Parti Communiste International

Notes Internationales

Catégories: Austria, Czechoslovakia, Germany, Lithuania, Mexico, Nationalization, Nazism, Petroleum/Oil, Poland, Spain, Spanish Civil War, Stalinism, UK, USSR

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Monsieur Neville Chamberlain a prononcé, le 24 mars, à la Chambre des Communes, le discours attendu sur les obligations internationales de la Grande-Bretagne : assistance immédiate à la France et à la Belgique en cas d’agression… (au même titre, d’ailleurs, qu’au Portugal, à l’Égypte et à l’Irak) et liberté de jugement de la position à prendre au cas où la France interviendrait si la Tchécoslovaquie était attaquée. Il a, de plus, proclamé la continuation de la politique de non-intervention en Espagne et souhaité un dénouement favorable, à brève échéance, des pourparlers avec l’Italie. Et pour ce qui concerne la politique intérieure, il a souligné – comme de bien entendu – la nécessité d’un réarmement intensif.

Les travaillistes, opposition de Sa Majesté, ont confirmé cette opposition en demandant, pour sauver la Paix, qu’on intervienne directement en Espagne en levant l’embargo pour, en fin de compte, ne présenter aucune motion dans ce sens.

Pour ne pas sortir du domaine des grands discours, mentionnons aussi celui de Mussolini du 30 mars, devant le Sénat. Pour parer à la mauvaise impression découlant de son attitude passive devant les événements d’Autriche – lui qui, en 1934, sur une simple menace d’intervention allemande en Autriche, avait mobilisé contre « les Allemands au Brenner », devant le fait accompli, envoie un télégramme de félicitations à Hitler – il a prononcé un discours dans lequel il a vanté, « avec une puissance toute romaine, la grandiose réalité de l’Italie guerrière ». Il a annoncé en même temps que la prochaine guerre sera guidée par lui, comme ce fut d’ailleurs le cas pour l’expédition éthiopienne. (Ceci n’est guère flatteur pour Badoglio !) En réalité, Mussolini a étalé aux yeux des impérialistes les 8 ou 9 millions de soldats italiens, la puissance de l’aviation italienne, la supériorité absolue des sous-marins italiens, qu’il pourrait jeter dans un conflit mondial… ; mais il s’est bien gardé de dire que, du point de vue économique, il ne pouvait rien apporter de concret, les matières premières pour la guerre lui faisant totalement défaut : pas de pétrole, peu de charbon et pas du meilleur (1/4 de la consommation totale en temps de paix) et encore moins de fer (900.000 tonnes par an, tandis que la consommation actuelle de l’acier atteint déjà 2 millions de tonnes).

De même que les régimes démocratiques du passé – si dédaignés par le fascisme – jetaient sur le marché mondial comme main-d’œuvre « exploitable à merci », l’excédent de la population, aujourd’hui, le régime fasciste offre ce même excédent comme « chair à canon ». Nous laissons de côté le fait de la débâcle économique de l’Italie, si chère aux antifascistes. Le ministre des Finances, Guarnieri, a récemment dû reconnaître, devant la Chambre, que la balance commerciale de 1937 accusait un déficit de cinq milliards et demi et que la réserve d’or n’était que de 4 milliards de lires dévaluées, soit 2 milliards 900 millions sur la base de la parité.

Mais nous avons déjà démontré qu’une telle situation économique qui, suivant les canons de l’économie classique, serait catastrophique, n’a pas empêché : l’Italie, de conquérir l’Éthiopie et d’intervenir en Espagne ; le Japon, de conquérir une bonne partie de la Chine, et l’Allemagne, de réaliser l’Anschluss et tout cela sans argent et sans matières premières ! C’est donc que, argent et matières premières, leur ont été fournis par ceux qui les possèdent, soit directement, soit au travers des pays « neutres » (l’autarcie n’étant en grande partie qu’un bluff à usage interne).

Les tractations commerciales et financières en cours entre l’Italie et la Grande-Bretagne ne sanctionneront donc qu’un état de fait existant, qui se traduit déjà dans les échanges commerciaux. En 1937, les exportations anglaises vers l’Italie se montent à 4.940 millions de lires, tandis que les exportations italiennes vers l’Angleterre atteignent 7.821 millions de lires.

