Révolution et contre-révolution en Chine Pt.1
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Pour les diplomates occidentaux, le différend russe-chinois pose une question “essentielle” : la Chine va‑t‑elle s’éloigner de l’U.R.S.S. ? Pour les oppositionnels qui prennent au sérieux les débats “doctrinaux” entre les disciples de Mao et ceux de Khrouchtchev, la question est de savoir si Mao est l’incarnation du “vrai” socialisme. Pour nous, révolutionnaires marxistes, il n’y a là qu’une préoccupation stratégique stérile et une manifestation de confusion politique qui ne peut que contribuer à la mystification du prolétariat. Mais si l’on regarde, à l’horizon du développement historique, les tempêtes futures et passées de la révolution chinoise, le petit remous d’aujourd’hui prend la valeur d’un aveu des défaites essuyées et il annonce les batailles nouvelles.
Malgré l’action contre-révolutionnaire de Moscou, malgré l’idéologie réactionnaire de Pékin, malgré l’écrasement du prolétariat et son silence dans le monde entier, la poussée gigantesque et antagonique du capitalisme chinois accomplit un travail au fond révolutionnaire qu’il serait vain de prétendre juger d’après les chiffres de production et les attitudes politiques des hommes de Pékin.
Si cette poussée du capitalisme bouscule tant soit peu de vieux compromis entre la Chine et l’État russe, elle rend aussi plus difficile la coexistence pacifique du prolétariat et de ses exploiteurs, d’un prolétariat en pleine croissance et qui, par le long détour de la “démocratie populaire”, retrouvera tôt ou tard son chemin de classe.
Loin d’être un “retour au léninisme” l’extrémisme chinois est un aveu forcé que la contre-révolution triomphante doit faire à la révolution étranglée.
C’est au parti de classe et à lui seul qu’il appartient de le démontrer à la lumière des luttes passées et d’en tirer toutes les conséquences.
Bourgeoisie ou prolétariat
Dans les deux révolutions classiques de 1648 en Angleterre et de 1789 en France, la classe qui se trouva réellement à la pointe du mouvement fut la bourgeoisie. Le prolétariat et les fractions de la population n’appartenant pas à la bourgeoisie n’avaient pas encore des intérêts distincts des siens, ou bien ne représentaient pas encore des classes ou couches bien développées. Là où ils entrèrent en opposition avec la bourgeoisie, comme par exemple de 1793 à 1794 en France, ils ne luttèrent que pour le triomphe de ses intérêts même si ce ne fut pas à la manière bourgeoise. Toute la Terreur en France n’exprime rien d’autre que la manière plébéienne d’en finir avec les ennemis de la bourgeoisie, l’absolutisme, le féodalisme et les boutiquiers.
Ces révolutions n’étaient pas des révolutions anglaise ou française, mais des révolutions de style européen. Elles marquaient le triomphe de la bourgeoisie, mais celui‑ci représentait alors la victoire d’un nouvel ordre social, c’est‑à‑dire de la propriété bourgeoise sur la propriété féodale, de la nation sur le provincialisme, de la concurrence sur les corporations, de l’industrie sur la fainéantise seigneuriale, du droit bourgeois suc les privilèges médiévaux.
Cela ne signifie pas que le prolétariat ne manifeste pas d’activité propre lors de l’avènement du régime bourgeois. En France, le babouvisme traduit un premier heurt entre les deux classes : il est réprimé grâce à la terreur étatique dont la bourgeoisie s’était servie tout d’abord pour écraser la contre-révolution.
Mais à cette époque, non seulement l’aspect de classe des problèmes est encore très confus, mais le nombre des prolétaires et l’extension de la grande industrie capitaliste sont beaucoup trop limités pour que le prolétariat puisse prétendre à la conquête du pouvoir politique. D’ailleurs, le développement de l’économie bourgeoise présente encore un avantage social pour toutes les classes modernes. Le socialisme n’apparaîtra comme une nécessité historique que dans la phase où le capitalisme ne saura plus, comme l’ère impérialiste, qu’apporter catastrophes de toutes sortes à l’espèce humaine.
