Parti Communiste International

Le Parti Socialiste Revolutionarie ou le marais de l’opportunisme

Catégories: Belgian Labour Party, Communist Party of Belgium, Opportunism, Parti socialiste révolutionnaire, Trotskyism

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Un parti ou un courant politique révèlent leur fonction sociale par leur comportement dans le mécanisme de la lutte des classes, par la nature de leur politique qui procède de la nature de classe des intérêts que cette politique défend, souvent même indépendamment des intentions des protagonistes.

C’est là un critère marxiste qui acquiert une portée et une signification immenses lorsqu’il s’applique à un groupement qui prétend se revendiquer du prolétariat ; précisément parce qu’il s’agit ici d’une classe qui, par définition et par contraste absolu avec la classe l’opprimant, naît et croît – non sur la base d’un développement de positions matérielles comme ce fut le cas pour la bourgeoisie – mais sur le fond de son appauvrissement inéluctable et incessant qui le transforme en la vivante antithèse de la société capitaliste. En effet, la bourgeoisie, appuyée sur un ensemble d’institutions qui constituent son État et guidée sûrement par son instinct de conservation de classe privilégiée peut, sans grand effort doctrinal, codifier et imposer les règles politiques qui l’aident à sauvegarder sa domination. Par contre le prolétariat, de par la place qu’il occupe dans le mécanisme de la production, a mille fois plus difficile que la bourgeoisie à s’orienter dans la lutte des classes afin d’y découvrir le chemin de son émancipation : prisonnier d’une organisation sociale qui le domine économiquement, politiquement et idéologiquement, il ne peut se libérer que par une désintégration progressive des mailles de la société capitaliste, et cela uniquement en réalisant la capacité de comprendre le mécanisme capitaliste dans les phases successives de son évolution, les lois qui président à la lutte des classes, son propre devenir historique et enfin, les tâches qui lui incombent dans l’organisation de la nouvelle société. La somme de connaissances théoriques qui concrétise cette capacité forme le programme de la Révolution que le prolétariat ne peut que développer progressivement, au travers de l’expérience historique, sur la base des enseignements qui se dégagent de ses défaites comme de ses victoires et au prix de sacrifices dont l’ampleur – sans précédent pour aucune classe révolutionnaire antérieure – se mesure à l’ampleur de l’évolution sociale.

Tout cela revient à dire que le prolétariat ne devient une force politique que s’il prend conscience du rôle progressif que l’Histoire lui commande impérieusement d’exercer. Encore la réalité sociale et le mécanisme des classes ne lui laissent-ils pas le choix des moyens pour y parvenir : le « droit » pour le prolétariat de se diriger par ses « propres forces », ce droit n’existe que dans l’imagination des innombrables démagogues qui courtisent le prolétariat. Comme le soulignait Lénine : « l’histoire de tous les pays atteste que, livrée à ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu’à la conscience trade-unioniste » et cela signifie que, livrée à la spontanéité de sa lutte, la classe ouvrière reste prisonnière de l’idéologie bourgeoise. Il n’existe qu’une seule possibilité pour le prolétariat d’atteindre à la conscience de classe et de devenir par conséquent une classe agissante : c’est de créer en son sein l’organisme capable de traduire les expériences de la lutte des classes en une gamme de principes appelés à devenir les armes de la victoire prolétarienne. Cet organisme, c’est le parti de classe dont la formation passe par certaines phases et certaines formes correspondant à des conditions historiques déterminées reflétant des rapports de classe différents. C’est pourquoi l’organisme prolétarien apparaît tantôt comme fraction, tantôt comme parti proprement dit, mais chacune de ces formes de vie politique du prolétariat répond à la continuité nécessaire de sa conscience. Nous avons déjà abordé antérieurement1 cet aspect du problème.

