Parti Communiste International

La Grève du Service de la Santé d’Octobre 1988 en France et celle d’Octobre 1978 en Italie.

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LE POIDS DES INFIRMIÈRES.

La grande grève du service de la Santé en France qui a mis en branle à l’échelle nationale les infirmières, tant des établissements publics que privés, et à leur suite les autres catégories de personnel, constitue pour ce secteur le plus grand mouvement de cet après guerre et peut être même de toute l’histoire de la Santé.

Jamais l’on a vu une telle mobilisation du personnel de Santé, surtout des infirmières considérées jusqu’ici comme un corps docile. Un précédent avait eu lieu avec la grève de 1975 qui a abouti, entre autre, à l’instauration de la prime Veil41 pour les infirmières, qui mal payées, fuyaient et continuent à fuir vers le privé. Alors, comme maintenant, le mouvement était parti des infirmières. A leur suite, devant leur succès, les paramédicaux, et surtout le corps des laborantins qui s’était vu rétrograder du statut d’actif à celui de sédentaire (ce qui entraîna un changement de l’âge de la retraite ; celui-ci passant de 55 à 60 ans), leur emboîta le pas, mais malheureusement pour n’obtenir qu’un maigre résultat.

Cependant la comparaison s’arrête là. En 1975 le mouvement était resté circonscrit à l’Assistance Publique (les hôpitaux publics de la région parisienne.) et après une brève escarmouche, ayant obtenu quelques résultats tangibles, les infirmières reprirent le travail. Devant ce rapide succès, les laborantins avec quelques kinésithérapeutes et manipulateurs radio se mirent à leur tour en grève. Déjà à l’époque, sans en utiliser le mot, avec l’appui de la CFDT ils s’organisèrent en « coordination« . Mais complètement isolés du reste du personnel, aussi bien à cause de l’esprit corporatiste qui règne dans cette catégorie, qu’à cause de l’hostilité des syndicats, dont surtout celle de la CGT, leur grève fut longue (elle dura plus d’un mois et demi) et se termina sur un demi-échec.

Rien de comparable donc, tant par l’étendue que par la profondeur avec le grand mouvement qui agita le secteur de la Santé de fin septembre jusqu’au début de novembre. Les infirmières en furent incontestablement le moteur. Elles montrèrent une détermination et un degrés de mobilisation qu’aucune des autres catégories, et de loin, ne surent atteindre. Et c’est bien ce qui fut le drame de ce mouvement.

 Car si les infirmières manifestèrent une profonde détermination et un haut degré d’organisation, elles montrèrent tout autant, tout comme les conducteurs de train durant la grève des cheminots de l’hiver 86-87, un corporatisme obstiné qui ne faiblit pas tout au long du mouvement.

 Par leur nombre (270.000 en France) et leur position stratégique, les infirmières ont incontestablement un poids incomparable. En outre dans la hiérarchie du personnel, elles ne se trouvent pas au bas de l’échelon, mais en haut avec les paramédicaux (laborantins, manipulateurs radio, kinésithérapeutes). I1 s’agit donc parmi les salariés d’un corps relativement « bien » payé et possédant une qualification professionnelle certaine.

Bien qu’ayant des conditions de travail difficiles (peu de week-end avec travail en équipe organisé suivant le principe des trois huit), leur haute qualification professionnelle et leur salaire plus élevé, par rapport à ceux des agents hospitaliers et des aides soignantes, créent chez elles, à l’instar de l’aristocratie ouvrière, tout comme chez les paramédicaux, une mentalité petite bourgeoise, qui se trouve bien souvent renforcée par leur origine sociale.

Si l’on ajoute à cela leur nombre et leur position stratégique qui leur donnèrent l’illusion d’avoir une force suffisante pour faire fléchir le pouvoir et faire aboutir leurs revendications, on comprend aisément l’origine de l’esprit borné, résolument corporatiste qu’elles manifestèrent durant la lutte.

RENTABILISATION ET COMPRESSION DE LA MASSE SALARIALE.

Depuis plusieurs années, très exactement depuis le gouvernement socialiste de Fabius en 1984, le service hospitalier, comme l’ensemble du service public, est soumis au régime de l’austérité. La crise économique du capitalisme et l’énorme endettement de l’État qui en a résulté ont conduit ce dernier à prendre des mesures d’économie et à revoir l’ensemble de sa politique en matière de service public. La règle d’or est la rentabilisation, ce qui passe inéluctablement par une plus grande productivité. L’hôpital est conçu désormais comme une entreprise qui doit avoir un bilan, sinon positif, du moins équilibré. Comme la masse salariale représente les 2/3 des dépenses hospitalières, il s’agit avant tout pour les pouvoirs publics de comprimer ce poste en arrêtant l’embauche, en augmentant la productivité (notamment par l’introduction de l’automation partout où cela est possible et de l’informatique), en appliquant une politique d’économie du personnel grâce à un redéploiement par fermeture de certains services et une mise en commun de certains matériels. En outre, la rotation du malade, qui entre temps est devenu un client, c’est-à-dire un porte monnaie sur pattes (il s’agit de faire fonctionner le tiroir caisse), doit être la plus rapide possible afin d’optimiser l’utilisation d’un matériel coûteux. Tout ceci s’effectue, bien entendu au nom d’une plus grande humanisation des hôpitaux ! Pour ça les bourgeois ne manquent pas d’aplomb !

