Lettre du camarade Soep
Catégories: First International, Life of the Party, Party History
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- Bilan 24 ()
Cher camarade Vercesi,
Je lis dans « Bilan » n° 23, dans le compte rendu du Congrès de la fraction, page 769, dans l’exposé du camarade Vercesi sur l’origine de la Première Internationale : « … La Première lnternationale ne surgira pas à la suite d’un plan préétabli, mais à l’occasion d’une manifestation de solidarité contre les persécutions tsaristes contre la Pologne, etc… »
C’est là une « légende ». En réalité, les grandes idées d’une organisation internationale ou plutôt d’une réunion des partisans dispersés d’une organisation internationale ouvrière, avaient été discutées en Angleterre et en France des dizaines d’années avant 1864, année de fondation de cette organisation, la Première Association Internationale Ouvrière.
Cela est confirmé aussi bien par Th. Rothstein « Aus der Vorgeschichte von die Internationale Erganzungshefte » (« Neue Zeit »), que par Max Beer, « Geschichte des Sozialismus in England » et Riazanov.
Cette manifestation anti-russe pour la Pologne était une occasion favorable, mais pas un mobile déterminant la fondation de la Ière Internationale.
Je ne ferais pas cette remarques si ce même passage n’avait pas été employé par différents bonzes réformistes (Vandervelde en Belgique, Troelstra en Hollande, Bernstein, etc.) et cela il y a une trentaine d’années pour démontrer que la Première Internationale avait été créée sur les notions de l’ »indépendance » et de la « nation ».
Ce meeting anti-russe et pro-polonais (26 septembre 1864) prouve – affirma-t-on – que nous, les réformistes, nous restons dans la ligne historique de Marx, en défendant la démocratie nationale.
Le contraire ressort de la réelle littérature historique sur l’histoire de la période qui a précédé la Première Internationale (Rhothstein « Aus der Vorgeschichte van die 1° Internationale » et Max Beer, « Geschichte des Sozialismus in England »).
Plus de 20-25 ans avant 1864 les ouvriers anglais avaient adressé un appel aux ouvriers du continent en vue d’arriver à la fondation d’une organisation ouvrière internationale.
Le camarade Vercesi n’a sans doute pas soumis la légende générale historique à un examen critique.
Quoiqu’il y ait différentes autres conséquences théoriques de cette erreur, je veux en rester là pour cette fois-ci.
A. SOEP.