Une chose est évidente et inévitable : le parti, tout en représentant la classe prolétarienne toute entière parce qu’il en exprime les intérêts généraux et parce qu’il ne peut émaner que d’elle, ne peut être constitué que d’une fraction de cette classe ; dans l’ambiance capitaliste, ce n’est jamais qu’une minorité avancée qui peut acquérir une conception d’ensemble du devenir historique, c’est-à-dire la conception communiste qui s’oppose irréductiblement à l’idéologie bourgeoise empoisonnant le cerveau de millions d’ouvriers et continuant à l’empoisonner longtemps encore après la Révolution.

Toute l’évolution du mouvement ouvrier prouve qu’il en est bien ainsi et les marxistes – à l’exemple de leurs plus illustres inspirateurs – n’ont cessé d’affirmer que les deux notions : classe et parti devaient être toujours distinguées l’une de l’autre.

Évidemment, les caricaturistes politiques, pour favoriser leur entreprise de confusion, ne se font pas faute de travestir cette conception fondamentale puisque pour eux elle tend à opposer la classe au parti. Nous nous bornerons à les renvoyer à l’étude des documents fondamentaux produits par Lénine entre autres, et aux thèses sur le parti du 2ème Congrès de l’I.C., disant notamment que « la tâche du communisme n’est pas de s’adapter aux éléments arriérés de la classe ouvrière, mais d’élever toute la classe ouvrière au niveau de l’avant-garde communiste. La confusion entre ces deux notions de parti et de classe peut conduire aux fautes et aux malentendus les plus graves » : Lénine avait déjà affirmé quinze ans plus tôt que « la confusion de la classe et du parti est une idée désorganisatrice » dans ce sens qu’elle tend à assujettir le parti à la pensée bourgeoise.

L’importance de ces deux notions : classe et parti, apparaît immédiatement lorsqu’on ne se contente pas d’affirmer que le prolétariat doit construire son parti, mais qu’on pose aussi la question : comment le construire ?

Nous avons déjà dit ailleurs que la préparation de la Révolution n’exigeait pas une solution formelle mais une solution politique : la clé de la victoire du prolétariat ne réside pas dans un type d’organisation mais dans le comportement du parti vis-à-vis des autres classes et dans sa capacité à fonder les données programmatiques de la Révolution. Or le programme qui n’est qu’un ensemble coordonné de principes que fournit la matière historique, se réalise seulement par une lutte doctrinale âpre, incessante, intransigeante, du parti prolétarien ou de la fraction, contre tous les courants qui, au sein du prolétariat, agissent consciemment ou inconsciemment (cela n’importe pas) pour le compte du capitalisme. C’est dans la mesure où le parti, lié indissolublement à la lutte prolétarienne, résout les problèmes politiques qui surgissent de cette lutte ; c’est dans la mesure où, progressivement, il parvient à jeter les fondements théoriques de la société nouvelle et à formuler les règles principielles, stratégiques et tactiques que le prolétariat doit suivre pour y atteindre ; c’est dans cette mesure qu’il est véritablement le parti de classe du prolétariat, érigeant celui-ci en une force révolutionnaire capable d’anéantir son ennemi : la Bourgeoisie.

Voilà une vérité première qui s’est imposée d’une façon éclatante dans la phase impérialiste du capitalisme et particulièrement dans la période qui fait suite à Octobre 1917. Elle n’en est pas moins « oubliée » aujourd’hui – en substance si pas formellement – par la plupart des groupes de gauche, issus de la IIIème Internationale, dont la véritable tradition révolutionnaire eût dû consister à compléter le capital théorique apporté par la Révolution russe ; alors qu’au contraire leur impatience à se « relier à la masse », à agir en « réalistes » en créant de nouveaux « partis révolutionnaires » dans des conditions d’immaturité sociale, a contribué à leur faillite politique pour le plus grand profit du Capitalisme.

La fondation et le rôle du Parti Socialiste révolutionnaire, en Belgique, peuvent fournir à cet égard d’utiles enseignements à la poignée de marxistes qui s’efforcent de résister au désastreux courant de liquidation du mouvement ouvrier.

Il importe, lorsqu’on veut découvrir la substance sociale d’un organisme politique, d’analyser ses facteurs constituants, tout comme on procède pour un corps chimique que l’on décompose en ses éléments premiers. Et qu’on nous entende bien : il ne s’agit pas de juger un parti d’après la valeur intrinsèque de ses individualités, mais d’après les courants idéologiques que ces individualités représentent.