* * *

L’Anschluss est maintenant un fait accompli. En moins d’une semaine, l’Autriche, d’État souverain, est devenue province du Reich ! « L’Autriche est maintenant satisfaite », a déclaré Hitler. La preuve suffisante doit en être que Himmler, chef de la police politique, a précédé le Führer à Vienne pour y organiser la Gestapo ! Tout comme autrefois, l’arrivée du bourreau annonçait celle du prince…

Les arrestations se comptent par milliers et les « suicides » par centaines.

Un plébiscite aura lieu le 10 avril, en même temps que les élections au Reichstag pour la Grande-Allemagne : « Approuves-tu le retour de l’Autriche au Reich allemand et votes-tu la liste de notre Führer Hitler ? » On peut prévoir le résultat : 98 ou 100 p. c. des votants répondront oui et les gardiens de la légalité seront ainsi apaisés !

On se préoccupe, dans certaine presse, de savoir si l’Allemagne a fait ou non une bonne affaire en annexant l’Autriche… On remarquera, à ce propos, que, dans le domaine agricole, l’Autriche ne peut produire en excédent que des produits laitiers ; dans le domaine des matières premières, elle produit du fer, mais en quantité très minime par rapport aux besoins de l’Allemagne, qui a perdu les 3/4 de ses bassins. La richesse la plus importante que l’Autriche puisse fournir à l’Allemagne c’est le bois, puisque le 1/3 du territoire autrichien est couvert de forêts. L’Anschluss ne remédie donc à aucune des difficultés essentielles auxquelles se heurte la réalisation de l’autarcie allemande. Le pétrole lui fait toujours défaut, produit qui sera le nerf de la guerre motorisée de demain.

La Banque Nationale Autrichienne possède, en réserve-or et en devises étrangères, 422 millions de schillings, presque 200 millions de Reichsmark… Joli apport, certes, pour la Reichsbank, qui n’en possède que 76 millions… Mais la balance commerciale autrichienne est déficitaire et va s’ajouter au déficit de la balance allemande (37 millions de marks pour janvier et 17 millions de marks pour février).

Du point de vue économique toujours, les avantages les plus importants de l’Anschluss sont certainement ceux qui découlent de la liaison étroite de l’Autriche avec les pays danubiens, bien que, depuis 1935, l’Allemagne occupe déjà la première place dans le commerce extérieur de ces pays. En 1937, les importations autrichiennes provenant d’Allemagne figuraient pour 16 p.c. du total et celles des pays danubiens pour 37 p.c. ; les exportations vers l’Allemagne se chiffraient par 14,7 p.c. et celles vers les pays danubiens par 30 p.c. Après l’annexion qui fait de l’Autriche et de l’Allemagne un « tout » économique, l’intervention du Reich dans le commerce extérieur des pays danubiens intervient pour 20 p. c. dans le commerce de la Tchécoslovaquie, 43 p.c. dans celui de la Hongrie, 39 p.c. dans celui de la Yougoslavie, 32 p.c. dans celui de la Roumanie et 53 p.c. dans celui de la Bulgarie. Ces chiffres, naturellement, ne sont pas absolus, puisque si, par exemple, l’Allemagne fournit maintenant à l’Autriche le charbon que, naguère, elle achetait à la Tchécoslovaquie et à la Pologne, ceux-ci, automatiquement, réduiront leurs achats. Néanmoins, l’Anschluss signifie bien l’emprise économique du Reich sur la Mittel-Europa où il peut plus facilement échanger ses produits fabriqués contre des matières premières ; minerais (bauxites), fibres, textiles, pétrole.

Nous laisserons de côté l’aspect stratégique qui découle de ce nouveau « Drang nach Osten ».

* * *

Maintenant que 6.700.000 Allemands d’Autriche ont été rachetés, restent toujours « non rachetés » les 3 millions d’Allemands de la Tchécoslovaquie. Qu’aujourd’hui le pays danubien représente un des points les plus faibles de la stabilité – ou plutôt de l’instabilité – internationale, cela ne fait aucun doute. Cependant, cette situation dépend plus des traités imposés par les pays vainqueurs (pays démocratiques d’aujourd’hui), que des agissements du bloc des pays agresseurs (ou « fascistes »). Dans le même temps qu’on réduisait l’Autriche et la Hongrie à l’état de « pays résidus », on créait une Tchécoslovaquie qui, sur 14 millions d’habitants, compte 3 millions 300.000 Allemands et 700.000 Hongrois et on attribuait à la Roumanie 1 million et demi de Hongrois, 800.000 Ukrainiens, 400.000 Allemands.

