Parti Communiste International

RESOLUTION

Catégories: Antifascism, Belgium, Communist Left, Party History, Spanish Civil War

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Présentée par le courant minoritaire de la Ligue des Communistes Internationalistes et dont le rejet, à la Conférence nationale du 21 février 1937, a déterminé la scission.

1º – La guerre en Espagne surgit d’une évolution de la société capitaliste qui, sur le plan économique, exprime la décadence du système bourgeois de production et, sur le plan politique, traduit un renforcement de la classe bourgeoise, après la série de défaites prolétariennes qui sont le produit de la décomposition et de la trahison de l’Internationale Communiste.

2º – Le schéma de la révolution bourgeoise doit être rejeté de par la disparition des facteurs fondamentaux qui ont conditionné son épanouissement : une bourgeoisie révolutionnaire appuyée par les classes opprimées et un marché extensible développant les profits et l’accumulation du capital.

3º – L’Espagne n’est pas un îlot féodal, mais un état bourgeois inachevé et intégré au capitalisme mondial dont il subit les lois. De par la faiblesse de sa structure économique-politique, cet état oppose une moindre résistance aux phénomènes de la crise mondiale, tandis que les contrastes sociaux y atteignent une acuité extrême. L’objectif central de la bourgeoisie espagnole ne peut être de parachever la révolution bourgeoise, mais de briser toute action de classe du prolétariat.

4º – La république démocratique instaurée en 1931 a été la forme de domination capitaliste répondant le mieux à une évolution déterminée des contrastes sociaux. Avec elle, l’action ouvrière – si elle s’est amplifiée – est restée sous l’empire des forces démocratiques du capitalisme et n’a pu contribuer au développement de la conscience du prolétariat et à la formation de son parti de classe. Le contraste grandissant entre la volonté revendicative des masses et l’impossibilité pour la bourgeoisie d’y répondre, a cependant obligé celle-ci à une lutte ouverte contre le prolétariat. L’avènement du front populaire marque l’ultime manœuvre « pacifique » du capitalisme en même temps que la préparation de son offensive.

5º – Il est faux de représenter Franco comme agent d’une « rébellion militaire » ou du fascisme, alors qu’il agit incontestablement pour le compte du capitalisme tout entier, ce qui est confirmé par la collusion entre « fascistes » et « républicains ». Si la tentative d’écrasement immédiat du prolétariat échoue, c’est uniquement parce que les ouvriers, emportés par leur sûr instinct de classe, échappent temporairement à l’emprise de toutes les forces contre-révolutionnaires, se battent sur leur terrain de classe, recourent à la grève générale, posent leurs revendications matérielles tout en attaquant de front l’appareil capitaliste. Cela explique pourquoi le prolétariat peut vaincre dans des conditions manifestes d’infériorité matérielle.

6º – Le 19 juillet, la lutte s’élève jusqu’à la forme insurrectionnelle. Mais cela ne signifie pas qu’il s’agisse déjà d’une révolution prolétarienne.

La révolution prolétarienne est un phénomène dialectique, non un acte spontané. La lutte des classes prend un caractère révolutionnaire seulement lorsqu’elle est orientée vers la destruction totale de l’état capitaliste et non lorsqu’elle tend à la conservation de cet état. La révolution signifie que le prolétariat anéantit l’appareil bourgeois et le remplace par son propre appareil. Elle ne se borne pas à une simple substitution du pouvoir qui laisse intactes les bases, si pas les formes, de l’état capitaliste.

7º – En Espagne, les données marxistes du problème central de l’état ont été falsifiées par les courants politiques dominant le prolétariat. Non seulement l’état bourgeois n’a pas été aboli, mais le prolétariat a été détourné de sa tâche essentielle consistant à créer avec des organisations unitaires analogues aux soviets, les bases de son propre pouvoir. En même temps, lui a été enlevée la possibilité de développer sa conscience de classe et son parti.

En Catalogne, le comité des milices et le conseil de l’économie, loin de représenter les organes d’un pouvoir prolétarien, même embryonnaire, ont été des instruments de collaboration de classe et d’union sacrée. Ces organismes n’ont été que la « façade prolétarienne » du pouvoir bourgeois et non le pouvoir prolétarien dissimulé derrière la « façade » du pouvoir « fictif » de la bourgeoisie. De même sous le signe de l’idéologie bourgeoise, les réalisations du prolétariat catalan ont acquis un contenu bourgeois en dépit de la radicalisation de leur forme.

8º – Parce qu’après son succès initial contre Franco, le prolétariat, par manque de conscience politique n’a pu poursuivre son action jusqu’à la destruction de l’appareil bourgeois, il a donné au capitalisme la possibilité d’intervenir par une manœuvre de diversion qui a opéré un changement radical dans la nature des événements : la guerre des classes entre la bourgeoisie et le prolétariat se transformant en une guerre territoriale entre le fascisme et l’antifascisme. La formation des fronts militaires a coïncidé avec la cessation des luttes revendicatives et de la lutte armée autonome des ouvriers. Elle a représenté la condition du désarmement politique et de la défaite du prolétariat.