Ainsi que nous le disions en commençant, situer un parti, c’est en établir la genèse afin de déterminer les bases politiques sur lesquelles seront fondées et son action et toute son orientation. Or le cas du Parti Socialiste révolutionnaire est clair : il est formé de courants ayant appartenu à la IIe et à la IIIe Internationales ; il est l’amalgame de deux concepts qui expriment deux époques profondément différentes du mouvement ouvrier. D’une part son aile « droite » est formée de l’ancienne Gauche socialiste ; d’autre part, son « centre » et son aile « gauche » proviennent de la partie de l’opposition communiste qui se scinda en 1934 : les éléments de Charleroi de la Voix Communiste ralliant le POB, ceux de Bruxelles fondant le groupe de Spartacus ; scission qui d’ailleurs ne contribua en rien à une clarification idéologique et apparut plutôt comme un « malentendu » que la « réconciliation » de 1936, au sein du P.S.R., répara !

Nous connaissons l’origine de la Gauche socialiste, surgissant de la grande fermentation sociale de 1932, après la vague de grèves. Elle ne fut qu’un instrument du POB qui parvint à la jeter en appât aux ouvriers pour les empêcher de retirer de leur puissante action de classe les enseignements de nature à aider à la formation d’un parti révolutionnaire.

En réalité, il ne s’agissait pas là d’un épisode contingent et particulier à la lutte du prolétariat belge, mais d’une manifestation se rattachant à la fonction désagrégatrice qu’avait acquise la Gauche de la IIe Internationale dans l’après-guerre, aux côtés des facteurs corrupteurs produits par la dégénérescence de l’État soviétique et de la IIIe Internationale. Mais cependant, en Belgique, la structure du mouvement ouvrier offrait un milieu particulièrement favorable à l’activité de la Gauche socialiste ; liens traditionalistes, n’avait pas été sérieusement entamé par l’existence du parti communiste ; et ce phénomène était dû autant à la précarité des bases idéologiques de ce parti, qu’au climat démocratique développé par l’application du pacte de Lophem et qui écarta des secousses révolutionnaires semblables à celles qui agitèrent la Russie, l’Allemagne et l’Italie. Les faits prouvent avec éloquence que la Gauche socialiste a toujours adapté son évolution à celle des situations et qu’à chaque moment de tension sociale – correspondant à un certain développement des contrastes ainsi qu’à une orientation nouvelle du Capitalisme – elle intervint, non pour renforcer la lutte ouvrière, mais pour la poignarder en brouillant la conscience du prolétariat ; que de plus, la continuité de cette fonction contre-révolutionnaire s’est révélée manifestement en dépit de certaines formes extrêmes d’activité se conjuguant avec un répugnant verbalisme démagogique.

De la Gauche de Spaak, en 1932, au PSR de 1937, en passant par la Gauche de Marteaux et celle de Dauge, la filiation est flagrante : la Gauche de Spaak estompera la signification des grèves de juin 1932, favorisera le pétitionnement de 1935, détournera les ouvriers de leurs objectifs de classe en les ralliant au plan du Capitalisme présenté par Deman, contribuera, en 1935, à la défaite des héroïques prolétaires de Verviers en favorisant leur isolement. Marteaux reprendra la succession de Spaak quand celui-ci « trahira » en collaborant avec Van Zeeland à la réalisation du Plan Deman. Mais un « plus jeune », un plus « impétueux » surgira bien vite et nous vivrons, avec Dauge et les « bolcheviks-léninistes », transfuges de l’opposition communiste de Charleroi, la phase de « l’Action Socialiste révolutionnaire ».

