Międzynarodowa Partia Komunistyczna

Le Parti Communiste dans la Tradition de la Gauche (Prémisse – Partie 2)

Kategorie: Organic Centralism, Party Doctrine, Party History

Post nadrzędny: Le Parti Communiste dans la Tradition de la Gauche

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PRESENTATION à la publication de 1986

Le texte qui suit, Le Parti Communiste dans la tradition de la Gauche de juin 1974, est le produit de l’effort collectif du parti pour remettre de l’ordre dans les questions fondamentales ; ces questions sont remises en discussion chaque fois que l’organisation subit des embardées qui, en principe, se concrétisent par des fractures plus ou moins manifestes et étendues, plus ou moins utiles à potentialiser l’action du parti sur la base de la continuité et l’unicité de théorie,programme, tactique et organisation. Il n’y a rien à modifier dans le texte, composé „d’un seul jet” sous la pression de l’urgence dictée par le besoin toujours présent et impérieux de remettre sur pied les fondements sur lesquels en 1952 le Parti avait démarré.

Ce travail paraît dans un opuscule, le premier d’une série, parce qu’alors le nouveau titre de l’organe de presse du Parti, Il Partito Comunista n’avait pas encore été décidé. C’est pourquoi la diffusion de ce texte a été limitée, alors qu’il est indispensable que les camarades, les lecteurs et les prolétaires qui suivent notre lutte connaissent et examinent les solutions que la Gauche a donnéeset donne aux questions complexes, résumées dans le titre d’un de nos textes classiques Nature, fonction et tactique du Parti Communiste révolutionnaire de la classe ouvrière de 1945.

Y est exposé, avec notre méthode historique puissante et impersonnelle, la cohérence parfaite de la définition du Parti Communiste selon l’école marxiste, représentée, après la destruction de la III Internationale, uniquement par la tradition de positions et de bataille de la Gauche Communiste italienne.

S’étendant sur un demi siècle, de 1920, année encore de révolution en Europe, jusqu’au récent 1970, couvrant un long cycle de contre révolution(tout autre que les mesquines „nouvelles phases” découvertes tous les six mois par l’immédiatisme anti marxiste), les citations, et les prémisses qui les introduisent, montrent les caractéristiques historiquement déterminées du parti révolutionnaire, « projection aujourd’hui de l’homme-société de demain ».

Le texte, précisément parce qu’il n’ajoute ni ne modifie rien aux assertions que la Gauche défendit dans l’Internationale contre la corruption stalinienne, et ensuite contre l’abâtardissement des courants anti staliniens de matrice non marxiste, et d’autant qu’il fut codifié et de fait réalisé dans une longue tradition de parti international de cet après guerre, constitue un document synthétique et systématique, et la confirmation de nos Thèses programmatiques sur les soi disant questions d’organisation. Nous portons à la connaissance des jeunes générations de prolétaires, révolutionnaires de demain, et de quiconque se rapproche de nous, ces Thèses revendiquées par notre organisation de parti et par nous seulement.

Le texte qui suit fut rédigé au lendemain de l’ultime lacération dans le corps du parti, la plus grave et la plus dramatique de l’après guerre parce que voulue et conduite justement par le Centre dirigeant contre ceux qui dans le Parti se déclaraient entièrement fidèles aux principes programmatiques et à la discipline organisative. Il est à considérer comme la poursuite d’un travail développé selon notre tradition et notre méthode, avec lequel s’était maintenue, dans la furie des „nouveaux cours” organisatifs, l’orientation correcte sur les principes de base qui règlent et disciplinent la vie du partie, son action, sa nature ; travail qui avait été proposé à toute l’organisation afin qu’elle ne perdît pas le nord de la boussole révolutionnaire.

Il circula alors comme texte interne, destiné exclusivement aux camarades du parti et au Centre, parce qu’il ne s’intéressait qu’à la révocation de la mesure administrative d’expulsion, dirigeant les forces de tous les camarades à confirmer les bases homogènes communes, l’antique méthode de travail commune, les principes communs qu’en parole personne ne disait vouloir remettre en question. Et surtout réaffirmer ces caractéristiques et formes particulières de la vie de relation à l’intérieur du parti qui l’avaient caractérisé depuis sa reconstitution dans l’immédiat après guerre.

Texte et travail de parti, et non document polémique ou chef d’accusation scissionniste envers une prétendue „autre partie” ; dans la prémisse d’alors on pouvait lire : « Ce travail est une modeste contribution, développé sur la trace proposée quelques années avant par le Centre, rejetée comme si elle eût été un ramassis de blasphèmes et d’inepties. Si la „boussole” n’était pas devenue folle, le texte aurait paru dans les colonnes de Programma Comunista, à la place certainement des articles équivoques sur l’”organisation” ».

Nous dûmes constater que la boussole était devenue folle et de façon irréversible : les deux organisations ont depuis lors poursuivi des routes différentes, et nous n’avons plus à présenter des demandes ou des reproches. Il en reste cependant une leçon à laquelle nous ne renonçons pas, la méthode avec laquelle il fut répondu au désastre envahissant de la scission, et des erreurs qui la provoquèrent, la soutinrent et de façon obscène la conclurent les années suivantes ; erreurs qui ont vu se réduire à d’ignobles et honteux lambeaux cette prétendue organisation de fer qui aurait dû surgir avec l’éloignement des faibles, des „indisciplinés”, de la fraction,comme on disait, des anti-centralisme, qui s’opposaient aux nouveaux cours organisatifs, aux coups disciplinaires, non par crainte de la discipline et de la puissance organisative, mais parce qu’ils voyaient dans ces moyens, dans ces critères, la voie de la désorganisation, et donc de la rupture de l’unité programmatique.

Ce travail tenace visait à susciter dans le Parti non des satisfactions personnelles de „défaites” ou de „victoires”, mais une saine réaction qui l’amenât dans son ensemble sur les positions correctes, sans réhabilitations ou autocritiques ou procès à qui que ce soit.

Le texte propose donc seulement une affirmation correcte, tirée de la tradition intégrale de la Gauche Communiste, des postulats connus de tout le parti et acceptés de tous les militants, qui ont travaillé à forger les vieilles et nouvelles générations avec la volonté de fortifier et dilater l’organisation combattante de parti, qui se renforçait au travers de ce travail continu et infatigable.

Dans la déroute et la retraite générale du mouvement prolétarien, quand même les partis qui se déclaraient communistes cédaient aux vieilles superstitions bourgeoises et idéalistes qui s’appuient sur le mythe du chef illustre, ou sur le respect petit-bourgeois de la hiérarchie, ou pire encore sur les majorités arithmétiques, la Gauche fut la seule à savoir tirer la leçon de la contre-révolution en reconnaissant dans la III Internationale, dans ses deux premiers congrès, l’anticipation du parti communiste mondial, vieille aspiration du communisme marxiste et nécessité historique ; et vice versa la Gauche fut la seule à dénoncer les formes caduques, les survivances de fédéralisme et d’hétérogénéité doctrinaire et programmatique à l’intérieur du parti et la conséquence indigne : le mécanisme démocratique et son complément, le bureaucratisme et l’abus des formalismes organisationnels.

Dans l’Internationale, la Gauche s’opposa déjà à ce que la méthode de travail interne, l’étude de la réalité sociale et de l’individualisation de la tactique adéquate, dérivât du résultat de la lutte politique en son sein, de la confrontation et du rapport de force changeant entre les diverses fractions.

A plus forte raison dans le parti qui renaît dans l’après guerre, déjà embryon du partit communiste unique mondial, nous exclûmes que la vie interne pût se fonder sur la confrontation de divers courants, idéologiquement opposés, l’unité doctrinaire du parti étant désormais définitivement acquise en raison de la maturité historique révolutionnaire et de la lutte de classe, et un système de normes tactiques ayant été codifié.

Cette maturité objective de l’expérience prolétarienne, cristallisée en faits, textes et Thèses, et palpitant dans le corps vivant du parti et dans son travail univoque et scientifique d’analyses et de recherches, rend possible – et voire l’exige – une méthode organiquepour la réalisation de la tactique et pour un mode cohérent de se mouvoir.

Nous affirmons que le rendement maximum dans l’utilisation de toutes les forces du parti réside dans les méthodes unitaires de travail s’appuyant sur la « solidarité fraternelle et la considération entre les camarades », reléguant par conséquent et en fin de compte au musée de la préhistoire, dans l’organisation prolétarienne également, les méthodes aujourd’hui destructrices, qui en raison seulement de l’immaturité historique de notre mouvement, y connurent des précédents, depuis le „combat” entre camarades et entre fractions avec tout l’attirail fait de démocraties, de confrontations numériques, mais aussi d’exagérations et d’assauts polémiques jusqu’à devoir supporter pour la fraction de gauche des attaques personnelles, des calomnies, des commérages, des manœuvres entre personnages les plus en vue, des manipulations basées sur la flatterie.

Nous pûmes à la fin exclure, ensemble, l’habitude de la „personnification du parti” ou de l’”erreur” selon laquelle le parti pourrait représenter à lui-même la position correcte seulement au travers de l’autorité d’un „leader” ou vice versa la déviation au travers d’un „coupable”. Dans le parti révolutionnaire mondial, la recherche d’une position tactique juste fut finalement possible sans l’absurde dépense d’énergie(le « sport du fractionnisme » dans la III Internationale) de la bataille entre fractions : le but n’est plus celui de vaincre, d’écraser numériquement, ou d’éloigner de la direction organisative un groupe donné de camarades, par n’importe quel moyen, mais celui de convaincre l’ensemble de l’organisme parti de la justesse de sa ligne tactique et ainsi fonder solidement l’unité du mouvement.

Nous savons ce que l’on va nous objecter : le parti, soumis partout à la pression de l’ambiance bourgeoise extérieure, doit se défendre des idéologies et des positions impures qui le pénètrent. En dehors de tout moralisme inutile ou de chasse au diable hors de la sacristie, nous répondîmes simplement, avec nos Thèses limpides, que l’expérience nous a enseigné que l’involution opportuniste des partis a toujours été manoeuvrée d’en haut, en étalant à dessein des majorités numériques et la discipline formelle. Le parti doit et peut se défendre de la pression, permanente et terrible, provenant de l’ambiance extérieure, grâce à ses méthodes de vie organique. Celles-ci ne sont pas un luxe esthétique ou une liturgie formelle à entonner quand on passe de la « phase de la recherche théorique » à celle de la « lutte de classe ». L’unique défense du parti est dans la cohérence maximale de sa méthode organique.

Ces thèmes seront exposés ultérieurement dans un rapport récent, « La préparation à la révolution du parti dans sa prédisposition organique », que nous insérerons à la suite du texte de 1974.

En 1951, au « fond de la dépression » contre-révolutionnaire, complété par le glissement de l’Etat russe dans le camp de la défense des rapports bourgeois, et la cuite patriotique de la seconde guerre impérialiste consommée, le Parti Communiste Internationaliste, en se constituant sur un mode clair et homogène, formula un corps de thèses caractéristiques dans le but de définir et de délimiter nettement notre mouvement par rapport à des forces, qui quittèrent le Parti, et par rapport à des groupes en apparence seulement proches, qui alors et depuis lors jusqu’à aujourd’hui ont accompagné la marche des grands appareils de la social-démocratie officielle.

Dans ces Thèses, auxquelles notre organisation actuelle fait pleinement référence, dans les chapitres Théorie, Tâches du parti communiste, Vagues historiques de dégénérescence opportuniste, Action du parti en Italie et autres pays en 1952, il s’agit non pas de philosophie ou d’histoire abstraite sur un ton professoral, mais on y traite d’un mode d’existence du parti, non seulement solidement posé sur « les principes du matérialisme historique et du communisme critique de Marx et Engels », mais qui peut et entend faire vivre cette science sociale et ces prévisions futures dans un organisme qui agit, dans un parti à l’intérieur duquel on postule la suppression de l’antagonisme entre conscience et action, entre théorie de la révolution et activité révolutionnaire.

Malgré qu’il s’agisse d’une organisation à petits effectifs, en raison de la détermination historique, il est revendiqué dans la Thèse 4 de la Partie IV des Thèses caractéristiques du parti :

Citation 1 – Thèses caractéristiques du parti (Thèses de Florence) – 1951

IV,4 – « Aujourd’hui bien que nous soyons au cœur de la dépression et que les possibilités d’action s’en trouvent considérablement réduites, le parti, suivant en cela la tradition révolutionnaire, n’entend pas interrompre la continuité historique de la préparation d’une future reprise généralisée du mouvement de classe, qui fera siens tous les résultats des expériences passées. La réduction de l’activité pratique n’entraîne pas le renoncement aux postulats révolutionnaires. Le parti reconnaît que la réduction de son activité est plus marquée quantitativement dans certains secteurs, mais l’ensemble des aspects de cette activité ne change pas pour autant, et le parti n’y renonce pas expressément ».

Les quelques forces de militants qui se réorganisèrent dans l’immédiat après-guerre reconnurent désormais comme étant historiquement indiscutée la sélection du programme pour l’émancipation révolutionnaire de la classe travailleuse de la société capitaliste ; dans ces parties intégrantes et essentielles se trouvent non seulement les principes théoriques de la critique sociale et cognitive communiste, mais aussi un système accompli de normes tactiques dérivé d’un arc séculaire de guerre prolétarienne et d’une méthode de travail et de relation organique propre au parti prolétarien. La maturité et les confirmations de nos postulats théoriques provenant de la vérification vivante de la lutte de classes permit au parti d’alors d’affirmer dans la Thèse 5 du chapitre IV :

Citation 2 – Thèses caractéristiques du parti (Thèses de Florence) – 1951

IV,5 – « L’activité principale, aujourd’hui, est le rétablissement de la théorie du communisme marxiste. Nous en sommes encore à l’arme de la critique. Le parti ne présentera pour cela aucune théorie nouvelle, mais il réaffirmera la pleine validité des thèses fondamentales du marxisme révolutionnaire, amplement confirmées par les faits et plusieurs fois falsifiées et trahies par l’opportunisme pour couvrir les retraites et les défaites (…)
     « Le prolétariat est la dernière classe exploitée de l’histoire et aucun régime d’exploitation ne succédera au capitalisme : c’est précisément pour cela que la doctrine est née avec le prolétariat lui-même, et ne peut être ni modifiée ni réformée.
     « Le développement du capitalisme de ses origines à aujourd’hui a confirmé et confirme les théorèmes du marxisme, tels qu’ils sont énoncés dans les textes fondamentaux ; toutes les prétendues „innovations” ou „enseignements” de ces trente dernières années ne font que confirmer une seule chose : le capitalisme vit encore et il doit être abattu ».

La conséquence de notre confiance en la science et en la méthode scientifique est la conviction que le programme n’est pas, encore moins aujourd’hui, à inventer, redécouvrir ou mettre à jour ; le programme de la révolution existe dans les faits terribles des défaites prolétariennes et dans la putrescence de l’univers bourgeois. Du point de vue de la doctrine, le programme de la révolution existe depuis un siècle et demi, en tant qu’affinement ultime des leçons que la gauche marxiste tira et codifia depuis le sommet de l’avancée prolétarienne constitué par la révolution russe et la III Internationale, formant au début la réalisation palpitante d’une direction mondiale unique et prévue du prolétariat insurgé. Depuis lors, la tâche du parti est de conserver ce sentiment et cette science subversive. La tâche du parti n’est pas de découvrir aujourd’hui d’informes nouvelles exceptions à nos théorèmes, mais de savoir les lire à travers les faits d’aujourd’hui et du passé.

De la hauteur historique de notre tradition, le parti d’alors se dédia avec des limitations « seulement quantitatives », comme les Thèses l’affirment, au travail impersonnel et indispensable de la défense de la continuité communiste.

La forme organisée de type parti a été formulée précisément au moins depuis 1848, forme de l’organisation prolétarienne consciente, et unique, qui peut abriter la milice communiste quand elle a pu un minimum exister. Organisation-parti unitaire aussi unitaire qu’est notre programme qui est privé de conflits d’intérêts comme le monde pour lequel nous luttons. Du caractère monolithique du programme découlent centralisme et discipline ; la discipline dans le parti est et ne peut qu’être spontanée et ressentie non comme une contrainte administrative ou terroriste mais comme le mode naturel de vie d’un organisme entièrement tendu vers le même but et qui connaît bien le chemin, les détours et les dangers qui y amènent ; la discipline au sens le plus fort, celle organique, est possible seulement dans le parti communiste ; c’est pour cela que dans le parti, à la différence des organismes de la société de classe agonisante, le rappel de la discipline ne rejoint pas la contrainte, et peut seulement se déduire, en cas d’indiscipline non individuelle, du fait que quelque chose de plus profond dans le travail du parti est en voie de s’éloigner de son parcours historique. Notre thèse est que dans le parti la lutte politique interne et le conflit de fractions peut être bannie, étant exclu dans la théorie qu’à l’intérieur du mouvement communiste puissent apparaître de nouvelles écoles ou idéologies : si le parti se divisait en deux camps, il s’agissait de la phase précédent immédiatement la mort de ce parti et la naissance d’une nouvelle organisation qui réagissait à la dégénérescence de l’ancienne, comme l’histoire de notre mouvement, ancien et récent, l’a montré à divers moments.

Dans le concept de parti communiste traité dans les Thèses, il y a aussi le rejet de tout localisme et de doctrine de contingence dans le travail de défense du programme et de propagande externe, vieux résidus précisément de couches sociales petit-bourgeoises, encloses dans l’horizon étroit du cercle, du groupe „d’étude” local, qui prétend « prendre le chemin conduisant au parti », de nouveaux sentiers obliques, tortueux et sans issue, confrontés à l’autoroute de la vieille méthode du parti, impersonnelle et éprouvée.

Dans le parti et uniquement dans le parti se réalisent les relations humaines propres à la société future : résistant fermement aux puissantes influences de l’ambiance extérieure, c’est seulement dans le parti que l’on nie la superstition bourgeoise de la „personne”, fausse abstraction de la bourgeoisie naissante, avec les accessoires mercantiles de la carrière, des primes, de la concurrence.

Etant admis que la consigne du parti historique, non pas „dogme révélé” mais synthèse de l’expérience prolétarienne passée, confirmée par les faits d’hier et d’aujourd’hui, constitue le sillon continu dans lequel l’organisation militante doit réussir à se canaliser, à la Thèse 7 du chapitre IV il est affirmé :


Citation 3 – Thèses caractéristiques du parti (Thèses de Florence) – 1951

IV,7 – « (…) En conséquence le parti interdit la liberté personnelle d’élaborer (ou mieux d’élucubrer) de nouveaux schémas et explications du monde social contemporain : il proscrit la liberté individuelle d’analyse, de critique et de perspective pour tous ses membres, même les plus formés intellectuellement, et il défend l’intégralité d’une théorie qui n’est pas le produit d’une foi aveugle, mais la science de classe du prolétariat, édifiée avec des matériaux séculaires, non par la pensée des hommes,mais par la force des faits matériels reflétés dans la conscience historique d’une classe révolutionnaire et cristallisé dans son parti. Les faits matériels n’ont fait que confirmer la doctrine du marxisme révolutionnaire ».

Une autre séparation des forces du parti se produisit en 1966 tandis que la continuité de l’organisation se maintint dans la confirmation des normes des relations internes au parti tirées du bilan de la dégénérescence de la Troisième Internationale comme le rappelaient expressément les Thèses de 1965-66. Comme en 1951, se forma une organisation séparée qui s’éloigna du parti en prenant des directions diverses de la notre et dont nous ne fûmes jamais intéressés à en étudier le parcours.

C’est sur ces bases que s’est constitué et a travaillé le parti, avec sa revue Programma Comunista, jusqu’en 1973. Survint alors une autre scission que nous qualifiâmes de „sale”, de malhonnête car ceux qui alors trahissaient le parti n’eurent pas le courage de proclamer, sinon quand les événements furent accomplis et les militants trompés, leur intention de sortir du cours tracé ; au contraire – et l’histoire des partis formels nous enseigne que cette façon de faire est la règle de tout révisionnisme – ils le firent en tirant une révérence formelle tout autant qu’hypocrite aux grands noms des hommes illustres et aux principes abstraits mis au réfrigérateur. A la différence des autres séparations, celle de 1973 fut particulièrement lente et tourmentée parce que pour la première fois depuis 1951 la crise et le fractionnisme atteignirent aussi le centre directif de l’organisation.

