Introduction
Catégories: Opportunism, Terrorism
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Le textes qui sont publiés dans ce deuxième numéro de notre revue sont des travaux qui ont déjà paru dans la presse de parti en langue italienne. « Gauche Communiste et Terrorisme petit – bourgeois » fut publié dans le numéro 5 de « Comunismo » (septembre 1980 : Sinistra comunista e terrorismo) ; « Le parti ne naît pas des cercles » dans les numéros 68, 69, 71, (Avril – juillet 1980) de « Il Partito Comunista ».
En ce qui concerne la première partie du présent opuscule, celle dédiée au terrorisme, le lecteur notera qu’ont été pris en considération seulement une organisation terroriste italienne et les milieux politiques plus ou moins « contigus », toujours italiens ; ne sont pas analysés les documents d’autres formations telles la RAF, l’Eta, l’Ira, etc. La raison pour laquelle nous avons analysé seulement les positions politiques de l’organisation Brigades Rouges provient essentiellement du fait que, étant l’expression d’une même base sociale, en pratique, tous les groupes terroristes sus-mentionnés expriment une même idéologie ; de plus, les Brigades Rouges, à la différence des autres groupes terroristes, sont les seuls à prétendre incarner une continuité de programme et d’action avec le communisme révolutionnaire qu’auraient énoncé Marx et Lénine. D’où la nécessité pour le parti de démontrer combien les organisations de groupes politiques qui utilisent la terreur comme seule méthode de lutte politique ne sont rien d’autre que des organisations volontaristes et petites bourgeoises. Le texte n’a pas été actualisé par des événements qui ont défrayé la chronique, mais cela n’enlève rien aux considérations que le parti en a tiré. D’où le fait qu’en Italie, ces derniers temps, l’activité terroriste des Brigades Rouges ait repris, ne dément pas du tout ce que nous avons dit à propos de la faillite des groupes terroristes et des « repentirs », de leurs militants qui, à peine capturés, se font les délateurs de leurs camarades auprès de la police et des carabiniers.
Une chose est certaine : à part les Brigades Rouges, toutes les autres organisations terroristes mineures, Première Ligne, Action Révolutionnaire, etc., ont été défaites. L’aire de la soi-disant « gauche révolutionnaire » qui avait été depuis toujours la base sociale d’où le terrorisme avait puisé hommes, protection et légitimation, a maintenant dés avoué de façon nette la lutte armée, déclarant elle – même se ranger du côté de l’État et des partis constitutionnels. L’enlèvement et la condamnation à mort du frère du « super repenti » Peci1 démontrent quelle est la portée du phénomène de désertion, vu que, pour en atténuer les effets, le parti armé est contraint d’instaurer un climat de terreur en son propre sein. Au contraire, une contribution non indifférente au terrorisme est apportée par l’État qui se démontre incapable tant d’adopter des mesures de grâce pour ceux qui collaborent que de défendre les repentis et leur famille de la vengeance des « irréductibles ». (En un an et demi à peine, neuf terroristes « repentis », ou présumés tels, ont été tués, tant hors que dans les prisons).
Il ne reste qu’à confirmer totalement ce qui a déjà été écrit, en repoussant les affirmations aberrantes selon lesquelles les terroristes seraient des « camarades impatients, mais que se réclamant de la nécessité de la violence pour la lutte prolétarienne », ils contribuent à la reprise de la lutte de classe !
Répétons que l’usage de la violence ne peut être considérée comme une pierre de touche pour distinguer les classes et les partis politiques. Le problème n’est pas pas d’accepter ou de condamner la méthode, mais bien de voir comment par qui et dans quel but on l’utilise.
Premières victimes des contradictions du capitalisme, les classes moyennes, terrain d’élection de l’opportunisme, peuvent combattre la bourgeoisie, mais seulement … « parce qu’elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes » (Le Manifeste communiste, ch. Bourgeois et prolétaires). Marx rajoute : « Elles ne sont pas révolutionnaires, mais conservatrices : bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire ! ».
