Notes Internationales: Février… mois des coups de théâtre sur l’échiquier international
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Premier coup de théâtre… le 4 février en Allemagne, — Hitler prend personnellement le commandement de toutes les forces armées et une véritable hécatombe de généraux accompagne le « limogeage » du maréchal von Blomberg, ministre de la Guerre, et du général von Fritsch, commandant en chef de l’armée.
von Ribbentrop remplace von Neurath au Ministère des Affaires Étrangères et dans un large mouvement diplomatique les ambassadeurs de Rome, Vienne, Tokyo, centres névralgiques de la situation internationale, sont déplacés.
La fantaisie de la presse internationale s’est donnée libre cours pour arriver à des appréciations diamétralement opposées — bien que basées les unes et les autres sur des indices plus ou moins probants.
Troisième révolution du Reich (après celles du 30 janvier 1933 qui porta Hitler au pouvoir et du 30 juin 1934 qui supprima Röhm et sa bande) qui résoudrait le conflit latent entre le nazisme au pouvoir et la Reichswehr soutenue par certaines couches capitalistes, ou tout simplement « relève de la garde » des plus hautes hiérarchies militaires, politiques et diplomatiques ?
Et dans la première hypothèse, s’agit-il d’une victoire du nazisme, extrémiste et totalitaire, contre la Reichswehr, ce qui signifierait après l’élimination de Schacht, il y a deux mois, la mainmise sur tous les leviers de commande de la vie politique et économique du Reich, ou, tout au contraire, d’une victoire de la Reichswehr qui — au prix de quelques sacrifices — aurait réussi à empêcher que le dictateur économique Göring, devienne aussi le dictateur militaire avec Himmler, chef de la Gestapo, comme ministre de l’Intérieur.
Si von Neurath est déplacé du Ministère des Affaires Étrangères, c’est pour être nommé Président du Conseil privé, de constitution récente — qui doit régler la politique extérieure du Reich — où la Reichswehr a ses représentants.
Éliminons un aspect du problème : l’Allemagne, en centralisant dans une seule personne tous les rouages de la défense nationale, n’a fait que suivre l’exemple d’autres pays. Et en régime totalitaire, il est évident que ce ne peut être que le Duce ou le Führer qui, du reste, délègue ses fonctions à des techniciens, comme Mussolini l’a fait avec Badoglio et Hitler avec von Keitel, auquel hiérarchiquement est subordonné le néo-maréchal Göring lui-même.
Qu’il y ait des contrastes internes dans le Reich, cela va sans dire, mais il nous est impossible de savoir si réellement la Reichswehr était contre l’intervention en Espagne, contre l’alliance avec le Japon et surtout avec l’Italie. Il en est de même en ce qui concerne des projets d’alliance militaire avec la Russie (ce qui expliquerait la récente « décapitation » de l’armée rouge en la personne du maréchal Toukhatchevski et d’autres généraux qui seraient ainsi les victimes d’une collusion « Staline – Gestapo ») tout comme de l’opposition de la grande industrie et des gros propriétaires fonciers à la politique économique du nazisme qui se traduit dans le « Plan de quatre ans ».
Si nous épousons la thèse d’une victoire du nazisme sur la Reichswehr, cela devrait signifier l’intensification de l’intervention en Espagne — dont la dernière victoire nationaliste avec la reprise de Teruel serait l’indice — et d’une aide au Japon, tandis que jusqu’à présent, c’est la Chine qui semble avoir seule bénéficié de l’intervention allemande.
L’éventualité d’une lutte violente entre nazis et Reichswehr est la thèse du Front Populaire qui, en l’absence d’une intervention du prolétariat lequel, par suite de la trahison du centrisme est évincé de toute possibilité d’intervention de classe, mise sur la Reichswehr comme les « antifascistes » italiens avaient misé sur le fils du roi, sur le cousin du roi (duc d’Aoste) ou sur les généraux « antifascistes »…
C’est également la thèse défendue par les chauvinistes de droite qui réclament une guerre préventive contre le danger « nazi » et qui marchent en parfait accord avec les centristes français, lesquels viennent de faire « tambouriner » un pèlerinage patriotique au champ de bataille de Valmy.
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Les « supporters » de la thèse de la victoire nazie du 4 février se réclament des événements d’Autriche. En effet, les accords de Berchtesgaden entre Hitler et Schuschnigg du 12 février seraient pour eux les premiers pas vers la reconstitution de la « grande Allemagne ».