En 1973 le fait matériel de l’expulsion de Programma d’une partie significative de l’organisation provoqua de fait l’existence de deux partis distincts, chacun poursuivant son chemin. L’incompatibilité historique des positions de la Gauche à coexister avec n’importe quel opportunisme explique la netteté de l’irrévocable séparation. La nouvelle organisation qui publie les périodiques Il Partito Comunista et Comunismo, et des périodiques en d’autres langues, eut la possibilité de tirer aussi le bilan de l’ultime crise du parti formel, crise qui même « se produisant à un niveau misérable», fut « des plus ignobles ». Nous qualifiâmes la déviation d’opportuniste et fruit du volontarisme et de l’impatience dans les directives pratiques, retournant contre les accusateurs l’étiquette d’activisme qui fut inventée contre notre inexistante fraction.

Puisque nous ne faisons pas descendre mécaniquement la possibilité d’existence du parti du degré du rapport de force entre les classes ni du nombre de militants disponibles, mais de l’acceptation absolue de la part de tous de l’unique programme monolithique de toujours, le petit parti continua le « travail sérieux » entrepris en 1951, empêchant que les défections et la pression dominante du monde bourgeois pussent briser le « fil du temps » qui, continuellement et sans secousses, est passé d’une génération de militants à l’autre. En 1973 nous ne combattîmes pas seulement contre certaines déviations, ou autour de certaines seulement des questions les plus discutées ; mais nous défendîmes surtout notre concept même de parti communiste, preuve des preuves du fait que réussir aujourd’hui à maintenir en vie l’organisation consciente prolétarienne est la première et plus grande action révolutionnaire et une défaite théorique cuisante pour notre gigantesque ennemi.

Depuis notre séparation de la vieille organisation, nous n’avons donc aucune relation avec elle, ni n’avons aucune obligation d’émettre quelque jugement sur son progressif éloignement de la Gauche.

Cette dernière décennie, le parti a « persévéré », dans le sens des Thèses de Naples, « à graver les lignes de sa doctrine, de son action et de sa tactique avec l’unicité de méthode, au delà de l’espace et du temps », certain que le travail du parti sera demain, s’il réussit à survivre, un très puissant facteur d’accélération de la reconstruction à grande échelle du parti de la Révolution. Nous n’excluons pas la possibilité de la renaissance future du parti prolétarien, dans d’autres pays ou dans d’autres continents, n’importe où, exclusivement à travers la redécouverte et la relecture des textes et de l’histoire. Nous affirmons cependant que ce processus, diversement long et tourmenté, peut être énormément écourté et aplani par la présence aussi d’un petit parti qui transmette le fil et les normes et les formules synthétiques et conclusives, dans un sens historique, de notre science.

Dans une situation historique sociale aujourd’hui pas plus mauvaise que celle de 1951, le parti affirme avoir maintenu, à travers le plus long reflux de la révolution mondiale, cette « petite continuité » du marxisme de gauche, et non seulement avec les « thèses et les textes » mais en tant qu’organe vivant et opérant. Le mouvement étant désormais privé d’homme célèbres, dont le génie, désormais inutile, peut tirer de nouvelles illuminations, c’est seulement dans le travail collectif et impersonnel du parti qu’il est possible de chercher la science sociale prolétarienne et prévoir au delà des brumes de l’ambiance amorphe actuelle.

Nous affirmons ne rien devoir ajouter ou modifier à nos thèses. En dehors d’une stupide « arrogance d’organisation » privée de contenus programmatiques, typique, entre autre, de tout opportunisme, même récent, n’étant pas attachés à une organisation en soi, nous confirmons – seuls contre un ensemble multiforme de nettoyeurs et de repenseurs – que nous revendiquons une pleine et exclusive continuité avec ces thèses et avec ce parti qui eut le sentiment révolutionnaire et la puissance dialectique de vouloir se proclamer tel contre les baragouinages du rationalisme, du spontanéisme et du scepticisme des « politiciens concrets ».

* * *

La cinquième et dernière partie du texte que nous republions ici est dédiée à l’argument crucial de la tactique, de l’action pratique du Parti aux différentes époques et diverses situations géographiques, nœud fondamental à défaire pour l’assaut révolutionnaire, et au contraire l’espace le plus délicat et le plus complexe dans lequel l’organisation du Parti se meut, dans le feu de l’action de la lutte sociale.

Comme tout le reste du travail, cette cinquième partie se présente avec une Prémisse qui encadre synthétiquement le plan tactique général du Parti, et avec une ample série de citations, articulées en six chapitres, par des textes fondamentaux du communisme révolutionnaire et par notre saine tradition de lutte contre le stalinisme et l’opportunisme. Ils démontrent précisément l’invariance de ce fil rouge qui court tout au long de générations d’hommes et de formations politiques.

Le camp tactique, comme le camp organisatif, dont traitent les parties précédentes du texte, a toujours été un des plus grands points critiques, à travers lequel le Parti a connu les débandades les plus dangereuses. Sous le prétexte que la possession de « solides principes » permît toutes les manœuvres, ou pire que les menées d’une organisation « forte et disciplinée » autorisât toutes les volte-faces tactiques, des structures nées et ressuscitées sur des bases doctrinaires et organisatives très solides, et directement sur la vague d’une révolution victorieuse, ont été renversées en quelques années. Que par la suite la dégringolade tactique ait toujours été accompagnée de la dégénérescence de la vie de relation à l’intérieur du Parti, de l’apparition du fractionnisme d’en haut, de méthode de pression organisative et de véritable lutte politique, constitue un corollaire douloureux de la démonstration désormais définitive dans l’histoire séculaire de l’organe Parti.

De même le cadre rigide dans lequel l’éventail des éventualités tactiques peut se développer, assure et renforce l’unité, la compacité et donc la discipline de l’ensemble du Parti, qui ne devra plus être soumis aux inventions tactiques de la direction du mouvement, liée elle-aussi au respect de normes et points cardinaux reliant avec une égale rigueur bases et sommets, universellement acceptés et connus, sur lesquelles le Parti lui-même s’est formé. Et par conséquent l’exécution du plan tactique ne peut être demandée à des consultations d’assemblées, ni à des conflits de majorités ou de minorités, ou à des chefs de plus ou moins grand génie, mais à un organe extérieurement anonyme, prenant substance dans un travail collectif, impersonnel et anonyme, œuvre du corps entier, d’autant plus efficient qu’il est solidement relié à cette tradition et à cette méthode historique, que le Parti a compris et fait siennes.

Un arc de plus de quarante années couvre le « groupe d’affirmations » recueillies dans le premier chapitre, avec le puissant sens dialectique et historique que nous donnons à notre doctrine, avec laquelle nous réunissons l’autorité des militants révolutionnaires, des morts, des vivants et de ceux qui vont naître, qui ont été et seront sur la pierre angulaire de la tactique qui est le support par certains côtés de toute la vie du Parti. Le Parti vit et existe à l’égard de l’extérieur, à l’égard de la classe qu’il définit historiquement, également par sa tactique ; c’est-à-dire par l’ensemble des règles d’action qui sont et doivent être le reflet, ou mieux, la conséquente exécution de son être, de son programme et de ses principes historiques, au delà des contingences historiques changeables ou des chefs plus ou moins géniaux qui le guident.

La tactique ne s’improvise pas, la tactique ne peut pas changer au gré du chef du jour, ou des

contingences imprévues du moment, en dehors des rails rigidement tracés de l’expérience historique du Parti, sous peine de la destruction du parti même, et de la défaite du mouvement révolutionnaire. De plus, la bonne tactique est celle qui ne trouve pas le parti non préparé à l’appliquer, à la faire devenir une arme d’attaque contre l’adversaire.

Nous soulignons le fait que dans notre thèse, et uniquement dans la nôtre, de l’absolue autonomie du Parti, dont il est question dans le second et troisième chapitre, qui se réfère aux Thèses de Rome, se résument de la façon la plus complète et incomparable les caractéristiques du Parti. Celles-ci en font un organisme tout à fait particulier et singulier par rapport à n’importe quel organisme, non seulement prolétarien, mais que l’humanité entière ait jusqu’alors exprimé, si bien qu’il représente dans la réalité vivante d’aujourd’hui l’anneau de liaison entre le communisme primitif et le communisme supérieur futur.

Le prolétariat n’a pas besoin de Partis qui soient capables seulement de le conduire à de nouvelles défaites. Le prolétariat a besoin du Parti qui, ayant tiré toutes les leçons du passé, sache le guider jusqu’à la victoire définitive contre le capitalisme. Voici donc la question centrale de la tactique : seul le Parti possède une tactique telle à imposer de manière consciente la question de son action,et c’est précisément pour cela que, dans des conditions historiques données, il peut déployer une puissance plus grande que celle de l’Etat capitaliste même. Il est connu que nous avons plusieurs fois exprimé cette caractéristique du Parti – cette caractéristique en fait sa singularité – par le terme de „renversement de la praxis”, où le rapport action-conscience se renverse et l’action de l’organe Parti peut devenir consciente, chose niée à tout autre organisme et, à plus forte raison, à l’individu.

Dans ceci est contenue d’une manière entièrement évidente la thèse de l’absolue autonomie du Parti de tous les autres Partis, même soi-disant prolétariens et „révolutionnaires” : si le Parti se confondait avec d’autres organismes, sa puissance en résulterait inévitablement affaiblie, en tant que l’incrément des adhérents en limiterait la compacité et l’unitarité. Il est également évident que l’exigence de l’absolue autonomie du Parti est indispensable non seulement dans les aires géographiques à révolution directe, mais aussi dans celles à double révolution, l’unique différence étant celle relative à la possibilité d’alliances révolutionnaires dans ces dernières qui n’existe pas pour les premières.

Le noyau fondamental de la conception marxiste du Parti demeure par conséquent dans le fait que l’action consciente est attribuée au Parti même, dont l’action peut être précisément prévue et coordonnée avec les buts à atteindre justement parce qu’elle est action collective et non individuelle ; et non pas une somme simplement numérique d’individus mais une collectivité qui, en se reliant unitairement, précisément dans l’action de Parti, à toute l’expérience historique du prolétariat, exprime une puissance centuplée par rapport à sa simple expression numérique. En conséquence, ceci suppose que l’action du Parti soit caractérisée par une substantielle unicité de comportement de ses membres, chose seulement possible si les exigences de l’action sont « réunies en des règles d’action claires », auxquelles il devient possible de s’adapter pour les adhérents indépendamment de leur conscience individuelle.

Il résulte de cela que peuvent être définis deux caractères, tous les deux essentiels, de la nature du Parti : celui de la précision, de la clarté et de l’absolue autonomie de son plan tactique ; celui de la préfiguration de la future société communiste, vivant déjà aujourd’hui dans les rapports de Parti.

Un tel Parti ne s’improvise pas, mais ne peut être que le résultat d’une longue et difficile œuvre sur tous les plans : sur celui primordial de la défense et de l’appropriation continuelle de la théorie, sur celui de l’action cohérente et de la participation à chaque lutte prolétarienne, sur celui de la considération fraternelle de tous les camarades. C’est pour cela et sous aucun prétexte que ne peut être compromise l’absolue autonomie vis à vis de n’importe quel parti et mouvement, parce que cela signifierait refuser au prolétariat l’unique appui à la reprise de sa lutte révolutionnaire et l’unique organe capable de le guider vers la victoire sur le monstre capitaliste.

La thèse centrale, reproposée dans le quatrième chapitre avec une petite sélection de citations de notre documentation remontant l’arc du temps de 1922 à 1945, est celle selon laquelle est exclue désormais du plan tactique du parti la possibilité de réaliser le front unique, c’est-à-dire de faire converger des directives d’action prolétarienne communistes et l’activité de ses militants avec ceux d’autres partis, en dehors d’une sphère bien précise : comme quelque chose en dehors de la sphère de l’action directe prolétarienne ; action, c’est-à-dire mouvement effectif, non pas des déclarations idéologiques et de la propagande pure ; directe, c’est-à-dire selon les méthodes de la lutte de classe, non parlementaire, pacifiste, d’opinion ; prolétarienne, c’est-à-dire qui revendique des objectifs prolétariens et mobilise le prolétariat séparément des autres classes. En tant que forme, en outre, non pas en dehors de l’organisation syndicale, le front unique était désormais possible non entre le parti communiste et les autres partis, mais pratiquement réalisé seulement entre les fractions syndicales présentes dans les organisations de lutte. La base de cette tactique est la prévision matérialiste que « la défense des intérêts immédiats ne peut se faire qu’en préparant et en réalisant l’offensive dans tous ses développements révolutionnaires ».

En dehors de cette ambiance, déterminante pour le chemin de la reprise révolutionnaire mais clairement définie, « le parti refuse les manœuvres, les combinaisons, les alliances, les blocs qui se forment traditionnellement sur la base de postulats et de mots d’ordre d’agitation contingents et communs à plusieurs partis », et, en dehors de l’action directe prolétarienne et de l’organisation syndicale, le parti ne peut pas converger avec d’autres partis sur des directives tactiques « qui comportassent des attitudes et des mots d’ordre acceptables par les mouvements politiques opportunistes ».

Les thèses condamnent par conséquent les extensions erronées de la tactiques du front unique de la part des partis dégénérés de la Troisième Internationale, sur les terrain de la convergence entre partis „prolétariens” ou „révolutionnaires” et pour des objectifs déclarés gouvernementales ou parlementaires.

Nous ne jugeons pas les partis pour ce qu’ils disent être et ni sur la base de leurs classes de recrutement : les partis qui recrutent des prolétaires aujourd’hui en dehors du parti communiste, sont des partis bourgeois, non seulement anti-révolutionnaires et anti-communistes, mais aussi anti-prolétariens.

S’il peut être vrai que tous les gouvernements ne se comportent pas de façon égale par rapport au développement de la lutte de classe, il faut dire que souvent la venue d’un gouvernement „de gauche” a eu des effets destructifs sur le mouvement révolutionnaire bien pires que ceux obtenus avec un gouvernement ouvertement bourgeois, et que si on peut croire utile que les social-démocrates se démasquent face au prolétariat en s’élevant à la première personne aux leviers gouvernementaux, ceci se vérifiera seulement si le parti révolutionnaire ne se sera pas préalablement compromis dans l’opération et n’aura pas illusionné les prolétaires en les poussant à se battre pour ça, qu’il se sera tenu à l’écart et aura pendant ce temps diffusé une contre-propagande de lutte et d’organisation.

Les directives tactiques communistes vis à vis du front unique n’ont pas de caractère moral ou éthique ou esthétique, mais essentiellement historique. Nous affirmâmes :


Citation 4 – Nature, fonction et tactique du parti révolutionnaire de la classe ouvrière – 1945-1947

« (…) Dans la période où la classe capitaliste n’avait pas amorcé son cycle libéral et devait encore renverser le vieux pouvoir féodal, ou même lorsque certaines phases essentielles de son expansion – encore libérale dans le domaine économique, et démocratique dans celui du pouvoir d’Etat – restaient encore à parcourir dans des pays importants, une alliance transitoire des communistes était compréhensible et admissible : dans le premier cas, avec des partis qui étaient ouvertement révolutionnaires, anti-légalitaires et organisés pour la lutte armée, et dans le second avec des partis qui assumaient encore un rôle assurant des conditions utiles et réellement „progressives” pour que le régime capitaliste avance plus rapidement sur le chemin qui doit le conduire à sa chute.
     « (…) Par conséquent, la tactique des alliances insurrectionnelles contre les vieux régimes se termine historiquement avec le grand fait révolutionnaire de la révolution russe qui élimina le dernier appareil étatique et militaire imposant de caractère non capitaliste.
     « Après cette phase, la possibilité, même théorique, de tactique des blocs doit être formellement dénoncée par le mouvement révolutionnaire international ».

En ce qui concerne les aires à double révolution, nous ajoutâmes :


Citation 5 – La plate-forme politique du Parti Communiste Internationaliste d’Italie – 1945

« 21 – (…) On pourrait émettre l’hypothèse que dans la phase actuelle de l’histoire mondiale, des groupes bourgeois démocratiques conservent un reste de fonction historique en ce qui concerne les problèmes de la libération nationale, de la liquidation d’îlots arriérés de féodalisme et autres résidus semblables de l’histoire. Mais dans ce cas, le développement d’une telle tâche ne serait pas favorisé par l’abdication du mouvement communiste et par son adaptation passive à ces revendications démocratiques qui ne sont pas siennes. C’est au contraire en vertu de l’opposition implacable des prolétaires communistes à l’apathie et à la fainéantise irrémédiables des groupes petit-bourgeois et des partis bourgeois de gauche, que cette tâche pourrait être développée de la manière la plus décisive et la plus concluante, pour faire place à une phase ultérieure de la crise bourgeoise ».

Depuis 1945 à aujourd’hui, la thèse, bien mise en évidence dans Nature, fonction et tactique du Parti…, selon laquelle la phase traversée par le pouvoir capitaliste présente des caractéristiques particulières en économie et en politique qui en font la dernière du mode unitaire et fétide de production capitaliste, est la thèse exclusive à notre parti. Cette phase, commencée à la fin du siècle dernier et totalement accomplie avec la première guerre mondiale,a ainsi des caractéristiques particulières telles qu’elles ne modifient nullement le mode de production, car elles ne représentent pas autre chose que le développement de certaines qualités déjà présentes dans la première phase du pouvoir capitaliste, celle de la démocratie libérale. Dans la première phase prédomine en économie la libre concurrence, même si de par sa nature le développement de la libre concurrence conduira au monopole, qui caractérise au contraire la phase impérialiste. Et nous avons ainsi en politique, même avec un déphasage temporel du fait que l’échafaudage politico-juridique est plus lent à se modifier que la structure économique, le passage de l’Etat démo-libéral à plusieurs partis à l’Etat totalitaire, transformation qui devient complète avec la première guerre mondiale. Notre thèse, appuyée ici par les citations du cinquième chapitre, est que depuis lors, « le monde capitaliste pendant tout le temps de sa survie ne pourra plus s’organiser dans des formes libérales, mais sera de plus en plus encadré par des unités étatiques monstrueuses, expression impitoyable de la concentration économique ».

Nous avons par conséquent, avec la phase impérialiste, le rangement de tous les Etats sous une forme totalitaire, soit ceux qui maintiennent les formes de l’Etat libéral, soit ceux ouvertement fascistes. Le retour aux formes libérales des Etats ex-fascistes après la seconde guerre mondiale n’est pas un retour à l’Etat libéral de la première phase, mais l’Etat démocratique post-fasciste maintient en substance, tout en affichant la forme libérale, les caractéristiques totalitaires qui s’expriment au travers d’un contrôle social stricte, une direction politique unitaire, un échafaudage hiérarchique fortement centralisé.

Les deux phases (nous omettons ici la phase dans laquelle la bourgeoisie révolutionnaire lutte contre le régime féodal) sont caractérisées par une attitude différente de la bourgeoisie envers le prolétariat : dans la première, la bourgeoisie a une attitude défensive contre le prolétariat révolutionnaire ; dans la seconde, la bourgeoisie passe à l’offensive, car en contrôlant le prolétariat en faisant des concessions économiques d’un côté, par l’assujettissement politique de l’autre, elle peut en empêcher les tentatives révolutionnaires.

Voici pourquoi, à la grande surprise et indignation de tous les intellectuels pseudo-révolutionnaires, nous ne considérons pas du tout la démocratie comme une „valeur suprême” à défendre contre le fascisme (au contraire ce dernier est moins dangereux pour la révolution car il ne cache pas l’usage de la violence directe) : notre série en effet n’est pas fascisme, démocratie, socialisme, mais démocratie, fascisme, dictature du prolétariat.