La partie politique du programme de la nouvelle incarnation de la Gauche socialiste baigne dans la plus pure phraséologie social-démocrate : « Les travailleurs socialistes doivent faire en sorte de s’emparer au plus vite du pouvoir politique… et profiter de toutes les circonstances propices pour s’emparer du pouvoir. Des élections ne constituent pas les seules circonstances propices. » (Nous soulignons, N.D.L.R.) – A.S.R. – 17.8.1935. Le reste du programme est évidemment à l’avenant !! Quelques mois plus tard cherchant un débouché à sa démagogie, l’Action Socialiste révolutionnaire se rabattra sur… la lutte contre la guerre et contre l’Union Sacrée et ne trouvera rien de mieux que de préconiser le rassemblement de toutes les « forces de gauche » y compris, naturellement, celles qui figurent parmi les artisans de cette Union Sacrée : le Parti Communiste, « J.G.S. », le Front Populaire, etc… !

Toute cette turbulence carnavalesque ne fera que tromper les ouvriers par son « radicalisme » parce qu’elle restera imprégnée de l’esprit social-démocrate, c’est-à-dire la pensée bourgeoise camouflée pour les besoins de la Contre-révolution.

Quand, donc, le citoyen Dauge, après avoir reçu le coup de pied de l’âne, voudra démontrer que « ceux qui poursuivent la politique du redressement à l’intérieur du POB ne sont que des centristes obligés de ménager la chèvre et le chou ; qu’on leur permet de faire une soi-disant politique de gauche, mais que celle-ci se borne en réalité à une phraséologie de gauche. » A.S.R. – 21.7.35 ; il ne réussira qu’à tracer l’image de son propre courant ; mais quand par surcroît il se référera à Lénine « qui eut le courage de rompre avec les traîtres et n’a pas attendu qu’on l’exclût » ; il se moquera avec une impudence inouïe de lui-même et de ses lecteurs !

Car il est bien certain qu’à propos de cette farce électoraliste qui se termina par l’expulsion de l’Action Socialiste révolutionnaire du POB, il ne peut être question de scission dans le sens où doivent la concevoir les marxistes en accord avec cela avec Lénine lui-même. A-t-on vu, à un moment quelconque, la Gauche engager au sein du POB, sur des principes, une lutte acharnée, intransigeante, semblable à celles que livrèrent les bolcheviks et dans une moindre mesure la Gauche allemande, au sein de la IIe Internationale. Du point de vue historique, une telle éventualité était d’ailleurs irréalisable car le terrain des controverses s’était déplacé de la social-démocratie au mouvement communiste : la tâche de faire avancer le prolétariat n’incombait plus à des gauches socialistes (parce que c’était une chose impossible) mais aux fractions communistes de gauche issues de la IIIe Internationale qui, pour la construction théorique avaient à se prémunir contre tout courant d’origine social-démocrate. Il ne s’agit pas de sectarisme vulgaire, mais du terrain de l’édification du nouveau programme de la Révolution prolétarienne.

Si, cependant, le moindre doute avait pu s’élever quant à la signification de la rupture entre l’ASR et le POB, il aurait suffi de s’en référer aux faits et aux déclarations de l’ASR elle-même. Dans son N° du 1.2.1936, on peut lire sous la signature de Dauge, ceci : « que fera le POB aux prochaines élections ? Ira-t-il à la bataille avec tout son programme. Si c’était vrai, il y a bien peu d’ouvriers et de militants qui, tout au moins en ce qui concerne la partie économique du programme, pourraient ne pas être d’accord avec l’attitude du Parti », parce que ce programme était quand même « la volonté nettement arrêtée de renverser le régime et de lui substituer un régime collectiviste ». !!!

Le même Dauge, avant le poll, s’engagea par écrit à défendre la plate-forme électorale du POB sous réserve que seraient respectées les règles démocratiques quant à la détermination de cette plate-forme, et bien que par après il se tortilla afin d’expliquer pourquoi « il n’avait pas voulu signer la plateforme » (!) – 3-4.4.1936 ; mais tout cela n’était-il pas vain puisque, dégageant hypocritement ses responsabilités, il avait pris la précaution d’affirmer qu’il « s’inclinait démocratiquement devant la volonté de la majorité » alors que nous savons que, la « volonté » des ouvriers, abandonnés au POB, aux staliniens et aux « gauchistes » de tout acabit, est simplement l’expression de la volonté capitaliste ?