De l’Autriche et de la Hongrie, c’est surtout vers l’Autriche que convergent les appétits des impérialismes allemand et italien. L’Anschluss est à l’ordre du jour depuis le démembrement de l’empire des Habsbourg. Le nazisme, après l’écrasement du prolétariat viennois, en février 1934, par le chancelier « martyr » Dollfuss, avait tenté de précipiter les événements en organisant le putsch de juillet 1934 qui devait coûter la vie à Dollfuss. L’Italie en profita. Comme on le sait, le fascisme tend à la restauration des Habsbourg, sur la suppression desquels avait pourtant été basée toute l’intervention italienne dans la « grande guerre ».
L’accord italo-autrichien-hongrois de 1934 fut renforcé en 1936 ; en janvier dernier on a tenu une nouvelle conférence de cette autre « triplice ». Mais l’Allemagne avait pris la contre-offensive en signant déjà avec l’Autriche en juillet 1936 un traité qui trouve son aboutissement dans les accords du 12 février. Schuschnigg soutient que les accords ne représentent pas une capitulation devant le nazisme allemand parce qu’il a confiance dans les assurances de Hitler sur l’indépendance autrichienne. Or, la partie la plus réticente de ce discours du 20 février est celle qui concerne l’Autriche ; Hitler s’y est limité à affirmer que le Reich reconnaît l’indépendance autrichienne. Schuschnigg tonne contre toute immixtion du Reich dans les affaires intérieures du pays, mais les nazistes autrichiens sortent de prison pour entrer dans le gouvernement et le premier acte du ministre de l’Intérieur est d’aller à Berlin pour y recevoir les « dikta » du Führer. Quant au « socialiste » qui est entré dans ce même gouvernement — en admettant que les social-démocrates soient disposés à une collaboration même avec le successeur de Dollfuss — il semble que le prolétariat de Vienne ait exprimé clairement son opinion à son égard.
Mais, en tout cas, que signifie « indépendance » ? On peut réaliser dans les faits une Anschluss sans qu’il soit nécessaire de la consacrer au travers d’un texte légal. Et une alliance militaire, doublée d’une Union douanière, n’est-elle pas en vérité une Anschluss qui, bien que larvée, n’en est pas moins existante ? Dantzig n’est-elle pas sous le contrôle absolu du nazisme allemand, tout en restant « État libre » ?
Hitler a donc maintenant « libéré » les six millions d’Allemands de l’Autriche. Ce sera sans doute prochainement au tour des trois millions d’Allemands des Sudètes soumis à la Tchécoslovaquie et s’il réussit à imposer sa domination politique et économique à la Hongrie, la « grande Allemagne » sera reconstituée.
Pour le moment la Hongrie réarme. Et dans le but de secouer le « traité de Trianon », elle cherche des alliés… Horthy, au cours de son récent voyage en Pologne, a déclaré que la Pologne et la Hongrie devaient réaliser une frontière commune, ce qui à proprement parler signifie le démembrement de la Tchécoslovaquie. Compte tenu de la politique italienne, s’agirait-il d’une première ébauche d’un axe Rome-Budapest-Varsovie ?
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Et parce que toutes les choses parfaites vont par trois, voici, le 20 février, la démission d’Eden du Ministère des Affaires Étrangères Britanniques. Il est vrai qu’entre Neville Chamberlain et Eden, la dissension occasionnelle de la crise dépendait non du fond de la question à savoir s’il fallait entamer des conversations directes avec l’Italie et l’Allemagne, mais de la méthode à suivre et du moment à choisir. Eden avait, en effet, avalisé toute la politique des conversations directes, faite en 1937, sous une forme plus discrète.
Mais les conservateurs de la nuance Neville Chamberlain sont les supporters de l’« isolement » ou de la neutralité armée — très armée si l’on se réfère au récent programme de réarmement — qui, du reste, se conjugue très bien avec le principe essentiel de la politique extérieure de l’autre grande nation anglo-saxonne, les États-Unis, même dans le domaine du réarmement massif. Cette politique ne peut inévitablement que donner le coup de grâce à l’idéologie de la S.D.N. laquelle pourrait l’entraîner dans une guerre pour le compte d’un tiers. Bien que cette éventualité reste très problématique comme le démontre le sort réservé à l’Éthiopie et à la Chine, pays sociétaires et « agressés » suivant le pacte de la S.D.N.