Une des questions tactiques qui connurent le plus grand relief dans la période suivant immédiatement la constitution de l’Internationale Communiste, fut celle relative à la participation des Partis Communistes aux élections démocratiques, question développée dans le sixième chapitre de ce fascicule. Comme on le sait, elle fut longuement discutée au Second Congrès de l’Internationale Communiste, et la Gauche, après avoir défendu les raisons de l’abstentionnisme, appliqua les thèses de Lénine sur le soi disant „parlementarisme”. La preuve historique de ce que déjà alors la Gauche soutenait, c’est-à-dire qu’une telle tactique, même conduite avec des intentions révolutionnaires indéniables (Lénine soutenait qu’elle était le meilleur moyen de détruire le Parlement bourgeois), aurait fini à l’inverse par contaminer et faire dégénérer les partis communistes mêmes, à peine formés, voire comme celui italien en cours de formation, devait encore être consommée comme ensuite elle l’a largement été. Il fut alors par conséquent possible à la Gauche d’accepter une tactique qu’elle considérait pourtant comme erronée, mais qu’il était toujours possible de corriger au travers des inévitables vérifications historiques suivantes : l’important alors et l’essentiel était la formation du Parti révolutionnaire sur des bases de fidélité indiscutable à la doctrine marxiste comme ce fut le cas lors du Second Congrès de l’International.

Tout ceci prouve désormais abondamment que le mode unique de poser, avec la fidélité aux principes révolutionnaires, le problème de la tactique est celui que la Gauche soutenait déjà dans les premières années de vie de l’Internationale : il y a une connexion stricte entre les normes tactiques et les directives programmatiques, par laquelle les premières sont prévues et délimitées en les déduisant des principes et de l’examen de la situation historique.

La Gauche soutenait que la tactique du „parlementarisme révolutionnaire” était devenue inadéquate avec la situation historique qui s’était ouverte avec la première guerre mondiale. Avec la guerre impérialiste, la bourgeoisie s’était définitivement démasquée, son attitude vis à vis du prolétariat était désormais celle de l’offensive, basée exclusivement sur l’usage ouvert de la violence, et donc toute tactique „parlementariste”, qui précédemment se fondait encore sur la fonction progressiste de la partie la plus radicale de la bourgeoisie, était totalement épuisée, et dès lors elle est épuisée pour tout le cycle historique qui se terminera par la révolution prolétarienne mondiale.

La lutte pour le Parlement avait été la bannière de la bourgeoisie révolutionnaire contre les Etats absolus et féodaux, et dans une telle lutte le prolétariat avait été son allié le plus décidé, nonobstant que le Parlement n’incarne et n’a jamais incarné la forme du pouvoir prolétarien, comme la Commune et le Soviet l’ont ensuite démontré.

Dans la période du développement pacifique du capitalisme de la fin du XIX siècle et du début du XX, les jeunes partis socialistes participèrent, avec une tactique révolutionnaire juste, aux élections démocratiques, afin de conquérir une influence plus grande parmi la classe prolétarienne, ne dédaignant pas d’utiliser dans ce but la légalité bourgeoise. Ceci se fondait sur la possibilité de lutter non seulement pour des objectifs d’amélioration des conditions économiques prolétariennes, mais aussi pour certaines réalisations politiques auxquelles la partie la plus radicale et progressiste de la bourgeoisie même était également intéressée. Une telle tactique, cependant, comme l’a clairement affirmé Engels lors de la fondation de la Seconde Internationale, n’attribuait aucune valeur en soi aux éventuelles conquêtes (quand ceci surviendra, nous serons en pleine dégénérescence réformiste), mais était exclusivement liée au renforcement du mouvement révolutionnaire dans l’attente que la bourgeoisie elle-même descendît sur le terrain révolutionnaire en abandonnant la légalité, y étant contrainte par des nécessités matérielles inéluctables. La bourgeoisie mondiale est descendue sur ce terrain, et définitivement, précisément en 1914 : le prolétariat mondial a alors perdu une importante bataille, mais la guerre historique de classe est désormais ouverte, et le prolétariat mondial pourra définitivement l’emporter en retrouvant son organe naturel, le Parti de classe.

Les événements et les défaites prolétarienne de ce XX siècle n’ont pas été consommés en vain et le Parti aujourd’hui, « cet état de choses et les actuels rapports de force demeurant, se désintéresse des élections démocratiques de tout genre et n’exerce pas son activité sur ce terrain ».

Et aujourd’hui comme face à Lénine, notre position ne dérive pas d’erreurs théoriques anti marxistes de type anarco-syndicaliste, mais d’une exigence tactique, pratique et organisative : tout parti, même le plus révolutionnaire possible et imaginable, est destiné à dégénérer s’il fait de l’électoralisme (nous nous référons à l’électoralisme étatique et non à l’éventuelle méthode électorale des organisations économiques des seuls prolétaires), car aujourd’hui, à l’époque totalement impérialiste, « l’électoralisme est pensable seulement en fonction de la promesse du pouvoir, de morceaux de pouvoir ».

PREMISSE de juin 1974

Bien que nous ayons reçu de la part d’ex membres et de personnes que nous ne connaissons pas diverses requêtes pour avoir des „textes”, celui qui suit, comme les lettres-circulaires qui le précèdent, est exclusivement adressé aux membres du parti. Il est clair que nous n’avons pas satisfaits la curiosité, d’ailleurs provoquée par des tristement célèbres „communiqués” parus sur Programma Comunista de ces derniers mois et culminants avec cette « froide sommation » à inscrire au musée des horreurs.

Ce travail est une modeste contribution, développé à partir d’un projet proposé il y a quelques années et rejeté par le Centre comme si elle avait été une somme de blasphèmes. Si la „boussole” n’avait pas été folle, le texte aurait paru dans les colonnes de Programma Comunista, à la place sans aucun doute des articles équivoques sur l’« organisation ».

Les camarades noteront que les neuf dixièmes du travail sont constitués de passages de nos textes fondamentaux, rangés par arguments, sur un arc de soixante années, comme preuve de la continuité et de l’invariance des positions de la Gauche Communiste, toujours fidèle au marxisme révolutionnaire.

Le labeur ne s’arrête pas là. Il reste à étudier Marx et Lénine. Le travail est cependant déjà bien avancé et sera l’objet d’ici peu d’un second fascicule.

Puisque la Gauche Communiste est la continuatrice de la tradition qui porte les noms de Marx et Lénine, il serait suffisant de s’y référer ; mais, par les temps qui courent, où falsifications, manipulations et interprétations arbitraires surviennent de la part de ceux auxquels tu t’attends le moins, il est nécessaire de se refaire ab ovo pour chaque question particulière, de se raccrocher au „fil du temps” le plus loin possible ; ce qui d’ailleurs a toujours été notre méthode classique.

Par conséquent le texte se propose uniquement d’être une affirmation correcte des postulats, connus de tous et acceptés autrefois par tous, même si pas toujours partagés, auxquels ont travaillé les anciennes et nouvelles générations de militants dans l’intention de fortifier et de faire croître l’organisation combattante du parti, ce dernier se développant de plus en plus grâce à cet infatigable et continuel travail.

Le chemin à parcourir est celui-ci. Il n’y en a pas d’autres. Il n’y a pas de „décisions nouvelles” à prendre, de „restructurations” à effectuer, de „modifications” à apporter, sous l’apparent et toujours douteux prétexte de „nouvelles situations” qui menacent. Le parti crée ses organes pour l’action, à mesure que l’action l’exige dans les multiples formes de son développement ; il les modifie ou les remplace par d’autres plus adaptées, en raison d’une nécessité organique, et non avec la prétention que la perfection ou l’automatisme de ces organes se substitue à la justesse de l’action, comme si tout devait se réduire à l’organisation, erreur de type activiste sur le plan organisatif. L’organisation ne se constitue pas in vitro, dans le laboratoire fallacieux du cerveau, indépendamment du déroulement réel de la lutte de classe. Nous aurions créé un gracieux modèle réduit de parti, plutôt qu’un véritable parti, « compact et puissant » qui forge ses instruments de bataille dans le feu des batailles sociales.

La poursuite paroxystique du perfectionnisme et de l’automatisme implique l’erreur, que la Gauche a relevée plusieurs fois à l’encontre de l’Internationale, qui à partir du camp de l’organisation attaque celui de la tactique et donc de la nature et des fonctions du parti ; erreur selon laquelle on peut tout faire avec une forte organisation (« fort » signifiant subordonné à n’importe quel centralisme et disponible pour n’importe quelle manœuvre). Donnons nous une organisation « bolchévique », et tout sera permis. Construisons un parti discipliné à faire n’importe quoi, et la victoire sera assurée.

Avec la Gauche, nous tenons pour certain que le parti se modifie sous la poussée de son action même, par laquelle l’utilisation indiscriminée de la tactique correspond à une modification de l’organisation. Il est alors inéluctable que le modèle réduit parfait se brise en mille morceaux. Par exemple on ne peut permettre, même de façon exceptionnelle, la reconnaissance, qu’elle soit épisodique ou non, de l’électoralisme, en pensant que la nature, la fonction et la structure antidémocratique du parti n’est pas égratignée. Encore un exemple, de caractère „interne” : on ne peut déchaîner impunément aujourd’hui la « lutte politique » dans l’organisation, sans penser que ce mode de fonctionner pourrait devenir une „norme”, une forme utile pour la solution de n’importe quel problème, et comme conséquence un clivage périodique de l’organisation. On tomberait dans le bien connu « fractionnisme d’en haut ». Appeler cela « léninisme » signifie en faire une caricature du léninisme.

Le fonctionnement correct du parti ne peut provenir de structures organisatives spéciales ni de l’utilisation de moyens politiques à l’intérieur de l’organisation.

La force du parti ne repose pas sur l’organisation. En voici la formule correcte : l’organisation est forte et fonctionnelle dans la mesure où elle adhère toujours plus étroitement au programme et par conséquent développe la « politique révolutionnaire juste ». L’inverse, c’est-à-dire que « la politique révolutionnaire juste » et qui adhère le plus étroitement au « programme » à mesure que l’organisation est « forte » et « fonctionnelle », est fausse. C’est Staline. C’est une des caractéristiques de l’opportunisme.

Nous assisterions ainsi au phénomène de la « bolchévisation » à l’envers. A cette époque, les distorsions d’organisation étaient le fait des erreurs au niveau tactique ; et aujourd’hui ces distorsions permettraient les erreurs tactiques. Et rappelant l’influence réciproque entre les deux types de questions, nous assisterions à une débandade du parti dans tous les domaines.

Nous croyons que ce processus de dérapage ne doit pas être considéré comme irréversible, à la condition que des réactions saines proviennent du parti afin de revenir sur ses positions correctes. C’est dans ce sens que vont nos efforts, et le développement de cette approche devrait être la tâche des camarades de la Gauche.

Comme chacun des « petits préambules » qui introduisent les groupes de citations respectives est clairement distingué des textes, chaque camarade pourra constater avec sérénité que des conclusions arbitraires ni polémiques n’en ont été tirées.

Tout est prévu et bien connu. Nous sommes également convaincus que l’on peut faire mieux. Ceci est notre modeste contribution de temps, de travail, de passion révolutionnaire.

Avec le travail collectif, avec le concours de toutes ses forces, sous la « dictature du programme », le parti se renforce, du sommet à la base, resserre toutes ses fibres pour tendre à partir du minimum indispensable de la « discipline exécutive » au maximum de la « conviction ».

PREMISSE de septembre 1974

Le texte qui suit propose, à travers des citations tirées des textes les plus importants dans l’arc de plus de cinquante années (1921-1970), la conception marxiste du Parti, de ses tâches, de ses fonctions, de sa dynamique organique, que la Gauche Communiste d’Italie, unique à s’y être maintenue, sous les coups de la contre-révolution stalinienne et du non moins fétide post-stalinisme, sur la ligne de Marx, de Lénine et de la Troisième Internationale, a constamment défendue et restaurée après toutes sortes de déviations, en la codifiant en thèses et textes qui constituent le résultat objectif de l’expérience historique de la lutte prolétarienne et du mouvement communiste mondial.

Le texte présente les citations disposées de façon chronologique et se subdivise par argument. Chaque chapitre possède une prémisse qui sert à encadrer les citations et à mettre en relief les implications et les conséquences de la pensée qu’elles expriment. La subdivision en chapitres et le titre de ceux-ci ont un caractère purement technique et instrumental, les énonciations contenues dans chaque partie constituant en réalité un bloc unitaire et indivisible de positions qui courent dans une continuité parfaite sur le fil du temps.

ORDRE CHRONOLOGIQUE DES TEXTES DONT SONT TIRÉES LES 171 CITATIONS

La majeure partie des citations est tirée des textes suivants, à la lecture desquels nous renvoyons le lecteur et le militant. Pour obtenir des références plus précises et plus complètes des textes cités, nous renvoyons le lecteur aux textes italien. 1912
– Motion du courant de gauche sur „Education et culture” – présentée lors du 4ème Congrés de la Fédération des jeunes socialistes à Bologne, 20 au 22 septembre – L’Avanguardia n° 257 du 29 septembre, dans Storia della Sinistra Comunista, 1964, Vol.1 (Citation 27).

1920
– Thèses de l’Internationale sur le rôle du parti communiste dans la révolution prolétarienne – résolution du II Congrés de l’Internationale Communiste, 17 juillet au 7 août – Protokoll des II Weltkongresses der Kommnistischen Internationale, Hambourg, 1921, dans Programma C. n° 19, 1965, dans le fascicule Partito e classe 1978, dans Programme C. n° 33, 1965, dans le fascicule Parti et classe, 1975, éditions Programme Communiste (citation 7).

1921
– Parti et classe – Rassegna Comunista n° 2 du 15 avril, dans Programma C. n° 13, 1957, dans Partito e classe, 1978, dans Programme C. n° 28, 1964, dans Parti et classe, 1975 (Citation 6, 8).
– Parti et action de classe – Rassegna Comunista n° 4 du 31 mai, dans Programma C. n° 19, 1959, dans le fascicule Partito e classe, 1978, dans Programme C. n° 30, 1964, dans Parti et classe 1975 (Citation 9).

1922
– La tactique de l’Internationale Communiste – Ordine Nuovo (organe turinois) nn. 12, 17, 19, 24, 31 janvier, dans Comunismo n° 8, 1981 et 9, 1982  (Citation 137, 144, 147).
– Le principe démocratique – Rassegna Comunista n° 18 du 28 février, dans Bilan n° 2 et 3, 1933, dans Programma C. n° 13, 1957 et 15, 1965, dans le fascicule Partito e classe, 1978, dans Programme C. n° 3, 1958 et 23, 1963, et dans Parti et classe, 1975 (Citation 10, 62, 128).
– Thèses sur la tactique du Parti Communiste d’Italie (Thèses de Rome) – 2ème Congrès du PC d’Italie à Rome du 20 au 24 mars – Rassegna Comunista n° 17 du 30 janvier, Il Comunista du 31/12/1921, Ordine Nuovo du 3/1/1922, Il Lavoratore du 5/2/1922, dans Bilan n° 23-24, 1935, dans Programme C. n° 17, 1961, dans le fascicule In difesa della continuità del programma comunista, 1970, dans le fascicule En défense de la continuité du programme communiste, 1985, rassemble un corps de thèses fondamentales de notre parti (Citation 11, 33, 69, 129, 138, 145, 146).
– Projet de thèses du Parti Communiste d’Italie sur la tactique de l’I.C.au IV Congrès de l’I.C. – Moscou du 5 novembre au 5 décembre – Stato Operaio du 6/3/1924, dans Programme C. n° 34, 1966 (extraits), dans En défense… (Citations 12, 70, 86).
– Discours du représentant de la Gauche au 4e Congrès de l’IC – Moscou du 5 novembre au 5 décembre – Il Lavoratore n° 9-12, dans Programma C. n° 15, 1965, dans Programme C. n° 34, 1966 (Citation 71).
– Déclaration de la Gauche sur le projet d’organisation de l’IC au 4e Congrès de l’IC – Moscou, 5 novembre au 5 décembre, 27ème séance, 30 novembre – Programma C. n° 15, 1965, dans Programme C. n° 34, 1966 (extraits) (Citation 87).

1924
– Lénine sur le chemin de la révolution – Conférence prononcée à la Maison du Peuple à Rome, 24 février – Programme C., 12, 1960 et 34, 1966, dans le fascicule L’estremismo, condamna dei futuri rinnegati, 1973 (Citations 20, 35, 54).
– Organisation et discipline communiste – Prometeo n° 5 du 15 mai, dans Programma C. n° 15, 1965, dans Programme C. n° 31, 1965 et 34, 1966 (Citations 34, 72, 88, 109).
– Motion de la Gauche du Parti Communiste d’Italie à la première Conférence Nationale (clandestine) de Côme de mai – Stato Operaio du 15 mai, dans Programme C. n° 15, 1965 et 34, 1966 (Citation 89).
– Discours et motions de la Gauche au V Congrès de l’I.C. du 17 juin au 8 juillet, 13ème séance 25 juin –  Réplique de la Gauche à Zinoviev à la 16e séance 27 juin – en français et allemand dans le Bulletin du Congrès n° 20 du 8/7, dans Programma C. n° 16, 1965, et dans Programme C. n° 34, 1966 (Citations 73, 90).

1925
– Le danger opportuniste et l’Internationale – Stato Operaio juillet, dans Programma C. n° 16, 1965, dans Programme C. n° 34, 1966 (Citations 91, 98).
– La plate-forme de la Gauche – L’Unità n° 155 du 7/7/1925, dans Programma C. n° 16, 1965, dans Programme C. n° 34, 1966 (Citations 92, 99).
– Per rifarsi all’ABC. La natura del partito comunista – L’Unità n° 172 (Citation 63).
– La politique de l’Internationale – 1925 – L’Unità 15/10/1925, dans Comunismo n° 15, 1984 (Citation 108).

1926
– Projet de thèses de la Gauche au 3ème congrès du PC d’Italie (Lyon) – 21-26 janvier – L’Unità de janvier, dans Programma C. n° 17, 1965 Programme C. n° 34, 1966, 38, 1967, dans In difesa…, dans En défense… (Citations 36, 64, 74, 93, 100, 110, 123, 130, 139, 148, 156, 166, 168).
– Discours du représentant de la Gauche à la IV session du VI Exécutif Elargi – Moscou du 17 février au 15 mars, 5ème séance du 23 février – Compte-rendu sténographique en allemand, dans Programma C. n° 17, 1965, dans Programme C. n° 34, 1966 (extraits), Programme C. n° 69-70, 1976 (traduction complète dont la citation 164) (Citations 37, 75, 94, 101, 111, 164).

1945
– Plate-forme politique du Parti Communiste International – dans le fascicule Per l’organica sistemazione dei principi comunisti, 1973, dans En défense… (Citations 5, 149, 151, 157).

1946
– Les perspectives de l’après-guerre en relation avec la plate-forme du Parti – Prometeo n° 3, 1946, dans Per l’organica sistemazione… (Citations 140, 152, 158).

1947
– Le cycle historique de la domination politique de la bourgeoisie – Prometeo n° 5 – dans Per l’organica sistemazione… 1973 (Citation 153).
– Tendances et socialisme – Prometeo n° 5 – dans Per l’organica sistemazione… 1973 (Citation 154).
– Le cours historique du mouvement de classe du prolétariat – Prometeo n° 6 – dans Per l’organica sistemazione… 1973 (Citation 155).
– Nature, fonction et tactique du Parti révolutionnaire de la classe ouvrière – Prometeo n° 7 – dans En défense… (Citations 4, 76, 124, 141, 150).

1948
– Force, violence et dictature dans la lutte de classe – Prometeo n° 2-4, 1946, 5-8, 1947, 9-10, 1948, dans Partito e classe 1978, dans Programme C. n° 32, 1964 et 34, 1966 (Citations 38, 65, 77, 95, 171).
– Après la garibaldade – Prometeo n° 10, 1948, dans Per l’organica… (Citation 159).

1949
– Normes générales d’orientation – Battaglia Comunista n° 13 (Citations 13, 21, 66).