 Outre la diffusion au sein du service hospitalier d’un esprit mercantile, la réforme hospitalière se traduit pour le personnel par un accroissement de charge de travail et par une dégradation de ses conditions de travail. De même tous les petits avantages, pourtant peu nombreux, sont au fil du temps grignotés. Il n’est pas une catégorie de personnel qui ne soit touchée. Certaines sont même condamnées à terme. Ainsi le personnel ouvrier et les agents hospitaliers (ces derniers remplissent des fonctions de brancardage et servent de coursier en tout genre) sont appelés à disparaître. D’autres catégories, comme les laborantins, à plus ou moins long terme, sont menacées de déqualification. Aux techniciens actuels risque de se substituer une masse de sous techniciens presse bouton, à côté desquels se trouvera une minorité de super techniciens qui se consacreront à des travaux plus complexes demandant une plus grande qualification. Si l’on ajoute à cela le blocage des salaires, ou son quasi blocage pour les deux dernières années, l’on aura un tableau presque complet de la situation du personnel hospitalier.

Pour réaliser cette réforme en profondeur, qui est loin d’être terminée, les gouvernements successifs (d’abord celui de gauche, puis celui de droite et enfin aujourd’hui de nouveau celui de gauche) s’en donnent les moyens juridiques en révisant, dans la plus grande discrétion, les textes concernant la vie professionnelle (titre 4 de la fonction publique) des personnels de santé. De ce qu’il en a transpiré, à travers quelques entrefilets dans la presse, l’on a ainsi appris que (tout en étant rattaché aux fonctionnaires, alors qu’auparavant les personnels de Santé n’en étaient qu’assimilés), sous certaines conditions – notamment lors de la fermeture d’un service -, il sera désormais possible d’être licencié.

LE STATUT JURIDIQUE  : ILLUSION PETITE BOURGEOISE.

Les infirmières, qui se trouvent au cœur du service hospitalier, ne pouvaient pas ne pas être touchées par cette profonde réforme. Comme les autres catégories, elles ont vu leurs revenus diminuer, leur charge de travail augmenter et leurs conditions de travail se dégrader. Comme les autres, et peut- être plus que d’autres, elles se sentent menacées dans leur avenir. En prévision de la création du grand marché européen unique de 1992 qui verra la libre circulation des marchandises et des travailleurs, les différents gouvernements européens prévoient la formation d’un statut européen unique des infirmières.

Avec le chômage existant, le marché unique européen se traduira inéluctablement par une plus grande concurrence entre les travailleurs, qui sont soumis à la loi de la valeur comme n’importe quelle marchandise. La force de travail est une marchandise qui se vend et s’achète comme n’importe quel autre article. C’est là une des lois économiques fondamentales du capitalisme. À qualification plus ou moins égale, on embauche celle qui coûte la moins chère.

Une des grandes peurs des infirmières, dans l’état d’insécurité actuelle, est de se voir concurrencer par des infirmières moins payées venant d’Angleterre, de Belgique, voire du Portugal. Et que l’on en profite pour diminuer le niveau de leur qualification professionnelle. Leur credo, face à cette menace, consiste à réclamer un statut européen unique aligné, non pas sur le niveau le plus bas, mais sur celui le plus haut, notamment le leur ; celui des IDE (infirmières diplômées d’État) françaises. A tel point que la goutte d’eau qui fit déborder le vase a été le décret Barzac de décembre 1987, qui prévoyait que le concours d’entrée aux écoles d’infirmières serait désormais accessible à toute personne pouvant justifier de 5 ans d’activité salariée. Ce qui revenait pour elles à un nivellement par le bas de l’accès aux études d’infirmière ; le baccalauréat n’était plus nécessaire, ni non plus un examen équivalent.

A côté des revendications de salaire, d’effectifs et de promotion professionnelle, qui sont communes à toutes les catégories de personnel, dès le début de leur mouvement, elles ont mis en avant la revendication d’un statut juridique qui garantirait leur avenir en définissant leurs fonctions et leur qualification. C’est évidemment 1à où elles se bercent d’illusions. Un statut juridique n’a jamais garanti aucune profession contre la déqualification et la concurrence. Celles-ci résultant de lois économiques qui se rient de toutes entraves juridiques. La soif incessante de profit pousse le capital à augmenter toujours plus la productivité par le morcellement des tâches et l’introduction de l’automation. La simplification des gestes qui en résulte conduit à l’éclatement des anciens métiers en une multitude de sous professions, exigeant une force de travail moins qualifiée et partant moins chère. Parallèlement, l’apparition de nouvelles technologies conduit à la disparition des activités liées aux anciennes techniques et au développement de nouvelles professions qualifiées, qui à leur tour subiront, du fait du progrès technique, le même processus de déqualification.