Au XXe siècle, surtout depuis la première guerre impérialiste, l’économie, le droit et l’État bourgeois apparaissent à l’échelle mondiale comme l’obstacle qu’il faut balayer pour tout progrès ultérieur de l’espèce humaine. Autrement dit, ce qui est à l’ordre du jour, c’est la révolution politique et sociale du prolétariat. C’est pourquoi même dans les pays arriérés qui souffrent davantage de l’indigence du développement industriel que de sa pléthore, et où donc les tâches de la révolution restent, dans un certain sens, des tâches bourgeoises, la classe appelée à diriger cette révolution et à la pousser à bout n’est plus, comme au XVIIe et XVIIIe, la bourgeoisie mais le prolétariat. La décadence mondiale de la classe capitaliste rend en effet impossible à la bourgeoisie des pays arriérés toute grande audace révolutionnaire, car elle craint davantage la classe prolétarienne que les vieilles classes oppresseurs ou même que la domination des impérialismes étrangers. Si donc la dictature du prolétariat est de toute évidence la seule formule politique concevable de la révolution purement socialiste des pays avancés, elle est également celle de la révolution “impure”, de la révolution “double” des pays arriérés qui ne peuvent escompter, même avec un pouvoir prolétarien, éviter une phase plus ou moins longue de développement économique de type capitaliste1.
Cette appréciation donnée par le communisme mondial des premières années de la révolution russe de 1917 (qui fut elle‑même une telle révolution e “impure”) n’est pas infirmée par le “développement actuel“ tant vanté des continents arriérés. On pourrait en effet objecter qu’on bien il est socialiste et prolétarien, ou bien il prouve que la classe capitaliste n’est nullement arrivée au terme de sa phase progressive. Nous nions par principe et par expérience qu’il soit en aucune façon socialiste. Mais nous nions également que les pas en avant réels du capitalisme dans les pays arriérés après les révolutions nationales-démocratiques rendent le moins du monde au mode de production et à l’organisation sociale bourgeois le caractère de phase historique encore utile et bénéfique : aucun Mao Tsé Toung ne pourra en effet effacer deux guerres impérialistes mondiales, une crise économique comme celle de 1929 et dix autres encore, moins spectaculaires, ni surtout une demi-douzaine de contre-révolutions sanglantes sur le prolétariat.
Or c’est cette réalité historique qui, aux yeux du marxisme, a prouvé sans révision possible que le seul et unique ennemi à la fois des classes exploitées et des peuples faibles ou arriérés, c’est le capital et l’impérialisme. En d’autres termes, le développement d’ailleurs complaisamment surfait2 et de toute façon antagonique de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique du Sud auquel on assiste surtout depuis 1945 s’inscrit non dans une nouvelle ascension des formes bourgeoises, dont le caractère réactionnaire devient au contraire toujours plus évident, mais dans la marche vers l’explosion révolutionnaire généralisée que nous n’avons cessé d’attendre. Et ce ne sont pas ces progrès des pays arriérés qui pouvaient nous en dissuader, puisqu’en augmentant les effectifs de l’armée prolétarienne mondiale, en préparant à l’économie capitaliste, à une échéance non lointaine, une crise plus profonde et plus vaste que toutes celles du passé, ils travaillent à rendre irrésistible la formidable poussée révolutionnaire de demain.
“L’évolution récente”, cheval de bataille de tous les renégats, n’infirme donc nullement les considérations marxistes et à plus forte raison la réalité historique mondiale qui expliquent que dans la Russie arriérée de 1917, le parti prolétarien et léniniste n’ait pas craint de pousser la révolution anti-tsariste jusqu’au renversement du pouvoir bourgeois de février et de réclamer “Tout le pouvoir aux Soviets ouvriers et paysans”, tout en sachant que les seules mesures qu’il pourrait prendre pour la transformation de l’économie en vigueur ne sortiraient pas des limites du capitalisme.
Ce parti n’était point le leader d’une révolution nationale russe, mais l’avant-garde du prolétariat mondial luttant pour le socialisme, et son principal mérite historique n’est encore pas tant d’avoir fondé l’État soviétique que d’avoir tenté de reconstituer l’Internationale révolutionnaire.