1951
– Le renversement de la praxis dans la théorie marxiste – Réunion de Rome, 1er avril – Bollettino interno n.1, dans Partito e classe (Citation 39).
– Thèses caractéristiques du Parti (Thèses de Florence) – Réunion du 8-9 décembre – Programma C. n° 16, 1962, dans Programme C. n° 25, 1963, dans In difesa…, dans En défense… (Citations 1, 2, 3, 40, 119, 125, 160, 167).
1952
– Les jambes aux chiens (Sul Filo del Tempo) – Battaglia Comunista n° 11, dans Programma C. n° 4, 1970, Programme C. n° 55 1972 (Citation 41).
– Politique d’abord (Sul Filo del Tempo) – Battaglia C. n° 15 (Citation 42, 112).

1953
– Théorie et action Réunion de Forli, 27-28 décembre – Sul Filo del Tempo n° 1, dans Per l’organica… (Citation 142).
– Le cadavre chemine encore – Sul filo del tempo, n° 1 – dans Per l’organica… (Citation 161)
– La révolution anticapitaliste occidentale – Réunion de Gênes du 26 avril – Per l’organica… (Citation 162).
– Le battilocchio dans l’histoire (Sul Filo del Tempo) – Programma C. n° 7 (Citation 43).
– Fantômes à la Carlyle (Sul Filo del Tempo) – Programma C. n° 9 (Citation 28).
– Gracidamento de la praxis (Sul Filo del Tempo) – Programma C. n° 11 – dans Classe Partito Stato nelle teoria marxista 1972 (Citation 44).
– Pression „raciale” de la paysannerie, pression classiste des peuples de couleur – dans Programma C. n° 14 (Citations 45, 113).

1954

– Volcan de la production ou marais du marché ? – Programma C. n° 13-19, La Gauche Communiste, 11-12, 1986
– Russie et révolution dans la théorie marxiste – Programma C. n° 21, 1954 – 8, 1955 (Citation 56).

1956
– La Russie dans la grande révolution et dans la société contemporaine – Réunion générale de Turin, mai – Programma C. n° 14, 1956, dans „Marxisme et autorité”, Programme C. n° 34, 1966 (Citation 14, 24, 78).
– Dialogue avec les morts – Programma C. n° 5 et 10-15 – dans une brochure Dialogato coi morti 1977, dans Programme C., 1957 (Citations 46, 79, 96).

1957
– Les fondements du communisme révolutionnaire marxiste – Réunion générale Paris, 8-9 juin – Programma C. n° 13-16, dans Programme C. n° 1, 1957 (Citations 18, 57),
– Structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui – Programma C.1955-1957 (Citations 19, 47, 165).

1958

– Les luttes de classes et d’états dans le monde des peuples non blancs champ historique vital pour la critique révolutionnaire marxiste  – Programma C. n° 3-6 (Citation 59).
– Contenu original du programme communiste est l’élimination de l’individu en tant que sujet économique, titulaire de droits et acteur de l’histoire humaine – Réunion générale Parme, 20-21 septembre – Programma C. n° 21-22 (Citations 22, 58)

1959
– La structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui et l’étape de son transformisme involutif au XXI Congrès  – Programma C. n° 16-18 (Citations 29, 30. 163).

1961
– Sur le texte de Lénine „L’extrémisme”, condamnation des futurs renégats – Programma C. n° 16-24, dans La „Maladie infantile” condamnation des futurs renègats, 1972 (Citations 15, 31, 48).
– La grande lumière s’est offusquée – R.G. Storia della Sinistra – Programma C. n° 12, 1961 (Citation 49).

1964
– Notes pour les thèses sur la question d’organisation – Programma C. n° 22 (Citations 16, 61, 67, 131).

1965
– Considérations sur l’activité organique du Parti quand la situation générale est historiquement défavorable – Programma C. n° 2 – dans En défense… (Citations 25, 32, 50, 120, 126, 132, 143).
– Thèses sur la tâche historique, l’action et la structure du P.C.Mondial (Thèses de Naples) – Programma C. n° 14 – dans En défense… (Citations 26, 51, 60, 68, 80, 97, 102, 114, 117, 121, 127, 133, 170).
– Prémisse aux Thèses du PC d’Italie sur la Tactique au 4e Congrès de l’IC – Programma C. n° 15, 1965 (Citation 81).
– Prémisse au Discours du représentant de la Gauche au 5e Congrès de l’IC – Programma C. n° 16, 1965 (Citation 103).
– Prémisse à « Force, violence, dictature dans la lutte de classe » – Programma C. n° 18, 1965 (Citation 104).
– Les thèses vues par nous alors et aujourd’hui. Introduction aux Thèses sur le rôle du parti communiste dans la révolution prolétarienne du II Congrès de l’IC – Programma C. n° 19, 1965 – dans Parti et classe (Citation 17, 134).

1966
– Thèses supplémentaires sur la tâche historique… (Thèses de Milan) – Programma C. n° 7, dans Le Prolétaire n° 34, 1966, dans En défense… (Citations 23, 52, 82, 105, 115, 118, 169).
– La continuité d’action du Parti sur le fil de la tradition de la Gauche – Réunion interfédérale de Milan du 24-25 décembre – Programma C. n° 3 à 5 – (Citation 136).

1970
– Prémisse aux Thèses du PC d’Italie sur la Tactique au 4e Congrès de l’IC – dans In difesa…et En défense… 1985 (Citation 83, 106).
– Prémisse aux Thèses de la Gauche au Congrès de Lyon – In difesa… et En défense… (Citation 84, 107, 116)
– Prémisse au Thèses après 1945-1970 – In difesa… et En défense…  – (Citations 53, 85, 122, 135).

Comme on le voit, nous revendiquons et reproposons intégralement tout le patrimoine historique de la Gauche Communiste et du Parti Communiste International surgi sur la base de ses positions en 1952.

La nécessité de reproposer tout ce patrimoine historique est liée aux vicissitudes qui ont travaillé ces dernières années l’organisation du Parti Communiste International, rendant nécessaire la naissance d’une nouvelle dénomination de notre organe italien Il Partito Comunista comme point de référence organisatif pour tous ceux qui entendent militer sur les positions de la Gauche. Sur ces bases fidèlement respectées, le Parti Communiste International est né, s’est développé et peut seulement vivre. C’est uniquement sur ces bases, les seules correctement marxistes, que le Parti Communiste Mondial, compact et puissant, et qui est l’organe indispensable de la révolution prolétarienne et de la dictature de classe qui y succédera, peut s’organiser.

PREMIÈRE PARTIE

Chapitre 1Centralisme et discipline, pierres angulaires de l’organisation du parti

Affrontant le problème des caractéristiques que l’organe parti présente, nous devons insister en premier lieu sur la thèse qui distingue la véritable et unique vision marxiste du problème : le parti politique de classe est l’organe indispensable pour conduire la lutte prolétarienne, avant, pendant et après la révolution violente et la conquête du pouvoir. Le parti est l’unique organe qui peut exercer la dictature de la classe prolétarienne, qui pour cela, dans la vision marxiste correcte, n’est pas demandée à d’autres formes d’organisation du prolétariat, même si elles ne comprennent que des prolétaires (syndicat, soviet et tout autre type d’organisation immédiate des prolétaires). Le parti politique de classe exercera donc de façon exclusive et directe la dictature et tiendra les leviers de l’Etat dictatorial du prolétariat en soumettant à sa direction et à sa discipline toutes les autres formes d’organisation du prolétariat, lesquelles peuvent avoir une fonction révolutionnaire seulement si elles sont influencées et dirigées par le parti. Dans la conception marxiste, depuis le Manifeste de 1848, c’est le prolétariat qui devient une classe seulement quand surgit son parti politique. Sans le parti de classe, c’est un pur élément statistique, mais il est incapable d’action unitaire pour les finalités révolutionnaires, car du parti seul peut lui venir la conscience de ses intérêts historiques généraux et de ses finalités. La conscience de la classe se trouve uniquement dans le parti, non chez les prolétaire pris individuellement, ni comme masse statistique. Tous ces concepts se trouvent chez Marx, chez Lénine, et dans toute la tradition du mouvement communiste révolutionnaire.

Nous écrivions :

Citation 6 – Parti et classe – 1921

     « (…) Le concept de classe ne doit donc pas nous suggérer une image statique, mais une image dynamique. Quand nous découvrons une tendance sociale, un mouvement dirigé vers un but donné, alors nous pouvons reconnaître l’existence d’une classe au vrai sens du terme. Mais alors existe, d’une façon substantielle sinon encore formelle, le parti de classe.
     « Un parti vit quand vivent une doctrine et une méthode d’action. Un parti est une école de pensée politique et donc une organisation de combat. Le premier trait est un fait de conscience, le second est un fait de volonté, plus précisément d’effort vers un but.
     « En l’absence de ces deux caractères, nous ne possédons pas encore la définition d’une classe. Le froid enregistreur de données peut bien, répétons-le, constater des affinités dans les conditions de vie de groupes plus ou moins vastes, mais aucune trace ne se grave dans le devenir historique.
     « Or ces deux caractères ne peuvent se trouver condensés, concrétisés, que dans le parti de classe.
     « (…) Bien qu’il ne comprenne qu’une partie de la classe, c’est le parti seul qui lui donne son unité d’action et de mouvement, parce qu’il regroupe les éléments qui, dépassant les limites de catégorie et de localité, sentent et représentent la classe.
     « (…) Mais pour peu que l’on pense que dans cette grande masse les individus n’ont pas encore une conscience et une volonté de classe, qu’ils vivent pour leur propre égoïsme, ou pour la catégorie, ou pour le clocher, ou pour la nation, on verra que pour assurer dans le mouvement historique l’action d’ensemble de la classe, il faut un organisme qui l’anime, la cimente, la précède, en un mot l’encadre ; on verra que le parti est en réalité le noyau vital sans lequel il n’y aurait plus aucune raison de considérer toute la masse restante comme un faisceau de forces.
     « La classe présuppose le parti, parce que pour être et agir dans l’histoire, la classe doit posséder une doctrine critique de l’histoire et un but à atteindre dans celle-ci.
     « La véritable et unique conception révolutionnaire de l’action de classe délègue la direction de celle-ci au parti. L’analyse doctrinale et toute une série d’expériences historiques nous permettent de ramener facilement aux idéologies petites-bourgeoises et anti-révolutionnaires toute tendance à nier et à combattre la nécessité et la primauté de la fonction de parti ».

C’est une thèse marxiste évidente, provenant nécessairement de toute notre vision théorique et de son inévitable conséquence – la fonction primordiale du parti – que le parti doit posséder une organisation centralisée et disciplinée. L’organisation doit réaliser une unité très étroite de mouvement dans l’espace et dans le temps. Et ceci signifie que l’organisation du parti doit posséder des organes de direction et de coordination de toute l’action, aux ordres desquels tous les adhérents doivent une discipline absolue. Il serait complètement absurde et contredirait ce que nous avons dit sur la fonction du parti, d’admettre une quelconque autonomie aux répartitions locales ou nationales, une quelconque „liberté” dans l’action de la part d’individus ou de groupes à l’intérieur du parti. Dans le parti communiste, tous les militants sont tenus à la discipline la plus grande envers les dispositions centrales, et pour l’exécution des ordres provenant du centre de l’organisation.

Nous alignons tout de suite les citations qui démontrent comment précisément ceci a toujours été la pensée de la Gauche Communiste et de notre parti sur la ligne de Marx et de Lénine, luttant ouvertement contre les anarchistes, les autonomistes de tout genre qui ont toujours empesté le mouvement ouvrier.


CITATIONS

Citation 7 – Thèses sur le rôle du parti communiste dans la révolution prolétarienne adoptées au 2ème Congrès de l’I.C. – 1920

     « Thèse 13 – (…) le Parti Communiste doit être constitué sur la base d’un centralisme prolétarien de fer (…) Le Parti Communiste doit établir dans son sein une discipline sévère, une discipline militaire (…) sans la plus rigoureuse discipline, sans un centralisme total, sans une confiance absolue de toutes les organisations du Parti envers le centre dirigeant du Parti, la victoire des travailleurs est impossible.
     « Thèse 14 – (…) le caractère absolument astreignant des directives données par les instances supérieures à celles inférieures, l’existence d’un centre puissant dont l’autorité ne peut (…) être contestée par personne, sont les principes essentiels de la centralisation.
     « Thèse 15 – (…) [Le parti communiste]doit reconnaître à son centre dirigeant le droit de prendre, quand cela est nécessaire, des décisions importantes et obligatoires pour tous les membres du parti.
     « Thèse 16 – La revendication d’une large „autonomie” pour les organisations locales de parti ne peut (…) qu’affaiblir les rangs du parti communiste ».


Citation 8 – Parti et classe – 1921

     « (…) Un parti vit quand une doctrine et une méthode d’action vivent. Un parti est une école de pensée politique et donc une organisation de combat. Le premier trait est un fait de conscience, le second est un fait de volonté, plus précisément d’effort vers un but.
     « (…) La révolution exige une organisation de forces actives et positives, unies par une doctrine et par un but (…)
     « La classe part d’une homogénéité immédiate de conditions économiques, qui nous apparaît comme le premier moteur de la tendance à dépasser, à briser l’actuel système de production, mais pour assumer cette tâche grandiose elle doit avoir une pensée propre, une méthode critique propre, une volonté propre visant à ces réalisations que la recherche et la critique ont définies, une organisation de combat propre qui canalise et utilise avec le meilleur rendement les efforts et les sacrifices. Tout cela, c’est le parti.


Citation 9 – Parti et action de classe – 1921

     « (…) Un organisme qui comme le parti politique possède d’un côté une vision historique générale du processus de la révolution et de ses exigences, de l’autre une sévère discipline organisative qui assure la subordination de toutes les fonctions particulières à un but général de classe.
     « (…) La tâche indispensable du parti se présente donc de deux manières, comme fait de conscience d’abord, et ensuite comme fait de volonté : la première se traduit dans une conception théorique du processus révolutionnaire qui doit être commune à tous les adhérents ; la seconde dans l’acceptation d’une discipline précise qui assure la coordination et donc le succès de l’action ».

Citation 10 – Le principe démocratique – 1922

     « (…) La démocratie ne peut être pour nous un principe ; le centralisme l’est indubitablement, puisque les caractères essentiels de l’organisation du parti doivent être l’unité de structure et de mouvement ».


Citation 11 – Thèses sur la tactique au II Congrès du PC d’Italie (Thèses de Rome) – 1922

     « I,2 – L’intégration de toutes les poussées élémentaires dans une action unitaire se manifeste à travers deux facteurs principaux : l’un est la conscience critique dont le Parti tire son programme ; l’autre est la volonté qui s’exprime dans l’instrument avec lequel le parti agit, l’organisation disciplinée et centralisée du Parti ».


Citation 12 – Thèses du PC d’Italie sur la tactique de l’I.C au IV Congrès – 1922

     « (…) Pour être en mesure de remplir ses tâches d’unification de la lutte du prolétariat de tous les pays vers le but final de la révolution mondiale, l’Internationale Communiste doit avant tout assurer sa propre unité de programme et d’organisation. Toutes les sections et tous les militants de l’Internationale Communiste doivent être engagés par leur adhésion de principe au programme commun de l’Internationale Communiste.
     « En éliminant tous les vestiges du fédéralisme de la vieille Internationale, l’organisation internationale doit assurer le maximum de centralisation et de discipline».


Citation 13 – Normes générales d’orientation – 1949

     « (…) Les forces de la périphérie du parti et tous ses adhérents sont tenus dans la pratique du mouvement à ne pas prendre d’initiative locale et de décisions contingentes d’action qui ne proviennent pas des organes centraux, et à ne pas donner aux problèmes tactiques des solutions différentes de celles soutenues par tout le parti. De la même façon les organes directifs et centraux ne peuvent ni ne doivent dans leurs décisions et communications valides pour tout le parti en abandonner les principes théoriques ni en modifier les moyens d’action tactiques, encore moins sous le motif que les situations aient présenté des faits inattendus ou non prévus dans les perspectives du parti. Pour répondre au défaut de ces deux processus réciproques et complémentaires, les ressources statutaires ne suffisent pas, mais déterminent les crises dont l’histoire du mouvement prolétarien offre de nombreux exemples.
     « Par conséquent, le parti réclame la participation de tous les adhérents au processus continu d’élaboration qui consiste dans l’analyse des événements et des faits sociaux et dans l’éclaircissement des tâches et méthodes d’action les plus appropriées, et qu’il réalise cette participation de la façon la plus adaptée, que ce soit avec des organes spécifiques qu’avec les consultations générales périodiques des congrès. Il ne permet absolument pas que dans son sein des groupes d’adhérents puissent se réunir en organisations et en fractions distinctes et développer leur travail d’étude et de contribution selon des réseaux de liaison et de correspondance et de divulgation interne et externe différents de celui unitaire du parti ».


Citation 14 – Marxisme et autorité – 1956

     « 29 – (…) Pas un marxiste ne peut absolument discuter l’exigence du centralisme. Le parti ne peut exister si l’on admet que des morceaux puissent opérer chacun pour son compte. Aucune autonomie des organisations locales dans la méthode politique. Ceci correspond à des vieilles luttes que nous menèrent déjà au sein des partis de la II Internationale, contre par exemple l’auto-décision du groupe parlementaire du parti dans sa manœuvre, contre le cas par cas pour les sections locales ou les fédérations, dans les communes et dans les provinces, contre l’action au cas par cas des membres du parti dans les diverses organisations économiques, et ainsi de suite ».


Citation 15 – L’”Extrémisme”, condamnation des futurs renégats – 1960

     « 14 – (…) Avant que Lénine n’explique la nécessité vitale du facteur discipline, suspecté et contesté par tant de partis, et définisse comme égal le sens de la discipline dans le parti et dans la classe, nous citerons une période qui viendra peu après et qui au concept communiste de base de la discipline met en parallèle l’autre non moins essentiel de la centralisation, clé de voûte de toute construction marxiste.
     « Je répète : l’expérience de la dictature victorieuse du prolétariat en Russie a montré de façon évidente, à ceux qui ne savent penser ou n’ont jamais dû méditer sur ce problème, qu’une centralisation absolue et la plus sévère discipline du prolétariat sont des conditions essentielles pour la victoire sur la bourgeoisie.
     « Lénine sait qu’à cette époque, même pour des éléments qui s’auto- éfinissaient de gauche, il y avait des hésitations sur ces deux formules qui ont toujours eu un goût amer : „centralisation absolue” et „discipline de fer”.
     « La résistance à ces formules dérive de l’idéologie bourgeoise diffuse dans la petite bourgeoisie et débordant dangereusement dans le prolétariat, véritable danger contre lequel cet écrit classique s’est élevé ».


Citation 16 – Notes pour les thèses sur la question d’organisation – 1964

     « 1 – (…) Un tel courant était fortement représenté au II Congrès, spécialement parmi les Anglais, les Américains, les Hollandais, et aussi parmi les syndicalistes français et même les anarchistes espagnols. La Gauche communiste italienne tint à se différencier de ces courants qui, en plus de ne pas comprendre les thèses sur le parti, digéraient mal également celles sur la centralisation et sur la discipline stricte affirmées alors vigoureusement par Zinoviev ».


Citation 17 – Les thèses vues par nous alors et aujourd’hui – 1965

     « (…) Dans la conception de la Gauche du centralisme organique, les congrès aussi ne doivent pas décider en jugeant le travail du centre et le choix des hommes, mais sur des questions de positions, ceci en cohérence avec la doctrine historique invariante du parti mondial ».

Chapitre 2Centralisme tout-court

Lénine utilisa pour définir la structure et la dynamique de l’organe parti, la formule de « centralisme démocratique ». Cette formule, parfaitement exacte pour décrire les partis de la II Internationale, se montrait, selon notre courant, inadéquate et imparfaite à définir le mode de mouvement des partis communistes qui s’étaient formés dans le premier après guerre, quand les marxistes révolutionnaires cohérents s’étaient définitivement séparés des réformistes, et nous y opposâmes la formule plus adaptée de « centralisme organique ». Mais les citations qui suivent montrent qu’avec le terme « centralisme démocratique », il n’a jamais été question que le parti ne mitige de quelque manière que ce soit le centralisme absolu, nécessaire au développement de ses fonctions et répondant pleinement à la conception marxiste du devenir historique, avec l’application d’une praxis de « démocratie » et de « liberté » à l’intérieur de l’organisation. Il n’y a pas aujourd’hui un seul petit groupe de pseudo-marxistes qui ne comprennent la formule de Lénine autrement que signifiant « centralisme mitigé de démocratie », tandis que pour Lénine elle voulait dire que pour obtenir le maximum de centralisme et de discipline organisative dans le parti, l’utilisation de mécanismes démocratiques formels étaient nécessaires (et cela l’était vraiment pour les partis socialistes et social démocrates de la II Internationale).