9º – Les communistes ne peuvent dissocier le fascisme – forme de domination de la bourgeoisie – du capitalisme – système d’exploitation de cette même bourgeoisie.

Du point de vue marxiste, il ne peut exister de lutte spécifique contre le fascisme. Il existe une incompatibilité foncière entre la lutte antifasciste et la lutte prolétarienne. L’antifascisme est, par définition, une manœuvre capitaliste et, du point de vue de la réalité politique, il ne peut exister d’opposition entre l’antifasciste bourgeois et l’antifasciste « prolétarien ». Ce dernier ne peut donc pas s’intégrer à la lutte révolutionnaire contre le capitalisme. La nature d’une guerre militaire est déterminée par la nature de la classe qui la dirige. Une guerre qui se déroule sous la domination capitaliste est une guerre capitaliste quels que soient ses aspects. En aucun cas, le prolétariat ne peut accepter une telle guerre dans la phase de déclin historique du capitalisme.

10º – En Espagne, il n’y a actuellement ni révolution ni guerre civile.

Dans la guerre civile, la bourgeoisie et le prolétariat s’opposent irréductiblement en posant l’enjeu du pouvoir et de l’état. Dans la guerre « antifasciste », comme dans toute guerre capitaliste, la collaboration de classe triomphe et pose l’objectif central du massacre des prolétaires sous le signe du dilemme : fascisme ou antifascisme. La guerre « antifasciste » prend les formes et les développements internes de la guerre impérialiste : a) par l’étouffement des revendications de classe des ouvriers, la prédominance des besoins de guerre et la militarisation de la vie sociale ; b) par la gestion économique de guerre sous la forme concentrée du capitalisme d’état ; c) par le processus d’union sacrée accéléré sous la pression des fluctuations militaires. Le caractère fondamental de la guerre impérialiste n’est pas donné par l’opposition des états capitalistes, mais par l’opposition des classes, telle qu’elle se manifeste dans le déclin du capitalisme aspirant à la conservation de sa domination. L’effacement des buts impérialistes dans la guerre en Espagne ne supprime pas son objectif essentiel : l’écrasement du prolétariat sous le drapeau du capitalisme. Même victorieuse, la guerre « antifasciste » représente une défaite prolétarienne.

11º – La guerre d’Espagne pose à nouveau devant le prolétariat international le problème crucial de 1914.

En 1914, la résolution de Stuttgart contre la guerre impérialiste est balayée par le mythe de la « guerre du droit ».

En 1936, le mot d’ordre des communistes-internationalistes, rejetant la guerre contre le fascisme « extérieur », devient une acceptation de la guerre contre le fascisme « intérieur ».

Sous le drapeau antifasciste, le prolétariat espagnol tombe pour le capitalisme et non pour le socialisme. La guerre « antifasciste » est dirigée contre le prolétariat qui a pour devoir de classe de s’en désolidariser, de déclencher la guerre civile pour la destruction de l’état capitaliste et d’accepter les conséquences « défaitistes » découlant de cette attitude.

12º – L’aide internationale au prolétariat espagnol ne peut pas se poser sur la base capitaliste de l’interventionnisme armé, de la lutte pour « obliger les états démocratiques à lever le blocus du front populaire d’Espagne, à s’opposer à l’interventionnisme des états fascistes ». Sur ce terrain, la tentative de dissocier l’aide prolétarienne de l’aide capitaliste, est purement abstraite. Le prolétariat ne peut pas plus intervenir sur le terrain des compétitions impérialistes que sur celui des divergences programmatiques entre fractions de la bourgeoisie. Au programme du capitalisme impérialiste, le prolétariat doit opposer celui de la révolution prolétarienne. Chaque prolétariat national doit marquer sa solidarité aux prolétaires d’Espagne en déclenchant des actions de classe contre sa propre bourgeoisie, contre l’appareil économique et politique du capitalisme.

L’aide effective à l’Espagne révolutionnaire réside dans la généralisation de la lutte prolétarienne et le bouleversement du rapport mondial des classes.

13º – Le prolétariat belge doit s’inspirer de la leçon espagnole et repousser toute tentative du capitalisme – ou de ses agents – visant à l’entraîner dans le guet-apens d’une guerre « antifasciste » tant intérieure qu’extérieure : l’internationalisme prolétarien ne peut dissocier le « fascisme national » du « fascisme étranger ».

En Belgique, une offensive violente du capitalisme, propulsée par le « rexisme » – ou toute autre formation bourgeoise – doit être le signal du réveil de classe des travailleurs.

Le prolétariat a pour devoir de s’insurger par tous les moyens en son pouvoir, contre l’attaque capitaliste tendant à l’écraser ; mais il ne peut vaincre que sur son terrain propre, en déclenchant des actions de classe, en engageant une lutte autonome contre tout l’appareil économique et politique de la bourgeoisie.

C’est seulement en échappant à l’emprise des forces capitalistes, en franchissant les limites de la légalité bourgeoise, sous la direction de son parti de classe, que le prolétariat peut développer sa lutte révolutionnaire jusqu’à la phase décisive de destruction totale de l’état capitaliste et de l’instauration de sa dictature et de son propre état, avec l’aide nécessaire du prolétariat international.