Évidemment on ne peut pas demander à la grande masse des infirmières de comprendre l’inéluctabilité de ce processus en régime capitaliste. Aussi leurs illusions petites bourgeoises et leur réflexe corporatiste n’est pas pour nous étonner. Surtout chez un corps professionnel qui ne possède aucune tradition de lutte et qui s’éveille seulement aux conflits sociaux, et dont la position au sein de la Santé est le pendant de celle de l’aristocratie ouvrière.

A cela l’on doit ajouter l’ambiance de crétinisation générale qui caractérise notre triste époque. Crétinisation créée non seulement par toute la propagande bourgeoise, par l’intermédiaire des mass media, mais aussi renforcée par celle de l’opportunisme au sein des travailleurs, qui les conforte dans leurs illusions démocratico-juridiques.

Ainsi la CGT, devant la menace que fait planer le marché européen unique, en profite pour distiller son ignoble propagande chauvine. A l’autre bout, la CFDT, se fait le chantre de l’Europe du progrès social. Toutes deux bernent les travailleurs et les conduisent dans une impasse.

LES COORDINATIONS : VOLONTÉ DE S’ORGANISER EN DEHORS DES SYNDICATS DE RÉGIME.

Au delà de ces limites (le fait que les autres catégories n’ont pas su se mobiliser avec la même détermination et la même profondeur que les infirmières, et le corporatisme qui fut l’obstacle majeur sur lequel buta ce mouvement), la grève de la Santé a eu des caractéristiques particulièrement importantes et exemplaires pour l’ensemble des travailleurs.

Elle a confirmé de façon extraordinaire la tendance, apparue depuis quelques années dans le monde du travail, à s’organiser en dehors des syndicats de régime. Cette tendance s’est d’abord exprimée par un mouvement de désyndicalisation, qui depuis la crise de 1975 ne fait que s’approfondir. Les grèves bidons de 24h avec les manif- promenades d’appui aux négociations rituelles syndicats-patronat, desquelles rien ne filtre, les guerres de chapelle entre les différents syndicats, allant jusqu’à organiser chacun de leur côté, lors du 1° Mai, leur propre défilé, pour mieux diviser les travailleurs, enfin non seulement leur impuissance à les défendre contre les dures attaques qu’ils subissent de façon ininterrompue depuis 1975, mais encore le rôle de pompiers sociaux qu’ils assument durant les conflits, ne peuvent conduire qu’au dégoût et à leur désaffection. À ce premier mouvement, vient s’ajouter depuis la fin des années 70, la volonté de ne plus confier l’organisation et la direction de la grève à de tels organismes.

 On peut citer, comme moments les plus saillants de cette tendance, la création en mars 1981 du syndicat de lutte des travailleurs d’Usinor Dunkerque, à la suite du grand conflit dans la métallurgie en 1979 ; l’organisation en délégués d’atelier avec formation d’un comité de grève par les ouvriers immigrés de l’usine Citroën d’Aulnay sous Bois, au printemps 82, et par ceux de l’usine Talbot l’année suivante, autres grands conflits marquants de ces dernières années  ; et enfin plus récemment l’apparition des coordinations dans la lutte des cheminots de l’hiver 86-87.  

Avec le mouvement de la Santé le phénomène a pris une ampleur sans précédant. Au moment le plus fort de la grève, la grande manifestation nationale du 13 octobre a rassemblé derrière les coordinations plus de 100.000 personnes. Ce qui implique une influence réelle bien plus importante. De nombreux personnels étant obligés de rester dans les établissements pour assurer le service minimum.

Autre caractéristique importante, à la différence de la coordination des conducteurs de train qui s’en remettait aux syndicats pour les négociations avec la direction, les coordinations de la santé voulurent négocier directement avec le ministère, sans passer par les syndicats. Le ministère non seulement dut les recevoir, mais encore pressé par les événements après la grande manifestation, dans la nuit du 13 octobre, il mena des négociations parallèles avec les syndicats et la coordination des infirmières pour tenter d’aboutir à un accord. Le premier ministre en personne se déplaça durant cette nuit mémorable. On connaît la suite  : la Coordination Nationale des Infirmières rejeta les propositions gouvernementales que les syndicats de régime, sauf la CGT, s’empressèrent de signer 10 jours plus tard.

 La marginalisation des syndicats fut un autre fait notable de ce conflit. Non seulement la grève fut de bout en bout organisée et dirigée par les coordinations, mais durant les manifestations les syndicats étaient relégués en fin de cortège avec des troupes réduites à la portion congrue.

