PRÉSENTATION
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Reflet de nos maigres forces et de la situation qui reste désespérément contre-révolutionnaire, ce numéro de la revue paraît avec bien du retard. Nous espérons qu’il sera en partie compensé par la qualité des articles. La publication de la suite du « Dialogue avec Staline », l’article sur « La Question Allemande et les Missiles », ainsi que celui sur la Chine tombent à propos avec la crise économique et politique qui agite les pays de l’Est.
Tandis que le camp occidental, après plusieurs années de stagnation, connaît depuis deux ans une intense activité industrielle et commerciale, à laquelle plus personne ne croyait, retrouvant même des rythmes de croissance ignorés depuis 1975, c’est au tour des pays d’Europe orientale et de la Chine d’être touchés de plein fouet par une crise de surproduction.
Dans ce contexte, les bourgeoisies du camp occidental, reprenant à leur compte le mensonge stalinien d’après lequel on « construirait le socialisme » de l’autre côté du rideau de fer, ou feignant d’y croire, exultent. Elles y voient le triomphe de leur modèle économique fondé sur la liberté d’entreprendre et sur les lois du marché. Partant, non pas d’une analyse scientifique des rapports de production caractéristiques du capitalisme, mais de la structure des prix, de l’intervention de l’État dans l’économie, de l’existence d’une immense bureaucratie étatique qui cherche à planifier et à centraliser l’impétueuse accumulation du capital, et des superstructures politiques propres à ces pays, les idéologues et les politiciens des différentes bourgeoisies occidentales en concluent que l’économie de ces pays serait en crise parce que l’on aurait étouffé la liberté d’entreprise et la liberté d’entreprendre, en ne laissant pas suffisamment d’autonomie aux entreprises et en ne faisant pas suffisamment appel aux stimulants matériels (les « beaux » instincts que sont la convoitise, la cupidité, l’appât du gain, l’ambition, etc.., si typiques de la société bourgeoise, ne pourraient pas s’y épanouir pleinement) et enfin la sacro-sainte loi du marché ne serait pas respectée, ou ne pourrait pas jouer complètement. A l’encontre de ce point de vue superficiel, nous autres marxistes endurcis savons que les conditions économiques, les superstructures juridiques et politiques varient d’un pays à l’autre et encore plus d’un continent à l’autre. Au point que la société bourgeoise présente une grande diversité d’aspects suivant l’histoire de chaque nation, ou bloc de nations pris dans une aire géo-historique donnée. Cependant toutes ont pour fondement le mode de production capitaliste.
Malgré une grande diversité de conditions économiques, juridiques et politiques, sans parler des mœurs, l’on retrouve partout, que ce soit en Afrique noire ou dans les pays arabes, en Inde ou en Chine, en Espagne ou en Amérique Latine, en URSS ou aux États-Unis, en Allemagne ou au Japon, les mêmes rapports de production caractéristiques du capitalisme. C’est-à-dire le salariat et le capital qui impliquent la même division en classe entre d’un côté le prolétariat industriel et agricole et de l’autre une bourgeoisie industrielle, commerciale et financière. Le fait que la classe des gestionnaires du capital ait ou non un titre de propriété en poche ne change rien à l’affaire. Leur position stratégique dans le mode de production leur permet de prélever au passage une partie de la plus-value, en vivant ainsi sur le dos du prolétariat. C’est-à-dire qu’ils vivent de l’exploitation du travail salarié, au même titre que le seigneur au Moyen Age vivait de l’exploitation du travail servile. Quant aux propriétaires fonciers, ils peuvent être remplacés par l’État, comme le proposait déjà Ricardo au 18° siècle, sans que les lois économiques du capital ne soient en rien altérées, bien au contraire. Donc lorsque l’on ne s’arrête pas aux apparences, comme le font les idéologues de la bourgeoisie qui ont la cervelle obscurcie par leurs préjugés de classe, l’on retrouve dans tous ces pays les mêmes catégories économiques décrites par Marx dans le capital. Soit le capital constant, le capital variable et la plus-value dont le fondement est la loi de la valeur : Tout objet avant d’être consommé, que ce soit dans la production ou pour les besoins personnels, doit d’abord revêtir l’aspect d’une marchandise. Quant à l’ouvrier il doit vendre sa force de travail pour travailler et survivre. A l’Est comme à l’Ouest la production est avant tout une immense accumulation de marchandises. Ces dernières devant réaliser leur valeur à travers l’échange sur le marché national et international.
