Parti Communiste International

Réunion du Parti : Florence 6 – 7 Mai 1989.

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La réunion périodique de travail du parti s’est tenue à Florence samedi 6 et dimanche 7 mai. Comme une sonde notre travail diligent traverse ces longues décennies de détritus incohérents des fausses écoles et illusions sociales – la démocratie, la paix, le progrès, le socialisme en un seul pays, etc… – qui s’accumulent et se répètent de façon désordonnée, sans logique historique ni issue, dans le seul but de masquer le magma comprimé de l’expropriation planétaire de classe, de la lutte entre les classes, de l’inévitable guerre inter-capitaliste, du marxisme original, qui, science éversive d’une seule classe, est l’unique qui n’est pas contraint à mystifier et nier ces phénomènes. Cette œuvre de prospection est aujourd’hui d’une difficulté extrême pour le parti, non certes pour la dureté des couches de pourriture à traverser, mais à cause de leur puissance presque séculaire, et de l’atmosphère droguée que les opérateurs respirent à la surface.

Les rapports que nous exposons aux réunions et que nous diffusons avec notre presse sont vus dans ce sens, non comme une démonstration de culture individuelle ni de groupe, mais un travail collectif de manutention empressée de l’ensemble parti-programme communiste, et de relevés objectifs et passionnés tout à la fois de l’état des fissures qui s’ouvrent de plus en plus sans les bastions de la société capitaliste mourante.

 Dans une coïncidence non fortuite avec la trouvaille « écologique » imposée aux manifestations nonchalantes du dernier Premier Mai – et seulement pour ne pas avoir à parler de ticket et de retraites -, la réunion commença par l’exposé d’une première ébauche, qui sera développée plus à fond dans la prochaine réunion. Il s’agissait de polémiquer sur l’ultime horreur réactionnaire à la mode, la soi-disant « biosociologie« , selon laquelle, en s’appuyant sur les paroles d’Engels, l’homme est un animal, et il faut surtout qu’il le reste ! C’est un évolutionnisme tardif, vraiment « bestial », comme disent les jeunes. Des arguments toujours discutés dans la sphère bourgeoise, comme les conclusions les plus générales de la théorie de la thermodynamique et de son troisième principe ainsi que les modèles physiques d’univers ouvert ou fermé étaient cités.

La réunion se poursuivait sur le thème des tâches et forme du parti communiste dans l’arc historique des premières sectes communistes au Manifeste et à la Ligue, jusqu’à la fondation de la I ère Internationale et à sa dissolution décrétée par Marx lui-même. Nous mettions en évidence l’opposition catégorielle abusive entre parti historique et parti formel, programme et organisation militante, en interprétant la phrase connue de Marx que le parti était, à des moments donnés, réduit à lui et son ami Engels. Les lettres entre les deux sont un merveilleux exemple de correspondance de parti, non dans le sens politique de détachement froid et prudent, mais de compagnons qui tendent à travailler ensemble, c’est-à-dire se discipliner, se conseiller, s’aider dans l’unique bataille. A l’extérieur du parti, il n’existe pas d’autres sujets dépositaires possibles du programme. S’éloigner de l’organisation pour atteindre le programme n’a aucun sens.

Dans les époques de contre révolution, après 1848 comme après 1926, la tâche du parti a été la recherche des causes de la défaite, aujourd’hui en particulier les erreurs tactiques de la IIIème Internationale, et démasquer le faux socialisme russe et chinois. C’est le travail doctrinaire de recherches historiques du parti, réuni à la force physique contingente d’un mouvement de classe renaissant qui contraindront l’État russe à avouer sa nature capitaliste.

Le rapport sur l’ Irlande a constitué l’introduction à un travail bien plus ample que le parti conduit sur la question irlandaise. Après s’être arrêté un instant sur les dernières évolutions électorales de l’ IRA, qui montre de plus en plus ouvertement son vrai visage démocratico-populiste et bourgeois, le relateur a synthétiquement décrit les vicissitudes à travers lesquelles l’Irlande est passée ces deux derniers siècles. Les généreuses luttes de la période qui va de la révolution américaine aux premières décennies du 19ème siècle furent chaque fois défaites, surtout parce que l’Irlande avait la disgrâce d’être trop proche de l’Angleterre. La grande famine des années 1840 fut provoquée non tant par les insectes que par les lois impitoyables d’un capitalisme en développement rapide. C’est aussi de cette période que date le développement industriel de 1′ Ulster, premier pas vers la différenciation entre les deux Irlande, clé de voûte pour comprendre les raisons réelles de la division actuelle. Mais ce fut seulement à partir de la fin du 19ème que le gouvernement anglais commença à exploiter systématiquement les contrastes entre catholiques et protestants, contrastes qui reflétaient les différences économiques réelles et croissantes entre le Nord et le Sud de l’ île. Cette politique s’intensifia dans les décennies suivantes, au fur et à mesure que le gouvernement de Londres se rendait compte qu’ il n’aurait pas réussi à poursuivre la domination de l’ Irlande entière ; dès lors la lutte pour l’indépendance s’identifia avec les catholiques.