Les conservateurs de la nuance Eden et, avec eux, les libéraux et les labouristes, veulent au contraire persister dans les méthodes illusoires de Genève, surtout les derniers qui, après avoir approuvé tout le programme de réarmement de Neville Chamberlain, crient maintenant à la trahison et réclament des élections générales pour que le peuple anglais porte au pouvoir la combinaison Eden-Attlee.
Mais la démission d’Eden signifie quand même un tournant de la politique extérieure de l’Angleterre. À côté des pourparlers directs avec l’Italie, Lord Halifax pourra maintenant, comme ministre des Affaires Étrangères, mener également à bonne fin les pourparlers avec Berlin qu’il avait déjà entamés dans sa « mission de chasse » (en novembre dernier).
Et la répercussion de ce tournant ne peut manquer de se faire sentir en France où le remaniement du Troisième Gouvernement de Front Populaire est déjà mis en cause. On doit d’ailleurs s’attendre à une répercussion du même genre en Belgique.
Nous n’envisageons pas un divorce entre la « perfide Albion » et le « coq gaulois » pour un retour à la lutte traditionnelle entre ces deux puissances. Bien qu’il ne faille pas exclure que l’Angleterre ne soit pas trop affectée de l’effritement de l’hégémonie militaire que la France avait constituée avec l’aide de ses États « vassaux » et qui actuellement sont en train de se détacher d’elle.
Neville Chamberlain ne fait que reprendre la politique de Laval en 1935 et, pour nous, même la première édition du Front Populaire de Blum n’a fait que continuer cette politique de la Bourgeoisie.
Au cours du grand débat sur la politique extérieure à la Chambre française, Flandin a réclamé « l’alignement sur l’Angleterre » et des conversations immédiates avec Berlin et Rome. Chautemps et Delbos ont à leur tour déclaré qu’on restait strictement lié, comme dans le passé, à une « collaboration » — non en subordonnés, mais en associés — avec l’Angleterre dans toutes les démarches en vue d’une détente avec l’Italie et l’Allemagne et qui garantiraient la Paix.
Chautemps a affirmé sa volonté de composer avec l’Italie, son espoir d’une amélioration des rapports avec l’Allemagne, tout en restant dans le cadre de l’équilibre européen et de la sécurité collective, exprimée par la S.D.N.
Et Janson, en exposant la politique extérieure de la Belgique, a lui aussi affirmé la politique de fidélité au pacte de Genève, tout en déclarant être disposé à reconnaître l’annexion de l’Éthiopie « comme contribution à la détente générale ».
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À vrai dire, c’est l’existence même de la S.D.N. qui est en jeu.
La dernière session de la S.D.N. — commémorative parce que la 100e et aussi parce que les 14 points de Wilson atteignaient leur vingtième année — s’est déroulée dans une atmosphère d’enterrement. La précédente session, en octobre 1937, n’avait pas été close mais seulement ajournée en attendant le résultat de la conférence de Bruxelles qui devait décider de l’aide « concertée » à la Chine. La Conférence, comme on le sait, a lamentablement échoué. Les États-Unis, d’autre part, ne sortent de leur « isolement » que par les discours de Roosevelt qui pratiquement restent des mots.
À Genève, la Chine a demandé l’application de l’article 16 (résistance collective à l’agresseur) contre le Japon. Mais elle n’a reçu que l’assurance de la solidarité « morale » qui l’aidera comme le Négus l’a été…
Le défaitisme « sociétaire » s’est montré dans toute sa splendeur.
En effet, Genève qui bien qu’étant pour les petites puissances une tribune de bavardages et d’intrigues, n’en est pas moins le danger qui pourrait les entraîner dans un conflit européen, sans recevoir, en contrepartie, aucune aide que celle consentie à l’Éthiopie et à la Chine.
Et c’est ainsi que la lutte contre le principe de l’aide concertée et de la responsabilité collective a été menée non seulement par les délégués de la Pologne (Beck) et de la Suisse (Motta), en fonction de Berlin et de Rome, mais aussi par la Belgique (Spaak) et les Pays-Bas qui se sont prononcés pour la reconnaissance collective de l’empire italien comme contribution à la détente générale.
