et le ‹ socialisme d’État › préconisé par certains représentants du parti Kuomintang ».
Loin d’interpréter cette politique de la bourgeoisie chinoise comme une faillite de sa direction de classe du mouvement national, Moscou voulut y voir le signe particulier de sa « nature » révolutionnaire. Ceci était en contradiction non seulement avec les prévisions de l’Internationale, mais encore avec la masse des faits accumulés depuis ses premiers congrès.
« Nous devons mettre fin, disait Lénine dans ses thèses de 1920, aux illusions nationales de la petite bourgeoisie et à sa croyance à la possibilité d’une coexistence pacifique et d’une égalité entre les nations en régime capitaliste ».
C’est ce qu’avaient prouvé à toute l’Asie le traité de Versailles et la conférence de Washington.
« Sans victoire sur le capitalisme, ni l’oppression des patrons, ni les oppressions nationales, ni l’inégalité sociale ne peuvent être abolies ».
C’est ce qu’avait prouvé aux ouvriers et aux paysans le gouvernement du Kuomintang à Canton.
Enfin, en opposition au plan économique de Sun Yat-sen et a son caractère utopique sous le régime capitaliste, Lénine avait répondu par avance que seule une fédération des républiques soviétiques pourrait « réaliser un plan économique universel dont l’application régulière serait contrôlée par le prolétariat de tous les pays ».
Ainsi, ce n’est pas en 1964 que toutes les « solutions » de rechange de la bourgeoisie « nationale » et de I’impérialisme mondial ont été condamnée, mais dès 1924, aux tout premiers débuts de la révolution chinoise. La guerre impérialiste avait montré que l’ensemble de l’économie mondiale était mûr pour la réorganisation socialiste. La victoire du prolétariat en Russie avait placé tous les pays devant l’alternative : révolution communiste ou contre-révolution bourgeoise.
« À partir du moment, disait Zinoviev au Congrès de Bakou, où un pays (fut-il seul) s’est arraché aux chaînes du capitalisme, comme l’a fait la Russie, à partir du moment où les ouvriers ont mis à l’ordre du jour la question de la révolution prolétarienne, nous pouvons dire que la Chine, l’Inde, la Turquie, la Perse, l’Arménie peuvent et doivent engager directement la lutte pour le régime des Soviets ».
Tel fut le sens de tous les textes de l’Internationale Communiste sur la question coloniale : « Manifeste » du Premier Congrès (1919) ; « Thèses » de Lénine au IIe Congrès (1920) avec les additifs de Roy consacrés plus spécialement à la Chine et à l’Inde ; « Thèses du Congrès de Bakou » (septembre 1920), les unes sur la « Question agraire » (Radek), les autres sur « Le pouvoir des Soviets en Orient » (Béla Kun) ; thèses, enfin, du IVe Congrès de Moscou sur « La question d’Orient », présentées par Safarov.
Nous devons donc compléter comme suit le tableau des différentes périodes révolutionnaires :
– 1789–1871, révolutions bourgeoises en Europe occidentale (ainsi qu’en Amérique du Nord et au Japon) ;
– 1905–1950 (environ), mouvements nationaux révolutionnaires dans toute l’aire afro-asiatique et en Europe orientale avec une seule victoire prolétarienne : en Russie ;
– 1917–1927, stratégie unitaire de la « révolution permanente » dans les pays capitalistes avancés comme dans les colonies : défaites successives en Europe et en Chine servant de cadre à la contre-révolution stalinienne en Russie.
La théorie des « étapes » de la révolution anticoloniale
En entrant dans le Kuomintang sur les injonctions de Moscou, les Communistes chinois ne commettaient pas seulement une faute tactique que les bolcheviks n’avaient jamais faite s’étant au contraire différenciés par tous les moyens des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires. Ils ne commettaient pas non plus qu’une simple erreur d’appréciation sur la vitesse avec laquelle se déroulerait la révolution chinoise. Ils réalisaient surtout un compromis de principe et tournaient le dos aux perspectives de lutte pour lesquelles l’Internationale avait été créée en se soumettant à la stratégie nationale de la bourgeoisie chinoise. C’est ce qui donna aux discussions sur la révolution chinoise et à la défaite devant les troupes de Tchang Kaï-chek une si grande importance pour le triomphe de la théorie stalinienne du « socialisme dans un seul pays ».
Dans les conférences qu’il prononça à Canton entre janvier et août 1924 sur les « trois principes du peuple », Sun Yat-sen élabora le premier une théorie des stades que devait franchir la révolution chinoise avant d’arriver à son propre terme bourgeois.
Le principe du nationalisme demanderait pour sa réalisation toute une période d’action purement militaires ayant essentiellement pour but de battre les « seigneurs de la guerre » et de chasser du pays les impérialistes étrangers.
Cet objectif atteint, on pourrait passer à une seconde période, « éducative », qui devait réaliser à travers l’instauration d’un régime parlementaire le principe de la démocratie.
Dernière période, enfin, celle du « socialisme » que Sun Yat-sen appelait, dans sa version primitive de 1907, le « bien-être du peuple ». Il s’agissait là de mettre en pratique le « déterminisme économique » en organisant une juste répartition des richesses.
Le P.C.C. adhéra à cette théorie typique du libéralisme bourgeois. Il ne se demanda même pais si l’on pourrait chasser les impérialistes sans soulever la paysannerie, ni si la paysannerie tiendrait ses promesses révolutionnaires sans la direction politique du prolétariat. L’exercice de « style » du stalinisme dans la question chinoise fut de déterminer à quel « stade » l’on se trouvait. Lorsque la contre-révolution bourgeoise commença à sévir, Staline la « justifia » au nom de la « première étape ». Lorsque l’aggravation des luttes de classes, la pression des Communistes chinois et les critiques de Trotski posèrent à l’Internationale la question urgente de sortir du Kuomintang et de créer des Soviets, Staline prit alors entièrement à son compte la théorie des « étapes » de Sun Yat-sen et lui donna la forme achevée et « classique » qui s’imposera par la suite aux Communistes de tous les pays coloniaux.
Ses thèses sur « Les problèmes de la révolution chinoise » publiées par la « Pravda » du 21 avril 1927 méritent bien quelques citations :
« Pendant la première période de la révolution chinoise, celle de la Campagne du Nord, où l’armée nationale s’approchant du Yang-Tse remportait victoire sur victoire et où le mouvement des ouvriers et des paysans ne s’était pas encore développé, la bourgeoisie nationale (sauf les compradores) marchait avec la révolution. C’était la révolution du front nationale unifié…
Le coup d’État de Tchang Kaï-chek signifie que la révolution est entrée dans sa deuxième étape, qu’a commencé le tournant de la révolution du front national unifié à la révolution des masses d’ouvriers et de paysans, à la révolution agraire… ».
Les « thèses » de Staline ne comprenaient pas de troisième « étape », mais quelques mois plus tard, au Plénum de Juillet-Août 1927 du C.C. du P.C.R., il nommera cette dernière étape « qui n’existe pas encore, mais qui viendra » : la révolution soviétique. Dans le discours prononcé à ce même Plénum, Staline s’efforce de justifier sa théorie en falsifiant toute l’expérience de la révolution russe :
« Lénine », déclare-t-il, « reconnaissait deux étapes dans notre révolution : la première était la révolution démocratique bourgeoise avec le mouvement agraire comme axe principal ; la seconde fut la révolution d’Octobre avec, comme axe principal, la prise du pouvoir par le prolétariat ».
On ne pouvait mieux déformer le sens des « Thèses » d’Avril 1917 que ne l’a fait Staline dans ses thèses d’Avril 1927. Si Lénine a pu parler de deux étapes de la révolution russe, ce ne fut pas pour s’opposer au pouvoir des Soviets, mais pour en lancer le mot d’ordre ; ce ne fut pas pour attendre le « terme » constitutionnel de l’« étape » bourgeoise, mais pour l’éviter ; ce fut pour faire comprendre aux têtes de bois, dont Staline était, qu’il fallait mettre fin aux dernières illusions menchevistes des derniers « vieux bolchéviks ». En réalité, pour Lénine, la révolution de 1905 avait si peu de rapport avec une « étape démocratique bourgeoise » qu’il la désignait souvent comme une « répétition générale » de la révolution de 1917. Pourquoi « répétition générale » ? Parce que le 1905 russe contenait en germe tous les caractères politiques et sociaux des révolutions de 1917 et de toute l’Asie ; parce qu’il en incluait dialectiquement toutes les phases et, si l’on veut, toutes les « étapes », ayant suffisamment prouvé la nécessité du pouvoir des Soviets et de la dictature prolétarienne.
La révolution chinoise n’a pas démenti cet enseignement. Elle en a donné la preuve par l’absurde. Un an après le premier coup de force de Tchang Kaï-chek, Staline s’opposait obstinément à sortir du Kuomintang et à lancer le mot d’ordre des Soviets. Voici comment il apprécie dans ses « thèses » les événements les plus significatifs de la révolution et de la contre-révolution en Chine :
« La tentative de Tchang Kaï-chek, en mars 1926, de chasser les Communistes du Kuomintang fut la première tentative sérieuse de la bourgeoisie nationale pour museler la révolution. On sait que le C.C. du P.C.R. (b) considérait déjà à l’époque qu’il est nécessaire de ‹ mener une ligne de maintien du P.C. dans le Kuomintang › et ‹ d’éloigner ou d’exclure la droite du Kuomintang › (avril 1926)… »
« Le coup d’État de Tchang Kaï-chek (il s’agit du massacre des Communistes de Shanghai et Nankin et de la constitution dans cette ville d’un gouvernement de la seule ‹ droite › du Kuomintang. N.d.l.R.) signifie que dans la Chine du Sud il y aura désormais deux camps, deux gouvernements, deux armées, deux centres : le centre de la révolution à Ouhan et le centre de la contre-révolution à Nankin… Il s’ensuit que la politique de maintien de l’unité du Kuomintang, d’isolement de la droite à l’intérieur du Kuomintang et de son utilisation (sic !) ne correspond plus aux tâches de la révolution. Cette politique doit être remplacée par une politique d’exclusion de la droite, de lutte contre la droite jusqu’à sa complète liquidation politique, et de concentration de tout le pouvoir entre les mains du Kuomintang comme bloc de la gauche et des Communistes ».
Quelques mois plus tard, le gouvernement de « gauche » chassera à son tour les Communistes et les ouvriers de Canton essaieront d’imposer leur dictature contre toutes les tendances du Kuomintang. Leur juste mot d’ordre et leur inévitable défaite résument tous les enseignements de la révolution chinoise : l’enjeu et le terme de la révolution n’étaient pas la victoire ou la défaite du « bloc des quatre classes », mais la victoire ou la défaite de la bourgeoisie nationale ou du prolétariat. L’historiographie stalinienne présente le mouvement révolutionnaire de 1924–1027 comme une simple « étape » de la révolution bourgeoise en Chine. Ainsi, dans une « Conversation avec les étudiants de l’Université Sun Yat-sen » en Mai 1927, Staline disait :
« Certes, le coup d’État de Tchang Kaï-chek ne pouvait pas se passer d’une défaite partielle des ouvriers dans une série de régions. Mais ce n’est qu’une défaite partielle et provisoire. En effet, avec le coup de Tchang Kaï-chek, la révolution dans son ensemble est entrée dans une phase supérieure de son développement, la phase du mouvement agraire ».
Comment peut-il y avoir « défaite partielle » quand il y a lutte armée pour la conquête du pouvoir ? Moscou s’est refusé à préparer cette lutte, mais elle s’est tout de même produite et elle s’est achevée par l’écrasement du prolétariat chinois. Que cette défaite fut nécessaire pour que la révolution nationale « dans son ensemble » entre dans sa « phase agraire », nous l’admettons volontiers. Mais alors il faut dire avec Trotski qu’en Chine la révolution bourgeoise n’a été possible que comme contre-révolution bourgeoise ; et que s’est close, dès 1927, la période ou les révolutions bourgeoises de l’Orient pourraient marcher sur les traces prolétariennes et internationalistes de l’Octobre russe.