Dans une Irlande coupée en deux, la guerre civile devint inévitable : renvoyée par la guerre ( qui vit cependant une courageuse mais infortunée insurrection à Dublin en 1916), elle explosa tout de suite après .

Le statut, offert par Londres, d’États formellement indépendant, même privé de l’Ulster, fut accepté par beaucoup des dirigeants indépendantistes, et le nouveau gouvernement commença en 1922 à constituer sa propre armée, dont le but était principalement de contrôler les nombreux ‘mécontents’ qui voulaient une Irlande unie. La lutte reprit de plus belle entre les ex-compagnons d’armes, et à la fin la bourgeoisie irlandaise parvint à « pacifier » le pays. Le capitalisme irlandais, plus agraire qu’industriel, avait réussi à avoir « son » État, mais seulement grâce à de lâches négociations avec Londres, et non par la force militaire et politique, et au prix de la renonciation à la partie la plus riche de l’île. Sa violence « révolutionnaire » s’exprima surtout vis-à- vis des rebelles qui n’acceptèrent pas l’accord capitulard.

 Aujourd’hui le Sinn Fein continue à parler d’ Irlande unie comme d’un paradis sur terre, qui une fois conquis pourrait résoudre comme par enchantement tous les problèmes du pays, alors que ceux -ci sont causés au contraire par une situation économique de portée mondiale. Il s’agit en réalité d’un faux objectif que la bourgeoisie irlandaise agite face au prolétariat pour en détourner la force éversive, objectif que le prolétariat doit ignorer pour être libre de lutter par lui-même et pour lui seulement.Tandis qu’aux temps lointains de la bourgeoisie révolutionnaire, le marxisme a souhaité la formation d’ une Irlande indépendante, surtout parce que ceci aurait constitué une libération aussi pour les ouvriers anglais afin qu’ils luttent pour leur propre émancipation, aujourd’hui l’objectif de la réunification nationale est une déviation de la reprise sur des bases de classe des luttes économiques et politiques.

 Les heures restantes du samedi furent consacrées aux camarades qui développent pour le parti des activités dans les groupes d’opposition syndicale pour la défense des travailleurs et contre le syndicalisme de régime. Tout d’abord un camarade français donnait un ample compte-rendu de la grève hospitalière de l’automne passé, de ses motivations, de l’instinctive volonté de s’organiser en dehors des syndicats bourgeois, et de ses faiblesses catégorielles. Ensuite il s’étendit sur l’intervention du parti dans la coordination inter catégorielle des hospitaliers, en insistant pour l’organisation et la lutte commune de tous les travailleurs du secteur, en opposition avec l’archipel multicolore de groupes confus du gauchisme soi-disant trotskyste. La transcription complète du rapport est publiée dans cette revue. Lui faisait suite un autre camarade pour informer le parti sur les derniers évènements du mouvement des COBAS de l’ École en Italie. La « victoire » électorale dans les élections du Conseil national étatique de l’instruction publique dans lequel la majorité du mouvement a voulu s’engager, comme nous l’avions prévu, a provoqué une fausse et dommageable « politisation » sinistroïde-parlementaire qui a amené à de stériles oppositions entre travailleurs, et à diffuser l’illusion que leurs problèmes sont solubles par le vote, et par de pareilles institutions, et non par la lutte et l’organisation. Les courants les plus opportunistes et de gauche syndicale ont tiré évidemment le plus d’avantages de l’apparent bon résultat électoral. L’autre erreur grave a été de ne pas participer organisés en Cobas aux grèves convoquées par les syndicats de régime contre les tickets sanitaires. Aucune décision n’a été prise, donnant l’impression par la suite de fermeture de l’horizon catégoriel et de reconnaissance tacite de l’exclusive confédération pour les problèmes et la mobilisation de la classe. De plus le danger de se faire entraîner par le courant de « gauche » des parents et des partis pour la défense de l’école soi-disant publique existe.  A cette réunion de parti, nous organisions notre intervention à la grève générale du 10 mai et à la manifestation à Rome convoquée par les Cobas-école pour le 20, pour laquelle nous préparions le texte du tract qui est publié dans Il Partito de juin.