La facilité avec laquelle les Coordinations se développèrent s’explique en partie par la faible syndicalisation du secteur de la Santé, et surtout des infirmières qui ne comptent que 8% de syndiquées. Cependant, si la participation des infirmières aux luttes sociales est un phénomène nouveau, le secteur de la Santé n’a pas toujours été désyndicalisé. Au contraire dans le passé les syndicats avaient une influence notable. Mais comme dans les autres secteurs, depuis la crise de 75, ils ont vu leur influence décroître régulièrement.

LE RÔLE DES SYNDICATS TRICOLORES ET DE LA GAUCHE SYNDICALE.  

Bien que la grève dans la Santé ait montré la faible représentativité des syndicats dans ce secteurs, ce serait une erreur de conclure activement que leur poids est négligeable. Loin de là ! D’abord partout ils ont contribué au renforcement de l’esprit corporatif. Là où ils avaient la possibilité d’organiser les travailleurs ils l’ont fait sur la base de la catégorie. Bien qu’ils prétendaient parler au nom de tout le personnel, ils s’agissait pour eux de traiter les problèmes de chacun, catégorie par catégorie. Faisant ainsi le jeu du gouvernement. On négociait d’abord pour les infirmières, ensuite on passerait aux autres catégories, les unes après les autres !

D’autre part la création de la coordination infirmière s’est faite avec l’aide de la CFDT Santé qui a prêté ses locaux, son matériel et son concours, permettant ainsi à la gauche syndicale de jouer un mauvais jeu. Après la manifestation du 13 octobre, la Fédération de la CFDT était prête à signer les propositions gouvernementales avec FO et la CFTC. Tout comme le gouvernement, les syndicats de régime voyaient d’un mauvais œil la poursuite du mouvement qui débordait celui des infirmières et qui pouvait faire tâche d’huile sur le reste de la fonction publique. Cependant les dirigeants de la CFDT comprenaient bien qu’il ne leur était pas possible de signer tant que le mouvement conserverait toute sa vigueur et risquait même de s’amplifier. Aussi attendirent-ils impatiemment les signes d’un reflux. Ce n’est que le lundi 24 octobre, après que la coordination infirmière eût suspendu la grève, qu’ils purent se précipiter au ministère.

LES PRESSIONS À LA REPRISE DU TRAVAIL.

Sans les infirmières, dont le poids était prépondérant dans le mouvement de la Santé, les autres catégories qui ne s’étaient pas mobilisées avec la même ampleur et la même détermination ne pouvaient pas tenir longtemps. Aussi la suspension de la grève par les infirmières fut un tournant décisif signant le début du repli.

Après le 13 octobre, les infirmières subirent des pressions multiples, tant dans les services de la part du corps médical qui commençait à trouver la grève bien longue, qu’à l’extérieur. Si au début du mouvement les media montrèrent une image favorable à l’infirmière, le ton changea après le 13. Toute une campagne fut menée pour les inciter à la reprise du travail. Dans leur foyer elles subirent bien souvent des pressions de la part du mari qui commençait à se lasser d’avoir à s’occuper des travaux domestiques et des enfants. Rappelant assez crûment la condition féminine dans nos sociétés de classe. Enfin dans la coordination, la gauche syndicale, qui s’était présentée sous l’apparence de l’ami en « prêtant » son « aide » et ses locaux, put jouer son sale jeu en pesant de tout son poids pour inciter à la reprise.

Quant à la CGT, qui avait refusé de signer les accords (et quels accords ! Ceux-ci non seulement ne contenaient pratiquement rien pour les autres catégories du personnel, mais prévoyaient même jusqu’à 100% de retrait du salaire pour ceux qui continueraient la grève !) et appelait à la poursuite de la grève, tout en ayant un langage maximaliste, dans les faits elle continuait à inciter les travailleurs à s’organiser corporativement. Lorsque la Coordination du Personnel de la Santé, qui cherchait à regrouper l’ensemble des travailleurs sans distinction de catégorie sur une plate-forme commune, appela à une manifestation le 21 octobre et à un rassemblement le vendredi 28 octobre, comme par hasard les mêmes jours la CGT appela alors à une autre manifestation.

LE CORPORATISME.

Cependant on ne peut pas réduire la cause de l’échec du mouvement au simple rôle négatif des syndicats de régime. A eux seuls, ils n’auraient pas fait le poids. Non, le principal obstacle sur lequel vint buter le mouvement de la Santé résultait de sa propre limite  : le corporatisme !

 Il ne s’agissait pas d’un sentiment et d’un état d’esprit entretenus artificiellement par les syndicats et par les coordinations catégorielles, même si elles ont contribué en retour à figer cet état de fait. Malheureusement, dans l’état actuel des choses, le corporatisme était, et est profondément ancré chez les infirmières et les paramédicaux.

L’on a accusé les coordinations d’avoir divisé le personnel en suscitant le corporatisme. A l’inverse c’est le corporatisme dominant qui a créé les les coordinations catégorielles. C’est parce qu’elle était catégorielle que la coordination de infirmières a eu tant de succès et a pu rassembler si largement les infirmières.