L’héritage de Sun Yat-sen : la « démocratie nouvelle »
Les leçons que nous tirons de la défaite de 1927 sont donc radicalement différentes de celles qu’en a tiré le stalinisme russe ou chinois. Il n’y a pas eu défaite du mouvement national par abandon de la bourgeoisie chinoise, mais écrasement du prolétariat internationaliste par abandon de ses positions de classe. C’est le reflux du mouvement national qui fut « partiel » et « provisoire », mais la défaite du prolétariat, elle, fut complète et définitive.
Voici comment Mao Tsé-toung a interprété cette période historique dans son discours d’Avril 1945 « Sur le gouvernement de coalition » :
« En 1924, sur proposition du Parti communiste chinois, Sun Yat-sen avait convoqué le Premier Congrès panchinois du Kuomintang, auquel participèrent également les communistes, il avait élaboré les trois thèses politiques fondamentales (alliance avec la Russie, alliance avec le parti communiste et appui aux ouvriers et aux paysans), organisé l’Académie militaire de Ouampou, créé un front national uni groupant le Kuomintang, le Parti communiste chinois et toutes les couches de la population. Le résultat, c’est qu’en 1924–1925 les forces réactionnaires furent liquidées dans le Kouantoung ; en 1926–1927 se déroula avec succès la Campagne du Nord… ». Mao ne dit pas que le « résultat », le « succès » de cette politique fut le massacre du prolétariat chinois. Il ne la juge que d’un point de vue national. Et de ce point de vue il se contente de gémir sur la contre-révolution parce que
« l’union céda le pas a la guerre civile, la démocratie à la dictature, la lumière aux ténèbres ». En foi de quoi, « les trois principes du peuple de Sun Yat-sen, jetés par-dessus bord par les réactionnaires du Kuomintang, furent repris par le peuple chinois, le Parti communiste chinois et les autres démocrates » (« Œuvres choisies » T. IV, pp. 299–300).
Une fois de plus, l’axiome de Lénine s’est avéré juste : la révolution bourgeoise était impossible comme révolution de la bourgeoisie. Cette dernière fut incapable de tirer profit de sa victoire sur le prolétariat. Mais en faisant sien le programme de Sun Yat-sen, le parti de Mao ne l’a pas rendu plus « révolutionnaire ». Nous l’avons vu dans la question agraire. Il en va de même dans les questions de la démocratie politique et de la lutte contre l’impérialisme étranger. Le parti de Mao a tout fait pour que la réalisation de ce programme ne dépasse pas le cadre des intérêts nationaux bourgeois et n’enfreigne pas la bonne entente entre les classes.
« Certains expriment les doutes suivants : dès qu’ils l’auront emporté, les communistes n’instaureront-ils pas la dictature du prolétariat, un système à parti unique, comme en Russie ? Nous répondrons à cela qu’entre l’État de la nouvelle démocratie, fondé sur l’alliance de plusieurs classes démocratiques et l’État socialiste fondé sur la dictature du prolétariat, il existe une différence de principe. Bien sûr, le régime de la nouvelle démocratie que nous défendons est créé sous la direction du prolétariat, sous la direction du parti communiste (le prolétariat communiste peut-il créer un pouvoir qui ne soit pas celui de sa dictature ? N.d.l.R.). Toutefois, pendant toute la période de la nouvelle démocratie, on ne pourra pas et, par conséquent, on ne devra pas avoir en Chine un régime de dictature exercé par une seule classe… » (ibid., pp. 329–330).
Ces affirmations de « principe » sont pour le moins piquantes quand on pense aux leçons de « marxisme-léninisme » que Pékin prétend donner aujourd’hui à Moscou. Hier, Moscou déclarait incarner la dictature du prolétariat. On nous dit à présent que celle-ci s’est transformée en « État du peuple tout entier », c’est à dire en démocratie bourgeoise. Et nous pouvons comprendre ce « changement », l’interpréter comme le résultat juridique de la contre-révolution stalinienne. Mais par quel miracle l’État chinois, fondé sur les « trois principes du peuple », se serait-il transformé en État socialiste, en dictature du prolétariat ?
Mao n’a plus la « naïveté virginale » du populiste Sun Yat-sen dont parlait Lénine. Il ne peut plus s’imaginer que les « trois principes du peuple » et l’avènement de la démocratie bourgeoise sont la clef de l’émancipation humaine. Et c’est pourquoi le révolutionnaire petit-bourgeois porte les stigmates de la contre-révolution bourgeoise Sun Yat-sen + Staline = Mao Tsé-toung. Le même argument qui lui servait en 1945 à repousser la dictature prolétarienne en Chine, lui sert vingt ans plus tard à rebaptiser la « démocratie nouvelle » en « État socialiste » :
« Le système qui s’est créé en Russie était conditionné par le développement historique de la Russie. On y a détruit le système social fondé sur l’exploitation de l’homme par l’homme et on y a créé un système politique, économique et une culture du type démocratique le plus avancé, c’est-à-dire socialiste » (ibid., p. 330).
Avait-on détruit, en Octobre 1917, « l’exploitation de l’homme par l’homme » ? Avait-on crée une économie socialiste en Russie ou croyait-on même à la possibilité d’une prochaine « création » de ce type ? Non, ce n’est pas le contenu du bolchevisme. C’est la revendication de la dictature prolétarienne comme forme universelle du pouvoir de classe, même dans les cas « particuliers » de la Russie ou de la Chine ; l’affirmation que cette forme de gouvernement était non seulement possible, mais nécessaire dans les pays arriérés connaissant un faible développement de l’économie « nationale ». Ce que Mao accordait en 1945 à l’U.R.S.S. comme un privilège national grand-russe, il le revendique aujourd’hui en exclusivité pour la patrie des Hans : non pas la dictature prolétarienne, mais la « construction du socialisme » à travers l’accumulation du capital.
De nombreuses pages du rapport de Mao « Sur le gouvernement de coalition » sont également consacrées à l’analyse des mots d’ordre économiques de Sun Yat-sen : « La structure économique de la nouvelle démocratie que nous essayons d’instaurer répond également aux principes de Sun Yat-sen » (p. 325). Dans le domaine agraire, Sun Yat-sen avait lancé le mot d’ordre repris par le P.C.C. : « À chaque laboureur son propre champ ! » ; dans l’industrie et le commerce, le « Manifeste » de 1924 réclamait une « limitation du capital » … Mao Tsé-toung formule ainsi son programme :
« Certains pensent que les communistes chinois sont contre le développement de l’initiative individuelle, contre le développement du capital privé, contre la défense de la propriété privée. Il n’en est rien. L’oppression que font peser l’étranger sur la nation et le joug féodal à l’intérieur du pays freine lourdement le développement de l’initiative individuelle des Chinois, le développement du capital privé, et ruine l’avoir de larges couches de la population. Or, la tâche du système de la nouvelle démocratie que nous nous efforçons d’instaurer, consiste précisément à éliminer ces freins, à mettre fin à cette ruine, à assurer à la masse des Chinois la possibilité de faire preuve, librement, de leur initiative individuelle dans la société, de développer librement l’économie capitaliste privée, laquelle, toutefois, ‹ ne doit pas tenir dans ses mains la vie du peuple ›, mais au contraire lui être utile, et enfin à assurer la protection de toute propriété privée acquise par voie légale » (pp. 325–326).
Le moment n’est pas encore venu de juger la Chine maoïste sur la réalisation de son programme bourgeois. Cette question fera l’objet d’articles ultérieurs. Il s’agit seulement ici de dénoncer les phrases « socialistes » dont se pare ce programme. L’axiome politique du réformisme était : on ne peut passer au socialisme que par la démocratie. Son axiome économique se résume en ces termes : le développement du capitalisme « national » est une condition absolue de la « construction socialiste ». Nous avons vu comment la stratégie révolutionnaire de l’Internationale Communiste envisageait le rapport entre pays arriérés et pays capitalistes avancés dans la perspective universelle d’un assaut prolétarien au pouvoir bourgeois. La gloire de Trotski dans la question chinoise ne fut pas seulement de défendre la tactique des bolcheviks : hégémonie du prolétariat et dictature de classe. Trotski a encore lutté pour la stratégie révolutionnaire mondiale sans laquelle le bolchevisme n’aurait aucun sens :
« La conquête du pouvoir par le prolétariat ne met pas un terme à la révolution, elle ne fait que l’inaugurer. La construction socialiste n’est concevable que sur la base de la lutte de classe à l’échelle nationale et internationale. Cette lutte, étant donné la domination décisive des rapports capitalistes sur l’arène mondiale, amènera inévitablement des éruptions violentes, c’est-à-dire à l’intérieur des guerres civiles et à l’extérieur des guerres révolutionnaires » (« Thèses sur la révolution permanente », 1929).
En saluant le développement du capitalisme chinois et sa rivalité avec Moscou comme une victoire de la révolution permanente, les pitoyables « trotskistes » d’aujourd’hui montrent jusqu’à quel point le stalinisme et le progressisme bourgeois se sont emparés de leur esprit. C’est un fait qu’en se développant le capitalisme creuse sa tombe. Il peut créer en Chine toutes les conditions favorables que l’on veut pour la croissance physique et la reprise politique du prolétariat. Mais c’est contre son gré. Tout ce que le prolétariat peut en attendre, c’est qu’il donne à l’antagonisme entre le capital et le travail sa forme la plus pure, la plus violente, la plus dénuée d’illusions réformistes et petites-bourgeoises. Sous ce rapport les mérites du « socialisme chinois » furent nuls dans la période révolutionnaire. Ils ne sont pas plus grands depuis que le parti de Mao est devenu un parti de gouvernement. On sait que Pékin, dans la stricte tradition stalinienne abandonnée par Moscou, ne nie pas l’existence d’antagonismes de classes en Chine. Voici pourtant ce qu’en pense Mao toujours d’après son rapport de 1945 :
« Il va de soi qu’il continuera d’exister des contradictions entre ces classes et que celle qui se manifestera de la manière la plus nette sera la contradiction qui oppose le travail au capital. C’est pourquoi chacune de ces classes aura ses revendications propres. Voiler ces contradictions, voiler ces revendications propres serait une hypocrisie, une faute. Mais, pendant toute la phase de la nouvelle démocratie, ces contradictions, ces revendications particulières, ne sortiront pas du cadre des revendications générales et l’on ne doit pas permettre qu’elles en sortent » (ibid., p. 323).
Ainsi l’État de « démocratie nouvelle » se fait le champion de la collaboration de classe ; il entend régler par en haut, au dessus des classes, l’antagonisme fondamental entre le capital et le travail ; réduire les « revendications particulières » du prolétariat aux intérêts « généraux » de l’État bourgeois. De toute évidence, ce que le prolétariat chinois gagnera dans le régime de « démocratie nouvelle », il le gagnera en luttant contre lui, en se préparant à l’enterrer ! Ce n’est, comme dit Marx, que « dans un ordre de choses où il n’y aura plus de classes et d’antagonismes de classes » que « les évolutions sociales cesseront d’être des révolutions politiques ».
Il n’y a donc rien de « nouveau » dans la démocratie chinoise. Et l’étude du développement du capitalisme en Chine en sera une configuration ultérieure. De même, il n’y a rien de « particulier » ni d’« original » dans la révolution chinoise, sinon la défaite complète et durable de l’internationalisme prolétarien en Asie comme dans les vieilles métropoles.
Gli insegnamenti della polemica russo‑cinese Pt.3
La periodicità della nostra rivista e l’obiettivo stesso di questo studio – una polemica che subisce tutti i contraccolpi dell’attualità – ci hanno costretti e ci costringeranno ancora a ritornare sui nostri passi per chiarire certe questioni precedentemente affrontate.