Nous reviendrons largement sur ce problème, mais en attendant nous affirmons que, pour les marxistes authentiques, l’unique principe organisatif est le centralisme, et l’application de mécanismes démocratiques n’a été qu’un incident historiquement nécessaire pour réaliser la centralisation maximale de l’organisation. Pour aller dans ce sens, nous ferons la démonstration que nous, marxistes, sommes pour le centralisme « sans adjectifs » en opposition à n’importe quelle revendication d’« autonomie » et de « liberté ». C’est la lutte des marxistes « autoritaires » contre les « libertaires » à l’époque de la I Internationale ; c’est la lutte de Lénine pour le « centralisme bureaucratique » contre les Menchéviks depuis 1903 ; c’est notre position : « Celui qui se met à protester contre le centralisme sans adjectif ne peut être qu’un complice de la bourgeoisie ».

CITATIONS

Citation 18 – Les fondements du communisme révolutionnaire marxiste – 1957

     « 19 – (…) Le cri final qui sort de leur cœur est toujours celui-ci : Centralisme bureaucratique, ou autonomie de classe ? Si l’antithèse avait été celle-ci, à la place de celle de Marx et de Lénine : „Centre dictatorial du Capital, ou du Prolétariat ?”, nous serions pour le centralisme bureaucratique (ô, horreur!) qui à certains moments de l’histoire peut être un mal nécessaire, contrôlable par un parti exempt du marchandage des principes (Marx), du relâchement organisatif, du funambulisme tactique, et de la peste autonomiste et fédéraliste. Quant à l’”autonomie de classe”, c’est une couillonnerie intégrale ».


Citation 19 – Structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui – 1957

     « 114 – (…) Ce fut alors que, au sujet de la vie interne de l’Internationale, Lénine mit dans ses thèses historiques l’expression de „centralisme démocratique”. Nous de la Gauche italienne avions proposé – encore une fois les faits nous ont donné raison – de remplacer cette formule, que nous jugions dangereuse, par celle de „centralisme organique”. Nous avons tout de suite obéi, mais nous écrivons d’urgence que celui qui se met à fracasser le centralisme, outrage Marx, Lénine et la cause de la révolution : c’est un complice de plus de la conservation bourgeoise ».

Chapitre 3Différenciation des fonctions

Il est évident que soutenir la nécessité d’une organisation de parti centralisée et disciplinée implique, entre autre, une différenciation hiérarchique, qui partage les militants dans des fonctions diverses et de poids divers. Il doit y avoir dans le parti les chefs et les responsables pour les diverses fonctions. Il doit y avoir ceux qui commandent et ceux qui exécutent les ordres et il doit y avoir des organes différenciés adaptés à assurer ces fonctions. L’organisation du parti se présente ainsi, dans notre conception, avec une structure que nous avons de nombreuses fois définie comme étant pyramidale. Dans cette dernière, toutes les impulsions provenant des divers points de la structure convergent vers un nœud central unique et de celui-ci partent les dispositions pour tout le réseau organisatif. Nous expliquerons par la suite comment la différenciation des divers organes et la liaison des militants dans les diverses fonctions et dans les divers degrés de l’échelle hiérarchique est un fait naturel et organique, non comparable à la praxis du carriérisme bourgeois, ni à une pure et simple singerie. Pour l’instant il nous suffit d’aligner les citations qui démontrent la nécessité de cette différenciation et de cette hiérarchie si on veut parler d’organisation centralisée et soutenir que celle-ci n’est pas seulement la vision de la Gauche communiste, mais celle de Marx et de Lénine.

CITATIONS

Citation 20 – Lénine sur le chemin de la révolution – 1924

     « (…) L’organisation en parti, qui permet à la classe d’être vraiment telle et de vivre en tant que telle, se présente comme un mécanisme unitaire dans lequel les différents „cerveaux” (non seulement les cerveaux mais aussi d’autres organes individuels) assument des tâches diverses en fonction des leurs aptitudes et potentialités, étant tous au service d’un but et d’un intérêt, qui se superposent de plus en plus intimement „dans le temps et dans l’espace” (…) Tous les individus n’ont donc pas la même place et le même poids dans l’organisation : au fur et à mesure que cette division de tâches se réalise selon un plan plus rationnel (plan qui aujourd’hui est pour le parti-classe, demain pour la société), il est parfaitement exclu que celui qui se trouve au plus haut apparaisse comme un privilégié par rapport aux autres. Notre évolution révolutionnaire ne va pas vers la désintégration, mais vers la connexion de plus en plus scientifique des individus entre eux ».


Citation 21 – Normes générales d’orientation – 1949

     « (…) Le parti n’est pas un cumul brut de petits grains équivalents entre eux, mais un organisme réel suscité par les déterminants et les exigences sociales et historiques, avec des réseaux, des organes et des centres différenciés pour l’accomplissement des diverses tâches. Le bon rapport entre de telles exigences réelles et la meilleure fonction conduit à la bonne organisation et non vice-versa ».


Citation 22 – Contenu original du programme communiste… – 1958

     « 19 – (…) Le parti que nous sommes certains de voir resurgir dans un lumineux avenir sera constitué d’une vigoureuse minorité de prolétaires et de révolutionnaires anonymes, qui pourront avoir différentes fonctions comme il en est ainsi des organes d’un même être vivant, mais elles seront liées, au centre ou à la base, à la norme inflexible qui les surplombe tous qui est celle du respect de la théorie ; de continuité et de rigueur de l’organisation ; d’une méthode précise d’action stratégique dont l’éventail d’éventualités admises est, dans ses veto inviolables de tous, tirée de la terrible leçon historique des dévastations de l’opportunisme ».


Citation 23 – Thèses supplémentaires… (Thèses de Milan) – 1966

     « 8 – (…) Par la nécessité même de son action organique, et pour réussir à avoir une fonction collective qui dépasse et abandonne tout personnalisme et tout individualisme, le parti doit distribuer ses membres entre les différentes fonctions et tâches qui forment sa vie. Le rapprochement des camarades dans de telles attributions est un fait naturel qui ne peut être guidé par des règles analogues à celles des carrières des bureaucraties bourgeoises. Dans le parti il n’y a pas de concours dans lesquels on lutte pour atteindre des positions plus ou moins brillantes ou plus en vue, mais on doit tendre à atteindre organiquement ce qui n’est pas une singerie de la division bourgeoise du travail, mais un ajustement naturel de l’organe-parti, complexe et articulé, à sa fonction ».

DEUXIEME PARTIE

Prémisse

Nous avons décrit la forme et la structure de l’organe Parti ; structure centralisée, existence d’organes différenciés et d’un organe central capable de coordonner, de diriger, de donner des ordres à tout le réseau ; discipline absolue de tous les membres de l’organisation dans l’exécution des ordres donnés par le centre ; aucune autonomie pour les sections ou les groupes locaux ; aucun réseau de communication divergent de celui unitaire qui relie le centre à la périphérie et la périphérie au centre. Cependant cette structure centralisée est typique non seulement du parti communiste mondial, mais aussi d’autres organismes : les chemins de fer doivent fonctionner selon la même structure centralisée sous peine d’arrêter de fonctionner ; il en est ainsi pour les grandes usines capitalistes. L’Etat bourgeois et également celui prolétarien ont aussi une structure fortement centralisée revendiquée par la bourgeoisie révolutionnaire en lutte contre les autonomies féodales ; les partis staliniens sont fameux pour leur centralisation rigide et la discipline de fer et terroriste imposée à leurs militants ; le parti fasciste a manifesté la même prétention à une centralisation absolue et tout aussi bien l’Eglise catholique, etc. Il ne suffit donc pas de reconnaître l’existence d’une structure organisative centralisée pour distinguer le parti de classe de tous les autres partis et organismes. Ce n’est pas seulement la structure organisative centralisée qui définit le parti de classe. Le centralisme n’est pas une catégorie a priori, une espèce d’entité ou de principe métaphysique qui s’applique sans être modifiée aux différentes phases historiques, aux différentes classes et organismes de classe. S’il en était ainsi, il serait cohérent de concevoir le développement historique comme une affirmation progressive du principe d’autorité ou vice versa comme la lutte constante et immanente entre le principe d’autorité et celui opposé de liberté et d’autonomie.

Une conception pareille signifierait remplacer le matérialisme marxiste par l’idéalisme le plus suranné. Selon le marxisme, des principes fixes et des prémisses immanentes n’existent pas dans le cours réel de l’histoire ; ni le principe autoritaire, ni le principe démocratique et libertaire.

Du point de vue matérialiste, on a constaté que, dans le cours historique, tout organisme économique, social ou politique a eu et a une structure organisée dont les caractéristiques dépendent des fonctions qu’il est appelé à assumer. En tant que marxiste, il sera ainsi exact de soutenir que, s’il est vrai que l’état bourgeois et l’état prolétarien présentent tous les deux une structure centralisée, despotique et répressive, ils sont toutefois complètement opposés, non seulement par la base sociale sur laquelle cette structure s’appuie et par les fonctions qu’elle doit développer, mais aussi, en conséquence, par le mode dans lequel cette structure se manifeste et développe ses fonctions. Si, d’un point de vue structurel, l’état du prolétariat avait été complètement identique à l’état bourgeois, il aurait été suffisant de chasser la bourgeoisie de la direction de la machine étatique, de faire diriger cette machine par le parti unique et le prolétariat, et peut-être faire voter seulement les prolétaires. En réalité, la bourgeoisie réalise le centralisme avec des moyens, des formes, des caractéristiques propres ; comme le prolétariat réalisera son centralisme étatique avec des formes, des méthodes, des instruments caractéristiques de l’essence de la classe prolétarienne. Tant il est vrai que le marxisme ne préconise pas la conquête même violente de la machine étatique bourgeoise, mais sa destruction complète et son remplacement par une autre machine étatique entièrement différente, même si elle est utilisée elle aussi à des fins de dictature, de violence et de terreur.

Au petit bourgeois historiquement impuissant à aller au delà des formes, il est impossible de comprendre que la structure de la machine parti mise sur pied par Mussolini et Hitler est tout autre que la machine, tout aussi centralisée, constituée par le parti bolchévique de Russie de l’époque de Lénine ; et non seulement par la base sociale, les finalités et les principes auxquels répondaient les deux organismes et qui étaient complètement opposés, mais aussi, en conséquence, par les méthodes, les instruments, la praxis et la dynamique organique des deux organismes. C’est pourquoi depuis un demi-siècle, Mussolini et Lénine sont associés dans l’esprit du petit bourgeois démocrate au spectre, terrible pour lui, du concept de dictature et de terreur.

Il existe pour nous marxistes une relation directe entre la classe sociale dont un mouvement déterminé est l’expression, ses principes, ses finalités, les moyens nécessaires à les atteindre, et les caractéristiques, les moyens, les méthodes qu’elle doit utiliser pour parvenir à une action et à une structure centralisée et unitaire. C’est pourquoi il est juste de dire que l’état bourgeois réalise son centralisme, inhérent à sa nature de classe, en s’appuyant sur la farce de la volonté populaire consultée périodiquement et en réalité sur la création d’une machine bureaucratique et militaire énorme rassemblée non par la conviction, mais par la coercition et par l’argent. L’état prolétarien réalisera son centralisme qui ne proviendra pas de consultations démocratiques ni du „peuple” ni des seuls prolétaires, mais de leur participation de manière de plus en plus large au développement effectif des fonctions étatiques, et par conséquent, de la disparition progressive de l’appareil bureaucratique. Nous aurons pour réaliser cela la répression, la violence de classe, la centralisation absolue sans avoir la bureaucratie et l’armée permanente : telle est la leçon de la Commune de Paris à laquelle Marx reprocha de ne pas avoir été suffisamment terroriste et centraliste, mais dont il exalta l’existence de chefs, une direction avec des pouvoirs absolus, un terrorisme de classe, sans avoir de bureaucrates et des corps militaires de métier. L’équation centralisme égale bureaucratisme est donc fausse ; il est historiquement vrai pour l’état bourgeois, mais ne le sera pas pour l’état prolétarien, si nous ne voulons pas renier le marxisme.

Les communautés primitives réalisaient un centralisme très stricte et une discipline absolue de l’individu au groupe social sans besoin d’aucune coercition ou machine spéciale, en se fondant exclusivement sur l’identité d’intérêts et la solidarité de tous dans la lutte contre l’environnement naturel ennemi et contre les autres groupes. La communauté primitive est un exemple d’organisation centralisée et différenciée sans coercition. Il en sera de même pour la société communiste future. Mais est fondamentale la thèse marxiste qui affirme que seulement lorsqu’il y eut entre les membres d’un groupe social des intérêts matériels inconciliables, une rupture coercitive spéciale fut nécessaire afin d’obtenir la même centralisation qui dans la communauté primitive s’obtenait de façon naturelle, spontanée, organique.

Que le développement centraliste des fonctions et l’existence d’un appareil bureaucratique et coercitif ne soient absolument pas la même chose, est une question que ne peuvent comprendre les sociaux démocrates étrillés par Lénine dans Etat et Révolution, lesquels soutenaient que la nécessité de la machine étatique était éternelle, parce qu’autrement les intérêts individuels auraient désagrégé la société, tandis que le postulat et le but du communiste est la société sans état, sans moyens de coercition sur les hommes avec la conclusion qu’en elle la centralisation sera maximale et beaucoup plus complète que dans la société actuelle et se fondera sur un comportement naturel et spontanément solidaire des hommes entre eux.

Dans la société communiste, les hommes seront-ils tous égaux, l’un la vilaine ou la belle copie de l’autre, et pour toute l’espèce ? C’est la vieille lubie bourgeoise, avec celle qui veut que les individus n’étant pas contraints à travailler, la production s’arrêtera dans une indolence collective. Il y aura des individus avec des caractéristiques diverses, plus ou moins dotés de moyens physiques et cérébraux ; la société connaîtra une diversification de fonctions et d’organes affectés à des fonctions variées, et elle distribuera organiquement et naturellement les divers individus dans les diverses fonctions. Ce qu’il n’y aura plus, c’est la division sociale et technique du travail, et la société donnera les moyens à tous les hommes d’être capables d’assumer toutes les fonctions essentielles (Engels dans L’Antidürhing). Les moyens de production et de vie seront la propriété de toute la société, et en conséquence, sera exclu pour toujours le fait que l’individu le mieux doté se comporte comme un privilégié confrontés aux autres ; bien au contraire, ses qualités „supérieures” seront un bénéfice pour la société, et seront au service de celle-ci.

Si ces considérations s’alignent avec la tradition marxiste, il ne suffit pas alors d’une organisation centralisée dans le parti, dont tous les membres répondent comme un seul homme à des impulsions provenant d’un point central unique. Il ne suffit pas non plus de dire, comme le disaient les anarchistes, que les communistes aussi sont „autoritaires” et de revendiquer contre eux la „liberté” de l’individu ; et il ne suffit pas également de déclarer stupidement que vice versa nous sommes pour la soumission au principe d’autorité, et par conséquent que le centralisme quel qu’il soit nous convient, pour qu’il ait centralisme, la discipline quelle qu’elle soit pour qu’il y ait discipline. Nous avons réfuté tout ceci mille fois dans notre histoire de parti.

Du point de vue marxiste, ayant défini le fait que l’organe parti pour réaliser les tâches auxquelles l’histoire nous appelle, a besoin de posséder une structure absolument centralisée, il sera pourtant nécessaire d’analyser de quelle façon cette structure peut s’accomplir dans un organisme particulier comme l’est le parti communiste. Et nous devrons alors étudier quelles sont les caractéristiques physiologiques de cet organisme, quelle est la dynamique de son développement et de son action, quelles sont ses maladies et ses dégénérescences, quelle influence les événements historiques des luttes de classe ont sur lui. Seulement alors nous serons en mesure de décrire moins superficiellement l’essence du centralisme et de la discipline propres à cet organe historique particulier : l’organe parti communiste. Non pas un centralisme quelconque et une discipline quelconque, description banale qui se résumerait en ces deux lignes : « il doit y avoir un centre qui commande et une base qui obéit » ; avec l’adjonction que, du moment que nous sommes antidémocratiques, nous ne voulons ni le compte des textes des particuliers, ni l’élection des dirigeants, et que ne nous fait pas horreur le fait que commande d’une manière totale un comité restreint, voire un homme seul, sans avoir besoin que son pouvoir soit sanctionné par la majorité des inscrits démocratiquement consultée. Toutes choses que nous acceptons, mais qui ne servent pas à expliquer la dynamique réelle à travers laquelle l’organe parti réalise sa centralisation maximale, ou vice versa, la perd et dégénère lors de phases défavorables à la lutte révolutionnaire de classe. Elles ne nous servent pas non plus à comprendre comment l’organe devient robuste, croît et se renforce afin de vaincre les maladies qui peuvent le frapper. Tout ceci est à expliquer pour parvenir à comprendre quelle est l’essence du centralisme et de la discipline communiste.

Il faut, comme nous l’avons fait dans toutes nos thèses et particulièrement dans les Thèses de Naples de 1965, donner non pas une recette d’organisation (la „recette” est exprimée dans le terme même de centralisme), mais décrire la vie réelle du parti communiste, les vicissitudes auxquelles il a été soumis dan sa longue histoire, les maladies qui l’ont frappées mille fois et l’efficacité des remèdes que tour à tour on lui a appliqués pour le guérir. Il faut étudier l’histoire du parti depuis 1848 à aujourd’hui, le voir se mouvoir dans le contexte historique, dans les phases d’avancée et celles de recul de la révolution à l’échelle mondiale. C’est seulement de ceci que peuvent se déduire les leçons qui peuvent et doivent être utilement assimilées par le parti actuel en le rendant plus fort et plus capable de résister à ces facteurs matériels de signe négatif qui détruisirent trois Internationales et un mouvement révolutionnaire du prolétariat qui semblait voué, dans les années du premier après guerre, à la plus splendide victoire sur toute la planète.

Débiter la petite doctrine selon laquelle tout se réduit à une déficience de centralisme et que toute la leçon à tirer est que nous avons besoin d’une structure encore plus centralisée que celle du parti bolchevique et de la Troisième Internationale, signifie tromper le parti et falsifier toute sa tradition. Comment obtenir une centralisation maximale dans le parti ? Quelles maladies minent la centralisation absolue et la discipline absolue ? En possédant une distribution de chefs plus rigides et totalitaires que furent Lénine, Trotski et Zinoviev ? Ou en possédant une base de militants plus disciplinés, plus attachés à la cause du communisme, plus obéissants et héroïques que ne le furent les militants du parti allemand qui fut toujours peu centralisé ? Ou bien en informant mieux de la doctrine historique marxiste chacun de nos militants, dans une série infernale qui voudrait que si un militant n’a pas bien étudié tous les textes de parti, il n’est pas programmé, il ne peut militer de manière disciplinée dans l’organisation ?

A ces demandes, nous répondons en analysant l’histoire du parti à travers les leçons que la Gauche en a tirées, et qui sont codifiées dans des textes et thèses que personne ne peut modifier, mettre à jour, ou simplement oublier de citer, parce qu’ils se trouvent dans une ligne continue qui va de 1912 à 1970 ; plus de cinquante années durant lesquelles le problème de la vie, du développement, de la dégénérescence pathologique de l’organe parti a été établi et toujours résolu de la même façon. Commençons donc par examiner les caractéristiques de cet organe parti. Avec celles-ci seulement nous comprendrons quelles peuvent être les méthodes adaptées pour le centraliser et le discipliner au maximum, ou vice versa, pour le désagréger et le détruire.