La structure des prix ne change rien à ce fait fondamental. Depuis Marx nous savons que les prix ne sont pas déterminés mécaniquement par la valeur, comme le poids n’est pas le reflet mécanique de la masse, mais au contraire varie d’un lieu à l’autre, alors que cette dernière reste constante. Les prix peuvent être bloqués juridiquement ou fixés plus ou moins arbitrairement par l’État, à la longue la loi de la valeur finit toujours par s’imposer. Soit que les étagères se vident et qu’apparaisse un double système des prix, celui officiel et celui… officieux. Soit que l’État compense le manque à gagner en reversant la différence aux entreprises. Soit encore que l’on finit par abandonner le blocage des prix ou leur fixation juridique.
En URSS l’on retrouve ces trois aspects. Le prolétaire qui veut s’approvisionner aux prix officiels trouve les étagères chichement garnies, par contre, s’il passe dans l’arrière boutique en acceptant les prix officieux, il pourra se procurer aussi bien des bottes chaudes de bonne qualité, que du caviar, s’il en a les moyens, qu’un téléviseur en noir et blanc (la couleur est encore trop chère !). Quant à l’intervention de l’État dans l’économie, elle n’est pas propre à la Russie, c’est une tendance générale que l’on retrouve dans toutes les sociétés bourgeoises à l’époque impérialiste. Comme sous bien d’autres latitudes l’État intervient pour soutenir les entreprises en faillite ou pour compenser le manque à gagner provenant de la vente à cours forcé.
Outre la loi de la valeur, on retrouve toutes les lois économiques propres au mode de production capitaliste, et notamment cette loi fondamentale dans laquelle est inscrite sa condamnation à mort : la baisse tendancielle du taux de profit ! Si l’on devait dresser un tableau plus complet de l’URSS et des autres pays d’Europe orientale, l’on s’apercevrait, au delà des spécificités juridiques, politiques et de mœurs qui ont leurs origines dans un passé historiques et des conditions naturelles différentes (surtout pour l’URSS), que les sociétés qui ont cours de l’autre côté du rideau de fer ressemblent étrangement à celles de l’Europe de l’Ouest. On y retrouve notamment les mêmes phénomènes sociaux, la même tendance de l’État à s’hypertrophier et à enserrer tous les pores de la société, les mêmes idéologies et particulièrement le même crétinisme démocratique. Dans ce triste XX° siècle qui offre le spectacle désolant d’une humanité abrutie et débilitée par le capital ; la foi démocratique joue le même rôle contre-révolutionnaire – que l’on soit sur les Rives de la Volga, de l’Elbe, ou de la Tamise – que la religion sous l’Ancien Régime. Pour toutes ces raisons, loin de voir comme le veut la propagande officielle diffusée par ces machines à bourrer les crânes que sont les mass media, la faillite du socialisme, nous lisons au contraire dans les événements économiques et politiques des pays de l’Est la confirmation de nos thèses. En particulier celles que nous affirmions dans notre lointain « Dialogue avec Staline » ; ce dernier se vantait de « construire » le socialisme tout en conservant la loi de la valeur. La crise économique qui ébranle ces pays démontre l’impossibilité de rationaliser et de planifier un mode de production fondé sur le salariat et le capital. Que les entreprises soient nationalisées ou privatisées, que la production fasse l’objet d’un contrôle bureaucratique tatillon, ou non, le cours du capital est toujours chaotique et catastrophique. La crise économique qui frappe les pays d’Europe orientale et la Chine est typique du capitalisme. On y retrouve la classique crise de surproduction avec son marasme économique, sa chute de la production industrielle, son déséquilibre entre les différentes branches de la production (production agricole et industrielle, section I et section II du capital) consécutif à la chute du taux de profit, qui se trouve partout dans le rouge. Bref, en un mot le chaos général. Si on ne procède pas encore à l’Est (sauf en Pologne) à des fermetures d’entreprise et à des licenciements massifs par peur d’une explosion sociale, ceux-ci ne sauront tarder. Ces pays se trouvent aujourd’hui dans la même situation que ceux de l’Ouest durant les récessions de 1975 et de 1980 – 1982. La classe dominante pour sauvegarder le système économique et social en place est conduite à appliquer la même politique que les Thatcher, les Reagan et les Mitterand. Nos « bons » gros bourgeois, aveuglés qu’ils sont par leurs préjugés, ont bien tort de rire devant la faillite de ces pays : ils ne voient pas qu’ils dansent au bord d’un cratère. Les grands États impérialistes ont pu, grâce aux énormes ressources financières qu’ils ont accumulées par suite de l’exploitation, non seulement de leur prolétariat, mais du prolétariat international et des peuples moins développés, éviter durant les grandes crises de 1975, de 1980 – 1982 et lors du Krach boursier d’Octobre 1987, la débâcle. Cependant il arrivera un moment où leurs moyens seront dépassés, où la pression sera telle que plus rien ne pourra retenir le cours de la crise, tous les barrages céderont. Alors le volcan éructera !