Occorre pertanto ritornare brevemente su due punti già trattati nel numero 29 di Programme Communiste, prima di affrontare “la questione coloniale e le rivoluzioni anticoloniali”:
A) LA COSTRUZIONE DEL COMUNISMO IN CINA
In un lunghissimo testo del 14 luglio 1964 firmato dalla redazione del Renmin Ribao e dal Hongqui (Lo pseudo-comunismo di Krusciov e gli insegnamenti storici che dà al mondo; Edizioni in lingue straniere; Pechino 1964), dopo aver presentato come imminente la “restaurazione pacifica del capitalismo in U.R.S.S.” – concetto di cui noi abbiamo dimostrato il contenuto aberrante e anti marxista – i maoisti effettuano una svolta di 180° rispetto alle loro posizioni del 1958. Mentre nel 1958 promettevano il passaggio della proprietà collettiva alla proprietà di tutto il popolo in Cina nei termini di “cinque o sei anni e anche meno”1, il 15 luglio 1964, ovvero sei anni più tardi – “e anche di più – scrivevano: «Il passaggio dalla proprietà collettiva a quella di tutto l’intero popolo, da due generi di proprietà alla proprietà unica di tutto l’intero popolo, suppone un processo di sviluppo molto lungo» (op. cit., p. 101).
Questo “processo molto lungo” non è diversamente precisato, ma le precisazioni dei maoisti sul passaggio dal socialismo al comunismo in Cina, per il quale prevedevano nel 1958 un lasso di tempo “dai dieci a vent’anni o più, a partire da adesso” proclamando solennemente che “è chiaro perciò che la realizzazione del comunismo in Cina non avverrà in un futuro lontano”, sono tanto dettagliati quanto deliziosi. È questo che si legge, alla pagina 97 del testo già citato del 14 luglio 1964: «La lotta per scoprire “chi avrà la meglio”, tra il socialismo e il capitalismo, nell’ambito politico ed ideologico, esige un periodo molto lungo di tempo prima che sia deciso il suo esito. La rivoluzione socialista nel solo ambito economico (per quel che concerne la proprietà dei mezzi di produzione) non è sufficiente, e non assicura del resto la stabilità. Qualche decina d’anni non basteranno; ovunque, cento anni o centinaia di anni sono necessari per la vittoria. Questione di tempo, meglio quindi prepararsi a un periodo piuttosto lungo anziché corto».
Dopo il “passaggio pacifico dall’economia socialista all’economia capitalista”, i maoisti fanno un’altra stupefacente scoperta anti-marxista: il socialismo trionfa prima nell’ambito economico, e in seguito nell’ambito politico!!
Nel 1958, promettevano il passaggio al comunismo in Cina nello spazio di quindici o vent’anni; nel 1964 affermano che “cento anni o addirittura centinaia di anni” saranno necessari soltanto per “sapere chi trionferà tra socialismo e capitalismo!?”. Dopo simili scoperte, niente di sorprendente se, forse presi dal timore d’essere andati un troppo avanti nella via de “l’adattamento creativo del marxismo alle particolari condizioni della Cina”, gli ideologi di Pechino scrivevano alla fine del loro lungo testo: «Non c’è niente di terrificante e non c’è alcuna ragione di allarmarsi. La terra continua a girare» (0p. cit., p. 112).
Bene! Emerge dalle aberrazioni anti-marxiste dei maoisti che ciò che “gira” con un ritmo sempre più vertiginoso nella Cina del 1964 è il capitale. Ma il capitale, contrariamente alla terra, non continuerà a “girare per centinaia d’anni!”.
B) I KRUSCIOVIANI E IL MODO DI PRODUZIONE ASIATICO
Il numero 114 (aprile 1964) de La Pensée, “rivista del razionalismo moderno” (la Ragione è una faccia del Capitale!), è interamente dedicato al “modo di produzione asiatico”. Non ci soffermeremo qui sulla confusione nella quale si dibattono i nostri kruscioviani “razionalisti” (non sono riusciti per esempio a stabilire se per Marx i modi di produzione sono in numero di cinque, o sette o otto. Fra poco scopriranno che ce ne sono un migliaio!). Vogliamo semplicemente mettere in evidenza due falsificazioni. Prima di tutto, M.C. Parain scrive alla pagina 3: «Le ricerche storiche marxiste (…) avevano già molto da fare per mettere in chiaro e spiegare la concatenazione tipica che conduce dalla società primitiva al socialismo per la grande storica strada in margine della quale si dovrebbe riconoscere – o continuare a non riconoscere un modo di produzione detto asiatico».
Gli ideologi kruscioviani (e post-kruscioviani) de La Pensée vorrebbero far credere che ritornano a Marx e avanzano come prova la loro riscoperta del “modo di produzione asiatico” che Stalin aveva radiato dalla storia. Ma continuano a falsificare, con più impudenza dello stesso Stalin, le determinazioni essenziali del modo di produzione socialista falsamente “costruito” in U.R,S.S. Signori de La pensée, è il socialismo che dovete riscoprire in Marx!
In secondo luogo, questo numero de La Pensée conferma i nostri sospetti sulla funzione anti-cinese di questa riscoperta kruscioviana e post-kruscioviana del modo di produzione asiatico. M. Chesneaux, per esempio, non esita a piombare su Wittfogel che, nel suo “Oriental society. a comparative study of total power” aveva tentato di dare un travestimento “scientifico” alle concezioni di Kautsky come ricordiamo nel precedente numero2.
In realtà, ciò che provoca l’indignazione di Chesneaux è l’orientamento anti-russo dell’opera di Wittfogel. Ma è una indignazione molto tardiva! Oggi i socialdemocratici non utilizzano più contro l’U.R.S.S. l’argomentazione di Kautsky o di Wittfogel; oggi non accusano più l’U.R.S.S. d’essere una variante del “dispotismo asiatico”; oggi l’U.R.S.S. è diventata una nazione civilizzata, evoluta e democratica! M. Chesneaux scrive alla pagina 35 che “si tratta di riprendere dalle mani dei rinnegati questo concetto così ricco”. Oggi che i socialdemocratici non sono più dei “rinnegati” e che non utilizzano più “questo concetto così ricco” contro l’U.R.S.S. per quale ragione, M. Chesneaux, volete “riprendere dalle loro mani il modo di produzione asiatico?” M. Chesneaux stesso ci dà la risposta: «(Il modo di produzione asiatico) non appartiene che al passato. Ha lasciato senza dubbio delle impronte profonde. La tradizione dell’ “unità superiore”, per esempio, non ha forse contribuito fortemente all’instaurazione in numerosi paesi afro-asiatici, recentemente indipendenti, di un sistema di direzione con un capo di Stato molto potente, ma che ha indiscutibilmente la fiducia delle masse, ecc. ecc.»
Segue una interessante allusione a Soekarno, alleato di Mao per richiedere l’esclusione dell’U.R.S.S. dalla nuova Bandoung. I paragoni della stampa russa tra Mao e Gengis Khan, tra Mao e i mandarini dell’antica Cina, l’affermazione d’Otto Kuusinen secondo la quale esiste in Cina “la dittatura dei capi, la dittatura personale” sono riprese da M. Chesneaux ad un livello “ideologico” quando parla “di un sistema di direzione con un capo di Stato molto potente”.
Gli ideologi kruscioviani e post-kruscioviani hanno dunque ripreso il modo di produzione asiatico “dalle mani dei rinnegati” per ripetere contro la Cina quello che i socialdemocratici dicevano contro l’U.R.S.S. tra il 1939 e il 1940.
* * *
Dopo aver chiarito queste due questioni, non ci resterebbe che continuare il nostro studio, ma la recentissima caduta di Krusciov ci obbliga ad aggiungere qualche precisazione.
Se ci occupiamo della polemica russo-cinese non è certamente per correre dietro l’attualità. Le conclusioni nel nostro studio si fondano sui principi del marxismo rivoluzionario difesi dal nostro partito da più di trent’anni: e non aspettano quindi la loro conferma dall’ascesa o dalla caduta di un Krusciov.
Per il momento, ci limitiamo a constatare che la caduta Krusciov ha accelerato il processo “kruscioviano” d’occidentalizzazione della società russa e che non ha registrato alcun riavvicinamento tra l’U.R.S.S. e la Cina, contrariamente a quel che era stato annunciato da diverse parti. Nella fase attuale della politica internazionale è giunto il momento, all’Est come all’Ovest, del disintegrarsi delle alleanze e del moltiplicarsi dei contatti diplomatici in tutte le direzioni, preludio a delle nuove alleanze, a delle nuove crisi, a delle nuove guerre.
Davanti al trambusto intrattenuto dai prostituiti dell’attualità, il partito rivoluzionario del proletariato inserisce sulla sua bandiera la frase, che Marx mise come epigrafe alla prefazione del Primo Libro del Capitale: “Segui il tuo corso, e lascia dir le genti!”3.
LA QUESTIONE NAZIONALE E LE RIVOLUZIONI ANTI-COLONIALI
La questione nazionale e le rivoluzioni anti-coloniali sono al centro della polemica russo-cinese. Trarremo dall’analisi di questa controversia la lezione che le tesi marxiste e leniniste sulla questione conservano la loro validità assoluta a quarant’anni di distanza.
A più riprese, abbiamo illustrato, analizzato e difeso le tesi di Marx ed Engels sulla rivoluzione tedesca del 1848-50, e le tesi dell’Internazionale Comunista nel 1920-26 sull’unione della rivoluzione proletaria nelle metropoli e nelle colonie4.
Anche questa volta faremo precedere la presentazione della polemica russo-cinese sulla questione coloniale e le rivoluzioni anti-coloniali, con una sintesi completa dei seguenti testi:
1) L’articolo di Lenin Sul diritto delle nazioni all’autodeterminazione (febbraio-maggio 1914), completato da altri articoli dello stesso periodo (per esempio: “Sostanze infiammabili nella polemica mondiale”, 5 agosto 1908; “Democrazia e populismo in Cina”, 15 luglio 1912; “La Cina rinnovata”, 8 novembre 1912);
2) Le tesi generali e le tesi complementari sulle questioni nazionale e coloniale, approvate nel 1920 al Secondo Congresso dell’Internazionale Comunista5;
3) Gli articoli di Lenin sulla questione nazionale datati 31 dicembre 1922. Questi articoli molto importanti che Stalin aveva fatto sparire sono oggi ripubblicati.
Otterremo così una sintesi del pensiero di Lenin sulla questione nazionale per un periodo di quindici anni, dal 1908 al 1912. Questa sintesi ci condurrà alla conclusione (che la nostra corrente difende da quarant’anni, e di cui troveremo una conferma clamorosa nella polemica russo-cinese) che la teoria leninista dell’imperialismo sulla quale si fondano le tesi leniniste sulla questione nazionale,è la sola spiegazione marxista dell’imperialismo, che è valida oggi come lo era ieri e che lo resterà finché l’imperialismo non sarà distrutto dalla rivoluzione proletaria internazionale.
Se c’è un punto sul quale la corrente della Sinistra comunista italiana si è sempre trovata al fianco di Lenin, è proprio questo. Se c’è una questione a proposito della quale nessuno oggi, né russi, né cinesi, né estremisti dalle multiformi etichette non possono pretendere di ricollegarsi a Lenin, bene, è questa. Hic Rhodus, hic salta!.
LENIN NEL 1914
L’articolo di Lenin sul Diritto delle nazioni ad autodeterminarsi apparso nell’aprile-giugno 1914 nel Prosvéchtchénié (L’Istruzione). Si tratta di una polemica contro Rosa Luxembourg. In uno studio intitolato La questione nazionale e l’autonomia apparso nel 1908-09, quest’ultima aveva a sua volta polemizzato contro lo scritto di Karl Kautsky “Nazionalità e internazionalità” pubblicato nellaNeue Zeit nel 1907-1908, L’articolo di Lenin è dunque una polemica contro un’altra polemica.
La conoscenza di queste circostanze storiche è essenziale, perché questo articolo è stato sovente, anche recentemente, falsificato dallo stalinismo e dal post-stalinismo. È necessario ricordarsi inoltre che la polemica di Rosa Luxembourg non era diretta solo contro Kautsky, ma anche, indirettamente, contro Lenin e il programma dei bolscevichi sulla questione nazionale in Russia, programma che preconizzava il “diritto ad auto-determinarsi” per le nazionalità oppresse dall’autocrazia zarista grande-russa6.