Chapitre 1Parti historique et parti formel

Comme nous l’avons rappelé dan nos thèses de 1965, Marx est le premier à utiliser cette distinction : parti dans son acceptation historique et parti contingent ou formel, c’est-à-dire les diverses formations organisées de combattants révolutionnaires dans lesquelles, au cours de l’histoire, la doctrine, le programme, les principes du parti communiste se sont incarnés. C’est en d’autres termes la tranchée, la barricade établie par l’histoire il y a plus de cent ans, sur laquelle se rangent avec une fortune variée les diverses générations de prolétaires révolutionnaires. Le prolétariat ne naît pas aujourd’hui en tant que classe révolutionnaire, n’exprime pas aujourd’hui pour la première fois son parti de classe, son organe politique, sans lequel il n’est pas capable d’action unitaire en vue d’un but commun, c’est-à-dire sans lequel il n’est pas une classe ; il l’a exprimé à l’aube de la société capitaliste, dans le lointain 1848, quand il a été capable d’une part de donner vie aux premières insurrections armées, de l’autre de rencontrer une théorie que le développement des forces productives et de la pensée théorique humaine avaient amené à maturation, mais qui, par sa nature, était seulement utilisable par une classe révolutionnaire qui voyait dans la destruction complète du régime capitaliste la route de son émancipation. Depuis lors, la rencontre de la théorie marxiste avec la réalité brûlante de la lutte sociale a donné vie au parti communiste marxiste en tant que phalange de militants de la révolution dotés collectivement de la puissante arme de lecture de l’histoire qu’est le marxisme et, par conséquent, en mesure de tirer les leçons et les expériences aussi bien des défaites que des victoires du prolétariat. « Sans théorie révolutionnaire il ne peut y avoir de mouvement révolutionnaire » : voici la thèse de Lénine. Et le parti existe quand un noyau grand ou petit de révolutionnaires, poussés à combattre par d’obscures déterminations sociales la société présente, s’empare de la théorie comme d’une arme et l’utilise comme un guide pour l’action.

Chaque fois que dans l’histoire s’est vérifié, sous la poussée de suggestions diverses, l’abandon de ce patrimoine historique qui comprend non seulement la théorie, les principes et les finalités, mais aussi l’expérience historique de la marche laborieuse de la révolution, le parti formel, c’est-à-dire l’organisation de combat d’une époque donnée ou d’une génération prolétarienne donnée, a inévitablement abandonné le chemin et s’est trouvé à la fin du côté de l’ennemi de classe. Pour nous donc le parti existe et se développe et marche vers la victoire seulement quand il est capable de continuer à adhérer à la base du parti historique ; si cette base est seulement égratignée, surviennent les trahisons et les désertions dont est pleine l’histoire des partis formels. Maintenant le fait que l’organisation révolutionnaire continue à adhérer aux points cardinaux du parti historique dont il émane n’est pas garanti par des facteurs de type culturel ou didactique par lesquels, ayant appris par cœur certains textes, on puisse dire avoir les papiers en règle avec le parti historique ou d’autres bêtises de ce genre. Le patrimoine historique du parti doit façonner, pénétrer toute l’action même quotidienne, même limitée, du parti formel. Et cette transfusion continue de l’expérience historique dans l’action présente du parti est avant tout un fait collectif de l’organisation, non un fait individuel de particuliers plus ou moins illuminés, plus ou moins savants. Ce qui doit devenir le patrimoine de l’organisation militante est la notion de cette adhésion absolue entre leur action, entre ce qu’ils disent et font aujourd’hui et la théorie, les principes, l’expérience historique passée, et que celle-ci, et non leur opinion personnelle et ni même collective, aura toujours l’autorité maximale dans toutes les questions de parti. Qui donne les ordres dans le parti ? Nous l’avons toujours affirmé : pour nous avant tout, c’est le parti historique qui donne les ordres, parti historique auquel on doit une obéissance et une fidélité absolue. Et avec quel microphone le parti historique dicte ses ordres ? Ce peut être un seul homme ou des millions d’hommes ; ce peut être le sommet de l’organisation, mais ce peut être également la base qui appelle le sommet à respecter les données sans lesquelles l’organisation même cesse d’exister.

Nous écrivions en 1967 dans un texte que nous citons, que dans le parti personne ne commande mais tous sont commandés ; personne ne commande parce qu’on ne réclame pas à une tête individuelle la solution du problème ; tous sont commandés, parce que même le centre le plus absolu ne peut donner des ordres qui ne soient pas sur la ligne continue du parti historique.

Dictature sur tous, centre et base, des principes, des traditions et des finalités du mouvement communiste, prétention légitime du centre à être obéi sans opposition tant que ses ordres restent sur cette ligne qui doit se manifester dans chaque action du parti, revendication de la base, non pas à être consultée chaque fois qu’un ordre est donné, mais à l’exécuter seulement et tant qu’il est sur la ligne impersonnelle acceptée par tous du parti historique. Il y a donc dans le parti des hiérarchies et des chefs ; il s’agit là d’instruments techniques dont le parti ne peut se passer, parce que son action doit être à tout moment unitaire et centralisée, doit répondre au maximum d’efficacité et de discipline. Mais ces organes de parti ne décident pas de la direction de l’action en partant de leur tête plus ou moins géniale ; ils doivent se soumettre eux aussi aux décisions qu’a prises surtout l’histoire et qui sont le patrimoine collectif et impersonnel de l’organe parti.

CITATIONS

Citation 24 – La Russie dans la grande révolution et dans la société contemporaine – 1956

     « III. 29 – Vie interne du parti de classe (…) Sur la question de l’Autorité générale que le communisme révolutionnaire doit mettre à la tête, nous retournons aux critères de l’analyse économique, sociale et historique. Il n’est pas possible de faire voter les morts, les vivants et ceux qui ne sont pas encore nés. Tandis qu’une telle opération, dans la dialectique originale de l’organe parti de classe, devient possible, réelle et féconde, même dans une dure et longue route faite d’épreuves et de terribles luttes ».


Citation 25 – Considérations sur l’activité organique du parti… – 1965

     12 – « (…) Quand nous déduisons de notre doctrine invariante que la victoire révolutionnaire de la classe laborieuse ne peut être obtenue qu’avec le parti de classe et la dictature de ce parti, quand nous affirmons, guidés par les paroles de Marx, qu’avant l’existence du parti révolutionnaire et communiste le prolétariat est peut-être une classe pour la science bourgeoise, mais pas pour Marx ni pour nous, voici ce qu’il faut en conclure : la victoire exige l’existence d’un parti méritant à la fois le nom de parti historique et de parti formel ; autrement dit, elle exige que l’action et l’histoire réelles aient résolu la contradiction apparente – qui a dominé un long et difficile passé – entre parti historique, c’est-à-dire contenu (programme historique invariant) et parti contingent, c’est-à-dire forme, agissant comme force et pratique physique d’une partie décisive du prolétariat en lutte ».
     13 – (…) Si la section née en Italie sur les ruines du vieux parti de la II Internationale fut particulièrement portée à saisir la nécessité de la soudure entre le mouvement historique et sa forme actuelle, ce n’est pas grâce au mérite des individus, mais pour des raisons historiques : elle avait mené des luttes particulièrement tenaces contre les formes dégénérées, en refusant toute infiltration non seulement des courants dominés par le nationalisme, le parlementarisme, et le démocratisme, mais également des courants (comme le maximalisme en Italie) qui se laissèrent influencer par un extrémisme de nature petite-bourgeoise comme l’anarcho-syndicalisme. Ce courant de gauche lutta particulièrement pour rendre rigoureuses les conditions d’adhésion (construction de la nouvelle structure formelle) ; il les appliqua pleinement en Italie, et quand elles donnèrent des résultats imparfaits en France, en Allemagne, etc., il fut le premier à y voir un danger pour toute l’Internationale.
     «La situation historique (l’Etat prolétarien s’était constitué dans un seul pays, alors que dans les autres on n’avait pas réussi à prendre le pouvoir) rendait difficile la claire solution organique consistant à laisser à la section russe le gouvernail de l’organisation mondiale.
     «La Gauche fut la première à comprendre qu’au cas où des déviations, dans l’économie intérieure comme dans les rapports internationaux, commenceraient à apparaître dans le comportement de l’Etat russe, il en résulterait une dissociation entre la politique du parti historique, c’est-à-dire de tous les communistes révolutionnaires du monde, et la politique d’un parti formel défendant les intérêts de l’Etat russe contingent ».
     14 – « Depuis, cet abîme est devenu si profond que les sections „apparentes” qui dépendent du parti-guide russe font au sens éphémère une vulgaire politique de collaboration avec la bourgeoisie, qui n’a rien à envier à la pratique traditionnelle des partis corrompus de la II Internationale.
     «C’est ce qui donne la possibilité (nous ne disons pas le droit) aux groupes issus de la lutte de la Gauche italienne contre la dégénérescence de Moscou, de comprendre mieux que tout autre à quelles conditions le parti véritable, actif, c’est-à-dire le parti formel, peut demeurer fidèle aux caractères du parti historique révolutionnaire qui potentiellement existe au moins depuis 1847, et qui pratiquement s’est affirmé dans de grandes déchirures historiques, à travers la série tragique des défaites de la révolution ».


Citation 26 – Thèses sur la tâche historique, l’action et la structure du parti… (Thèses de Naples) – 1965

     11- « (…) Indéniablement, dans l’évolution suivie par les partis, on peut opposer à la ligne ascendante du parti historique la ligne tourmentée des partis formels, avec ses zigzags, ses hauts et ses bas, voire ses chutes brutales. Les marxistes de gauche s’efforcent précisément d’agir sur la ligne brisée des partis contingents pour la ramener à la courbe continue et harmonieuse du parti historique.
     « (…) La Gauche communiste a toujours considéré que sa longue lutte contre les tristes vicissitudes contingentes des partis formels du prolétariat s’est déroulée en affirmant des positions qui s’enchaînent de façon continue et harmonieuse dans le sillage lumineux du parti historique, qui traverse sans se briser les années et les siècles, depuis les premières affirmations de la doctrine prolétarienne naissante jusqu’à la société future, que nous connaissons bien dans la mesure même où nous avons bien appris à connaître les tissus et les centres nerveux de l’odieuse société présente, que la révolution doit abattre ».

Chapitre 2Adhésion au parti

Comme nous nions que le parti soit un regroupement de conscients, d’apôtres et de héros, de même la vision marxiste correcte nie que l’adhésion au parti provienne d’un fait de compréhension rationnel de la part de singuliers, lesquels ayant compris les positions du parti choisissent de les soutenir par leur labeur. Notre thèse est que la compréhension rationnelle et l’action ne sont pas non seulement des faits séparables et séparés l’un de l’autre, mais que chez le singulier, l’action précède toujours la compréhension et la conscience. Même chez le singulier qui adhère au parti. Pour nous il existe en premier lieu le développement des forces productives qui détermine la division en classes de la société et pousse les hommes à prendre position par rapport à ce conflit dont ils peuvent avoir plus ou moins conscience.

Si, selon le marxisme, les sociétés ne se reconnaissent pas avec la conscience qu’elle ont d’elles-mêmes, mais il est nécessaire d’en analyser l’anatomie économique pour comprendre leurs expressions idéales, ceci vaut également pour les classes qui ont assumé dans l’histoire des fonctions révolutionnaires, et qui ont toujours eu une conscience mystifiée et déformée de leur fonction historique. Seul le prolétariat moderne a pu se forger une conscience scientifique du devenir historique, de ses finalités et de son action, mais cette conscience n’appartient pas à tous les ouvriers pris individuellement ou collectivement, et qui sont poussés à la bataille par des déterminations matérielles et inconscientes. Cette conscience n’existe pas non plus chez les individus qui adhérent au parti de classe, eux aussi déterminés à se ranger sur le front du communisme grâce à des facteurs matériels et sociaux, comme ce sont ces mêmes facteurs qui peuvent déterminer des individus à abandonner le combat.

C’est la lutte historique qui voit se ranger deux classes sociales ayant des intérêts inconciliables, et que personne ne peut éliminer, parce que cette lutte a ses racines dans le mécanisme productif de la société présente qui détermine les individus à se ranger sur l’un ou l’autre front indépendamment de la conscience qu’ils peuvent avoir individuellement des lignes de la tranchée et des plans de bataille. Ce sont des forces historiques, sociales et matérielles qui poussent les individus à adhérer au parti, à accepter, comme nous l’avons toujours dit, ce bloc univoque de théorie et d’action que constitue le parti, sans même avoir jamais lu des textes de Marx ou de Lénine. La conscience n’est pas dans l’individu, ni avant ni après son adhésion, et ni après une très longue militance, mais dans l’organe collectif qui est composé de vieux et de jeunes, de cultes et d’incultes, organe collectif qui développe une action complexe et continue sur le fil d’une doctrine et d’une tradition invariantes.

C’est l’organe parti qui possède la conscience de classe, parce cette possession est niée à l’individu, et ne peut exister que dans une organisation qui sait uniformiser tous ses actes, son comportement, sa dynamique interne et externe sur les lignes préexistantes de la doctrine, du programme, et de la tactique, et qui sache croître et se développer sur cette base ; cette base s’accepte en bloc même sans l’avoir d’abord comprise. Cet aspect mystique dans l’adhésion au parti est une notion qui peut épouvanter seulement le petit bourgeois illuministe convaincu que tout s’apprend en lisant et en étudiant les livres.

En 1912 nous opposâmes aux culturistes qui voulaient transformer la Fédération de la Jeunesse Socialiste en une „école de parti” selon la maudite formule : „apprendre avant, agir ensuite”, que le fait pour les jeunes d’adhérer à notre front de bataille n’était pas culturel, mais un fait d’enthousiasme, d’instinct et de foi. Et qu’il s’agisse là de pure matérialisme est évident même au bourgeois qui sait que son puissant appareil scolastique devient incapable de faire apprendre quelque chose quand „l’intérêt”, c’est-à-dire la poussée matérielle qui détermine les individus à apprendre, vient à manquer.

On apprend dans le parti, et les idées se clarifient en participant au travail complexe collectif qui se développe toujours sur trois plans : défense et martelage de la théorie, participation active aux luttes que les masses entreprennent, organisation. En dehors de cette participation au travail réel du parti, il ne peut y avoir compréhension et conscience. Dans le parti se développe un travail continu de préparation théorique, d’approfondissement des lignes programmatiques et tactiques, d’explication, à la lumière de la doctrine, des faits qui se déroulent sur l’arène sociale tandis que se déroule contemporainement et sans rupture le travail pratique, organisatif, de bataille et de pénétration au sein du prolétariat. Le militant apprend en participant activement à ce travail complexe et seulement dans la mesure où il est immergé en lui et se laisse submerger par lui. Il n’y pas d’autre façon d’apprendre, et nos thèses ont toujours affirmé que la division en compartiments étanches de l’activité théorique et de celle pratique est mortelle à l’égard non seulement du parti, mais aussi de chacun des militant pris individuellement.

En décrivant la façon dont l’organe parti réalise le passage de la théorie et de la tradition révolutionnaire entre les générations, et se laisse pénétrer dans son ensemble par cette théorie et cette tradition, nous ne pourrons donc pas y voir une espèce de plan scolastique selon lequel les jeunes qui se rapprochent du parti sont rapidement endoctrinés par des enseignants experts en marxisme, et sont invités à étudier de „brefs cours” déterminés pour ensuite passer à la véritable militance et à la bataille pratique. Nous y voyons au contraire une collectivité qui étudie tandis qu’elle combat, et combat tandis qu’elle étudie, et apprend autant de l’étude que de la bataille ; nous y voyons par conséquent une collectivité qui agit, un organe qui vit d’une activité complexe et multiple dont les aspects variés ne sont jamais séparables l’un de l’autre. Et le jeune est attiré et adhère à ce travail complexe, s’immerge en lui et trouve en lui sa place, organiquement, dans le déroulement même du travail ; on ne demande à personne un diplôme, ni avant ni après son adhésion, comme personne ne passe d’examens : l’examen est pour tous le travail qui doit être réalisé et qui sélectionne organiquement les individus à une place.

Pour l’adhésion au parti, on réclame des caractéristiques toutes autres que celles de la culture „marxiste” et la connaissance individuelle de notre doctrine ; on demande des dons que Lénine appela courage, abnégation, héroïsme, volonté de combattre ; c’est pour vérifier ces qualités qu’on différencie le sympathisant ou candidat du militant, le soldat actif de l’armée révolutionnaire ; certes pas parce que le sympathisant ne „sait” pas encore, tandis que le militant possède la conscience. S’il en était ainsi, toute la conception marxiste tomberait, parce que le parti communiste est cet organisme qui doit, dans les moments de la reprise révolutionnaire, organiser en son sein des millions d’hommes qui n’auront ni le temps, ni la nécessité de suivre des cours de marxisme même accélérés, et adhéreront à nous non pas parce qu’ils savent, mais parce qu’ils sentent «  de façon instinctive et spontanée et sans le moindre cours d’étude qui puisse singer des qualifications scolastiques ». Il serait stupide, en outre d’être antimarxiste, de soutenir que ces „derniers arrivés” seront utilisés comme „base”, et les dirigeants seront ceux qui ont eu le temps d’”apprendre” et de „préparer”. Nous nous préparons d’une seule façon : en participant au travail collectif du parti. Et le militant de parti est pour nous non celui qui connaît la doctrine et le programme, mais celui qui « a su oublier, renier, s’arracher de l’esprit et du cœur, la classification dans laquelle l’a rangé l’état civil de cette société en putréfaction ; celui qui se voit et s’intègre dans la perspective millénaire qui unit nos ancêtres des tribus en lutte contre les bêtes féroces aux membres de la communauté future, vivant dans la fraternité et la joyeuse harmonie de l’homme social » (Considérations sur l’activité organique du parti quand la situation générale est historiquement défavorable n°11, 1965).

Il est certain que celui qui pense que d’abord il faut savoir tout, avoir tout compris et seulement après on peut agir, ne s’est rien arraché de l’esprit ni du cœur ; ou bien celui qui conçoit le parti comme une grande académie pour la préparation de „cadres”. Celui-ci est immergé jusqu’au cou dans le mythe le plus putride de la société actuelle en putréfaction : celui que l’individu puisse avec son misérable cerveau apprendre et décider quelque chose d’autre qui ne soient les dictées des classes dominantes, manipulatrices rusées de culture et d’idées.

CITATIONS

Citation 27 – Motion du courant de gauche sur „Education et culture” – 4ème Congrés de la Fédération des jeunes socialistes à Bologne -1912

     « Le Congrès, considérant qu’en régime capitaliste l’école représente une arme puissante de conservation dans les mains de la classe dominante, qui vise à donner aux jeunes une éducation qui les rend respectueux et résignés vis à vis du régime actuel, et les empêche de distinguer les contradictions essentielles, relevant donc le caractère artificiel de la culture actuelle et des enseignements officiels, dans toutes leurs phases successives, et retenant qu’aucune confiance n’est à attribuer à une réforme de l’école dans le sens laïc et démocratique (…) retient que l’attention des jeunes socialistes doit plutôt être tournée vers la formation du caractère et du sentiment socialistes ; considérant qu’une telle éducation peut être donnée seulement dans l’ambiance prolétarienne quand celle-ci vit de la lutte de classe entendue comme une préparation aux conquêtes les plus grandes du prolétariat, repoussant la définition scolastique de notre mouvement et toute discussion sur la soi- disant fonction technique, il croit que, comme les jeunes trouveront dans toutes les agitations de classe du prolétariat le meilleur terrain pour le développement de leur conscience révolutionnaire, de même les organisations ouvrières pourront puiser de la collaboration active de leurs éléments les plus jeunes et les plus ardents, cette foi socialiste qui seule peut et doit les sauver des dégénérescences utilitaires et corporatistes ; il affirme en conclusion que l’éducation des jeunes se fait plus dans l’action que dans l’étude régulée par des systèmes et des normes presque bureaucratiques et par conséquent exhorte tous les adhérents au mouvement des jeunes socialistes :
     «a) à se réunir beaucoup plus souvent que ne le prescrivent les statuts pour discuter entre eux des problèmes de l’action socialiste, en se communicant les résultats des observations des lectures personnelles et en s’habituant de plus en plus à la solidarité morale de l’ambiance socialiste ;
     «b) à prendre une part active à la vie des organisations de métier ».