Celles-ci se sont mobilisées avant tout sur une base professionnelle, en rejetant les autres catégories. Reproduisant le même comportement que les conducteurs de train en 86.

D’une part leur importance stratégique dans la Santé et leur nombre leur a donné l’illusion qu’elles pouvaient vaincre avec leur seule force. De l’autre l’absence de tradition de lutte, leur idéologie et leur mentalité petites bourgeoises les ont empêché de comprendre que la Santé formait un tout, que leurs collègues de travail se trouvent sur la même barque, et qu’avec leur aide non seulement la grève aurait été plus facile, mais elles auraient acquis une force incomparable. Elles auraient pu rassembler l’ensemble du personnel autour d’elles sur une plate-forme revendicative commune. Toutes les autres catégories étaient prêtes à les suivre.

Lors de la manifestation du 13 octobre, qui fut l’apogée du mouvement, elles avaient atteint le maximum de leurs possibilités (plus de 70.000 infirmières défilèrent alors dans les rues de Paris). Les nouvelles concessions que le gouvernement fut contraint de lâcher à la suite de ce grand défilé, correspondaient au maximum de ce qu’elles pouvaient arracher avec leurs seules forces. Elles avaient alors le choix entre, ou s’arrêter, ou continuer le mouvement en faisant appel aux autres catégories. C’est parce qu’elles ne surent pas et ne voulurent pas franchir cette étape décisive, qu’après trois semaines, subissant des pressions de toutes parts, exténuées, elles durent se résigner à suspendre la grève.

LA COORDINATION NATIONALE DU PERSONNEL DE LA SANTÉ.

A côté de la coordination infirmière, dès le 29 septembre, à la suite de la manifestation qui rassembla 20.000 personnes, fut créée la coordination du personnel de santé qui visait à rassembler toutes les catégories sur une plate-forme revendicative commune  :

Parmi toutes les coordinations, celle des infirmières était la plus grande. Les autres qui étaient de petites coordinations venaient loin derrière. Néanmoins parmi elles la coordination nationale du personnel de la Santé était la plus importante. Pour avoir une idée approximative de sa force on peut se rapporter à la manifestation nationale qu’elle organisa le 21 octobre et qui regroupa au maximum 10.000 personnes, mais plus vraisemblablement aux alentours de 5000 personnes. Il faut préciser cependant que le mouvement était déjà sur sa pente descendante.

 On était loin des 100.000 personnes, composées pour les 2/3 d’infirmières, de la manifestation du 13. Qui avait toutefois eut lieu à l’appel de l’ensemble des coordinations et de la CGT.

Au début du mouvement rien n’était joué et l’on pouvait espérer qu’il aurait été possible d’unifier l’ensemble du personnel sur une plate-forme revendicative commune  ; qui somme toute correspondait à 90% des revendications mises en avant par les autres coordinations. De fait, la coordination nationale du personnel de la Santé, qui étendait ses ramifications sur presque tous les hôpitaux de Paris et dans un grand nombre d’établissements de province, remporta de beaux succès. A Beaujon, à Henri Mondor, à la Pitié-Salpétrière, à St Antoine (quatre grands établissements hospitaliers de Paris), dans certains hôpitaux de province comme à Lyon, elle réussit à regrouper la majorité du personnel en lutte. À Henri Mondor au travers d’un comité de grève il fut possible de tenir des assemblées générales communes avec la coordination des infirmières.

Malheureusement c’est l’aspect corporatiste qui l’emporta. Et ceci parce que les autres catégories de personnel ne surent pas se mobiliser suffisamment pour permettre d’inverser le processus. Les raisons en sont multiples. À côté des infirmières, la grande masse des personnels hospitaliers est composée d’aides soignantes et d’agents hospitaliers qui se trouvent en bas de la hiérarchie et qui de ce fait en subissent tout le poids. Ce qui rend leur mobilisation plus difficile. La conspiration du silence des mass media qui focalisaient volontairement l’actualité sur les infirmières, en découragea aussi un grand nombre. A cela vint s’ajouter le rôle négatif exercé par les syndicats et les coordinations catégorielles. Le sentiment de rejet qu’éprouva le reste du personnel de la part des infirmières eut aussi une influence négative.

Comme dans la grève des cheminots, deux coordinations apparurent donc. Celle catégorielle des infirmières et celle inter catégorielle du personnel de Santé. Les autres coordinations, beaucoup plus petites eurent un rôle de frein en contribuant à fractionner encore plus le mouvement. Le fait que dans la plupart des conflits sociaux, le corporatisme l’emporte, correspond à la situation actuelle, qui voit partout depuis 1926 le triomphe de la contre-révolution, et dont l’on ne sortira pas sans une profonde rupture au sein de la société bourgeoise. Rupture qui ne pourra venir que d’une crise type 1929, qui tel un tremblement de terre bouleversera les fondements de cette société. Les luttes sociales qui depuis la crise de 1975 agitent sporadiquement la société bourgeoise sont autant de prodromes de la future tempête sociale. Localement, suivant la gravité de la situation économique, momentanément l’unité des travailleurs peut triompher. Et là où nous pouvons exercer une influence avec nos modestes forces nous devons travailler dans ce sens. Comme nous l’avons fait dans le mouvement de la Santé à travers la coordination du personnel de la Santé.