La Tchécoslovaquie a bénéficié de presque toutes les ressources économiques de l’Autriche des Habsbourg : 85 p.c. des mines de charbon, les 2/3 de la production du fer et de l’acier, 60 p.c. de la mécanique, 75 p.c. de l’industrie textile et presque toute l’industrie sucrière.

La réalisation de la « Grande-Allemagne », dont l’annexion de l’Autriche ne peut représenter que la première étape, devrait provoquer un heurt avec la Tchécoslovaquie, bastion avancé en territoire allemand (l’historique quadrilatère bohémien) ourlé de populations ethniques allemandes.

Une attaque de la Tchécoslovaquie au travers de l’Autriche, par le Sud-Ouest, est relativement plus facile que par les autres côtés et, de plus, la Tchécoslovaquie a devant elle une Hongrie nettement hostile et une Pologne nettement inféodée à l’axe Rome-Berlin.

Henlein, l’agent hitlérien en Bohême, a vu son influence augmenter au fur et à mesure du développement du nazisme et le front unique des partis allemands peut être considéré comme achevé. Les social-démocrates allemands ont fini par sortir du gouvernement. Ils déclarent se sentir Allemands et prêts à négocier avec les autres partis allemands, c’est-à-dire avec Hitler.

Les Allemands des Sudètes s’entremêlent aux populations tchèques, même dans les régions frontières où ils se trouvent concentrés et leur rattachement au Reich ne pourrait signifier que le démembrement de la Tchécoslovaquie.

La transformation de cette république en un État fédéral tchèque, slovaque et allemand ne pourrait jamais être qu’une solution transitoire.

Les minorités ethniques polonaises et hongroises sont, elles aussi, en ébullition. Même le bloc tchécoslovaque commence à s’effriter. En effet, il ne faut pas oublier que, sur 9 millions et demi de Tchécoslovaques, 2 millions et demi sont Slovaques. Les « frères » slovaques, déjà éloignés des Tchèques par des siècles de domination hongroise et auxquels Masaryk avait promis, en 1918, la complète autonomie dans le nouvel État, se sentent opprimés par la bourgeoisie tchèque, ce qui s’explique aisément du fait qu’ils représentent la partie la plus arriérée, économiquement et culturellement, de la nation.

La Pravda écrit : « Pour avoir l’hégémonie de l’Europe du Sud-Est », le fascisme allemand a conquis l’Autriche. Dans ce même but, il prépare l’agression contre la Tchécoslovaquie. La République tchécoslovaque se présente comme la première ligne de défense de la Démocratie (le D majuscule n’est pas de nous) contre l’agression fasciste ». Après la chute de la « démocratie » autrichienne, voilà la « démocratie » tchécoslovaque en danger : nouvelle manœuvre du Front Populaire, les centristes en tête, pour faire marcher les ouvriers si un nouveau foyer de guerre devait s’allumer…

La nature de cette « démocratie » tchécoslovaque se vérifie dans le fait que, depuis 1933, une loi prévoit : l’interdiction, par simple décret, de toute organisation considérée comme hostile à l’État, l’annulation des élections et même l’institution de camps de concentration pour les « délinquants » politiques. En d’autres termes, c’est l’application de la formule « Défendre la Démocratie par la Dictature », suivant l’expression même de Masaryk.

Le parti agraire qui, depuis la création de l’État tchécoslovaque, dirige effectivement le pays en s’appuyant soit sur la droite, soit sur la gauche, comme c’est le cas depuis 1929 avec la coalition bourgeoise-socialiste, semble être de plus en plus favorable à un accord semblable à celui de juillet 1936 entre l’Autriche et le Reich et à une entrée de Henlein dans le gouvernement, frayant ainsi le chemin au fascisme, fonction spécifique aujourd’hui de la « Démocratie ».