Lenin sostiene innanzitutto la validità di questa tesi espressa da Kautsky: «Lo Stato nazionale è la regola e la “norma” del capitalismo; lo Stato a composizione eterogenea non è che uno stadio arretrato o un’eccezione».
C’è qui una verità evidente, una di quelle “verità” del marxismo che, come Lenin scrive nel suo Anti-Kautsky, anche la borghesia può riconoscere e fare proprie. Ma Lenin non si ferma qui. A Rosa Luxembourg che gli aveva posto la domanda: «Se in Russia si deve lottare per l’autodeterminazione delle nazioni oppresse, non si deve fare la stessa cosa nell’impero “austro-ungarico?».
Lenin risponde: «Innanzitutto, poniamo la questione essenziale, quella del completamento della rivoluzione democratica borghese. In Austria era cominciata nel 1848 ed è terminata nel 1867 (…) Anche nelle condizioni interne dello sviluppo dell’Austria (vale a dire dal punto di vista dello sviluppo del capitalismo in Austria, in generale, ed in ciascuna delle nazioni che la compongono, in particolare), non c’è nessun fattore suscettibile di provocare dei salti che, fra gli altri, possono essere accompagnati dalla formazione di Stati nazionali indipendenti».
Il leitmotiv di Lenin in questo articolo e in tutte le sue opere può essere riassunto in questo aforisma che esprime il nodo vitale della dialettica marxista: «Quando si analizza una questione sociale, la teoria marxista esige che la si ponga in un quadro storico determinato; poi, se si tratta di un solo paese (per esempio, del programma nazionale di un dato paese), che si tenga conto delle particolarità concrete che distinguono questo paese dagli altri nei limiti di una sola e medesima epoca storica».
Si constata dunque che le particolarità concrete dei diversi paesi nelle diverse fasi del loro sviluppo storico conducono Lenin a sostenere che la formula del “libero diritto all’autodeterminazione delle nazioni” è applicabile alla Russia del 1914 perché la rivoluzione democratica borghese non è stata ancora compiuta, mentre nell’impero austro-ungarico, alla stessa epoca, la stessa formula non è applicabile e quelli che la preconizzano tradiscono il proletariato, perché in Austria la rivoluzione democratico-borghese “era cominciata nel 1848 ed era terminata nel 1867”.
I russi e i cinesi, così come il corteo dei loro miserabili discepoli, dovrebbero dunque dichiarare che Lenin ha commesso un grossolano errore nel 1914 poiché l’impero austro-ungarico si è frammentato, da allora, in diversi Stati a cui gli stalinisti e i maoisti hanno dato il benvenuto nel 1945 per la loro nascita con grandi grida di gioia. Ma non lo faranno perché hanno trasformato Lenin in un’icona inoffensiva per mistificare le masse. Per quanto ci riguarda noi affermiamo che Lenin non si è sbagliato: neghiamo che la dissoluzione dell’impero austro-ungarico abbia consentito la nascita di “Stati nazionali sovrani”, e consideriamo la formazione degli Stati dell’Europa centro-orientale (Austria, Polonia, Ungheria, Germania orientale, Iugoslavia, Romania, Bulgaria) come una balcanizzazione dell’Europa da parte dell’imperialismo.
Ecco l’essenziale dell’opera e della lotta di Lenin per quel che concerne la questione nazionale in Europa, ed è molto chiaro che gli stalinisti, come i maoisti, hanno rinnegato mille volte l’insegnamento leninista.
Passiamo adesso alla questione nazionale in Asia. Nell’articolo già citato, Lenin scrive: «Neghiamo questo fatto incontestabile che nell’Asia le condizioni di sviluppo il più completo della produzione mercantile, dell’espansione più libera, la più larga e la più rapida del capitalismo non esistono che in Giappone, ovvero in uno Stato nazionale indipendente? Questo Stato è borghese; anche lui stesso ha cominciato ad opprimere altre nazioni e ad asservire delle colonie. Ignoriamo se l’Asia perverrà, prima del fallimento del capitalismo, a costituire un “sistema di Stati nazionali indipendenti”, come l’Europa. Ma una cosa è incontestabile, svegliando l’Asia, il capitalismo ha suscitato, anche lì, dappertutto, dei movimenti nazionali; che questi movimenti tendono a costituire degli Stati nazionali in Asia; e che precisamente tali Stati assicurano al capitalismo le migliori condizioni di sviluppo».
Mezzo secolo è trascorso dal 1914. Il fatto è che oggi, nel 1965, l’Asia si è trasformata in un “sistema di Stati nazionali indipendenti, come l’Europa”; il fatto che nel 1965 numerosi Giapponi si sono sviluppati in Asia, nell’ambito dei quali si sono create “le condizioni per lo sviluppo il più libero, il più vasto e il più rapido del capitalismo”; molti Giapponi (come l’India, l’Indonesia, il Pakistan, la Cina) che “hanno cominciato anch’essi a opprimere altre nazioni”7; questo fatto non è sufficiente a provare che non si è verificato nel mondo il “fallimento del capitalismo” al quale Lenin, quando si occupava della questione nazionale, subordinava sempre tutte le manovre tattiche, tutte le alleanze, tutti i fronti unici con la borghesia nazionale-rivoluzionaria delle colonie?
Gli articoli seguenti: “Sostanze infiammabili nella politica mondiale” (apparso ne Le Prolétaire del 5 agosto 1908), “Democrazia e populismo in Cina” (apparso nella Nievskaa Zviezdà del 15 luglio 1912)8, “La Cina rinnovata” (apparso nel La Pravda dell’8 novembre 1912), appartengono allo stesso periodo dell’articolo di cui ci occupiamo, ovvero quello che precede immediatamente la grande crisi imperialista del 1914 e il crollo catastrofico della Seconda Internazionale. In questi testi Lenin definisce le condizioni sole che possono permettere il “fallimento del capitalismo” di cui parla nell’articolo che abbiamo citato: denuncia il carattere reazionario del populismo cinese, i “sogni socialisti” di Sun Yat-sen, “l’illusione che in Cina sia possibile “evitare” il capitalismo.
Lenin non ammetteva l’illusione reazionaria secondo la quale fosse possibile “evitare” il capitalismo in questo o in quest’altro paese; per lui, si trattava di definire i mezzi con i quali il proletariato – e lui solo – nelle colonie come nelle metropoli potesse abbattere il capitalismo internazionale. Nella lotta contro Sun Yat-sen Lenin fu trascinato a porre il problema dello sviluppo del “proletariato cinese” generato dalle “nuove Shanghai”, che i populisti cinesi chiamavano con l’organizzazione di questo proletariato in “partito operaio socialdemocratico cinese”, e il problema della delimitazione di questo partito nei confronti della borghesia nazionalista, grazie allaalla critica delle “utopie piccolo-borghesi e delle idee reazionarie del programma politico e agrario di Sun Yat-sen”. Ed è solamente in seguito che Lenin sostiene che un partito operaio cinese doveva conservare e sviluppare “il nucleo rivoluzionario democratico” del populismo.
Ma per Lenin, non era ancora sufficiente. Dopo aver osservato, nel suo articolo del 1914, che «Marx ed Engels trattavano con un severo spirito critico la questione nazionale in generale, di cui apprezzavano l’importanza in conformità con le condizioni storiche», aggiunge la condizione delle condizioni, senza la quale tutte le rivendicazioni di autodeterminazione delle nazionalità oppresse diventano un puro inganno per il proletariato, la condizione valida per tutti i paesi e tutte le fasi dello sviluppo capitalista: «l’unità della lotta del proletariato e delle organizzazioni proletarie, la loro più stretta connessione in una comunità internazionale».
È così che alla vigilia della prima guerra mondiale e del crollo della seconda Internazionale Lenin arrivò a prevedere (”I destini storici della dottrina di Karl Marx”; 1° marzo 1913) la “ripercussione in Europa” delle “tempeste” provocate dalla penetrazione in Asia del capitalismo: «Seguendo l’Asia, l’Europa comincia a muoversi ma non alla maniera asiatica».
Da allora, il maoismo e lo stalinismo hanno cercato di fermare l’Asia e di asiatizzare l’Europa; come sognava Sun Yat-sen, hanno cercato di “evitare” il capitalismo in Russia e in Cina sabotando la distruzione del capitalismo nel mondo intero.
Quarant’anni dopo la polemica russo-cinese ha dimostrato che l’Asia non può essere eternamente arrestata, come d’altronde l’Europa non può essere eternamente asiatizzata, che lo sviluppo del capitalismo non può essere evitato, né in Russia, né in Cina. La polemica russo-cinese induce oggi, cinquant’anni dopo, una manciata di marxisti internazionalisti quali noi siamo a porre gli stessi problemi di Lenin e del suo ”piccolo gruppo” bolscevico nel 1914.
Per convincersene, bisogna rileggere una volta di più le tesi che Lenin scriveva nel 1920 per il Secondo Congresso de “l’organizzazione internazionale unica del proletariato” infine ricostituita, mentre era fermamente convinto sul prossimo crollo del capitalismo: è ugualmente necessario ascoltare di nuovo le dure parole con le quali, nel suo letto d’agonia, denunciò nel 1922 il futuro tradimento degli Stalin e dei Mao.
TESI SULLA QUESTIONE NAZIONALE E COLONIALE APPROVATE AL SECONDO CONGRESSO DELL’INTERNAZIONALE COMUNISTA
Le tesi sulle questioni nazionali e coloniali approvate dal Secondo Congresso dell’Internazionale Comunista comprendono 12 tesi generali e 9 complementari. Tratteremo simultaneamente sia delle tesi generali che di quelle complementari, riservando tuttavia un’analisi particolare a queste ultime che sono dedicate specialmente alla teoria dell’imperialismo.
Cominciamo dalle tesi generali. Le tesi 1 e 2 criticano la teoria borghese de “l’uguaglianza in generale e dell’uguaglianza tra le nazioni in particolare”.
Si afferma che: «l’uguaglianza formale o giuridica del proletario, dello sfruttatore edello sfruttato.L’idea d’uguaglianza, che non era che il riflesso dei rapporti creati dalla produzione per il commercio, diventa, nelle mani della borghesia, un’arma contro l’abolizione delle classi combattuta oramai in nome dell’uguaglianza assoluta delle personalità umane».
La tesi 1 conclude: «Quanto al significato effettivo della rivendicazione d’uguaglianza, non risiede che nella volontà d’abolire le classi».
Nello stesso modo la circolazione delle merci all’interno del mercato nazionale è il regno della “libertà, uguaglianza e Bentham”, nel quale proletari e capitalisti si presentano come compratori e venditori, come persone giuridicamente uguali, il mercato mondiale è il regno de “l’uguaglianza tra le nazioni” e dell’equilibrio delle bilance commerciali. Dopo aver denunciato l’ineguaglianza reale tra sfruttati e sfruttatori e affermato che “il proletario non può essere uguale al capitalista”, le tesi dell’Internazionale Comunista svelano ugualmente l’ipocrisia borghese de “l’uguaglianza tra le nazioni” mettendo a nudo «l’asservimento (proprio all’epoca del capitale finanziario, dell’imperialismo”) dalla potenza finanziaria e colonizzatrice, dell’immensa maggioranza delle popolazioni del globo a una minoranza di ricchi paesi capitalisti».
La tesi 3 rivela che: «la guerra imperialista del 1914-18 ha messo in evidenza davanti a tutte le nazioni e a tutte le classi oppresse del mondo l’inganno dei parolai democratici e borghesi».
La prima guerra mondiale (e nello stesso tempo l’imperialismo) non sono dunque fenomeni nuovi, ma il punto di arrivo logico del capitalismo, previsto dalla teoria marxista. Sempre in questa tesi, la politica “di pace” delle “democrazie” dell’Intesa Cordiale è così’ definita: «il trattato di Versailles, imposto dalle famose democrazie occidentali, non faceva che sanzionare, riguardo alle nazioni deboli, le violenze più vili e più ciniche ancora di quelle degli Junkers e del Kaiser a Brest-Litowsk. La Società delle Nazioni e la politica dell’Intesa cordiale non fanno che confermare questo fatto»9.