D’ailleurs, acculé par l’ultimatum de la Fédération boraine, Dauge ne poussa-t-il pas la conciliation capitularde jusqu’à s’engager à taire les divergences sur la plateforme au cours de la propagande électorale officielle ? (ASR – 18.4.1936).

Tout cela est incontestablement très édifiant quant à la valeur politique de tous ces révolutionnaires verbeux qui, sous une contrainte bureaucratique, s’aperçoivent en 1936, que le POB a trahi en 1914, qu’il a contribué avec Van Zeeland à affamer les ouvriers, etc. etc. Après l’expulsion, l’ASR (11.7.1936) étalera même avec complaisance la liste des actes de trahison du POB depuis 1914 et s’étonnera que, chargé d’un tel passé, le POB n’ait pas encore été abandonné par les masses ouvrières ! On n’est pas plus cynique…

Il nous faut maintenant examiner ce que représente l’aile « gauche » du Parti Socialiste révolutionnaire. Il fut vrai que son origine communiste lui conféra pendant toute une période une valeur politique opposée à celle de la Gauche socialiste ; mais nous savons que les possibilités révolutionnaires que recela l’opposition Communiste disparurent au cours de tout un processus de liquidation que nous avons esquissé2. Rappelons que, déjà en 1935, le groupe de Charleroi de la Voix Communiste, afin « d’entrer dans la masse » entra dans… le POB, « le drapeau largement déployé » tout en supprimant la Voix Communiste, comme ce fut le cas pour la Vérité en France et dans des circonstances analogues. D’autre part, nous savons que si le groupe de Bruxelles édité par Spartacus se refusa à imiter Charleroi, ce ne fut pas pour des raisons de principes, mais par opportunisme tactique car, disait-il, « si nous considérons la tactique préconisée par la Ligue comme fausse, cela ne signifie nullement que nous rejetons en bloc cette tactique. Pour réaliser le principe du parti, pour construire un véritable parti révolutionnaire, il faut, à côté du capital politique marxiste, du matériel humain. Il faut des ouvriers qui se groupent pour la défense de ce capital, qui le font fructifier et qui l’enrichissent. » (Voix Communiste – 9.9.1934) ; mais comme ce courant ne fut jamais économe de contradictions, il ajoutait presque immédiatement que « l’entrée d’une fraction sortie de la IIIe Internationale dans la IIe Internationale ne peut être interprétée que comme une capitulation » !! Incontestablement donc une tendance latente le portait à « s’élargir ». Rongé par l’impatience, il posait bientôt en même temps que la nécessité d’étendre son influence, d’agrandir ses cadres, de recruter des membres, celle de créer le nouveau parti ! (Spartacus – 19.10.1935) Parallèlement, il flirtait avec la gauche de l’ASR, l’accréditait comme courant « progressiste » auprès des ouvriers, au lieu de démasquer impitoyablement sa fonction contre-révolutionnaire. Et lorsque le POB bouta dehors l’ASR, Spartacus ne contenant plus son lyrisme, crut voir s’ouvrir là « une nouvelle phase pour le mouvement ouvrier en Belgique » !!… Par conséquent, la fusion des deux groupes s’imposait. Effectivement celle-ci se réalisa à la faveur du confusionnisme électoral et l’ASR (21.7.1936), atteinte de mégalomanie, clama que l’Histoire se répétait, que la conférence de fusion du 11 juillet pouvait être comparée à celle de Zimmerwald » !! Pour parachever la mystification politique et la falsification historique et pour désorienter complètement le prolétariat, on lui jeta en pâture le Parti Socialiste Révolutionnaire. Aucun élément, ni objectif ni subjectif, n’existait permettant d’affirmer que l’heure avait sonné pour la fondation d’un parti de classe. La réalité sociale s’opposait à pareille entreprise qui ne pouvait surgir que d’une maturation des situations fécondée par la plus nette des clarifications politiques. Mais qu’importe ! Il fallait un parti aux professionnels de la confusion. On le crée. Œuvre néfaste et redoutable, guet-apens que notre fraction a pour devoir de dénoncer impitoyablement aux ouvriers confiants.