Cette Internationale ne pouvait poser autrement que lui le problème de la révolution dans les secteurs du monde qui souffraient non seulement d’un retard économique pire encore que celui de la Russie de 1917, mais aussi de l’oppression plus ou moins ouverte des grandes puissances colonialistes. A son IIe Congrès (juillet 1920) elle adopta des “Thèses et additions sur les questions nationale et coloniale” primitivement rédigées par Lénine et qui soutiennent les positions capitales suivantes :
« … Le Parti Communiste… doit considérer comme formant la clé de voûte de la question nationale non des principes abstraits et formels (NdR : il s’agit de la notion d’égalité des nationalités et de la démocratie en tant qu’égalité des personnes, qui a été critiquée dans le point précédent), mais :
« 1. Une notion claire des circonstances historiques et économiques (NdR : les circonstances historiques sont fournies par la crise de régime qui s’est traduite dans le premier massacre impérialiste mondial et l’effervescence révolutionnaire qu’il a provoquée ; les circonstances économiques sont fournies par le développement gigantesque des forces productives dans les pays avancés, développement qui à condition que le pouvoir soit arraché à la bourgeoisie, permettrait aux pays arriérés sinon d’éviter, du moins d’abréger considérablement la phase d’accumulation du capital et d’en adoucir les souffrances).
« 2. La dissociation précise des intérêts des classes opprimées… par rapport à la conception générale des soi-disant intérêts nationaux qui signifient en réalité ceux des classes dominantes.
« 3. La division tout aussi nette et précise des nations opprimées, dépendantes, protégées – et des nations oppressives et exploiteuses jouissant de tous les droits, contrairement à l’hypocrisie bourgeoise et démocratique qui dissimule avec soin l’asservissement (propre à l’époque du capital financier de l’impérialisme) par la puissance financière et colonisatrice, de l’immense majorité des populations du globe à une minorité de riches pays capitalistes…
« 4. Il résulte de ce qui précède que la pierre angulaire de la politique de l’Internationale Communiste dans les questions coloniale et nationale doit être le rapprochement des prolétaires et travailleurs de toutes les nations et de tous les pays pour la lutte commune contre les possédants et la bourgeoisie. Car ce rapprochement est la seule garantie de notre victoire sur le capitalisme sans laquelle ne peuvent être abolies ni les oppressions nationales ni les inégalités.
« 5. La conjoncture politique mondiale actuelle met à l’ordre du jour la dictature du prolétariat ; et tous les évènements de la politique mondiale se concentrent inévitablement autour d’un centre de gravité : la lutte de la bourgeoisie internationale contre la République des Soviets qui doit grouper autour d’elle d’une part les mouvements soviétistes des travailleurs avancés de tous les pays – de l’autre tous les mouvements émancipateurs coloniaux des colonies et des nationalités opprimées qu’une expérience amère a convaincues qu’il n’est pas de salut pour elles en dehors d’une alliance avec le prolétariat révolutionnaire et avec le pouvoir soviétiste vainqueur de l’impérialisme mondial…
«11. Il est nécessaire de combattre énergiquement les tentatives faites par des mouvements émancipateurs qui ne sont en réalité ni communistes ni révolutionnaires pour arborer les couleurs communistes ; l’Internationale Communiste ne doit soutenir les mouvements révolutionnaires dans les colonies et les pays arriérés qu’à la condition que les éléments des plus purs partis communistes (et communistes en fait) soient groupés et instruits de leurs tâches particulières, c’est‑à‑dire de leur mission de combattre le mouvement bourgeois et démocratique. L’I.C. doit entrer en relations temporaires et former aussi des unions avec les mouvements révolutionnaires dans les colonies et les pays arriérés, sans toutefois jamais fusionner avec eux, et en conservant toujours le caractère indépendant du mouvement prolétarien, même dans sa forme embryonnaire».
Dans les “Thèses supplémentaires” la position des communistes à l’égard de la revendication d’indépendance nationale des pays colonisés ou assujettis est ainsi définie :
« … 6. L’impérialisme étranger qui pèse sur les peuples orientaux les a empêchés de se développer socialement et économiquement en même temps que les classes d’Europe et d’Amérique… Le résultat de cette politique est que dans ceux de ces pays où l’esprit révolutionnaire se manifeste, il ne trouve son expression que dans la classe moyenne et cultivée.