Le dimanche matin nous commencions les rapports à l’heure exacte avec la poursuite du compte-rendu de l’histoire de notre fraction de gauche dans la IIIème Internationale. Si en 1926 encore, au 6ème Exécutif Élargi, tout en dénonçant que la « pyramide » de l’ Internationale ondoyait dangereusement parce qu’elle s’appuyait non sur un parti mondial fonctionnant, mais sur le sommet de la section russe, nous ne nous considérions pas encore comme une fraction, et nous refusions de nous organiser ainsi. C’est seulement en 1928 qu’on donnera vie à la fraction Internationale de gauche. Le relateur fait la liste des faits qui détermineront la précipition définitive de la situation à l’intérieur du parti. Primo ce fut la directive erronée de travail syndical inspirée de la tactique du front unique, qui prévoyait le travail des fractions syndicales communistes non seulement dans les syndicats de classe, mais aussi dans les syndicats bourgeois, jaunes, scissionnistes, et directement fascistes. En parallèle l’ Internationale engageait des tractatives avec la Centrale syndicale bourgeoise d’ Amsterdam qui aurait dû être au contraire dénoncée aux travailleurs comme l’instrument de la conservation impérialiste. Évidemment ce fut Amsterdam qui après de longues tractatives stériles fit échouer le projet. Le second fait est constitué par l’attitude de Moscou vis à vis de la grève générale en Angleterre avec l’engagement de l’ Internationale dans la constitution du Comité anglo-russe. Le troisième grave égarement fut d’appuyer en Pologne le coup d’ État et la dictature militaire. Le PC polonais appuya d’abord Pilsuski qui n’était certes pas une nouvelle connaissance, puis subit une dure répression. L’ ‘erreur de mai’ fut dictée par Moscou, et fut attribuée comme cela devint une habitude aux seuls communistes polonais, alors qu’en réalité la responsabilité incombait au parti mondial.

1927 est l’année de la contre révolution en Chine, véritable et tragique démonstration de la faillite de la tactique du Front Unique. Même Trotsky dut convenir que du moins l’utilisation du front unique fut erronée. Comme de amples études du parti le démontrent, tandis que le PC chinois, dès 1924 après la formation des soviets, demandait à l’ IC de rompre avec le Kuomintang, celle-ci s’y opposa toujours en soutenant que le Kuomintang n’était ni un vrai parti, ni l’expression d’une seule classe. En 1926 elle le fit directement entrer dans l’ IC. Même quand Ciang Kai Shek réussit son coup d’ États et réprima dans le sang communistes et ouvriers, l’ IC interdit les grèves et les révoltes paysannes. L’insurrection de Schangaï se produisit en 1927 ; Ciang massacra les insurgés, mais l’ IC ne rompit toujours pas l’alliance.

On donna ici lecture à la réunion d’une page prévoyante de notre Ottorino Perrone, sur la juste interprétation à donner à la tactique léniniste au sujet des questions nationales.

Le relateur décrivit ensuite les attitudes aberrantes assumées contre les oppositions en Russie, qui culminèrent avec le limogeage de Zinoviev comme président de l’ IC. Pour le dixième anniversaire de la Révolution d’ Octobre, les oppositions, Trotsky y compris, commirent l’ingénuité d’appeler les masses à lutter contre la dégénérescence du parti : si les communistes eux-mêmes n’avaient pas pu sauver l’ Internationale, les travailleurs auraient pu le faire encore plus difficilement ! Ce rapport, qui sera publié sur la revue Comunismo, se poursuivra lors des prochaines réunions, en collaboration avec un camarade italien et une camarade française.

Deux autres camarades firent un exposé sur le Capital de Marx. Commentant le Premier Livre nous sommes revenus sur notre concept de critique de l’économie politique, entendue non comme une nouvelle « économie » que nous voudrions substituer à celle bourgeoise du libéralisme, mais comme la démonstration de fausseté et sa démolition par une classe destinée par l’histoire à cette oeuvre révolutionnaire.Le premier objet de notre critique est le concept de marchandise, le fétiche marchandise disons-nous, auquel la société actuelle est contrainte de se prostituer. Au contraire, si marchandise signifie aliénation du travail, nous reconnaissons le communisme dans le dépassement historique de l’usage social de la valeur économique. Sur l’élimination de l’argent comme médiateur entre les produits du travail humain, on oppose le programme révolutionnaire immédiat, bien esquissé dans la critique de Marx du programme de Gotha, aux perspectives vides petites bourgeoises, des petits producteurs, petits mercantiles et intellectuels, encore aujourd’hui en vogue par détermination historique. Sur le Troisième Livre, au contraire, nous nous sommes approchés des mécanismes de la finance et du commerce mondiaux qui déterminent la crise générale du système capitaliste. Après avoir décrit la détermination du taux de profit pour le capital commercial comme dérivé de celui du capital industriel, avec lequel il constitue un tout nécessaire pour la production et la circulation, nous passons à la description de l’origine du capital financier dans la fonction primitive du changeur d’argent. Dans la garde des trésors, comme activité en soi, n’apparaît ni la production de marchandises, ni la marchandise elle-même. Le schéma du chapitre 19 de Marx est D-D’ dans lequel D’ est plus grand que D, schéma différent de celui du capital commercial D-M-D’, et de celui industriel D-M-M’-D’.

 À la fin de la réunion, un camarade exposait son travail de mise à jour du grand tableau statistique de l’économie américaine, tableau utilisé depuis toujours par le parti pour ses recherches économiques. Par manque de temps, on renvoyait l’illustration du tableau et les considérations des phénomènes qui y étaient représentés à une prochaine réunion. Après avoir pris les accords de travail nécessaires et ceux pour les publications dans les diverses langues, nous nous séparions en prenant l’engagement de maintenir le rythme de notre travail.