Tout cela n’empêche pas que la presse centriste ne continue à affirmer que grâce à l’intervention « active » de l’U.R.S.S. (le « sixième du globe ») Genève symbolise le rempart de la démocratie pacifiste opposée au bloc des pays agresseurs qui actuellement sont tous sortis de la S.D.N. Lénine avait appelé la S.D.N., « la société des brigands », Staline qui « continue son œuvre » y collabore « activement » dans l’intérêt d’une paix qui ne peut être que la paix bourgeoise.
C’est surtout en Europe orientale que s’est développée cette fermentation centrifuge de Genève. C’est la Pologne qui a servi de pion de manœuvre, après son rapprochement avec l’Allemagne en dépit du contraste du « corridor de Dantzig ». Après, ce fut la Petite Entente — si on peut encore parler de « Petite Entente » après la Conférence de Bratislava qui accordait aux États qui en faisaient partie (Tchécoslovaquie, Roumanie, Yougoslavie) la faculté de faire des accords séparés. La Yougoslavie, en mars 1937, a signé une paix d’amitié avec l’Italie qui renverse en ce faisant sa précédente politique dirigée surtout contre ce pays. La Roumanie a été aussi à la hauteur de la situation quand, en décembre passé, le roi Carol a donné le pouvoir au « fasciste » Goga. Mais ce fait n’est que la conséquence logique du reniement de la politique extérieure de Titulesco qui s’orientait vers Genève, et sa substitution par l’accord avec la Pologne. Il s’agissait en fait d’adapter le régime intérieur à la nouvelle orientation vers l’axe Berlin-Rome et que ce soit Goga ou le patriarche Miron qui soit au gouvernement, cela est sans importance. Un plébiscite vient de sanctionner — avec 92 p.c. de votants et seulement 0,13 p.c. d’opposants — une nouvelle constitution trois jours après sa promulgation. Le vote était oral, mais en Russie, où il était secret, Staline a réussi à se faire plébisciter avec 96 p.c. de votants et 98 p.c. de votes favorables à un système qui vient de rendre responsables de la mort des chefs bolcheviques les plus en vue survenue depuis ces dernières années. la dernière charrette de « trotskystes » — lire opposants — de sorte que sans eux, les chefs bolcheviks seraient immortels, tels les demi-dieux de la Mythologie.
La Roumanie et la Yougoslavie font aussi partie de l’entente balkanique dont les deux autres pays, la Grèce et la Turquie, pays riverains de la Méditerranée orientale, sont directement menacés par l’impérialisme italien qui possède dans le Dodécanèse une base puissante contre la Turquie. Cela a déterminé en Turquie un changement de politique, contrôlée auparavant par la Russie soviétique, et expliquerait peut-être la récente mise à mort de Karakan, ancien ambassadeur soviétique à Ankara. Et tandis que dans ce pays, la Russie avait créé une industrie textile, l’Angleterre s’attache surtout à l’industrie lourde qui permet la réalisation d’une économie de guerre, seule rentable aujourd’hui.
Entre toutes, la Tchécoslovaquie reste fidèle à sa première politique. Delbos a déclaré que la France ne l’abandonnerait pas à son sort et que « les engagements seront, le cas échéant, fidèlement remplis ». Menacée par Hitler qui, sans la nommer, l’a visée dans son dernier discours, menacée par la Hongrie et la Pologne, la défense de la Tchécoslovaquie, dernier rempart de la « démocratie » en Europe Orientale, pourrait bien être l’enjeu d’une nouvelle manœuvre « antifasciste » en vue de détourner les ouvriers de leur chemin de classe.
En réalité, les « pacifistes » et en fait les « réalistes » sont aujourd’hui Neville Chamberlain et non Eden : Flandin et non Delbos, c’est-à-dire ceux qui soutiennent la nécessité de composer à tout prix avec les pays fascistes pour éviter la généralisation d’un conflit armé.