En Belgique parce que la situation économique est plus grave, les grèves hospitalières se sont faites sur une base unitaire.

LA GRÈVE HOSPITALIÈRE D’OCTOBRE 1978 EN ITALIE  : LA DÉMOCRATIE CONTRE LES TRAVAILLEURS.

De ce point de vue il est intéressant de comparer la grève que nous venons de vivre dans le secteur de la Santé avec le mouvement hospitalier d’octobre 1978 en Italie. Là aussi la grève fut nationale et échappa totalement aux syndicats de régime. Mais à la différence du mouvement français, elle ne fut pas corporatiste  ; tous les travailleurs luttant au coude à coude sur une plate-forme revendicative commune, elle eut de ce fait une tournure beaucoup plus radicale.

Du point de vue économique la situation hospitalière était, et est toujours, bien plus dramatique. Les conditions de travail s’étaient gravement dégradées et le niveau de vie avait nettement baissé au fil des ans. Tous se sentaient menacés dans leur avenir professionnel par les fermetures de services et même d’établissements entiers. La grève dura un mois et fut proclamée et organisée par la coordination hospitalière citadine, qui dérivait de la coordination hospitalière de base, laquelle durant plusieurs années avait déjà développé une lutte syndicale classiste.

Voici comment à l’époque nous avions analysé ce mouvement dans notre journal « Il Partito Comunista » (novembre 1978 ; n°1157) :

« Durant ces trente jours, tous, plus ou moins ouvertement, furent contraints à se montrer tel qu’ils sont, à établir dans quelle position ils se trouvent vis à vis de la classe ouvrière. La grève des travailleurs hospitaliers a eu le mérite de mettre à nu l’identité politique et sociale de tous les protagonistes, directement ou indirectement impliqués dans ce puissant conflit. (…) La première observation qui s’impose, c’est qu’une catégorie de travailleurs, pour ne pas se laisser étrangler par des salaires de misère, a dû ébranler le mur de protection du régime érigé par les syndicats tricolores, tous bâtis sur le modèle fasciste. La preuve en est, les bonzeries syndicales se sont ouvertement déclarées ennemies du mouvement de grève et l’ont saboté et calomnié.

Seconde observation : les faux partis ouvriers, le PCI et l’Unita en tête, ont déployé le maximum de force et d’énergie pour diviser les travailleurs, pour dresser contre eux l’opinion publique  ; c’est-à-dire celle des petits bourgeois, de l’aristocratie ouvrière, des bourgeois, des « barons » et des mafiosi en tout genre.

Troisième observation : les nouveaux organes de la démocratie moderne, les Régions ont fait bloc avec les ennemis des travailleurs.

Enfin la dernière : le gouvernement voulu et présenté comme le meilleur possible, comme le plus démocratique, s’est effectivement démontré le plus démocratique, le meilleur possible pour la bourgeoisie contre les intérêts élémentaires des travailleurs.

 Une autre considération encore : les étudiants, les groupuscules, les « révolutionnaires’’, les « ultras », les gauchistes, où ont-ils fini ? Même quand une seule section de la classe ouvrière se met en mouvement sur des bases de classe, elle fait le vide autour d’elle. Elle a le pouvoir de cristalliser d’un côté les forces authentiquement révolutionnaires et prolétariennes et de l’autre tout ce qui est réactionnaire, authentiquement anti-ouvrier et anticommuniste.

Deux fronts bien distincts et visibles : d’un côté les ouvriers en lutte pour la défense de leurs intérêts matériels, avec des moyens d’action directs, de l’autre, le gouvernement, les partis, les syndicats et les régions, tous des organes périphériques de l’État, et derrières eux les classes et les couches sociales non prolétariennes. La démocratie implique la cohabitation civile de toutes les classes pour la conservation du régime capitaliste. Et bien, la grève des travailleurs hospitaliers a concouru à déstabiliser les fondements du régime démocratique ; elle a démontré que le prolétariat, enchaîné au char du capitalisme, est contraint d’en briser les liens pour défendre son existence. » (novembre 78.)

LA GRANDE PEUR DU GOUVERNEMENT ET DES SYNDICATS TRICOLORES.

La grève de la Santé en France n’a pas eu cet aspect radical, et elle ne pouvait pas l’avoir tant que les travailleurs de la santé restaient empêtrés dans leurs divisions catégorielles. D’un certain point de vue la grève fut même relativement facile. Les mass media ne se sont pas déchaînées contre le mouvement, au contraire elles ont diffusé une image plutôt sympathique de l’infirmière, tout en exerçant le plus souvent une conspiration du silence sur les autres catégories. Les syndicats, eux même, tout en exerçant leur sale travail habituel de division, ne se sont pas opposés ouvertement à la grève, ils ne l’ont pas calomniée.