Le fait que les pays de l’Est, qui furent relativement épargnés durant les récessions de 1975 et 1980 – 1982, soient à leur tour touchés par la crise de surproduction, montre que ce moment approche, confirmant les analyses économiques que nous avons publiées antérieurement. D’ailleurs devant l’ampleur de la crise économique et politique qui déferle sur l’Europe orientale, les grands représentants de la bourgeoisie du camp occidental commencent à s’inquiéter franchement. Georges Bush, le chef de l’exécutif américain surmontant sa répugnance pour l’adversaire et concurrent national de son pays, a appelé au soutient des pays de l’Est et notamment de l’URSS pour éviter que les événements ne prennent une tournure incontrôlable, confirmant la nature commune de leur système social.
Pour le moment il s’agit de mouvements interclassistes qui se situent sur un terrain démocratique et national. Le prolétariat se trouve noyé dans la masse petite bourgeoise et ne se différencie guère sur le plan des revendications politiques. Cependant si la crise économique de ces pays s’approfondit, et elle ne peut que s’aggraver, les antagonismes de classe ne pourrons que resurgir, déchirant cette belle unanimité de façade. C’est le prolétariat qui va faire les frais des « réformes” économiques prônées tant par l’opposition que par les différents gouvernements en place. Et au fur et à mesure qu’il expérimentera, comme en Pologne, les gouvernements démocratiques, avec ou sans les staliniens, il perdra ses illusions. Il s’apercevra alors que démocratie ne rime pas avec émancipation, mais avec oppression, dont elle n’est qu’une autre forme politique. Il s’apercevra que ceux qu’il croyait ses amis, parce qu’ils s’opposaient au régime politique stalinien tant haï, sont en fait de l’autre côté de la barricade.
La poignée de mains entre Mr Gorbatchev et le dirigeant chrétien du nouveau gouvernement polonais est très significative à cet égard. Et son discours l’est encore plus : « Mr Mazowiecki déclare qu’il est « important que les changements en cours en Europe de l’Est et sur l’ensemble du continent soient organiquement liés à la préservation de l’indispensable stabilité dont la rupture pourrait rejeter l’Europe de nombreuses années en arrières ». A huit jours du sommet de Malte, les deux hommes se sont félicités ensemble de ce que « plusieurs des dirigeants occidentaux » aient déclarés « ne pas vouloir prendre avantage de la situation actuelle pour relancer une politique de confrontation » et ont déploré d’une même voix le « regain d’humeur revancharde perçu à la suite des événements connus de RDA » (« Le Monde » du 26 – 27/11/1989). Le changement oui, mais dans la continuité, dans les limites de la société bourgeoise, et surtout que le prolétariat reste à l’usine. Au delà de leurs oppositions d’intérêt et de leurs divisions politiques, les bourgeois qu’ils soient staliniens, chrétiens, ou sociaux-démocrates, sont toujours unis contre le prolétariat. Lorsque, dans leur langue de bois, ils parlent du péril d’une situation incontrôlée, de dérapage possible, de la nécessité de la stabilité, ce qu’ils expriment c’est leur peur d’une possible résurgence de classe du prolétariat, dont l’Europe de l’Est a connu bien des manifestations spontanées durant cet après guerre. Mazowiecki comme polonais et ancien conseiller de Waleza en sait quelque chose. Il en va de même de Gorbatchev qui s’est trouvé confronté cet été à une menace de grève générale.
L’autre spectre qu’ils veulent exorciser et que tous craignent est la renaissance d’une grande Allemagne unifiée. A cet égard les événements d’Allemagne de l’Est sont d’importance. Les intérêts économiques de l’Allemagne, la force de son industrie qui en fait une puissance économique de premier plan la poussent vers la réunification. Or aucune réunification de l’Allemagne n’est possible sans remettre en cause la tutelle dans laquelle elle se trouve, et au-delà toute la division de l’Europe telle qu’elle est issue de la dernière guerre.
Alors même que tout le monde (c’est-à-dire les mass media, porte parole de la bourgeoisie, et la petite bourgeoisie) parle de paix et de désarmement, les germes de la future guerre mondiale se préparent. La même crise économique qui pour le moment rapproche les deux superpuissances pour sauver la stabilité de leur régime social, les poussera demain à l’affrontement.
L’Allemagne qui se trouve au centre de l’Europe et qui a la plus grande densité industrielle, et donc prolétarienne d’Europe et peut-être du monde, au cours de la bourrasque qui s’annonce et dont les forces gigantesques ne font que s’accumuler depuis 1975, connaîtra une formidable crise économique et politique, avant d’être militaire. A cette occasion le prolétariat allemand renouera avec ses traditions de classe plus que glorieuses, retrouvant son cri de guerre des années vingt :
A BAS LA DÉMOCRATIE, DICTATURE DU PROLÉTARIAT !
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