« La domination étrangère entrave le libre développement des forces économiques. C’est pourquoi sa destruction est le premier pas de la révolution dans les colonies et c’est pourquoi l’aide apportée à la destruction de la domination étrangère dans les colonies n’est pas en réalité une aide apportée au mouvement nationaliste de la bourgeoisie indigène, mais l’ouverture du chemin pour le prolétariat opprimé lui‑même.
« 7. Il existe dans les pays opprimés deux mouvements qui, chaque jour, se séparent de plus en plus : le premier est le mouvement bourgeois démocratique nationaliste qui a un programme d’indépendance politique et d’ordre bourgeois ; l’autre est celui des paysans et ouvriers ignorants et pauvres pour leur émancipation de toute espèce d’exploitation.
« Le premier tente de diriger le second et y a souvent réussi dans une certaine mesure. Mais l’Internationale Communiste et les partis adhérents doivent combattre cette tendance et chercher à développer un sentiment de classe indépendante dans les masses ouvrières des colonies.
« Le premier pas de la révolution dans les colonies doit être d’abattre le capitalisme étranger ; mais la tâche la plus urgente et importante est la formation des partis communistes qui organisent les ouvriers et les paysans et les conduisent à la révolution et à l’établissement de la république soviétiste ».
La dernière partie des “Thèses supplémentaires” nous fournit la définition la plus lapidaire de ce qu’est la révolution “double”, c’est‑à‑dire la révolution prolétarienne dans un pays de faible développement capitaliste :
« … 9. La révolution dans les colonies, dans son premier stade, ne peut pas être une révolution communiste, mais si dès son début la direction est aux mains d’une avant-garde communiste, les masses ne seront pas égarées et, dans les différentes périodes du mouvement, leur expérience ne fera que grandir.
« Ce serait certainement une grosse erreur que vouloir appliquer immédiatement dans les pays orientaux les principes communistes à la question agraire. Dans son premier stade, la révolution dans les colonies doit avoir un programme comportant des réformes petites-bourgeoises telles que la répartition des terres. Mais il n’en découle pas nécessairement que la direction doive être abandonnée à la démocratie bourgeoise. Le parti prolétarien doit au contraire développer une propagande puissante et systématique en faveur des soviets, et organiser des soviets de paysans et d’ouvriers. Ces soviets devront travailler en étroite collaboration avec les républiques soviétistes des pays capitalistes avancés pour atteindre à la victoire finale sur le capitalisme dans le monde entier.
« Ainsi les masses des paysans arriérés, conduites par le prolétariat conscient des pays capitalistes développés, arriveront au communisme sans passer par les différents stades du développement capitaliste.»
Les thèses léninistes et l’Internationale stalinienne
La prétention actuelle de l’“extrémisme” chinois de représenter l’orthodoxie léniniste face à l’opportunisme krouchtchevien ne serait historiquement justifiée que si la politique du P.C. chinois avait constitué, dans le passé comme dans le présent, l’application et le développement de ces thèses de l’Internationale révolutionnaire. En réalité, pour formuler dès maintenant notre jugement sur ce mouvement, toute son action a consisté à “abandonner la direction de la révolution à la démocratie bourgeoise”, à devenir lui‑même finalement l’unique parti conséquent de la démocratie bourgeoise. Le reflet théorique de cette évolution néfaste, on le trouve dans le débat historique de 1925‑1930 au sein de l’Internationale sur la “question chinoise” dans lequel Staline, relançant en Chine une tactique de type menchevique, prétendait que la révolution chinoise devait comporter une étape démocratique préparant à l’étape socialiste, alors que la révolution “double” de Lénine était précisément celle qui permettait de sauter “l’étape” de la démocratie bourgeoise, tout son cours historique représentant la victoire de la ligne prolétarienne sur celle de la démocratie bourgeoise.