Oggi ciò s’applica pienamente all’O.N.U. e alla formula della “coesistenza pacifica” e condanna dunque contemporaneamente russi e cinesi.
Dopo questa introduzione, la tesi 4 enuncia che: «la pietra angolare della politica dell’Internazionale Comunista, nelle questioni coloniale e nazionale, deve essere il riavvicinamento dei proletari e dei lavoratori di tutte le nazioni e di tutti i paesi per la lotta comune contro i fondiari e la borghesia».
La tesi 5 riprende lo stesso concetto, in una forma ancora più chiara e incisiva: «Un’esperienza amara ha convinto i movimenti emancipatori nazionali delle colonie e delle nazionalità oppresse che non c’è salvezza per esse, fuori dall’alleanza con il proletariato rivoluzionario e con il potere sovietico vittorioso sull’imperialismo mondiale».
Tuttavia, questa formula dell’“alleanza” tra il proletariato delle metropoli e i “movimenti emancipatori delle colonie” è insufficiente. Tale e quale, può essere approvata dall’opportunismo socialdemocratico stalinista e maoista, e oggi la ritroviamo effettivamente sulla bocca dei socialdemocratici, dei partigiani di Mosca come di quelli di Pechino. Ma le Tesi dell’I.C. chiarificano il significato di questa formula denunciando nello stesso tempo anticipatamente il tradimento della rivoluzione proletaria nelle metropoli e nelle colonie al quale assistiamo oggi.
La prima delle nove tesi complementari termina così: «La grande guerra europea e i suoi risultati hanno dimostrato molto chiaramente che le masse dei paesi assoggettati fuori dell’Europa sono legati in modo assoluto al movimento proletario d’Europa, ed è ciò la conseguenza inevitabile del capitalismo mondiale centralizzato».
È dunque chiaro che il ruolo dirigente nell’alleanza di cui parlano le tesi, il ruolo decisivo per la sorte della rivoluzione mondiale non può essere “in modo assoluto che il movimento proletario d’Europa”, o in ogni caso il movimento proletario delle metropoli imperialiste; è questa, come le tesi ricordano, “una conseguenza inevitabile del capitalismo mondiale centralizzato”. Crediamo inutile dilungarci sul fatto che il capitalismo mondiale, essendo oggigiorno mille volte più centralizzato di quanto non lo fosse nel 1920, le sorti delle rivoluzioni nelle colonie dipende in un modo ancora più assoluto dal movimento proletario nelle metropoli imperialiste.
È precisamente su questo piano che inciampano i maoisti che pretendono, nel 1965, di subordinare il movimento proletario delle metropoli alle rivoluzioni nelle colonie. Se parlano con tanta d’enfasi e lirismo delle “tempeste” che scuotono l’Asia, l’Africa e l’America latina, è per meglio dimenticare quello che Lenin poneva al primo posto, ovvero “la ripercussione in Europa” delle “tempeste” generate dalla penetrazione del capitalismo in Asia. Come abbiamo già visto, Lenin aspettava da queste “ripercussioni” che “a seguito dell’Asia, l’Europa cominciasse a scuotersi ma non alla maniera asiatica”.
Non si tratta per i maoisti di una “dimenticanza” o di “ingenuità”, come troppi imbecilli fingono di credere e amano ripetere. Perché, per Lenin e per i marxisti10, la ripercussione in Europa delle tempeste dell’Asia deve completarsi dialetticamente con un movimento inverso, dall’Europa verso l’Asia, per unire Europa e Asia, metropoli e colonie nella rivoluzione comunista mondiale. È questo il punto d’arrivo del pensiero e della lotta praticata da Lenin. Nel 1920, dopo aver previsto che le ripercussioni delle tempeste dell’Asia metterà l’Europa in movimento, ma “non alla maniera asiatica”, Lenin ne stabilisce il momento quando la lotta del proletariato europeo per il comunismo raggiungerà il suo culmine: «Le masse dei paesi assoggettati fuori dell’Europa sono legati in maniera assoluta al movimento proletario d’Europa».
Quindi Lenin attendeva nel 1920 che l’Asia si rimettesse in movimento ma al modo europeo: lottava perché nelle colonie la rivoluzione non s’arrestasse alla tappa borghese ma, con l’arduo salto della doppia rivoluzione, giungesse come in Russia fino alla dittatura del proletariato e al regime dei Soviet.
Il marxismo rivoluzionario non accusa dunque il maoismo soltanto di “dimenticare” o di subordinare l’Europa all’Asia, il movimento proletario delle metropoli alle rivoluzioni nelle colonie, ma soprattutto di tradire la doppia rivoluzione nelle colonie, di chiudere le rivoluzioni delle colonie nei limiti borghesi. La rottura russo-cinese è per noi, contemporaneamente, la prova di questo tradimento della rivoluzione proletaria nelle colonie e la rivincita della storia su coloro che ne sono stati gli artefici. Perché una tesi essenziale di Lenin è che la teoria menscevica della rivoluzione per tappe non permette di raggiungere né la tappa borghese né, a maggior ragione, la tappa proletaria.
Quando i maoisti accusano aspramente il “socialismo russo” di tradimento, manifestano in effetti l’impotenza rivoluzionaria, anche nel senso borghese, di coloro che governano nel palazzo imperiale di Pechino. Una rivoluzione, qualunque essa sia, non si lascia sorprendere da nessun tradimento.
* * *
La subordinazione dei movimenti di emancipazione nazionale nelle colonie derivava – e continua a derivare – dalla realtà economica del “capitalismo mondiale centralizzatore”. Ma sostenere questa tesi significava per l’I.C., e significa oggi per noi, sostenere e dimostrare: «Prima di tutto che le rivoluzioni anti-coloniali e anti-imperialiste non devono limitarsi agli obiettivi nazionali borghesi, ma pervenire fino alla dittatura del proletariato e al regime dei Soviet attraverso la doppia rivoluzione. In seguito poi, se ciò non dovesse verificarsi, le rivoluzioni anti-coloniali non raggiungerebbero nemmeno l’obiettivo borghese e nazionalista».
L’Internazionale Comunista faceva nel 1920 questa doppia previsione, come abbiamo visto nelle tesi fin qui analizzate. Il secondo polo dell’alternativa si trova chiaramente enunciato al punto 6 della tesi 11, che così conclude: «Nella congiuntura internazionale attuale (ovvero all’epoca del capitalismo finanziario, dell’imperialismo – NdR), non c’è via di scampo per i popoli deboli e asserviti al di fuori della federazione delle repubbliche sovietiche».
Si parla qui, dunque, come in tutto il corpo delle Tesi, di “federazione delle repubbliche sovietiche” e non, per esempio, di “repubblica universale dei Soviet”. In realtà coesistono le due formule nella letteratura dell’Internazionale Comunista degli anni Venti, una precede l’altra, una completa l’altra. “Le particolarità concrete che distinguono un paese dagli altri nei limiti di una sola e medesima epoca storica”, che distingueva dunque le colonie dalle metropoli imperialiste per quanto riguarda la questione nazionale, induceva Lenin a preconizzare nel 1920 il principio federativo (”federazione delle repubbliche sovietiche”) come forma transitoria verso la repubblica universale dei Soviet.
Si legge all’inizio della tesi 7: «Il principio federativo ci appare come una forma transitoria verso l’unità completa dei lavoratori di tutti i paesi».
E la tesi 8 dice tra l’altro: «Considerando la federazione come una forma transitoria verso l’unità completa, è necessario tendere ad un’unione federativa sempre più stretta».
La tesi 7 fornisce degli esempi concreti per l’applicazione del principio federativo nelle questioni nazionali dal proletariato vittorioso: «Il principio federativo ha già dimostrato praticamente la sua conformità all’obiettivo perseguito, sia durante le relazioni tra la Repubblica Socialista Federativa dei Soviet russi e le altre repubbliche dei Soviet (ungherese, finlandese, lettone, per il passato; azerbaigianese e ucraina per il presente), sia all’interno della Repubblica russa, riguardo alle nazionalità che non avevano prima né Stato, né esistenza autonoma (esempio: le repubbliche autonome dei baschiri e dei tartari, create nella Russia sovietica nel 1919 e nel 1920».
Infine la tesi 8 aggiunge che nell’applicazione del principio federativo bisogna tener presente: «A) l’impossibilità di difendersi, senza la più stretta unione tra di esse, circondate come sono da nemici imperialisti infinitamente superiori per potenza militare; B) la necessità di una stretta unione economica delle repubbliche sovietiche, senza la quale la ricostruzione delle forze produttive distrutte dall’imperialismo, la sicurezza ed il benessere dei lavoratori non possono essere assicurati; C) la tendenza alla realizzazione di un piano economico universale la cui applicazione regolare sarà controllata dal proletariato di tutti i paesi, tendenza che si è manifestata con tutta evidenza sotto il regime capitalista e deve certamente continuare il suo sviluppo e arrivare alla perfezione dal regime socialista».
Il Lenin del 1920 risponde quindi al Lenin del 1914 che, nel suo studio sul “diritto delle nazioni a disporre di se stesse” scriveva: «Noi ignoriamo se l’Asia riuscirà a costituire, prima del fallimento del capitalismo, un sistema di Stati nazionali indipendenti, come l’Europa».
Ora, Lenin afferma nel 1920 che i movimenti nazionali provocati in Asia e nelle colonie dalla penetrazione del capitalismo non hanno “alcuna salvezza fuori della federazione delle repubbliche sovietiche”; afferma che i movimenti nazionali nelle colonie non riusciranno in Asia e in Africa ad attuare la “formazione d’un sistema di Stati nazionali indipendenti, come l’Europa”, ma alla formazione di una “federazione di repubbliche sovietiche” come “forma transitoria verso l’unità completa dei lavoratori di tutti i paesi”, verso la repubblica universale dei Soviet. Questa tesi è inseparabile da quella che afferma che con la prima guerra mondiale il capitalismo ha raggiunto il suo ultimo stadio, la sua fase senile, imperialista e che dunque è cominciata l’epoca storica del “fallimento del capitalismo” dove il compito immediato del proletariato delle metropoli imperialiste è la distruzione dello Stato imperialista e l’instaurazione della dittatura del proletariato e del regime dei Soviet.
Cinquant’anni più tardi, nel 1965, i sedicenti “comunisti” di Mosca continuano ipocritamente a lodare i vantaggi che il “loro” Stato “sovietico” offrirebbe alle minoranze nazionali e le meraviglie del “principio federativo idealmente incarnato nello Stato russo”. Vedremo nella conclusione di questa terza parte del nostro studio ciò che Lenin pensava di queste vanterie ipocrite e demagogiche, vedremo che qualificava come “social-nazionalista grande-russo” l’applicazione alla Georgia del “principio federativo” da parte di Stalin, Dzerjinski e Ordjonikidzé.
Ma i sedicenti “comunisti” che si meravigliano con una tale ipocrisia del principio federativo in Russia non considerano tuttavia questo stesso principio come un monopolio assoluto dello Stato grande-russo moscovita. Secondo loro, se questo Stato ha il diritto d’applicare al suo interno il principio federativo, possiede ugualmente quello d’impedire con la forza che questo stesso principio sia applicato ad altri Stati; avrebbe il diritto di balcanizzare eternamente l’Europa in minuscole democrazie popolari vassalle; avrebbe il diritto, del resto sancito dall’altro Stato federativo suo alleato e concorrente gli U.S.A., di schiacciare nel sangue a Budapest, a Berlino, a Varsavia, tutte le ribellioni contro la sua dominazione. Lo Stato imperialista grande-russo impone ai suoi dominati con la forza delle armi e della diplomazia questo primo comandamento: “Sono il dio tuo padrone; non c’è Stato perfetto al di fuori di me”.
Quanto alla “grande” Cina di Mao, che non può nemmeno lei celebrare le meraviglie tutte formali d’un principio federativo, che sarebbe sopravvissuto a sé stesso, si presenta come il più grande Stato nazionale asiatico e si è già circondata da una prima costellazione di minuscoli Stati vassalli come il Vietnam del Nord o la Corea del Nord.