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Un nouveau foyer de guerre a failli s’allumer dans l’Europe orientale mais, cette fois, entre la Lituanie et la Pologne. Comme on s’en souviendra, la Pologne s’empara, en 1920, de Vilna, capitale historique de la Lituanie, par un coup de main de la même nature que celui de d’Annunzio contre Fiume. La Pologne désavoua Żeligowski, mais garda Vilna… Depuis ce temps, toutes relations politiques, commerciales et ferroviaires avaient été interrompues, de même que toutes communications postales, par la Lituanie en signe de protestation. Aujourd’hui, la Pologne prenant prétexte de l’assassinat d’une sentinelle polonaise, envoie un ultimatum auquel la Lituanie devait répondre endéans les 48 heures et concentre son armée à la frontière. Il s’agissait d’un pays de 33 millions d’habitants armés jusqu’aux dents s’attaquant à un État de moins de 3 millions d’habitants et absolument dépourvu sous tous les rapports. La Lituanie n’a pu, naturellement, que se soumettre et rétablir les rapports interrompus depuis 18 ans. Cette lutte qui, du point de vue capitaliste, avait été un non-sens, avait correspondu à une nécessité de politique intérieure pour le gouvernement de Kaunas. Pologne et Lituanie étaient bien en lutte, mais toutes deux persécutaient, de la même manière, tout mouvement de classe du prolétariat.

Cette brusque intervention de la Pologne, qui a suivi de près le voyage du colonel Beck chez Mussolini et les dirigeants du nazisme allemand, a été considérée comme un coup de sonde dirigé contre l’U.R.S.S., pour le compte de ces deux pays, afin de se rendre compte de la réaction vis-à-vis d’un conflit qui la touchait de près.

On prête à la Pologne l’intention de conquérir la Lituanie (ce qui reconstituerait l’ancien royaume polonais) ou tout au moins de s’emparer de Memel et du bassin du Niémen, pour pouvoir rétrocéder, par après, le couloir de Dantzig à l’Allemagne.

L’attitude de l’U.R.S.S. a été très réservée : tout en déplorant l’agression polonaise qui aurait dû, d’après elle, saisir la S.D.N. de la question, – chose qui, du reste, avait été faite il y a quelques années – elle a conseillé à la Lituanie de céder. Naturellement, la presse centriste a exploité le conflit pour défendre sa thèse habituelle du « bloc des agresseurs » dont la Pologne jouerait le rôle de provocateur en Europe orientale.

Une nouvelle éclosion de la guerre impérialiste semble donc avoir été évitée, du moins momentanément, tandis que sur le secteur espagnol, il semble qu’on se dirige rapidement vers le dénouement.

Il est certain que l’Espagne « républicaine » est aux abois. Le front d’Aragon a été défoncé, les troupes nationalistes ont rejoint la Méditerranée et la séparation de la Catalogne de la frontière française est presque un fait accompli. L’Allemagne et l’Italie ont-elles envoyé de nouvelles troupes ? Cela a une valeur secondaire parce que Franco a certainement davantage besoin de matériel que d’hommes. D’ailleurs, l’Angleterre est disposée à continuer d’ignorer « officiellement » l’envoi de matériel du moment qu’on n’envoie plus d’hommes. Voilà la base qui rend possible les pourparlers entre l’Italie et l’Angleterre, ainsi que la promesse de l’Italie de ne pas s’établir définitivement ni au Maroc ni dans les Baléares. Ces conditions remplies, que Franco gagne, peu importe à l’Angleterre, puisqu’elle est sûre que c’est à elle que l’Espagne rouge ou fasciste demandera les capitaux nécessaires à la reconstruction du pays. Mais il est certain que cette politique de « non-intervention » de l’Angleterre, brutalement confirmée par Chamberlain, dans son dernier discours, n’a pu que contribuer à l’écroulement du régime de Valence. Les centristes ont sacrifié un de leurs deux sièges dans le nouveau ministère Negrín – ministère de liquidation – au profit du représentant de la C.N.T. Les anarcho-syndicalistes, en dépit des centaines de prolétaires tués par le gouvernement républicain, des 5.000 emprisonnés, sont rentrés dans le gouvernement pour mieux accomplir leur tâche contre-révolutionnaire consistant à pousser les ouvriers, fatigués de la guerre et commençant à voir clair, à rester sur les fronts militaires.

Si donc, la cause du socialisme et de la démocratie est tout à fait compromise dans le Vieux Monde, trouve-t-elle de meilleurs défenseurs dans le Nouveau ? Roosevelt a, jusqu’ici, du moins en paroles, affirmé son attachement à la Démocratie, et Cárdenas, au Mexique, vient de refuser le pétrole aux pays fascistes, en même temps qu’il envoie des armes au gouvernement républicain.

Que le gouvernement du Mexique envoie des armes au gouvernement républicain, n’est malheureusement que trop vrai, car elles servent à mater les ouvriers ; mais, en ce qui concerne le pétrole, l’affirmation des centristes a reçu un démenti formel par l’annonce « de l’envoi de 1.080.000 barils de pétrole » mexicain en paiement partiel du matériel allemand « récemment arrivé au Mexique ».