Tout aurait changé si l’ensemble du personnel s’était battu sur une plate- forme revendicative commune, derrière une seule coordination. Le mouvement aurait pu d’ailleurs faire tâche d’huile sur les autres secteurs du service public. Le risque existait réellement. D’autres grèves dans ces secteurs ont éclaté à ce moment, notamment aux PTT (la Poste).

 Chaque fois que des manifestations du service public furent organisées par les syndicats, la coordination du personnel de Santé appela à y participer. C’était effectivement la tactique juste ; car s’il y avait eu une réelle mobilisation des travailleurs, en se montrant dans la rue il aurait été possible d’établir des liens avec eux.

Pour la manifestation du 15 novembre qui avait lieu à l’appel de la CGT, des contacts furent pris avec la coordination des cheminots et des PTT, afin de défiler en commun. Sur les hôpitaux seule la coordination du personnel de santé diffusa des tracts et organisa des assemblées pour appeler à participer à la manifestation. La CGT, qui en était pourtant l’initiatrice, par peur d’une quelconque radicalisation se garda bien de diffuser le moindre tract, de répandre le moindre appel.

 Malheureusement l’on put se rendre compte que seules étaient présentes les troupes de la CGT, que la grande masse des travailleurs était absente et qu’il y avait peu de chance pour que le mouvement puisse repartir du reste de la fonction publique.

 Toutefois lorsque le mouvement était encore en plein essor, tout n’était pas joué. Il n’était pas dit qu’il resterait jusqu’à la fin purement catégoriel, ni qu’il ne ferait pas tâche d’huile sur le reste du service public. Et c’est bien de ça que le gouvernement avait peur. C’est pourquoi il était pressé de conclure un accord avec les infirmières. Et qu’après le 13 octobre, tous, syndicats, mass media, etc.., exercèrent le maximum de pression pour qu’elles reprennent le travail.

LE RÔLE DES ORGANISATIONS TROTSKISTES.

Un aspect frappant de cette grève fut l’apparente marginalisation de l’opportunisme traditionnel, nous voulons dire le stalinisme. À sa place, dans les coordinations se trouvaient partout présent les différents courants trotskystes.

Sans avoir l’importance des staliniens, il est indéniable que depuis la crise de 75 les trotskystes ont réussi à développer une certaine base ouvrière, et que l’on retrouve leurs militants dans tous les conflits sociaux d’une certaine envergure. Pour ne citer que les derniers en date, l’on peut rappeler la grève des cheminots, de la Snecma, des mécaniciens d’Air France, des postiers et bien sûr celle de la Santé.

Si bien que dans l’affrontement de classe de demain, les différents courants trotskystes viendront relayer l’opportunisme traditionnel, en apportant leurs propres confusions, en diffusant au sein du prolétariat leurs préjugés petits bourgeois et démocratiques.

 La difficile recomposition de classe du prolétariat derrière son parti, qui n’aura pas peur de se réclamer ouvertement de la dictature du prolétariat et de l’abolition du salariat, passera par une lutte acharnée contre les différentes forme de l’opportunisme dont celle trotskyste.

 Sur le terrain syndical, chaque tendance a sa propre tactique. Le courant le plus à droite, l’OCI, encore appelé PCI, qui au sein de FO fricote avec Bergeron (secrétaire général de la CGT), est pour l’intersyndicale et contre les coordinations. C’est-à- dire pour le front uni des syndicats tricolores, contre toute tentative de renaissance d’un syndicat de classe à partir de l’émergence de nouveaux organismes immédiats.

Les deux autres courants trotskystes au contraire se retrouvent derrière les coordinations. La « ligue communiste révolutionnaire » (LCR) participe à la création de coordinations corporatistes ( coordination des conducteurs de trains, des infirmières, etc..,), alors que « lutte ouvrière » (LO) contribue à la création de coordination intercatégorielle.

 Autre point de différence entre eux, la LCR cherche à maintenir en vie les coordinations après la lutte, tandis que pour LO elles naissent et meurent avec le mouvement. Pour ces derniers la coordination vient compléter les syndicats en offrant une structure plus démocratique permettant aux masses de mieux s’exprimer. Elle est un succédané de ce que seraient les conseils ouvriers dans une situation révolutionnaire qui se voient confier la mission d’unifier démocratiquement le prolétariat. Dans cette optique – qui n’est pas propre à ce seul courant – la question syndicale devient secondaire.