Citation 28 – Fantômes à la Carlyle – 1953

     3 – « Hier – Culture et sentiment (…) la conscience théorique – défendue du bec et des ongles par le même courant de gauche comme étant une dotation du parti et du mouvement de jeunesse – ne doit pas être posée comme comme condition paralysante, tous devant avoir la possibilité de combattre sous la simple impulsion d’un sentiment et d’un enthousiasme socialiste, découlant naturellement des conditions sociales. Ceux qui ne comprirent rien à cette position dialectique, et considèrent même que, à l’égard des moteurs qui agissent dans une âme juvénile, la foi et le „fanatisme” passaient avant la science et la philosophie, racontèrent beaucoup d’énormes bêtises, et parlèrent du renouveau d’un culte du héros, et de (…) l’abandon de Marx pour adhérer à Carlyle !1»


Citation 29 – La structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui et l’étape… – 1959

      « 3ème Séance – 18 – Marx et le „communisme rouge” – On demande au militant communiste la force du muscle qui frappe avant que ne l’oriente la pensée et la conscience, comme le grand marxiste Lénine le démontra magistralement dans Que faire ? ».


Citation 30 – La structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui et l’étape… – 1959

      « 3 ème Séance – 30 – Facile dérision – Quand à un certain point, notre banal contradicteur (…) nous dira que nous construirons ainsi notre mystique, se posant lui, le pauvre, comme un esprit ayant dépassé tous les fidéismes et les mystiques, et se moquera de nous en nous décrivant comme nous prosternant devant les tables mosaïques ou talmudiques des bibles ou des corans, d’évangiles ou de catéchismes, nous lui répondrons que même ainsi il ne nous aura pas induit à prendre la position d’inculpé à les défendre, et que – à part l’utilité de taquiner le philistin présent de tout temps – nous n’avons aucune raison de traiter comme une offense l’affirmation qu’une mystique, et si l’on veut un mythe, peut encore être adéquate à notre mouvement, tant qu’il n’a pas triomphé dans la réalité (qui précède dans notre méthode toute conquête ultérieure de la conscience humaine) ».


Citation 31 – Sur le texte de Lénine „L’extrémisme”, condamnation des futurs renégats – 1960

« 18 – Histoire du bolchévisme (…) La base de la discipline provient en premier lieu de la „conscience de l’avant garde prolétarienne”, c’est-à-dire de cette minorité du prolétariat qui se réunit dans les strates avancées du parti, et tout de suite après Lénine indique les qualités de cette avant garde avec des paroles qui ont un caractère plus „passionnel” que rationnel, soutenant que, comme il l’a mis en évidence dans tant d’autres de ses écrits (Que faire?), le prolétariat communiste adhère au parti par intuition et non par rationalisme. Cette thèse fut soutenue dès 1912 par la jeunesse socialiste italienne contre les „immédiatistes” – qui sont toujours, à l’égal des anarchistes, „éducationnistes” – dans la lutte entre culturistes et anticulturistes, comme on disait alors, où les seconds, en invoquant un fait de foi et de sentiment et non de niveau scolastique dans l’adhésion du jeune révolutionnaire, démontraient qu’ils restaient sur le terrain d’un matérialismes strict et de rigueur de la théorie du parti. Lénine, qui ouvrit des enrôlements et non des académies, parle ici de dons de „dévotion, fermeté, abnégation, héroïsme ». Nous, élèves éloignés, nous avons récemment osé parler ouvertement, par une décision dialectique, de fait „mystique” dans l’adhésion au parti ».


Citation 32 – Considérations sur l’activité organique du parti dans les situations défavorables – 1965

     11 – « Les décharges à haute tension qui ont jailli des pôles de notre dialectique nous ont appris que le camarade, le militant communiste et révolutionnaire, est celui qui a su oublier, renier, s’arracher de l’esprit et du cœur la classification dans laquelle l’a rangé l’état civil de cette société en putréfaction ; celui qui se voit et s’intègre dans la perspective millénaire qui unit nos ancêtres des tribus en lutte contre les bêtes féroces aux membres de la communauté future, vivant dans la fraternité et la joyeuse harmonie de l’homme social ».

Chapitre 3Le parti en tant qu’organisation d’hommes

Le parti est une organisation d’hommes : vieille histoire et indéniable réalité.

L’organisation combattante est composée d’individus aux caractéristiques et capacités diverses, provenant d’ambiances sociales diverses, comme d’expériences individuelles diverses. Il s’agit de savoir ce qui relie ensemble ces hommes en une organisation unique : ce qui les relie évidemment, c’est l’adhésion à un ensemble de théories, principes, finalités et à une ligne d’action qui est propre à l’organe parti communiste dans son histoire et que les individus, quelque soit leur provenance, reconnaissent comme leur et à laquelle ils doivent une fidélité absolue.

Les individus qui composent le parti n’ont pas individuellement conscience de ce patrimoine historique auquel ils ont adhéré de façon instinctive, et, comme nous l’affirmons ailleurs, mystique.

La conscience est possédée par l’organe collectif non seulement dans le sens de l’activité commune de tous les membres du parti, activité en même temps théorique et pratique, mais dans le sens plus ample d’activité collective sur la base de normes théoriques programmatiques et tactiques et de finalités préexistantes à la collectivité même opérant à une époque déterminée et en un lieu déterminé.

A cette collectivité opérante, on demande une seule chose : de rester dans toute son action adhérente au fil continu qui relie le passé à l’avenir, de ne rien innover, de ne rien inventer, de ne rien découvrir. A l’individu, qui fait partie de cette collectivité, on demande de donner sa contribution en cerveau et en bras afin de faire marcher l’organisation sur la base tracée et engagée par tous. Et alors qui établit la direction du parti, que doit dire et faire la collectivité parti ? C’est la théorie, les principes, les finalités, le programme du parti qui se traduisent en activité, qui l’établissent ; activité d’étude, de recherche, d’interprétation des faits sociaux et d’intervention active en eux. C’est de cette activité collective que doivent sortir les décisions pratiques qui ne doivent d’aucune façon enfreindre la base historique sur laquelle le parti s’appuie. C’est le centre mondial qui donne les ordres de mouvement à tout le réseau, centre mondial qui est une fonction qui peut être réalisée par un seul homme ou par un groupe d’hommes, mais ce centre même est une fonction du parti, est le produit de l’activité collective du parti, et les ordres ne sortent pas de ses plus ou moins grandes capacités cérébrales, mais constituent le nœud de liaison d’une activité qui implique tout l’organisme et qui doit rester sur la base du parti historique.

Dans notre conception, on ne consulte pas la totalité des individus qui composent le parti pour définir la direction de celui-ci,mais elle n’est pas non plus définie par le groupe qui assume la fonction centrale ; cette fonction centrale exprime des décisions qui ont une valeur engageant tous les militants dans la mesure où elles s’appuient sur le patrimoine historique du parti et sont le résultat de l’oeuvre et de la contribution de l’organisme entier. Notre thèse est donc celle qui affirme que l’on n’attribue pas aux individus le mérite de la bonne marche du parti, ni la faute de son éventuel égarement. Notre problème ne sera jamais celui de la recherche d’”hommes meilleurs” qui garantissent la bonne marche du travail ; nous n’irons jamais, comme il en résulte de toutes nos thèses, chercher un remède à une erreur en déplaçant des individus dans la structure hiérarchique du parti. Aux individus considérés particulièrement, la théorie nie conscience, mérite et faute, et les considère exclusivement comme des instruments plus ou moins valides de l’activité collective ; elle considère aussi leurs actions, qu’elles soient correctes ou erronées, comme étant le fruit de déterminations impersonnelles et anonymes, et non de leur volonté. C’est le travail collectif sur la base d’une saine tradition qui sélectionne les individus aux différents niveaux de la hiérarchie et aux diverses fonctions qui définissent l’organisme parti. Mais la garantie du déroulement correct des fonctions n’est pas donnée par le cerveau ou par la volonté d’un individu ou d’un groupe : il est au contraire le résultat du déroulement de tout le travail du parti.

CITATIONS

Citation 33 – Thèses sur la tactique au II Congrès du PC d’Italie (Thèses de Rome) 1922

     I,2 – (…) Il serait faux de croire que cette conscience et cette volonté peuvent être obtenues ou doivent être exigées de simples individus, car seule l’intégration des activités de nombreux individus dans un organisme collectif unitaire peut permettre de les réaliser ».
     III,16 – « Ce serait une conception totalement erronée de l’organisme parti que d’exiger de chacun de ses adhérents considéré isolément une parfaite conscience critique et un total esprit de sacrifice (…) ».


Citation 34 – Organisation et discipline communiste – 1924

     « (…) Les ordres qui émanent des hiérarchies centrales sont non le point de départ mais le résultat de la fonction du mouvement entendu comme collectivité. Ceci n’est pas dit dans le sens bêtement démocratique et juridique, mais dans le sens réaliste et historique. Nous ne défendons pas, en disant ceci, un „droit” de la masse des communistes à élaborer les directives auxquelles doivent se tenir les dirigeants : nous constatons que la formation d’un parti de classe se pose en ces termes et c’est sur ces prémisses que nous devrons effectuer l’étude du problème.
     «Ainsi se dessine le schéma des conclusions auxquelles nous tendons. Il n’est pas de bonne discipline pour la réalisation d’ordres et de dispositions supérieures, „quel qu’elles soient” : il y a un ensemble d’ordres et de dispositions répondant aux origines réelles du mouvement qui puissent garantir le maximum de discipline, c’est-à-dire d’action unitaire de tout l’organisme, tandis qu’il y a d’autres directives qui émanant du centre peuvent compromettre la discipline et la solidité organisative.
     «Il s’agit donc de délimiter la tâche des organes dirigeants. Qui devra le faire ? Tout le parti devra le faire, toute l’organisation, non dans le sens banal et parlementaire de son droit d’être consulté sur le „mandat” à conférer aux chefs élus et sur les limites de celui-ci, mais dans le sens dialectique qui considère la tradition, la préparation, la continuité réelle de pensée et d’action du mouvement ».


Citation 35 – Lénine sur le chemin de la révolution – 1924

     « La fonction du chef.
     « (…) Les manifestations de l’individu et sa fonction sont déterminées par les conditions générales du milieu, de la société et de l’histoire de celle-ci. Ce qui s’élabore dans le cerveau d’un homme a été préparé dans ses rapports avec les autres hommes, et dans le fait, y compris de nature intellectuelle, d’autres hommes. Certains cerveaux privilégiés et exercés, machines mieux construites et plus perfectionnées, traduisent, expriment et réélaborent mieux que d’autres un patrimoine de connaissances et d’expériences qui n’existerait pas s’il ne s’appuyait pas sur la vie de la collectivité.
     « (…) Le cerveau du chef est un instrument matériel fonctionnant grâce aux liens qui l’unissent à toute la classe et au parti. Les formules qu’il donne en tant que théoricien, les règles qu’il prescrit en tant que dirigeant pratique ne sont pas des créations à lui, mais la forme précise d’une conscience dont les matériaux appartiennent à la classe-parti et proviennent d’une très vaste expérience. Les données de cette expérience n’apparaissent pas toujours toutes présentes à l’esprit du chef sous forme d’érudition mécanique, de telle sorte que nous pouvons expliquer de façon réaliste certains phénomènes d’intuition qui sont pris pour de la divination, mais qui, loin de prouver la transcendance de certains individus sur les masses, nous confirment que le chef est l’instrument opérateur de la pensée et de l’action commune, et non pas son moteur.
     « (…) L’organisation en parti, qui permet à la classe d’être vraiment une classe et de vivre comme telle, se présente comme un mécanisme unitaire dans laquelle les divers „cerveaux” (certainement non seulement les cerveaux, mais aussi d’autres organes des individus) remplissent des tâches diverses selon leurs aptitudes et potentialités ; ils sont tous au service d’un but et d’un intérêt qui progressivement s’unifie toujours plus intimement „dans le temps et dans l’espace” (cette expression commode a une signification empirique et non transcendante). Tous les individus n’ont donc pas le même poste et le même poids dans l’organisation : à mesure que cette division des tâches se réalise selon un plan plus rationnel (et ce qui vaut aujourd’hui pour le parti-classe vaudra demain pour la société), il est parfaitement exclu que celui qui se trouve à la tête se transforme en privilégié aux dépens des autres. Notre évolution révolutionnaire ne va pas vers la désintégration, mais vers la connexion toujours plus scientifique des individus entre eux.
     « Elle est anti-individualiste parce que matérialiste ; elle ne croit pas à l’âme ou à un contenu métaphysique et transcendant de l’individu, mais elle insère les fonctions de celui-ci dans un cadre collectif,constituant une hiérarchie qui éliminera de plus en plus la coercition et la remplacera par la rationalité technique. Le parti est déjà un exemple d’une collectivité sans coercition.
     « (…) La question ne se pose pas à nous en termes juridiques, mais comme un problème technique, non compromis par les raisonnements bizarres du droit constitutionnel ou pis naturel. Il n’y a aucune raison de principe qu’on écrive dans nos statuts „chef” ou „comité de chefs”. C’est de cette prémisse que l’on donnera une solution marxiste à la question du choix : choix qui fait, plus que tout, l’histoire dynamique du mouvement et non la banalité de consultations électorales. Nous préférons ne pas écrire dans notre règle organisative le mot „chef”, parce que nous n’aurons pas toujours dans nos rangs une individualités de la force d’un Marx ou d’un Lénine. En conclusion, si l’homme, l’”instrument” d’exception, existe, le mouvement l’utilise : mais le mouvement vit également si cette personnalité éminente n’existe pas. Notre théorie du chef est très éloignée des crétineries avec lesquelles les théologies et les politiques officielles démontrent la nécessité des pontifes, des rois, des „premiers citoyens”, des dictatures et des Duce, pauvres marionnettes qui s’imaginent faire l’histoire.
     « Bien plus ; ce processus d’élaboration du matériel appartenant à une collectivité, que nous voyons dans l’individu du dirigeant, prend à la collectivité et lui restitue des énergies potentialisées et transformées, qui ne perdront ainsi rien quand il disparaîtra de leur cycle. La mort de l’organisme de Lénine ne signifie en rien la fin de cette fonction, si, comme nous l’avons démontré, le matériel comme il l’a élaboré doit en réalité être encore l’aliment vital de la classe et du parti ».


Citation 36 – Thèses de la Gauche au 3e Congrès du PC d’Italie (Thèses de Lyon) – 1926

     «I,3 – Action et tactique du parti.
     « (…) L’organe dans lequel se résume le maximum de possibilité volitive et d’initiative dans tous les domaines de son action est le parti politique: certes pas un parti quelconque, mais le parti de la classe prolétarienne, le parti communiste, lié, pour ainsi dire, à ses buts ultimes du processus futur par un fil continu. Cette faculté volitive du parti, de même que sa conscience et sa préparation théorique, sont par excellence des fonctions collectives du parti.
     « (…) Etant donné ces considérations, la conception marxiste du parti et de son action a horreur, comme nous l’avons énoncé, aussi bien du fatalisme, passif en tant que spectateur de phénomènes sur lesquels il n’a pas envie d’influer de façon directe, que de toute conception volontariste au sens individuel, selon laquelle les qualités de préparation théorique, de force de volonté, d’esprit de sacrifice, en bref un type spécial de figure morale et un degré de „pureté” sont à demander indistinctement à tout militant du parti, réduisant ce dernier à une élite distincte et supérieure du reste des éléments sociaux qui composent la classe ouvrière ».


Citation 37 – Discours du représentant de la Gauche au VI Exécutif Elargi de l’IC – 1926

     « (…) ceci concerne également la question des chefs, que le camarade Trotski évoque dans la préface de son livre 1917 ; il y analyse les causes de nos défaites, et propose une solution avec laquelle je me solidarise pleinement.
     « Trotski ne parle pas des chefs au sens où nous avons besoin d’hommes tombés du ciel et destinés à ce but. Non, il pose le problème bien différemment. Les chefs aussi sont un produit de l’activité du parti, des méthodes de travail du parti et de la confiance que le parti a su gagner. Si le parti, malgré une situation changeante et souvent défavorable, suit la ligne révolutionnaire et combat les déviations opportunistes, la sélection des chefs, la formation d’un état major, surviennent de manière favorable, et si dans la période de la lutte finale nous ne réussirons certes pas à avoir toujours un Lénine, du moins aurons-nous une direction solide et courageuse – ce qu’aujourd’hui, dans l’état actuel de nos organisations, on ne peut guère espérer ».


Citation 38 – Force, violence, dictature dans la lutte de classe – 1948

     « V – Dégénérescence russe et dictature (…) Cette tâche est confiée au contraire non à des troupes ou groupes d’individus supérieurs venus aider l’humanité, mais à un organisme, à un machinisme qui s’est différencié au sein de la masse en utilisant les éléments individuels comme les cellules qui composent les tissus, et en les élevant à une fonction qui est rendue possible seulement par cet ensemble de relations ; cet organisme, ce système, cet ensemble d’éléments ayant chacun des fonctions propres, analogiquement à l’organisme animal pour lequel concourent des systèmes très compliqués de tissus, de réseaux, de vaisseaux et ainsi de suite, est l’organisme de classe, le parti, qui d’une certaine façon détermine la classe face à elle-même et la rend capable de réaliser son histoire ».


Citation 39 – Le renversement de la praxis dans la théorie marxiste (Réunion de Rome) – 1951

     « I,10 – (…) Dans le parti, tandis que du bas confluent toutes les influences individuelles et de classe, se forme par cet apport une possibilité et une faculté de vision critique et théorique, et de volonté d’action, qui permet de transmettre aux militants et prolétaires l’explication de situations et processus historiques, et aussi les décisions d’action et de combat.
     « 11 – Par conséquent, tandis que le déterminisme exclut pour le particulier la possibilité de volonté et de conscience précédant l’action, le renversement de la praxis les admet uniquement dans le parti comme le résultat d’une élaboration historique générale. Si on attribue donc au parti volonté et conscience, on doit nier qu’il se forme avec le concours de la conscience et de la volonté d’individus, d’un groupe, et que ce groupe puisse se considérer le moins du monde comme en dehors des déterminations physiques, économiques et sociales opérant dans la classe toute entière.
     « 12 – La prétendue analyse selon laquelle toutes les conditions révolutionnaires sont réunies, mais il manque une direction révolutionnaire, n’a donc aucun sens. Il est exact de dire que l’organe de direction est indispensable, mais sa naissance dépend des conditions générales mêmes de la lutte, jamais du génie ou de la valeur d’un chef ou d’une avant garde ».


Citation 40 – Thèses caractéristiques du parti (Thèses de Florence) – 1951

     « II,5 – (…) La question de la conscience individuelle n’est pas la base de la formation du parti : non seulement chaque prolétaire ne peut être conscient et à plus forte raison culturellement maître de la doctrine de classe, mais chaque militant non plus, pris individuellement, et cette garantie n’est pas donnée non plus aux chefs. Celle-ci ne peut résider que dans l’unité organique du parti.
     « De même, donc, que nous rejetons toute conception d’action individuelle ou d’action d’une masse non liée par un tissu organisatif précis, de même nous refusons celle qui considère le parti comme un regroupement d’individus savants, d’illuminés ou de conscients, pour la remplacer par celle d’un tissu et d’un système qui au sein de la classe prolétarienne a la fonction organique de lui expliquer sa tâche révolutionnaire sous tous ses aspects et dans toutes ses phases complexes ».