Il est pour le moins paradoxal de constater que ce sont précisément ceux qui nous prêtent frauduleusement l’idée de placer le parti au-dessus du prolétariat, de défendre une conception « schématique » et « sectaire » du parti, que ce sont ceux-là même qui affichent le plus profond mépris du prolétariat et contribuent le mieux à le dévoyer de son chemin de classe.

Quand nous disons que le parti en tant qu’organe dirigeant des luttes prolétariennes répond à certaines conditions historiques favorables, cela signifie que le noyau communiste se trouve porté, par le bouleversement des rapports sociaux, à intervenir dans les événements en tant que parti, avec les données programmatiques qu’il a forgées au cours de son acharné travail fractionnel. Mais il peut arriver – et c’est la réalité d’aujourd’hui – que le travail d’élaboration théorique retarde plus ou moins considérablement sur la marche de l’évolution, que les cadres du futur parti restent insignifiants : cela dépend de la puissance agissante des influences capitalistes au sein du prolétariat. Encore le parti ne peut-il se créer à n’importe quel moment, par la fantaisie de quelques militants ; encore faut-il qu’une profonde rupture sociale, un ébranlement de la domination bourgeoise, fournisse à l’organisme communiste des chances d’intervention : dans la mesure où, précédemment, il aura révélé ses capacités de compréhension des événements et des exigences de la lutte prolétarienne, dans cette mesure il parviendra à orienter celle-ci vers la Révolution :

Le drame espagnol fournit la dernière preuve sanglante que là où n’existe pas un noyau communiste intransigeant, si faible qu’il soit, là non plus n’existent pas des possibilités de développement révolutionnaire.

Peut-on dire qu’en Belgique les conditions objectives existent pour la fondation d’un parti de classe ? À semblable hypothèse une analyse de la situation internationale et de la situation politique en Belgique ne peut qu’opposer le plus cruel démenti. Mais, chose plus grave, les protagonistes du PSR n’ont même pas abordé le travail préalable de clarification idéologique malgré les brevets de capacité dont ils se sont gratifiés. Spartacus notamment dupera ses lecteurs lorsque la veille du congrès de fondation il affirmera que les « deux groupements, issus de milieux différents, avec un passé et des traditions très différents, pour éviter que la nouvelle organisation soit un agglomérat d’éléments hétérogènes et conduise à des expériences pénibles et désastreuses, rejetteront les traditions nuisibles et les survivances de croyances néfastes… La communauté de doctrine et l’unité idéologique la plus poussée formeront le ciment de la nouvelle organisation » ! Candeur ou cynisme ! Car rien ne correspondait à cette image optimiste dans la réalité.

En Belgique, on préconisera la « lutte contre Rex » en opposant les milices ouvrières armées (!) à celles de Degrelle ; ainsi on accréditait l’idée qu’il est possible d’engager une lutte spécifique contre une forme de domination bourgeoise et on sera donc dispensé d’indiquer au prolétariat son terrain spécifique de rassemblement pour une lutte concrète contre le capitalisme.

Quant à « l’unité idéologique » du P.S.R. dont parlait Spartacus nous savons ce qu’il en advint au contact de la manœuvre électoraliste du Capitalisme agitant l’épouvantail de Rex le 11 avril.

Le PSR se querella sur l’alternative : Pour ou Contre Van Zeeland pour finalement rallier le rassemblement antifasciste sous le drapeau de Van Zeeland. Le masque était définitivement jeté. Le PSR découvrait ainsi ce qu’il était de par ses origines : non un parti prolétarien, mais un instrument du Capitalisme.

Aux travailleurs trop confiants à en tirer les leçons qui s’imposent.

Notes

  1. « Communisme » -Nº1 – Notre position dans le mouvement communiste .. ↩︎
  2. Voir « Communisme » -Nº1  « Notre position …  »        ↩︎