Prémisse
Catégories: Opportunism, Party Doctrine
Article parent: Les fondements du communisme révolutionnaire Marxiste dans la Doctrine et dans l’histoire de la lutte prolétarienne internationale
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- Français: Prémisse
- Italien: Premessa
PLAN DE L’EXPOSÉ
Le lecteur ne doit pas s’attendre ici à un examen systématique embrassant la totalité de la conception et du programme communistes sous l’aspect économique, historique, politique et sous celui que nous appellerons philosophique, par souci de brièveté et qui constitue en quelque sorte le tissu qui les relie tous car il répond a l’originalité de notre méthode, à la façon dont seul le marxisme résout (pour toujours selon nous) le problème des rapports entre théorie et action; économie et idéologie; causalité déterminante et dynamique de la société humaine, et ceci dans des réponses complètes et définitives données dès son apparition, qui se situe dans la première moitié du siècle dernier.
Nous nous exposerions d’ailleurs au reproche courant de faire de l’abstraction si nous voulions élucider à l’aide de formules systématiques notre conception originale de la fonction de l’individu dans la société, du rapport qui les lie l’un à l’autre à l’entité État et de la signification de l’entité classe dans l’établissement de cette doctrine. Nous courrions donc le risque d’être mal compris en omettant une donnée fondamentale de notre solution, à savoir que les formules permettant de résoudre ces questions ne sont pas permanentes, mais varient en même temps que se succèdent les grandes époques historiques qui sont pour nous celles des différentes formes de société et des divers modes de production.
Bien que nous revendiquions la constance des solutions marxistes par dessus les tournants historiques épisodiques, notre réexposition des fondements du communisme révolutionnaire sera donc plus particulièrement liée à la phase malheureuse que le monde et le mouvement révolutionnaire contre le Capital traversent aujourd’hui, et ceci depuis des décennies et certainement pour d’autres décennies encore. Contrairement à nos adversaires qui s’efforcent de déformer notre doctrine, nous remettrons à leur place exacte les pierres angulaires qu’ils tentent de détruire.
Pour cela, nous porterons notre attention sur trois groupes principaux de critiques du marxisme révolutionnaire, nous attachant surtout a celui qui prétend le plus obstinément s’appuyer sur les mêmes principes et le même mouvement que ceux que nous revendiquons.
REVUE DES ADVERSAIRES
Dans cette première partie de l’exposé nous diviserons les ennemis de notre position en trois groupes: ceux qui nient, ceux qui falsifient, et ceux qui prétendent mettre à jour le marxisme.
Les premiers sont aujourd’hui représentés par les défenseurs déclarés du capitalisme et par ceux qui en font l’apologie comme forme définitive de la « civilisation ».
Nous ne leur accorderons plus trop d’attention, considérant qu’ils ont déjà été mis knock-out sous les coups de Karl Marx et nous nous en débarrasserons en même temps que les deux autres groupes. Soit dit ici entre parenthèses, nous n’aspirons pas tant ici à une victoire définitive sur le terrain polémique qu’à une claire définition de nous-mêmes et à une formulation des caractéristiques de notre critique, prenant à charge de prouver qu’elles sont de nature à ne pas changer même en plus de cent ans.
Le premier groupe, c’est à dire les négateurs du marxisme n’ont encore subi qu’une défaite doctrinale (la défaite sociale viendra plus tard); mais celle-ci est confirmée par leur passage chaque jour plus massif dans le camp de ceux qui « volent » à Marx les vérités qu’il a découvertes: convaincus de ne pouvoir les réfuter quand elles sont fermement énoncées (chose que les révolutionnaires ne craignent pas de faire pour leurs thèses classiques), ils préfèrent encore les falsifier et rallient donc le second groupe, voire (pourquoi pas?) le troisième, celui des modernisateurs.