Nous allons d’ailleurs dire quelques mots sur le « socialisme au Mexique ». « Cárdenas exproprie les magnats du pétrole », écrit la presse centriste ; « les larrons américains et anglais »… au profit du prolétariat mexicain ? Pas du tout. C’est au profit de larrons indigènes, mais c’est le prolétariat qui fera les frais de l’indemnité à payer aux compagnies étrangères, même si des « ouvriers » sont appelés par le gouvernement à siéger dans les nouveaux conseils d’administration.

Le prétexte de cette décision de Cárdenas de nationaliser les compagnies pétrolières a été le refus de ces sociétés à capitaux étrangers (américains, anglais, hollandais) d’apporter certaines améliorations aux conditions de leurs ouvriers, améliorations décidées par la Commission d’arbitrage après la grève de l’année passée et ratifiées par toutes les hautes instances mexicaines, y compris la Cour Suprême. Les capitalistes, naturellement, n’y perdront rien : ils seront indemnisés de la contre-valeur de leurs intérêts. Quant aux ouvriers, ils sont déjà invités par le gouvernement à faire le sacrifice du gain (et même davantage) acquis par ces décisions.

Cette expropriation fait partie de la politique démagogique de Cárdenas qui, venu au pouvoir en 1934, ne fait qu’employer les méthodes pratiquées par son prédécesseur Calles, autrefois « socialiste » et « ouvriériste » et, aujourd’hui, naturellement « fasciste ». Cárdenas, lui aussi, mène une campagne contre la puissance du clergé catholique et « fait la révolution agraire ». Son parti s’appelle maintenant « Parti des paysans, des ouvriers et des soldats pour la lutte contre le despotisme et l’oppression » et représente une édition mexicaine de Front Populaire.

Le problème agraire étant fondamental dans ce pays, c’est sur lui qu’est fondé le Plan sexennal de Cárdenas. En 1910, à la chute du régime dictatorial de Porfirio Díaz, agent de l’impérialisme yankee, 2 p.c. de la population agraire possédaient 80 p.c. de la terre cultivée ; la Constitution de 1917 donna à l’État la propriété souveraine du sol et du sous-sol et la possibilité pour lui d’exproprier les latifundia et d’attribuer les terres aux Comités agricoles des paysans sans terre. Jusqu’aujourd’hui, 17 millions sur 121 millions d’hectares de terres cultivées ont été distribués à ces Comités qui n’englobent qu’un million de paysans. 3 millions de péons attendent encore leur part… Voilà quels sont les minces résultats obtenus après 28 ans de « révolution bourgeoise démocratique » au Mexique.

Ces paysans ne possèdent que leur ignorance, leur misère et leur soif de la terre, ce qui explique le fait que Cárdenas peut se faire passer pour le successeur des Zapata et des Magón.

Cárdenas « favorise » aussi les organisations ouvrières parce que, presque toutes, sont enrégimentées dans la Confédération des Travailleurs du Mexique (C.T.M.) dont le dirigeant, Toledano, agent de la bourgeoisie mexicaine, affecte cependant des sympathies pour Moscou, ainsi que le démontre son intervention pour l’expulsion de Trotsky, du Mexique. La C.T.M. est la masse de manœuvre de Cárdenas, tout comme la C.R.O.M., dirigée par Morones et la bureaucratie syndicale, appendice de celle de l’American Federation of Labor, l’avait été pour Calles qui l’a entraînée dans sa chute.

Il existe enfin une Centrale C.G.T-iste contrôlée par les anarchistes dont la politique en Amérique latine, comme en Espagne, a toujours été celle d’être à la remorque de tout mouvement de politiciens bourgeois… pour justement ne pas faire de politique !

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La sentence du procès des XXI – ou, d’après la terminologie courante, le procès contre le bloc anti-soviétique des droitiers et des trotskystes – a été une condamnation à mort pour 18 des accusés, parmi lesquels Boukharine, Rykov, Yagoda, Krestinsky… On annonce déjà un nouveau procès-massacre dont seront victimes les témoins de l’accusation d’aujourd’hui : Ossinsky et les S.R. de gauche. Chacun de ces procès appelle un autre et l’horrible anneau ne pourra être brisé que par un nouvel « Octobre ».