Per quanto riguarda la base economica che dovrebbe sostenere, secondo Lenin, la federazione delle repubbliche sovietiche, forma di transizione verso “l’unità completa dei lavoratori di tutti i paesi”, questa “realizzazione di un piano economico universale la cui applicazione regolare sarebbe controllato dal proletariato di tutti i paesi”, è inutile tirarla per le lunghe per dimostrare come russi e cinesi se ne sono allontanati. Mentre che i russi parlano di “divisione internazionale del lavoro” e cercano di mantenere con la forza politica, economica o militare la dipendenza nei loro confronti dell’Europa orientale, la Cina, messa provvisoriamente al bando dal commercio internazionale, lancia ai paesi afro-asiatici la parola d’ordine: “bisogna far affidamento sulle proprie forze”.
Non è dunque sorprendente che gli eredi di coloro che Lenin chiamava nel 1922 i “social-nazionalisti grandi-russi” ripropongano oggi nuovamente la questione delle sfere d’influenza in Asia provocando una serie d’incidenti militari lungo i 9.000 chilometri di frontiera russo-cinese.
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La questione della subordinazione delle rivoluzioni coloniali al movimento operaio delle metropoli è oggi il cavallo di battaglia dei sedicenti “comunisti” di Mosca nella loro polemica anti-cinese. I kruscioviani ed i post-kruscioviani vantano una pretesa ortodossia marxista e accusano i maoisti di populismo, di culto della violenza, di anti-marxismo.
Le tesi del 1920 smascherano in anticipo tanto i russi quanto i cinesi.
Le tesi 9 e 10 sono interamente consacrate alla denuncia del falso internazionalismo dei partiti della Seconda Internazionale. Vedremo subito che l’internazionalismo di cui si riempiono la bocca i “comunisti” di Mosca nella loro polemica anti-cinese è fratello siamese dell’internazionalismo a parole, ma nazionalismo e imperialismo nei fatti della socialdemocrazia europea.
La tesi 9 caratterizza lo pseudo-internazionalismo della Seconda Internazionale: «L’Internazionale Comunista non può limitarsi al riconoscimento formale, puramente ufficiale e senza conseguenze pratiche, circa l’uguaglianza delle nazioni, di cui si accontentano le democrazie borghesi che si definiscono socialiste. Non è sufficiente denunciare instancabilmente in tutta la propaganda e nell’agitazione dei Partiti Comunisti – dall’alto della tribuna parlamentare come al di fuori di essa – le violazioni costanti del principio di uguaglianza delle nazionalità e dei diritti delle minoranze nazionali in tutti gli Stati capitalisti nonostante le loro costituzioni democratiche».
Tutto questo non è sufficiente, dicono le tesi del 1920! Quelli che si accontentano di ciò sono “dei democratici borghesi che si auto-definiscono socialisti”, e la tesi complementare 5 è ancora più radicale perché conclude con questa definizione lapidaria: «I membri della Seconda Internazionale sono essi stessi diventati imperialisti».
Le tesi affrontano anche una parte dei partiti comunisti di allora. La tesi 10 comincia in effetti così: «È la pratica abituale non solamente dei partiti del Centro della Seconda Inter nazionale, ma anche di quelli che hanno abbandonato questa Internazionale per riconoscere l’internazionalismo a parole». Un po’ più avanti afferma: «Ciò si vede anche tra i partiti che si chiamano adesso “comunisti”». Questi partiti “che hanno abbandonato questa Internazionale” e “si definiscono adesso comunisti” sono, nel 1920, la S.F.I.O. en Francia, l’U.S.P.D. in Germania, il P.S.I. in Italia.
La “pratica abituale” di questi partiti, socialdemocratici o sedicenti comunisti, è “il riconoscimento formale dell’uguaglianza delle nazioni”, “il nazionalismo e il pacifismo dei piccolo-borghesi”. E quelli che hanno un tale “atteggiamento” nei riguardi della questione nazionale non sono per niente comunisti, bensì “dei democratici borghesi che si auto-definiscono socialisti”, mentre invece sono degli “imperialisti”.
Che cosa bisogna dunque fare per non essere un imperialista travestito da socialista o comunista? Cosa vuole concretamente Lenin nel 1920 nei riguardi della questione nazionale? È a queste domande che risponde la tesi 9: «Bisogna anche sostenere senza tregua che solo il governo dei Soviet può realizzare l’uguaglianza delle nazionalità unendo “i proletari prima, l’insieme dei lavoratori in seguito, nella “lotta contro la borghesia… Senza questa condizione particolarmente importante della lotta contro l’oppressione dei paesi asserviti o colonizzati il riconoscimento formale del loro diritto all’autonomia non è che un’insegna ipocrita, come lo riscontriamo nella Seconda Internazionale».
Ritorniamo dunque al concetto precedentemente analizzato che costituisce il nucleo centrale del pensiero di Lenin e dell’Internazionale Comunista nel 1920 sulle questioni nazionale e coloniale. I movimenti di liberazione nazionale non hanno salvezza fuori della loro sottomissione al movimento proletario delle metropoli. Ma nelle metropoli il proletariato non ha altro obiettivo immediato che la distruzione dello Stato imperialista, l’instaurazione della dittatura del proletariato e del regime dei Soviet. Dunque, anche nelle colonie la lotta di liberazione nazionale non può concludersi che nel “governo dei Soviet”. Colui che non lotta per questo risultato, ma si limita al “riconoscimento formale dell’uguaglianza delle nazioni”, non è né un comunista né un amico delle rivoluzioni anticoloniali, ma “un democratico borghese che si autodefinisce socialista”.
Oggi nel ventesimo secolo, all’epoca del capitale finanziario, dell’imperialismo”, “l’idea di uguaglianza diventa, nelle mani della borghesia, un’arma contro l’abolizione delle classi combattuta ormai nel nome dell’uguaglianza assoluta delle personalità umane”. Di conseguenza, ogni democratico borghese, anche e soprattutto se si autodefinisce socialista o comunista, non è altro, nel ventesimo secolo, che un valletto dell’imperialismo.
La stessa definizione non si adatta perfettamente ai sedicenti “comunisti” del Cremlino? In pieno idillio con gli imperialisti nord-americani, stanno al gioco della diplomazia segreta. All’O.N.U., parlano di “riconoscimento formale dell’uguaglianza delle nazioni” all’unisono con gli imperialisti nord-americani. La Russia non vuole instaurare la dittatura del proletariato e il regime dei Soviet né in Europa, né nel Terzo Mondo. Ma i presunti “comunisti” hanno la pretesa di dimostrare che per Mosca il “riconoscimento dell’uguaglianza delle nazioni” non è puramente “formale”, che Mosca difende realmente i popoli oppressi. Oggi la rottura russo-cinese è la prova che obbligherà i sordi ed i ciechi a convincersi che lo Stato russo è uno Stato imperialista. E di fronte all’impudenza degli uomini del Cremlino che osano rivendicare una ortodossia leninista contro i maoisti, lo scontro tra lo Stato russo e lo Stato cinese insegnerà con forza dialettica anche ai servitori zelanti dello Stato grande-russo la validità delle tesi dell’Internazionale Comunista del 1920
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La tesi 11 è dedicata alla definizione delle colpe dei partiti comunisti nelle colonie. E articolata in sei paragrafi di cui non ce n’è uno che non denunci spietatamente l’attuale pratica dei russi e dei cinesi riguardo alle colonie11.
Il paragrafo 1 ricorda la necessità dell’appoggio al proletariato dei paesi oppressi. Il paragrafo 2 sostiene: «La necessità di combattere l’influenza reazionaria e medievale del clero, delle missioni cristiane e altri elementi».
Il paragrafo 3 è della più grande importanza e attualità, lo trascriviamo integralmente: «È anche necessario combattere il panislamismo, il panasiatismo e altri movimenti similari che tentano di utilizzare la lotta emancipatrice contro l’imperialismo europeo e americano per rendere più forte il potere degli imperialisti turchi e giapponesi, della nobiltà, dei grandi proprietari fondiari, del clero, ecc. ecc.».
Tutto il frastuono anti-colonialista contemporaneo dei maoisti si trova qui definito. Il “panasiatismo” della vecchia o della nuova Bandung, il “panislamismo” dei Nasser e dei Ben Bella, non sono che dei “tentativi di utilizzare la lotta emancipatrice contro l’imperialismo europeo e americano”, tentativi che servono solo, come possiamo constatare adesso, a ridare forza a degli imperialismi indeboliti (Giappone, Francia gollista) o nascenti.
Se il paragrafo 3 demolisce prima la versione cinese delle rivoluzioni anti-coloniali contemporanee, il paragrafo 6 ne demolisce la versione russa e americana, democratica in generale: «È necessario svelare instancabilmente alle masse laboriose di tutti i paesi, e soprattutto dei paesi e delle nazioni arretrate, l’imbroglio organizzato dalle potenze imperialiste, con l’aiuto delle classi privilegiate, nei paesi oppressi, le quali fanno finta di appellarsi all’esistenza di Stati politicamente indipendenti che, in realtà, sono dei vassalli dal punto di vista economico, finanziario e militare. Esempio strepitoso l’inganno di cui la classe lavoratrice dei paesi sottomessi è vittima da parte dell’imperialismo alleato alla borghesia nazionale, citeremo la Palestina dove, con il pretesto di creare uno Stato ebraico, dove gli ebrei sono un numero insignificante, il sionismo ha abbandonato la popolazione indigena dei paesi arabi allo sfruttamento inglese».
Si può qui toccare con mano il significato reale dell’assordante dogmatismo “anti-dogmatico” che la “democrazia della stupidità” fa attorno ai comunisti internazionalisti. I comunisti internazionalisti avrebbero il torto, imperdonabile agli occhi di questa “democrazia della stupidità”, di partire dalla realtà e di ritrovarne il concetto nei testi classici del comunismo rivoluzionario. Per contro la “democrazia della stupidità” fa violenza alla realtà per non entrare in contraddizione con se stessa, per non aprire gli occhi sulla realtà. Si può capire come il peggiore dogmatico è il dogmatismo di coloro che pretendono che certezza e verità siano “problematiche”.
Domandiamo all’antidogmatico che ci accusa dogmaticamente di essere dogmatici: puoi affermare, per esempio, che le decine di nuovi Stati apparsi in Africa siano realmente indipendenti? Puoi forse mettere in dubbio che l’Internazionale Comunista aveva previsto nel 1920 che le lotte di liberazione nazionale nelle colonie sarebbero state utilizzate dai vari imperialismi, in caso di sconfitta della rivoluzione proletaria nelle metropoli, e che si sarebbero concluse con la formazione di “Stati egualmente indipendenti, ma in realtà vassalli”? Ecco perché parli alle masse di fenomeni nuovi, oscuri e indecifrabili, di neo-colonialismo, di aiuti ai paesi sottosviluppati, ecc. Ecco perché combatti il comunismo con la calunnia, la diffamazione e la menzogna, perché l’accusi di dogmatismo: per il terrore della verità di quel che afferma. Se la verità con la quale siamo in rapporto – tu per dissimularla, noi per diffonderla – non fosse radicata nella realtà e nell’attività pratica degli uomini, il nostro partito sarebbe perduto e tu otterresti una vittoria duratura quanto facile. Saremmo solo dei filosofi e tu un politico e un inquisitore. Ma la verità che il comunismo afferma è l’espressione teorica dei bisogni pratici, imperiosi, insopprimibili, assoluti delle masse umane. L’attività pratica della massa deve dunque congiungersi al mio partito, la sua propria espressione teorica.
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Il punto 4 della tesi 11 tratta la questione la più delicata posta dalle rivoluzioni nelle colonie: la questione dei contadini. Dice: «Bisogna cercare di dare al movimento contadino un carattere rivoluzionario, organizzare ovunque possibile i contadini e tutti gli oppressi in Soviet e creare uno stretto legame tra il proletariato comunista d’Europa e il movimento contadino rivoluzionario d’Oriente e delle colonie e dei paesi arretrati in generale».