Que les États qu’on appelle Fascistes soient les plus disposés à faire la guerre, c’est évident, non seulement par suite de leurs contrastes internes — dont la gravité est démontrée par le fait que la Bourgeoisie a été obligée de prendre cette forme extrême de domination — mais aussi parce que les « vaincus » et les « mécontents » de 1914 ont plus à gagner et moins à perdre d’une conflagration générale. Les autres, les pays « démocratiques », c’est-à-dire les gagnants de 1914, sont pour la « Paix ». La « Paix est moribonde » a déclaré Flandin et pour la sauver, il a justifié sa proposition de compromis qui seuls peuvent empêcher l’éclatement du conflit général. Mais, ils sont pour des conflits localisés en Espagne, en Chine, aujourd’hui, en Autriche, en Tchécoslovaquie, demain, tant qu’ils seront rendus possibles par la pulvérisation idéologique et organisatoire du prolétariat international. Mais pour empêcher un conflit généralisé, Foreign Office et Quai d’Orsay marcheront de pair dans la voie des compromis et des concessions !
L’Italie se déclare satisfaite de l’Éthiopie avec tout au plus la visée des Baléares, mais l’Allemagne demande des colonies ; Hitler, dans son discours du 20 février, a insisté sur ce point en refusant tout « ersatz » d’ordre économique, telle une nouvelle répartition des matières premières. Il est poussé en cela lui aussi par des nécessités d’ordre intérieur. Et s’il insiste, on trouvera bien le moyen de s’arranger. Les grands impérialismes coloniaux (Angleterre et France), dans l’intérêt de la paix mondiale, pourront bien faire le sacrifice de colonies… portugaises ou belges !
Ces pays bénéficiaires du carnage impérialiste savent bien que même en gagnant une nouvelle guerre, ils ne gagneraient rien de plus que ce qu’ils ont. D’autre part, dans la période du déclin du capitalisme, colonies et marchés tendent à perdre leur signification première. Aujourd’hui, le danger d’une guerre aérienne et chimique serait également meurtrier pour les adversaires et les résultats en seraient douteux. D’autant plus que si autrefois une guerre malheureuse signifiait pour la classe dirigeante la perte d’un morceau de territoire ou le paiement d’une indemnité de guerre — payée en dernier ressort par le prolétariat — ou dans la pire des hypothèses, une conquête où la bourgeoisie vaincue se dénationalisait la première, aujourd’hui — l’Octobre russe l’a démontré — une défaite pour elle signifie la réponse directe du prolétariat, c’est-à-dire : la perte des privilèges de classe. Tout cela explique « l’émouvante » solidarité économique et politique qui lie de fait les différents impérialismes, qu’ils soient démocratiques ou fascistes, en dépit des antagonismes apparents dus en grande partie à des nécessités de politique intérieure. Telles la guerre des ondes et celle de la presse entre Italie et Angleterre, la déclaration d’Hitler qu’il est prêt à collaborer avec tous les pays à l’exception de la « bolchevique » Russie, y compris en général toutes les manifestations « anti-communistes » dont le pacte italo-germano-japonais a été une des dernières formes. Tout cela ressemble fort à ces provocations de lutteur de foire qui, pendant la parade, servent à attirer le public dans la baraque. Mais ici il s’agit d’entretenir la psychose nécessaire au massacre des prolétariats entre eux.
Et nous passons sous silence la solidarité économique par laquelle les capitaux des pays riches (démocrates) confluent vers les pays pauvres (fascistes) ; solidarité qui, si hier se manifestait par des voies détournées au travers des pays ruffians, comme la Suisse, et la Hollande, se fera ouvertement demain, grâce au « nouveau tournant ».
Les derniers événements prouvent certainement une aggravation de la tendance à l’éclosion de nouveaux brasiers qui, même localisés, pourraient bien dégénérer en une conflagration générale. Mais cela ne veut pas dire que cette généralisation soit nécessairement imminente, car aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette aggravation et cette multiplication des contrastes transporte sur le plan politique, une loi biologique : tout comme dans l’organisme se neutralisent les actions de différents bacilles, dont l’action de chacun prise séparément serait mortelle, ainsi la Paix aujourd’hui résulte de la neutralisation de contrastes entre les différents impérialistes, contrastes qui, séparément, suffiraient à déclencher la guerre.
Il n’existe plus aujourd’hui un fait si grave qu’il ne pourrait suffire à lui seul à rendre la guerre inéluctable : ni la menace contre la voie impériale, ni les Allemands au Brenner, ni la destruction massive des intérêts européens et américains en Chine, ni le torpillage de navires de guerre par des pirates « inconnus » du fait même que leur nationalité est trop facilement repérable. Et le nouveau massacre mondial pourrait bien éclater, mais en tout cas par surprise et sans aucun doute à la suite d’un incident tout à fait banal.