De même qu’en Russie entre février et octobre 1917, la théorie de la “révolution par étapes” avait conduit les Mencheviks à s’allier avec la bourgeoisie contre le mouvement des soviets, c’est‑à‑dire à préparer la victoire de l’État bourgeois sur cet autre pouvoir qui allait s’érigeant à mesure que les soviets se développaient, de même en Chine, où le prolétariat marqua aussi une tendance à constituer des soviets, on lui dit en substance : « Il faut encore attendre “l’étape socialiste”. Pour l’instant, la révolution chinoise n’est encore que démocratique et bourgeoise ». Car que signifiait d’autre l’appui du P.C.C. au Kuomintang puis sa fusion avec son aile gauche, de même que l’alliance de l’U.R.S.S. avec ceux qui devaient devenir les pires bourreaux du prolétariat chinois ?
Comment un retour à des positions qui avaient été écrasées avec l’éviction des Mencheviks russes et leur emprisonnement a‑t‑il été possible dix ans seulement après la victoire bolchevique et prolétarienne ? Pour justifier ses reniements l’opportunisme construit toujours des “théories”, et en Chine on en inventa une selon laquelle la bourgeoisie chinoise, à cause de ses tâches antiimpérialistes, était plus révolutionnaire que la bourgeoisie anti-tsariste russe. (L’anti-impérialisme qui devrait prouver aujourd’hui l’orthodoxie léniniste chinoise a donc servi à l’origine à tromper le P.C. chinois sur la véritable “nature” de sa bourgeoisie nationale, et du même coup le prolétariat mondial sur la véritable nature du “socialisme chinois” !).
Trotski montra, dans “L’Internationale Communiste après Lénine”, que déduire le caractère révolutionnaire de la bourgeoisie chinoise de la simple existence du joug colonial auquel elle était soumise c’était commettre la même erreur théorique que les Mencheviks russes qui déduisaient eux la “nature révolutionnaire” de la bourgeoisie russe de la simple survivance d’une exploitation féodale.
Au reste, le P.C.C. et Mao sont allés jusqu’à accréditer la fausse thèse d’un “féodalisme chinois” afin de mieux redorer le blason “révolutionnaire” de la bourgeoisie nationale. Si la réforme agraire était dans ce pays rural la principale tâche de la révolution, la situation réelle de la paysannerie enlevait dès le début à la bourgeoisie tout rôle révolutionnaire dans ce domaine. C’est qu’en Chine, la terre n’était pas monopolisée comme dans l’Europe féodale par une classe noble indépendante, mais par une bourgeoisie marchande et usurière. L’oppression que celle‑ci exerçait sur la paysannerie ne tenait pas tellement à des liens de dépendance personnelle qu’à des rapports nettement mercantiles : la disproportion entre l’énorme population paysanne et la terre monopolisée par cette bourgeoisie lui permettait en effet d’exiger des loyers exorbitants; en outre l’économie paysanne elle‑même ayant cessé d’être une économie naturelle, le tenancier devait emprunter le capital d’exercice au propriétaire qui était le seul “banquier” accessible, et qui en profitait pour pratiquer des taux usuraires.
Notes
- Dans la société capitaliste l’augmentation du rendement du travail humain a pour but et pour effet d’augmenter la production, et par là‑même le profit, ce qui, à un certain stade de développement des forces productives, coïncide avec l’intérêt de toute la société ; dans la société socialiste, cette augmentation a pour but la diminution de l’effort de travail humain, ce qui avec le niveau atteint par les forces productives dans le capitalisme surdéveloppé, est la seule chose compatible avec les intérêts non seulement de la classe travailleuse mais de toute l’espèce humaine. ↩︎
- Surfait, parce que l’industrialisation et le développement agricole de ces pays sont condamnés à des rythmes très lents qui n’excluent d’ailleurs pas, tout au contraire, une terrible tension des forces humaines, tant que les forces productives des pays avancés sont monopole de nations et de classe, et non point patrimoine de l’espèce humaine, c’est à dire tant que “l’aide” des grandes puissances doit passer par les fourches caudines du mercantilisme et obéir à la loi du “donnant-donnant” qui défavorise évidemment celui qui possède le moins. C’est précisément cette loi que le socialisme brisera, réalisant une gestion planétaire des ressources, abrégeant les rythmes et adoucissant les souffrances des travailleurs des pays arriérés. ↩︎