La tesi supplementare 6 stabilisce le basi di una analisi dettagliata della situazione sociale nelle colonie che, quarant’anni dopo, mantiene tutta la sua validità e da cui bisogna partire se si vuole arrivare a una comprensione scientifica della funzione attuale delle classi nel Terzo Mondo. Si legge tra l’altro: «Grazie alla politica imperialista che ha ostacolato lo sviluppo industriale delle colonie, una classe proletaria nel vero senso del termine non ha potuto apparire che recentemente, anche se, negli ultimi tempi, l’artigianato indigeno è stato distrutto dalla concorrenza dei prodotti di alcune industrie concentrate dei paesi imperialisti. Di conseguenza, la grande maggioranza del popolo è stato rigettata nelle campagne e costretta à dedicarsi al lavoro agricolo e alla produzione di materie prime per l’esportazione (…) Si è altresì formata una enorme massa di contadini senza terra (…) Il risultato di questa politica è che dove lo spirito rivoluzionario si manifesta, non trova espressione che nella classe media acculturata, numericamente debole»12.
La tesi supplementare 9 riconosce che: «Nel suo primo stadio la rivoluzione nelle colonie deve avere un programma che comporta delle riforme piccolo-borghesi come la spartizione della terra».
Ma ciò non significa minimamente l’accettazione della teoria menscevica della rivoluzione per tappe che i maoisti adesso fanno propria. La tesi aggiunge, in effetti, immediatamente dopo: «Ma non ne consegue necessariamente che la direzione della rivoluzione deve essere abbandonata alla democrazia borghese. Il partito proletario deve al contrario sviluppare una propaganda vigorosa e sistematica in favore dei Soviet, e organizzare i Soviet dei contadini e degli operai. Questi dovranno lavorare in stretta collaborazione con le repubbliche sovietiche costituite nei paesi capitalisti avanzati per ottenere la vittoria finale sul capitalismo nel mondo intero. Così condotta dal proletariato cosciente dei paesi capitalisti avanzati, le masse dei paesi arretrati arriveranno al comunismo senza passare attraverso le diverse tappe dell’evoluzione capitalista».
Come Lenin e l’Internazionale Comunista riportano tutte le concessioni nella questione nazionale al principio di una federazione sovietica, rportano tutte le concessioni ai contadini e ai “riformisti piccolo-borghesi come la spartizione della terra” nei limiti dell’organizzazione dei “Soviet dei contadini e degli operai”. In questo modo Lenin e l’Internazionale Comunista potevano tener conto del gradualismo economico inevitabile della rivoluzione nelle colonie, sempre combattendo la versione menscevica della rivoluzione per tappe e la versione populista della rivoluzione contadina e della “ripartizione ugualitaria della terra”.
Le garanzie offerte dai Soviet, organi di lotta politica per la conquista violenta del potere da parte del proletariato, non è tuttavia sufficiente agli occhi di Lenin. Questa garanzia rappresentata dalla forma sovietica acquista il suo significato storico solo grazie all’esistenza dell’Internazionale Comunista. Ecco come Lenin definisce il compito dei partiti comunisti nelle colonie nel punto 5 della tesi 11: «È necessario combattere energicamente i tentativi di inalberare la bandiera del comunismo come fanno certi movimenti di emancipazione che, in realtà, non sono né comunisti, né rivoluzionari. L’Internazionale Comunista dovrebbe sostenere i movimenti rivoluzionari nelle colonie e paesi arretrati solo alla condizione che gli elementi dei più puri partiti comunisti – e realmente comunisti – siano raggruppati e istruiti dei loro compiti particolari, ovvero della loro missione di combattere il movimento borghese e democratico. L’Internazionale Comunista deve entrare temporaneamente in rapporto e anche concludere delle alleanze con i movimenti rivoluzionari nelle colonie e i paesi arretrati, senza mai fondersi con essi e conservando sempre l’indipendenza del movimento proletario, anche nella sua forma embrionale».
Tesi supplementare 7: “Esistono nei paesi oppressi due movimenti che tendono a separarsi ogni giorno deliberatamente: 1) Il movimento borghese, nazionalista e democratico che ha un programma d’indipendenza politica d’ordine borghese; 2) Quello dei contadini senza cultura e poveri e degli operai per la loro emancipazione da ogni sorta di sfruttamento. Il primo tenta di controllare il secondo e sovente ci riesce in una certa misura. Ma l’Internazionale Comunista e i partiti che vi aderiscono devono combattere questo controllo e cercare di sviluppare nelle masse operaie delle colonie i sentimenti di classe indipendente. A questo fine uno dei più grandi compiti è la formazione di partiti comunisti capaci di organizzare gli operai e di condurli alla rivoluzione e all’instaurazione della repubblica sovietica».
Per concludere, possiamo riassumere il contenuto delle tesi sulla questione nazionale e coloniale approvate dal II Congresso dell’I.C.:
1) I movimenti borghesi nazionalisti e democratici delle colonie sono incapaci d’assumere il loro compito borghese: non hanno né la forza né la volontà di opporsi all’imperialismo e di combatterlo realmente.
2) Non c’è salvezza per i popoli oppressi al di fuori della federazione delle repubbliche sovietiche come forma di transizione verso l’unità completa dei lavoratori di tutti i paesi. In altri termini il movimento rivoluzionario delle colonie è subordinato al movimento proletario delle metropoli e il successo della rivoluzione nelle colonie dipende dal rovesciamento del capitalismo nelle metropoli.
3) Per conseguenza, solo l’aiuto del potere proletario instaurato nelle vecchie metropoli imperialiste, solo “un piano economico universale la cui applicazione sarà controllata dal proletariato vittorioso di tutti i paesi” può mettere fine alla dominazione economica dell’imperialismo nelle colonie e quindi per mettere ai paesi arretrati d’arrivare “al comunismo senza passare attraverso le diverse tappe dell’evoluzione capitalista”.
4) Se le condizioni particolari concrete nelle quali si svolgono le rivoluzioni anti-coloniali impongono ai comunisti una evoluzione tattica, tutto ciò non manterrà il suo significato rivoluzionario che nel quadro: A) dell’organizzazione di Soviet operai e contadini; B) della formazione di partiti comunisti i più puri – e realmente comunisti – nella loro indipendenza assoluta riguardo al movimento borghese e democratico e della lotta contro di esso; C) dell’unità dei lavoratori di tutti i paesi assicurata dall’Internazionale Comunista.
Russi e cinesi hanno totalmente tradito ciascuna di queste quattro condizioni. Ma non sono riusciti, ciò nonostante, a scoprire nuove vie storiche o a deviare la storia dalla sua traiettoria. Noi seguiamo la via della storia, della storia reale, fatta dagli uomini “non secondo la loro libera volontà, né nelle circostanze liberamente scelte, ma sotto l’impulso di fatti immediati anteriori e ineluttabilmente determinati dagli avvenimenti passati”. Poiché seguiamo questa via, ed essa sola, siamo oggi in grado di constatare come, a quarant’anni di distanza ed in seguito all’insuccesso della rivoluzione proletaria nelle metropoli, le rivoluzioni anti-coloniali si sono concluse con una sconfitta tanto disastrosa quanto tragica. Oggi, a quarant’anni di distanza, possiamo constatare che la questione coloniale e nazionale resta aperta e che lo sfruttamento imperialista di due terzi dell’umanità ha raggiunto altezze vertiginose.
È per questo che possiamo guardare con il più gran disprezzo gli imbecilli che credono di imbarazzarci domandandoci: che fate voi per Ben Bella o per Castro o per la Cina di Mao?
I comunisti internazionalisti da quarant’anni sono stati “istruiti” da Lenin, “della loro missione di combattere il movimento borghese e democratico”; hanno imparato che “si devono sostenere i movimenti rivoluzionari nelle colonie e nei paesi arretrati alla sola condizione che gli elementi dei partiti comunisti siano raggruppati e ragguagliati del loro compito particolare”; hanno imparato che non c’è salvezza per i popoli oppressi fuori dalla federazione delle repubbliche sovietiche e dell’unione degli operai di tutti i paesi realizzata grazie all’Internazionale Comunista.
Diversamente da quelli ai quali un viaggio a Cuba, ad Algeri o a Pechino basta a dargli un brividino rivoluzionario, le bocche affamate delle moltitudini del Terzo Mondo non possono essere fermate né dai Mao, né dai Castro, né dai Ben Bella, e neppure la prosperità delle metropoli imperialiste può essere assicurata eternamente dalla “competizione pacifica” e dal “libero commercio” dei Johnson e dei Kossighin. Il giorno non è così lontano quando gli sfruttati e gli oppressi del mondo intero risusciteranno i Soviet, ovvero i loro organi di lotta politica rivoluzionaria per il capovolgimento dell’imperialismo mondiale. In quel giorno rinascerà una nuova Internazionale Comunista. E allora, signori, non ci domanderete più: ma voi che fate?
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Le tesi supplementari 2 e 3 espongono sinteticamente questa teoria dell’imperialismo che costituisce la base sulla quale l’Internazionale Comunista s’è essa stessa costituita e che a quarant’anni di distanza mantiene una validità totale.
Tesi supplementare 2: «Le colonie costituiscono una delle principali fonti della forza del capitalismo europeo. Senza il possesso dei grandi mercati e dei grandi territori da sfruttare nelle colonie, le potenze capitaliste d’Europa non potrebbero sopravvivere per molto tempo. Fortezza dell’imperialismo, l’Inghilterra soffre di sovrapproduzione da più di un secolo. È solamente conquistando dei territori coloniali, dei mercati supplementari per vendere il suo surplus di produzione, delle fonti di materie prime per la sua industria in crescita che l’Inghilterra è riuscita, nonostante gli oneri, a mantenere il proprio regime capitalista. È grazie all’aver ridotto centinaia di migliaia di asiatici e di africani in schiavitù che l’imperialismo inglese è riuscito a mantenere fino ad oggi il proletariato britannico sotto la dominazione borghese».
Tesi supplementare 3: «Il plusvalore ottenuto mediante lo sfruttamento delle colonie è uno dei puntelli del capitalismo moderno. Finché questa sorgente di utili non sarà soppressa, sarà difficile alla classe operaia di vincere il capitalismo. Grazie alla possibilità di sfruttare intensamente la mano d’opera e le sorgenti naturali di materie prime delle colonie, le nazioni capitaliste d’Europa hanno cercato, non senza successo, di evitare con questi mezzi la bancarotta immanente. L’imperialismo europeo è riuscito nella madrepatria a fare concessioni sempre più vaste all’aristocrazia operaia. Mentre cerca di abbassare il livello minimo di esistenza del proletariato importando merci prodotte con la manodopera più a buon mercato dai paesi asserviti, esso non arretra di fronte ad alcun sacrificio e acconsente a sacrificare parte del plusvalore nella madrepatria grazie al possesso di quello nelle colonie».
Qui il filisteo è pronto a sottolineare quella che ritiene una contraddizione: Lenin sosteneva che lo sfruttamento delle colonie impedisce l’affondare del capitalismo metropolitano. Adesso non ci sono più colonie nel mondo ma il capitalismo vive i suoi giorni più belli e più floridi di tutta la sua storia. Pur credendosi superiore al filisteo volgare, l’estremista falsamente di sinistra è con lui in sintonia parlando di crisi del marxismo, di fenomeni nuovi e inesplicabili, ecc. ecc.
Abbiamo già risposto all’uno e all’altro: il mondo d’oggi non è assolutamente decolonizzato. Le tesi dell’Internazionale Comunista parlano di ”asservimento dalla potenza finanziaria o colonizzatrice” (tesi 2), di ”oppressione dei paesi asserviti o colonizzati” (tesi 9); le tesi dell’Internazionale Comunista denunciano “l’inganno organizzato dalle potenze imperialiste” che consiste nel “costituire degli Stati politicamente indipendenti, ma in realtà vassalli” (tesi 11, punto 6).