Nous passerons sur les détails de l’accusation, bien qu’il nous semble que, cette fois, Vichinsky, l’ancien liquidateur de droite et maintenant procureur général du parti, ait exagéré… À quand son tour comme saboteur de la « justice » soviétique ? Il nous a donné une nouvelle édition des événements de 1918 pour les besoins de la cause : il nous a montré Boukharine et les communistes de gauche de l’époque se mettant d’accord avec les socialistes révolutionnaires pour renverser le régime soviétique, préparer l’assassinat de Lénine et… naturellement de Staline. (Mais pas celui de Trotsky, parce que, comme on nous l’apprend maintenant, c’est Staline qui a créé l’Armée Rouge et non Trotsky, cité une seule fois dans les publications glorifiant le XXe Anniversaire de la création de l’Armée Rouge, pour y apparaître comme traître ayant, en 1918, « ouvert la frontière de la Patrie socialiste à l’invasion allemande »).

Plus récemment, ces mêmes accusés se seraient rendus responsables de la mort de Gorky, de Koubyshev et de Menzhinsky, etc…

Que le centrisme cherche à exterminer toute la génération d’Octobre pour la discréditer aux yeux du prolétariat russe et international, qu’il cherche à supprimer tous ceux qui, par leur passé, pourraient devenir un drapeau de ralliement du prolétariat, qu’il jette en gage, au capitalisme international, en vue de la prochaine guerre, les cadavres des artisans de la première révolution prolétarienne, tout cela a été maintes fois développé.

Reste toujours la question de l’attitude des accusés qui, cette fois encore, ne s’est pas démentie. En excluant l’hypothèse qu’ils adoptent cette attitude pour sauver leur tête car sans valeur depuis le premier procès. En écartant, comme nous le faisons, l’idée de la torture physique ou du « drogage », il ne reste plus que la pression morale qui peut très bien être accompagnée de la persécution exercée contre les proches (nous ne savons pas jusqu’à quelle génération), torture morale qui ne peut manquer d’avoir une forte influence sur une génération déjà usée par la tension des années de la Révolution.

Des procès à huis clos, comme ceux contre Toukhatchevsky et les chefs de l’Armée Rouge, contre Enoukidzé et Karahan ou contre les dirigeants du Kazakhstan, à Alma-Ata (le jour même du procès de Moscou), se font contre les irréductibles. D’autres, enfin, seront exécutés isolément et « suicidés », comme Tomsky.

Le procès public se monte lorsqu’on a pu réunir quelques noms connus auxquels on a joint un certain nombre d’accusés se prêtant à l’infâme comédie. Mais, alors, il ne s’agit plus que de loques humaines manœuvrées par l’accusation. Et nous entendons tous les accusés répéter d’une manière lancinante : « nos organisations contre-révolutionnaires », « notre activité contre-révolutionnaire », nous entendrons Rykov même, après la condamnation, faire appel à ses partisans non encore démasqués, à se faire connaître des bourreaux.

Dans tout cela, à côté de la pente glissante des rétractations et des capitulations dont tous les accusés font usage, entre d’une façon décisive la mystique du parti : « servir, même au prix de la vie, même au prix du déshonneur du Parti, la Révolution contre l’ennemi extérieur qui se prépare à l’attaque de l’État socialiste, contre le danger fasciste qui menace de s’étendre partout.

Le monde capitaliste se réjouit : tout le régime soviétique est donc bien pourri… à l’exception de Staline. Mais Staline n’est-il pas lui-même responsable d’un télégramme envoyé ensemble avec Kamenev de leur lieu de déportation au Gouvernement Provisoire ? N’est-il pas responsable, avec le même Kamenev, traître déjà exécuté, de toute la politique du parti bolchevique suivie jusqu’en avril et flétrie par Lénine ?

Le Popolo d’Italia, dans un éditorial – et nous savons bien que ceux-ci sont, si non pas écrits, tout au moins inspirés par Mussolini lui-même – dit textuellement : « En mettant l’Europe devant la férocité de leurs tribunaux, en nous montrant la vraie figure, désormais immuable, de la Russie bolchevique, Staline rend un grand service au fascisme en tuant un grand nombre de ses amis déclarés ».

La presse centriste, toujours prompte à mettre en évidence les citations que la presse fasciste fait de nos écrits, se garde bien, cette fois-ci, de faire allusion à cette collusion – dans les faits et non dans les mots – de Staline et de Mussolini.