Les falsificateurs sont ceux qui ont été historiquement désignés comme « opportunistes »,révisionnistes, réformistes; ce sont ceux qui éliminèrent du complexe des théories de Marx l’attente de la catastrophe révolutionnaire et l’usage de la violence armée, comme si cela était possible sans anéantir l’ensemble. Mais il existe une catégorie de falsificateurs en tous points semblables aux premiers (et leurs égaux dans la superstition activiste) même parmi ceux qui acceptent ostensiblement la violence et la rébellion; car il est un point devant lequel aussi bien les uns que les autres reculent, un point qui appartient exclusivement à la théorie de Marx et en constitue l’élément discriminant: la revendication de la force armée maniée non plus par l’individu ou le groupe opprimé isolément considérés, mais par la classe victorieuse et libérée, c’est à dire de la DICTATURE DE CLASSE, bête noire tant des anarchistes que des sociaux-démocrates.
Aux alentours de 1917, nous avons pu nous imaginer que ce second et misérable groupe était lui aussi allé au tapis sous les coups de Lénine. Mais tout en considérant sa victoire doctrinale sur eux comme définitive, nous avons été les premiers, par la suite, à montrer que les conditions existaient pour la renaissance de cette infâme engeance que nous retrouvons aujourd’hui dans le stalinisme et dans le post-stalinisme russe tel que le XX° Congrès l’a mis en circulation.
Dans la troisième catégorie, celle de gens qui prétendent mettre à jour le marxisme, nous rangeons les groupes qui, tout on considérant le stalinisme dont nous venons de parler comme une nouvelle forme de l’opportunisme classique battu par Lénine, attribuent le terrible malheur qui est venu ainsi frapper le mouvement ouvrier révolutionnaire à des défauts et des insuffisances de la doctrine marxiste originelle et, entreprenant de la rectifier, prétendent y parvenir en se servant des données de l’évolution historique postérieure à la formation de la théorie, évolution qui, à les en croire, aurait contredit celle-ci.
En Italie, en France et dans tous les pays, il existe beaucoup de ces groupes et groupuscules où les premières réactions prolétariennes contre les terribles désillusions dues aux déformations et à la décomposition provoquées par le stalinisme se gaspillent avec des résultats désastreux. Un de ces groupes se rattache au trotskisme, mais en réalité il n’a pas compris que ce que Trotski a toujours condamné dans Staline était la déviation par rapport à Marx, même s’il a par ailleurs abusé de jugements personnels et moraux, voie stérile comme l’a bien démontré l’effronterie avec laquelle le XX° Congrès l’a empruntée pour prostituer la tradition révolutionnaire de façon bien pire encore que Staline lui-même.
Tous ces groupes tombent en bloc dans cette autre maladie qu’est l’activisme, et l’énorme distance entre leur critique et le marxisme ne leur permet pas de comprendre que cette erreur est la même que celle des Bernsteiniens allemands qui voulaient fabriquer le socialisme au sein même de la démocratie parlementaire en opposant à une théorie froide à leurs yeux la pratique quotidienne de la lutte; c’est aussi la même que celle des héritiers actuels de Staline qui ont mis en pièces la position commune à Marx, Lénine et Trotski sur le caractère international de la transformation socialiste lorsqu’ils exhibent indécemment les bras musculeux à la force desquels, bandant leur volonté de domination, ils auraient « construit » la nouvelle économie.
Staline est le père théorique de la méthode de l’enrichissement et de la mise à jour du marxisme, qui à quelque moment qu’elle apparaisse, équivaut à détruire la vision révolutionnaire du prolétariat mondial.
Notre position est donc dirigée en même temps contre ces trois groupes. Cependant c’est contre les déformations spécieuses et les néo-théories présomptueuses du troisième groupe qu’il est le plus important de rétablir la doctrine. Après la dévastation stalinienne, il n’est pas facile aux travailleurs de ramener ces constructions doctrinales, qu’ils connaissent mieux parce qu’elles sont contemporaines, aux vieux pièges qu’a connus l’histoire du mouvement. Contre ces pièges une seule défense: retourner intégralement aux positions du communisme du Manifeste de 1848 qui contiennent en puissance toute notre critique sociale et historique et démontrer que toute l’évolution ultérieure et les luttes sanglantes, les défaites prolétariennes qui la jalonnent depuis un siècle ne font que prouver la solidité de tout ce que certains voudraient follement abandonner.