Au contraire pour nous autres marxistes révolutionnaires, trois conditions sont nécessaires et suffisantes pour que le prolétariat puisse prendre le pouvoir. 1° l’existence d’un puissant prolétariat industriel ; 2° un important réseau d’organismes économiques immédiats qui enserre les larges masses prolétariennes ; 3° un parti communiste ayant acquis une influence décisive sur le prolétariat au travers du réseau syndical. La présence de conseils ouvriers est tout à fait secondaire. Ceux-ci pouvant surgir avant ou juste après la prise du pouvoir. En mars 1920, lors du putsch du général Kapp, et 1923 le parti communiste allemand aurait pu prendre le pouvoir. Or dans les deux cas il n’y avait pas de conseils ouvriers. Ces derniers se seraient formés juste après le renversement de la bourgeoisie.

LE RÔLE DU PARTI 

Notre parti a essayé de faire entendre sa voix en agissant dans la coordination du personnel de la Santé. Le travail d’agitation et d’organisation fut porté contre tout ce qui divisait les travailleurs de la Santé (le corporatisme, les syndicats tricolores et les coordinations catégorielles), en essayant de regrouper tous les travailleurs, syndiqués et non syndiqués, derrière la coordination du personnel de la Santé, ou du moins, en les invitant à s’organiser en une seule coordination.

 Parallèlement on tenta d’expliquer le besoin d’une organisation économique de classe qui rassemble tous les travailleurs, par delà les divisions de catégorie et de métier, et qui soit donc capable de se maintenir indépendamment de la contingence des conflits. Comme le fit naguère la CGT au temps de Jules Guesde et Lafargue et plus tard avec Rosmer et Monatte.

Ce point est fondamental, car ce n’est pas par la démocratie que l’on unifiera le prolétariat, mais par la lutte en développant le sens de la solidarité et de l’organisation de classe. Tant que la bourgeoisie se maintiendra au pouvoir, l’idéologie dominante sera la sienne et les communistes resteront une minorité. Néanmoins la grande masse des travailleurs est poussée, par les nécessités économiques à défendre ses intérêts matériels contre les attaques de la bourgeoisie. Ce qui l’oblige à s’organiser sur le plan économique. On peut rappeler ce que Marx et Engels écrivirent à ce propos dans le « Manifeste du Parti Communiste » :

« La concurrence croissante des bourgeois entre eux et les crises commerciales qui en résultent rendent les salaires des ouvriers de plus en plus instables ; le perfectionnement constant et toujours plus rapide de la machine rend leur condition de plus en plus précaire ; les collisions individuelles entre l’ouvrier et le bourgeois prennent de plus en plus le caractère de collisions entre deux classes. Les ouvriers commencent à former des coalitions contre les bourgeois ; ils s’unissent pour défendre leurs salaires. Ils vont jusqu’à former des associations permanentes, pour être prêts en vue de soulèvements éventuels. Ça et là, la lutte éclate en émeutes.

 De temps à autres, les ouvriers triomphent ; mais c’est un triomphe éphémère. Le véritable résultat de leurs luttes est moins le succès immédiat que l’union de plus en plus large des travailleurs. Cette union est favorisée par l’accroissement des moyens de communication qui sont créés par une grande industrie et qui font entrer en relation les ouvriers de localités différentes. Or, il suffit de cette prise de contact pour centraliser les nombreuses luttes locales de même caractère en une lutte nationale, pour en faire une lutte de classes. Mais toute lutte de classes est une lutte politique, et l’union que les bourgeois du Moyen âge mettaient des siècles à établir, avec leurs chemins vicinaux, les prolétaires modernes la réalisent en quelques années grâce aux chemins de fer.

Cette organisation des prolétaires en classe, et donc en parti politique, est sans cesse de nouveau détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eux. Mais elle renaît toujours, et toujours plus forte, plus ferme, plus puissante. »

A l’évidence les syndicats tricolore ne remplissent pas cette fonction, et il est illusoire de croire qu’un jour il sera possible de les transformer. Désormais le processus d’intégration de ces organismes au régime actuel est irréversible. C’est pourquoi les travailleurs sont poussés, et le seront toujours plus, à s’organiser en dehors et contre eux.

 Le devoir du parti est d’encourager ce processus, le seul qui pourra conduire à la renaissance de vrais syndicats de classe perméable à l’influence du parti communiste.

« 7. (…) Dans les périodes défavorables et de passivité de la classe prolétarienne, le parti a pour tâche de prévoir les formes et d’encourager l’apparition des organisations immédiates à objectifs économiques qui, dans l’avenir, pourront même prendre des aspects tout à fait nouveaux, après les formes bien connues telles que ligues de métier, syndicats d’industrie, conseils d’usine, etc. Le parti encourage toujours les formes d’organisation qui facilitent le contact entre les travailleurs de différentes localités et de différents métiers et leur action commune, et repousse les formes d’organisation fermées. » (Thèses caractéristiques du parti. 1951).

En conclusion l’on peut dire maintenant que partout où éclatera une lutte quelque peu radicale, les travailleurs seront conduits à s’organiser en dehors des syndicats de régime. Et lorsque ce phénomène, qui est devenu banal en Italie, tout du moins dans les services publics, aura pris une certaine ampleur en France, l’on peut s’attendre à ce qu’il traverse le Rhin et la Manche.