Nel seguito di questo studio mostreremo nel dettaglio che la realtà, economica, politica e sociale del Terzo Mondo è quella dell’asservimento più brutale a un pugno di potenze imperialiste “con l’aiuto delle classi privilegiate dei paesi oppressi”, tutto come da quarant’anni quando l’Internazionale Comunista lanciava agli sfruttati del mondo intero il suo grido di lotta rivoluzionaria. Dimostreremo inoltre nel dettaglio che, lungi dall’essere in grado di salvare i popoli asserviti e sfruttati del Terzo Mondo, la Cina stessa non può sottrarsi alle grinfie dell’imperialismo mondiale e al suo tenero abbraccio.
L’Internazionale Comunista è nata nel 1919 in seguito alla ripercussione delle lotte rivoluzionarie dell’Asia sull’Europa e dell’Europa sull’Asia. Come recita la tesi supplementare 4, nel 1920 “la rivoluzione proletaria e la rivoluzione delle colonie devono, in una certa misura, contribuire l’una e l’altra al risultato vittorioso della lotta”. L’Internazionale di Lenin fu espressione di questa confluenza e unità, e infine come espressione della sua coscienza.
Dal 1926 l’unità del movimento rivoluzionario delle metropoli e delle colonie fu spezzata, e per decine e decine d’anni, a seguito del sabotaggio opportunista della rivoluzione cinese e dello sciopero generale in Inghilterra. Ciò ha significato non altro che la sconfitta della rivoluzione proletaria nel mondo e il trionfo della contro-rivoluzione stalinista nella Russia dei Soviet, e, infine, una nuova guerra imperialista.
Come vedemmo tutto questo nel 1926, lo vediamo certo adesso, a quarant’anni di distanza, che l’imperialismo non è cambiato in nulla. L’asservimento dei popoli del Terzo Mondo resta l’unico pilastro sul quale l’imperialismo internazionale si appoggia; l’aristocrazia operaia e le classi medie generate dal capitalismo contemporaneo in Europa, negli U.S.A. e in U.R.S.S. s’ingrassano del plusvalore estorto ai due terzi dell’umanità che soffre ancora la fame; la crisi del capitalismo mondiale non potrà non dare un nuovo impulso alla lotta dei popoli oppressi del Terzo Mondo e del proletariato delle metropoli e questa lotta non potrà non unificarsi in un gigantesco assalto che distruggerà il capitalismo.
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Dopo aver denunciato il falso internazionalismo della Seconda Internazionale, come abbiamo appurato, la tesi 10 definisce “l’internazionalismo operaio” in questi termini: «L’internazionalismo operaio esige: 1) La subordinazione degli interessi della lotta proletaria in un paese a quelli che questa lotta combattono nel mondo intero; 2) Dalla parte delle nazioni che avranno rovesciato la borghesia, il consenso ai più grandi sacrifici nazionali in vista del rovesciamento del capitale internazionale. Nei paesi dove il capitalismo ha raggiunto il suo completo sviluppo e dove esistono dei partiti operai che formano l’avanguardia del proletariato, la lotta contro le deformazioni opportuniste e pacifiste dell’internazionalismo sotto l’influenza della piccola borghesia è un dovere immediato dei più importanti».
Per comodità di esposizione, abbiamo messo questi due punti alla fine della nostra analisi delle tesi del 1920 dell’Internazionale Comunista sulla questione nazionale e coloniale. Nel 1922, Lenin imputa in effetti a Stalin il tradimento di questi due punti che definiscono precisamente l’“l’internazionalismo operaio”.
LENIN NEL 1922
Verso la fine del 1922, Lenin malato detta ai suoi segretari delle note sulla questione nazionale divise in tre parti. Questo testo porta la data del 30 e del 31 dicembre 1922 e fu spedito da Lenin a Trotski che ne fece una copia conservata adesso ad Harvard. Il 30 giugno 1956, quest’articolo è apparso nel n. 9 di Kommunist e il 1° luglio 1956 in una brochure che raccoglie altri testi di Lenin che Stalin aveva fatto sparire, tra cui il famoso “Testamento”. Per le citazioni utilizzeremo la traduzione apparsa nelle Opere Complete di Lenin, tomo36, Edizioni in Lingua Straniera di Mosca.
In questo testo, Lenin attacca Dzerjinski e Ordjonikidzé ma soprattutto Stalin per la politica nazionale che hanno praticato in Georgia: «Una questa campagna fondamentalmente nazionalista grande-russa».
Lenin evidenzia ancora una volta la questione nazionale come deve essere concepita dal punto di vista proletario: «Qui si pone una importante questione di principio: Come concepire l’internazionalismo?». E Lenin ricorda quel che aveva già scritto nei suoi lavori sulla questione nazionale, ovvero: «Bisogna distinguere tra il nazionalismo della nazione che opprime, e quello della nazione oppressa, tra il nazionalismo di una grande nazione e quello di una piccola nazione. Perciò l’internazionalismo da parte della nazione che opprime o della nazione detta “grande” (…) deve consistere non solamente nel rispetto dell’uguaglianza formale delle nazioni, ma ancora in una ineguaglianza compensando da parte della nazione che opprime, della grande nazione, l’ineguaglianza che si manifesta nella vita».
Questi erano i principi che avevano guidato Lenin durante tutta la sua vita e che aveva messo alla base della politica interna ed estera della Russia dei Soviet e della lotta rivoluzionaria dell’Internazionale Comunista. Lenin non aveva mai identificato la missione della dittura in Russia con quella di uno Stato qualunque, portasse anche l’etichetta sovietica. Lenin aveva consumato la sua vita difendendo disperatamente lo Stato dei Soviet, è vero, ma l’aveva difeso in quanto Stato del proletariato internazionale che lotta per la sua emancipazione rivoluzionaria. Già nel 1922 Lenin s’accorge che questo Stato di forma sovietica difende in realtà gli interessi della propria conservazione e non quelli della lotta rivoluzionaria del proletariato mondiale.
Nel testo sopra citato, Lenin afferma: «Si pretende occorresse assolutamente unificare l’apparato. Da dove emanavano queste affermazioni? Non è forse che questo stesso apparato russo, che, come avevo già detto in un numero precedente del mio giornale, l’abbiamo preso in prestito dallo zarismo limitandoci a spennellarlo leggermente d’una vernice sovietica? Senza alcun dubbio, si sarebbe dovuto rinviare questo provvedimento fino a quando avremmo potuto dire di poter garantire del nostro apparato, perché saldamente nelle nostre mani. E adesso dobbiamo in tutta coscienza dire l’inverso: chiamiamo nostro un apparato che, di fatto, ci è ancora fortemente estraneo e rappresenta un guazzabuglio di sopravvivenze borghesi e zariste, e che ci era assolutamente impossibile di trasformare in cinque anni senza l’aiuto di altri paesi (Lenin vuole dire, come lo prova tutta la sua opera, l’aiuto di rivoluzioni in altri paesi – NdR) mentre predominavano le preoccupazioni militari e la lotta contro la carestia. In queste condizioni, è del tutto naturale che la “libertà di uscire dall’unione”, che ci serve da giustificazione, appaia come una formula burocratica incapace di difendere gli allogeni di Russia contro l’invasione del Russo autentico, del Grande-Russo, dello sciovinista, di questo furfante che è in fondo il tipico burocrate russo. Non c’è alcun dubbio che gli operai sovietici e sovietizzati che sono in proporzioni infime, annegherebbero in quest’oceano digentaglia grande-russa sciovinista, come una mosca nel latte».
Lenin prevede fin dal 1922 che il risultato della politica social-nazionalista grande-russa effettuata dallo Stato leggermente spennellato da una vernice sovietica sarà la scissione tra la rivoluzione anti-coloniale e la rivoluzione proletaria nelle metropoli, la rovina dell’Internazionale Comunista e la nascita dell’imperialismo grande-russo. «Il pregiudizio che può causare al nostro Stato l’assenza di apparati nazionali unificati con l’apparato russo è infinitamente, incommensurabilmente minore di quello che ne risulta per noi, per tutta l’Internazionale, per le centinaia di milioni di uomini dei popoli d’Asia, che appariranno dopo di noi alla ribalta storica in un prossimo avvenire. Sarebbe un opportunismo imperdonabile se, alla vigilia di questo intervento dell’Oriente e all’inizio del suo risveglio, minassimo ai suoi occhi la nostra autorità per la brutalità o ingiustizia riguardo ai nostri propri allogeni. Una cosa è la necessità di fare fronte tutti assieme contro gli imperialisti d’Occidente, difensori del mondo capitalista. Allora non ci può essere alcun dubbio, ed è superfluo d’aggiungere che approvo assolutamente queste misure. Altra cosa è di intraprendere noi stessi, anche se fosse una questione di dettaglio, dei rapporti imperialisti riguardo alle nazionalità oppresse, risvegliando anche il sospetto della sincerità dei nostri principi, sulla nostra giustificazione di principio della lotta contro l’imperialismo. Ora, il domani, nella storia mondiale, sarà proprio quello del risveglio definitivo dei popoli oppressi dall’imperialismo e dell’inizio di una lunga e aspra battaglia per il loro affrancamento».
Quarantadue anni sono passati dopo che Lenin ha pronunciato queste parole. Durante questo periodo, lo Stato di Mosca si è completamente “compromesso nei rapporti imperialisti”, e non riguardano più solamente una “questione di dettaglio”. “L’apparato diplomatico” del Kremlino, di cui Lenin poteva scrivere nel 1922 che è “epurato degli elementi del vecchio apparato zarista, borghese e piccolo-borghese”, rivaleggia adesso con quello della Casa Bianca per il lusso e la corruzione, è diventato una delle colonne dell’O.N.U., questa “caverna dei briganti imperialisti” e sta al gioco della diplomazia segreta dell’imperialismo mondiale.
Questi quarant’anni passati, la stessa giustificazione stalinista secondo la quale lo Stato Grande-russo si rafforza per difendersi “contro l’imperialismo dell’Occidente” non regge più. Oggi lo Stato Grande-russo si rafforza unicamente per coesistere e commerciare, in pieno accordo con gli U.S.A. sulla schiena delle moltitudini affamate del Terzo Mondo e del proletariato internazionale.
Nel frattempo l’Internazionale Comunista è stata distrutta e “la piccola percentuale di operai sovietici e sovietizzati è annegata nell’oceano della gentaglia grande-russa sciovinista come una mosca nel latte”. Frattanto una seconda guerra imperialista ha devastato il pianeta, Nei bagliori di quell’incendio si è intravvista l’alba del risveglio dell’Oriente.
Noi, comunisti rivoluzionari, salutiamo quest’alba, questo risveglio dell’Asia con grida di gioia. Ma questa gioia non ci fa dimenticare che “la lunga ed aspra battaglia per il loro affrancamento”, per la liberazione dei popoli asserviti del Terzo Mondo è appena incominciata, che questa battaglia deve ripercuotersi in Europa per rimbalzare dall’Europa all’Asia, all’Africa, all’America latina, che da questa doppia ripercussione deve rinascere un movimento rivoluzionario mondiale, guidato da un’Internazionale Comunista resuscitata, che abbatta il capitalismo e instauri la dittatura proletaria universale.
La rottura russo-cinese risuona come un canto funebre che annuncia alla controrivoluzione la sua prossima morte. Le contestazioni di frontiera lungo i 9.000 chilometri che dal Pamir a Vladivostock smascherano Mosca e Pechino agli occhi dei popoli oppressi del Terzo Mondo e del proletariato internazionale.
È avvenuto quello che Lenin prevedeva nel 1922. La controrivoluzione stalinista è arrivata fino in fondo in Russia, in Cina e nel mondo. Ma ciò facendo, si è esaurita. Non c’è salvezza per i Kossighin, i Mao, i Castro o i Tito. L’abbraccio dell’imperialismo li aspetta, la rivolta del proletariato internazionale contro l’imperialismo li distruggerà.
E non è per noi cosa di poco conto ritrovare la piena coscienza del presente in quel che Lenin diceva quarant’anni or sono. Il tradimento del social-nazionalismo grande-russo non fu una sorpresa per il partito. La sorpresa dei maoisti prova invece che anch’essi hanno partecipato a questo tradimento.
Il movimento rivoluzionario di cui Lenin fu espressione teorica non è morto. Cova per divampare di nuovo domani.
Note