Se heurter à la bourgeoisie … pour essayer de la supplanter, voilà bien le seul « devenir » de la petite bourgeoisie et du sous prolétariat. Les rares fois où ces couches se sont ralliées au prolétariat, c’était quand celui-ci était à deux doigts de La victoire, qu’elle semblait acquise. Mais dès que l’offensive révolutionnaire faiblit, dès que la victoire de la révolution est remise en cause, ces couches bâtardes tournent leur veste et appuient la contre-offensive de la bourgeoisie. Dans tous les cas, les classes moyennes n’ont qu’un « idéal », se trouver du côté du plus fort. Cette constance leur enlève toute possibilité d’avoir un rôle dirigeant quelconque dans la lutte des classes. Ce rôle revient au prolétariat, dirigé par son Parti Communiste, et à lui seul. Vieille thèse marxiste qu’il nous faut, une fois de plus, rabâcher.
Loin d’être démenties par ses formes les plus en spectaculaires, les attitudes des classes moyennes, dont le terrorisme est une des manifestations les plus récentes, ne font que confirmer la thèse communiste mentionnée ci-dessus.
Le caractère contingent du texte qui suit n’enlève rien au jugement global formulé à l’encontre du terrorisme petit bourgeois : fruit des contradictions à l’intérieur desquelles se meuvent les classes moyennes, il en garde toutes les tares, du démocratisme le plus plat au nationalisme le plus honteux, tout en cultivant le fétichisme de l’organisation « en tant que telle ». Loin d’être un « rayon de soleil »> dans la lutte des classes, il est bien au contraire le symbole de l’écrasement du prolétariat. Dans les pays où il s’est manifesté, le terrorisme n’a fait qu’ajouter à la confusion, à la désorientation des travailleurs – son objectif n’ayant jamais été, par ailleurs, de les organiser dans la défense de leurs intérêts de classe ! – et a consolidé l’opportunisme dans sa campagne de défense de l’ordre et de l’État en place.
Il est donc nécessaire pour le parti d’affirmer clairement la nature et le rôle que jouent ces divers mouvements « extrémistes » qui, dans tous les cas, sont loin d’être les précurseurs de quoi que ce soit. Cela passe par la réexposition des thèses traditionnelles du marxisme, sur l’État, la violence, la démocratie, le parti, la dictature.
C’est pourquoi il est nécessaire de se démarquer aussi nettement de certains, qui, se réclamant frauduleusement de la tradition de le Gauche Communiste, en dénaturent le contenu, pour favoriser leur grand projet politique : occuper le terrain laissé vide par l’extrême gauche et Cie. Il est vrai que pour eux, l’important n’est pas le maintien de l’invariance programmatique, stratégique, et tactique, mais d’être « là où ça bouge » : pourvu qu’on les voie, même si c’est dans les polémiques les plus obscènes, le reste, ils s’en lavent les mains. Il faut nous démarquer du terrorisme petit-bourgeois comme du « terrorisme aux gants blancs », tout aussi petit-bourgeois mais combien plus pernicieux.
La pratique des petits cercles et du regroupement, de l’absorption des petit cercles (avec son envers : exclusion des cercles qui ne se soumettent pas à la majorité) n’est pas une pratique de parti et n’a rien à voir avec la formation du parti communiste. C’est cette pratique que dénonce, en revenant toujours aux points cardinaux de la doctrine marxiste, le texte additif en fin de volume, qui ne fait que rappeler pour aujourd’hui les Thèses de Lyon : « C’est uniquement par une action correcte dans le domaine tactique et en s’interdisant les chenins de traverse par des normes d’action précises et respectées que le parti se préserve des dégénérescences, et jamais par de simples credo théoriques et par des sanctions organisatives » (Thèses de Lyon, 1926).
Notes
- Fabrizio Peci est un « repenti » des Brigades rouges qui en 1980 « sauva sa peau » en vendant celle des autres. ↩︎