Citation 41 – Redresser les jambes aux chiens – 1952

     « (…) Dans notre ferme position, les faits nouveaux ne conduisent pas à corriger les positions anciennes ni à leur ajouter des compléments et des rectifications. La lecture des textes du début nous la faisons aujourd’hui comme en 1921 et avant ; la lecture des faits postérieurs se fait de la même façon, les propositions sur la méthode d’organisation et d’action restent confirmées.
     « Ce travail n’est confié ni à une personne ni à un comité, encore moins à un bureau ; il constitue un moment et un secteur de travail unitaire qui se déroule depuis plus d’un siècle, bien au-delà du début et de la fin de générations, et il ne s’inscrit pas dans le curriculum vitae de personne, ni même de ceux qui ont élaboré et maturé des résultats de façon cohérente et durant de très longues périodes. Le mouvement interdit et doit interdire des initiatives improvisées et personnelles ou contingentes dans ces œuvres d’élaboration de textes d’orientation et aussi d’études interprétatives du processus historique qui nous entoure.
     « L’idée qu’avec une petite heure, une plume et de l’encre, quelque bon enfant se mettre à froid à rédiger des textes, ou même que le fasse la cyrénéenne2 „base” sur l’invitation d’une circulaire – ou d’une éphémère réunion académique tapageuse ou clandestine, est une idée débile. Les résultats sont à mettre de côté et à disqualifier dès le départ. Surtout si une telle disposition aux lois vient de maniaques de l’oeuvre et de l’intervention humaine dans l’histoire. Les hommes, des hommes donnés, ou un Homme avec un H majuscule, interviennent-ils ? C’est une vieille question. Les hommes font l’histoire, mais seulement ils ne savent pas trop pourquoi ils la font et comment ils la font. Mais en général, tous les „mordus” de l’action humaine et les moqueurs d’un prétendu automatisme fataliste, sont d’une part ceux qui caressent dans leur for intérieur l’idée d’avoir dans leur petit corps cet Homme prédestiné, de l’autre ceux qui n’ont rien compris et ne peuvent rien ; ni même comprendre que l’histoire ne gagne ni ne perd un dixième de seconde, qu’ils dorment comme des loirs, ou qu’ils réalisent le rêve généreux de se démener comme des obsédés.
     « Nous répétons, avec un cynisme glacé et sans le moindre remords, à tout exemplaire superactiviste plus ou moins auto-convaincu de ses très sérieuses fonctions et à tout sanhédrin de novateurs et de pilotes du futur : „allez vous coucher !„. Vous êtes même incapables de remonter le réveil.
     « La tâche de mettre en place les Thèses et de redresser les jambes aux chiens qui dévient de toutes parts, tâche qui se présente là où on l’attend le moins, réclame bien autre chose qu’une brève heure d’un petit congrès ou d’un petit discours. Il n’est pas facile d’établir un index des lieux où l’on doit accourir pour colmater les brèches, travail évidemment tenu pour peu glorieux par ceux qui sont nés pour „passer à l’Histoire », de façon non tamponnante mais percutante. Nous pensons qu’un petit index peut servir, index qui évidemment n’est pas parfait et contiendra des répétitions et des inversions. Nous présentons les thèses correctes face à celles erronées : nous ne nommons pas ces dernières avec le mot antitèsi, prononcé piano, qui se confond avec l’accentué antitesi ou présence apposée de deux thèses différentes. Nous dirons : contre-thèses.
     « Pour de pures raisons d’exposition, nous divisons les questions en trois sections aux relations évidentes : Histoire, économie, philosophie (ce dernier vocable est à considérer entre guillemets) ».
     « Fin du texte : « (…) Les éclaircissements sur ces aperçus synthétiques sont répartis dans de nombreux écrits de parti, et des comptes rendus de congrès et de réunions.
     « Le frein mis aux improvisations dangereuses ne signifie pas que l’on puise se représenter un tel travail comme un monopole et une exclusivité aux mains de qui que ce soit.
     « Il est possible d’ordonner les arguments avec plus de soin, et d’énoncer l’exposé avec plus de clarté et d’efficacité. Par l’activité et l’étude, on peut faire mieux dans sept autres années et à raison de sept heures par semaine.
     « Si par la suite se manifestent des brûleurs d’étapes, et à foison, il conviendra de dire (comme nous le rappelâmes autrefois le frigide Zinoviev) qu’il en est venu des hommes qui apparaissent tous les cinq cent ans ; et il le disait de Lénine.
     « Nous attendrons qu’ils soient embaumés. Nous ne somme pas en mesure d’en faire autant ».


Citation 42 – Politique d’abord – 1952

     « Hier (…) Lorsque la foi aveugle en un nom remplace le respect des principes, des thèses, des normes d’action du parti en tant qu’organisme impersonnel, lorsque l’influence d’une personne qui ajoutait à une ambition prurigineuse, plus ou moins latente, des qualités (absolument illégitimes dans au moins quatre-vingt-quinze fois sur cent) d’esprit, de culture, d’éloquence, d’habilité et de courage, est assurée par la faveur ingénue des masses et mêmes des militants, devinrent alors historiquement possibles les tournants phénoménaux, les incroyables virages de bord, par lesquels des partis entiers et des fractions notables de parti brisèrent la ligne de leur doctrine et de leur tradition, et firent en sorte que la classe révolutionnaire abandonne voire inverse son front de combat.
     « Des couches de militants et des foules prolétariennes encaissèrent de façon incroyable des changements mirobolants de formules et de recettes ; et quand elles ne tombèrent pas dans la tromperie, elles connurent des flottements fatals. Mussolini, par exemple, échoua dans sa tentative d’entraîner le parti socialiste italien dans l’enivrement de la guerre, mais à la section socialiste de Milan en octobre 1914 qui lui hurlait de s’en aller, il osa répondre en partant : vous me haïssez parce que vous m’aimez !
     « Une longue et tragique expérience devrait donc avoir enseigné que dans l’action de parti il faut se servir de chacun selon ses aptitudes et possibilités les plus diverses, mais qu’«  il ne faut aimer personne », et être prêts à se débarrasser de quiconque, même s’il avait fait chaque année de sa vie onze mois de prison. La décision sur les propositions d’action relatives aux grands tournants doit réussir à se faire en dehors de l’”autorité » personnelle de maîtres, chefs et dirigeants, et sur la base de normes de principe et d’action de notre mouvement déterminées à l’avance : postulat extrêmement difficile, nous le savons bien, mais sans lequel il n’y a pas de voie pour qu’un puissant mouvement réapparaisse.
     « L’exaltation pour les res gestae, pour les entreprises glorieuses de tel ou tel prétendu conducteur de foules, la tempête océanique de ses tirades ou de ses attitudes, a toujours servi de passerelle aux plus surprenantes manipulations des principes du mouvement. Elèves et chefs avaient de nombreuses fois tellement vécu l’extériorité dramatique de la lutte qu’il avaient ignoré, oublié, et peut-être jamais pénétré, les „tables” de théorie et d’action sans lesquelles il n’y a pas de parti, il n’y a pas de montée et de victoire de la révolution. C’est pourquoi quand le chef triche avec lui-même et avec les autres et change les cartes, le désarroi survient dans tous les cas ».


Citation 43 – Le battilocchio dans l’histoire – 19533

     « Aujourd’hui – L’inertie de la tradition (…) Freinons par conséquent cette tendance et supprimons, dans la mesure du possible, non pas certes les hommes, mais l’Homme avec ce Nom donné et ce Curriculum vitae donné (…)
     « Je sais la réponse qui impressionne facilement les camarades ingénus. LENINE. Bien, il est certain qu’après 1917, nous avons gagné à la lutte révolutionnaire de nombreux militants parce qu’ils étaient convaincus que Lénine avait su faire et avait fait la révolution : ils vinrent, ils luttèrent et ensuite ils approfondirent mieux notre programme. Avec cet expédient, des prolétaires et des masses entières qui auraient peut-être dormi se sont mis en mouvement. Je l’admets. Et ensuite ? Sur ce même nom on recrute pour la corruption opportuniste totale des prolétaires : nous en sommes réduits au point que l’avant-garde de la classe est beaucoup plus en arrière qu’avant 1917, quand peu de personnes connaissaient ce nom.
     « Alors je dis que dans les thèses et dans les directives établies par Lénine est résumé le meilleur de la doctrine collective prolétarienne, de la réelle politique de classe; mais son nom en tant que nom présente un bilan passif. Il est évident qu’on a exagéré. Lénine lui-même en avait plein les bottes des adulations personnelles. Ce sont les petits bonhommes de rien du tout qui se croient indispensables à l’histoire. Lorsqu’il entendait de telles choses, Lénine riait comme un enfant. Il était suivi, adoré, et non compris (…)
     « Un temps devra venir où un puissant mouvement de classe aura une théorie et une action correctes, sans exploiter la sympathie pour des noms. Je suis certain qu’il viendra. Qui n’y croit pas ne peut être que quelqu’un se défiant de la nouvelle vision marxiste de l’histoire, ou pire encore, un chef des opprimés stipendié par l’ennemi ».


Citation 44 – Le coassement de la praxis – 1953

     « Aujourd’hui. Lénine incompris (…) L’activité vient des travailleurs, la conscience seulement de leur parti. L’activité, la praxis, est directe et spontanée, la conscience est réfléchie, retardée, anticipée seulement dans le parti, et seulement quand ce parti existe et ce travail, la classe cesse d’être un épisode de froid recensement et devient une force opérante dans une époque de subversion, et engage à l’encontre d’un monde ennemi une action qui possède un but connu et voulu ; connu et voulu non par des individus, qu’ils soient de simples partisans ou des chefs, soldats ou généraux, mais par la collectivité impersonnelle du parti, qui couvre des pays éloignés et des chaînes de générations, et qui n’est donc pas le patrimoine enfermé dans une tête, mais dans des textes, car il n’y a pas de meilleure technique que celle n’ayant pas à passer au crible le plus rigide et le soldat et surtout le général ; car le contraste immanent entre dirigeant et exécuteur, dernière blague insipide d’au-delà des Alpes, est une banalité sans fin.
     « La droite du parti russe voulait que le membre du parti vienne d’un groupe ouvrier de profession ou d’usine fédéré dans le parti : les syndicats furent appelés par les Russes associations professionnelles. De façon polémique, Lénine forgea la phrase historique que le parti est surtout une organisation de révolutionnaires professionnels. On ne leur demande pas : êtes-vous ouvriers ? De quelle profession ? Mécanicien, étameur, menuisier ? Ils peuvent être tout aussi bien ouvriers d’usine, étudiants, voire fils de nobles ; ils répondront : révolutionnaire, voici ma profession. Seul le crétinisme stalinien pouvait donner à cette phrase le sens de révolutionnaire de métier, stipendié du parti. Cette formule inutile aurait laissé le problème au même point : embauchons-nous des employés de l’appareil parmi les ouvriers, ou aussi en dehors ? Mais il s’agissait de tout autre chose ».


Citation 45 – Pression „raciale” de la paysannerie, pression de classe des peuples de couleur – 1953

     « Aujourd’hui. Ni liberté théorique, ni liberté tactique.
     « Il faut s’entendre sur ce concept fondamental de la Gauche. L’unité substantielle et organique du parti, diamétralement opposée à l’unité formelle et hiérarchique des staliniens, doit s’entendre comme une exigence pour la doctrine, le programme et pour la soi-disant tactique. Si nous entendons par tactique les moyens d’action, ceux-ci ne peuvent qu’être établis par la même recherche qui, sur la base de données de l’histoire passée, nous a conduit à établir nos revendications programmatiques finaux et intégraux.
     « Les moyens ne peuvent varier ni être distribués selon notre bon plaisir, dans des époques successives ou pire encore, par des groupes distincts, sans que l’évaluation des buts programmatiques auxquels l’on tend et le cours qui y conduit, ne changent.
     « Il est évident que les moyens ne sont pas choisis pour leurs qualités intrinsèques, qu’ils soient beaux ou laids, doux ou amères, souples ou rudes. Mais avec une grande approximation, la prévision concernant la succession de leur choix doit également être un équipement commun du parti, et ne pas dépendre des „situations qui se présentent”. Tel est le vieux combat de la Gauche. Telle est aussi la formule organisative selon laquelle de temps en temps la soi-disant base peut être utilement tenue à exécuter les mouvements indiqués par le centre, parce que le centre est lié à une ’rosace’ (pour le dire brièvement) de manœuvres possibles déjà prévues correspondant à des éventualités également prévues. Ce n’est que par ce lien dialectique que l’on dépasse le point bêtement poursuivi par les applications de démocratie interne consultative, dont nous avons montré de façon répétée l’absurdité. Elles sont en effet revendiquées par tous, mais tous sont prêts à offrir en grand ou en petit le spectacle d’étranges et d’incroyables coups de force et coups de théâtre dans l’organisation ».


Citation 46 – Dialogue avec les morts – 1956

     « Troisième journée: soirée. Manuel des principes.
     « (…) Le marxisme (et vous aurez besoin ici du petit traité historico-philosophique), ne s’appuie pas ni sur une Personne à exalter, ni sur un système collectif de personnes, parce qu’il tire les rapports historiques et les causes des événements des rapports des choses avec les hommes, tels à mettre en évidence les résultats communs à tous les individus, sans plus penser aux attributs personnels, individuels de chacun.
     « Puisque le marxisme repousse comme pouvant résoudre la „question sociale” toute formulation „constitutionnelle” et „juridique” ayant prise sur le cours concret de l’histoire, il ne préférera pas et ne répondra pas aux questions mal posées : qui d’un homme, d’un collège d’homme, de tout le corpus du parti, de tout le corpus de la classe, doit décider ? D’abord personne ne décide, mais un champ de rapports économico-productifs communs aux grands groupes humains. Il s’agit non de piloter mais de déchiffrer l’histoire, d’en découvrir les courants et le seul moyen de participer à a dynamique de ceux-ci est d’en avoir un certain degré de science, chose diversement possible selon les différentes phases historiques.
     « Qui donc alors la déchiffre le mieux, qui en explique le mieux la science, l’exigence ? C’est selon. Ce peut être aussi un seul homme, mieux qu’un comité, que le parti, que la classe. Consulter „tous les travailleurs” n’avance pas plus que consulter tous les citoyens avec l’insensé „compte des têtes”. Le marxisme combat le labourisme, l’ouvriérisme, parce qu’il sait que dans de nombreux cas, dans la majeure partie des cas, la délibération serait contre-révolutionnaire et opportuniste (…) Quant au parti, même après avoir sélectionné ceux qui par principe nient les „pierres angulaires” de son programme, sa mécanique historique non plus ne se résout avec la „base a toujours raison”. Le parti est une unité historique réelle, non une colonie de microbes-hommes. A la formule qu’on attribue à Lénine de „centralisme démocratique”, la Gauche Communiste a toujours proposé de la remplacer par celle de centralisme organique. Quant aux comités, nombreux sont les cas historiques qui ont donné tort à la direction collégiale : nous n’allons pas ici répéter le rapport entre Lénine et le parti, Lénine et le comité centrale, d’avril 1917 et d’octobre 19174.
     « Le meilleur détecteur des influences révolutionnaire du champ de forces historiques peut, dans des rapports sociaux et productifs donnés, être la masse, la foule, un conseil d’hommes, un homme seul. L’élément discriminant est ailleurs.
     « Petit schéma élémentaire – (…) Citant Lénine, ils ne se sont pas avisés de sa magnifique construction qui conduit à bien autre chose qu’au… Comité Central.
     « La classe ouvrière (…) dans sa lutte dans le monde entier (…) a besoin d’une autorité (…) dans la mesure où le jeune ouvrier a besoin de l’expérience des combattants plus anciens contre l’oppression et l’exploitation (…) de combattants qui ont pris part à de nombreuses grèves et à diverses révolutions, qui ont acquis la sagesse par les traditions révolutionnaires et ont donc une ample vision politique. L’autorité de la lutte mondiale du prolétariat est nécessaire aux prolétaires de chaque pays (…) Le corps collectif des ouvriers de chaque pays qui conduisent directement la lutte sera toujours l’autorité suprême sur toutes les questions5.
     « Au centre de ce passage se trouvent les concepts de temps et d’espace portés à leur extension maxima ; tradition historique de la lutte et champ international de celle-ci. Nous ajoutons à la tradition le futur, le programme de la lutte de demain. Comment convoquera-t-on de tous les continents et de toutes les époques ce corpus léninien, auquel nous donnons le pouvoir suprême dans le parti ? Il est fait de vivants, de morts et des hommes à naître : voici notre formule et nous ne l’avons pas „créée” : la voilà dans le marxisme, la voilà dans Lénine.
     « Qui jacasse désormais sur les pouvoirs et les autorités confiées à un chef, à un comité directeur, sur une consultation de corps contingents dans des territoires contingents ? Chaque décision sera bonne pour nous si elle reste dans la ligne de cette vision ample et mondiale. Un œil unique, ou un million, pourra la saisir.
     « Marx et Engels érigèrent cette théorie quand ils expliquèrent contre les libertaires dans quel sens sont autoritaires les processus des révolutions de classe, dans lesquels l’individu disparaît comme une quantité négligeable, et avec lui ses caprices d’autonomie, mais ne se subordonne pas à un chef, un héros ou une hiérarchie d’institutions passées ».


Citation 47 – Structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui – 1956

     « Partie I,35 : Les principes essentiels d’Avril – Tout ce que Lénine crie et grave sur le papier de ces thèses historiques est absolument opposé à ce que faisaient en Russie, non seulement les partis bourgeois et petits-bourgeois, mais également ceux ouvriers et son parti lui-même. Mais dans le même temps il est férocement conforme à tout ce qui avait été écrit, à la route tracée par Marx et Engels en 1848 et cent fois rappelée, et à la route tracée par Lénine lui-même depuis 1900 pour la Russie. Les gens pressés qui défaillent chaque fois qu’ils entendent parler d’une directive nouvelle, moderne, doivent comprendre ceci : nous défendons l’immutabilité de la route mais non le fait qu’elle soit rectiligne. Elle est pleine de tournants difficiles. Mais ils ne naissent pas de la tête ou du caprice du chef, du leader, comme le dit Trotski. Leader signifie en fait guide. Le chef du parti n’a pas dans les mains un volant qu’il peut manier selon son arbitraire, il est le conducteur d’un train ou d’un tramway. Sa force réside dans le fait qu’il sait que la voie est déterminée, mais il sait également qu’elle n’est pas partout rectiligne, il connaît les gares où l’on passe et le but du voyage, le tournant et les pentes.
     « Il n’est certes pas le seul à le savoir. Le tracé historique appartient non pas à une tête pensante, mais à une organisation qui va au-delà des individus, surtout dans le temps, organisation faite d’histoire vécue et de doctrine (un mot dur pour vous) codifiée.
     « Si tout cela est démenti, nous sommes tous hors de combat et aucun nouveau Lénine ne nous sauvera jamais. Nous mettrons au pilon les manifestes, les livres et les Thèses dans une banqueroute irrémédiable ».

Citation 48 – Sur le texte de Lénine L’extrémisme condamnation des futurs renégats (…) -1961

     « III – Points cardinaux du bolchevisme : centralisation et discipline – Les conditions universelles.
     « (…) Par quel truchement cette force collective dicte-t-elle des ordres ? Nous avons toujours contesté qu’il y eut une règle mécanique et formelle : ce n’est pas la moitié plus un qui a le droit de parler, même si bien souvent on aura recours à cette méthode bourgeoise ; et nous n’acceptons pas la „mise aux voix” comme une règle métaphysique dans le parti, les syndicats, les conseils ou la classe : parfois la voix décisive viendra des masses en fermentation, parfois d’un groupe du Parti (nous verrons que Lénine ne craint pas de parler d’oligarchie), parfois encore d’un seul militant, Lénine par exemple, qui, en avril et en octobre 1917, s’opposa à l’avis de „tous” ».


Citation 49 – La grande lumière s’est offusquée – 1961

     « (…) La solidité théorique du parti ne suffit pas (…) à porter au maximum le lien entre la doctrine et l’action de la classe. Il peut y avoir chez les militants du parti la sécurité et l’enthousiasme, mais ils ne peuvent quand même pas les générer parmi les masses par leur activité d’orateurs, d’agitateurs, d’écrivains. Ce n’est pas un processus rhétorique qui appelle les masses à s’approcher du parti, ni l’existence d’un éventail d’hommes élus, les fameux „chefs” qui ont laissé une histoire, voire une chronique, pitoyable. Le processus est une physique sociale, se constate, ne se provoque pas.
     « Une thèse à laquelle nous tenons énormément est celle selon laquelle il ne s’agit pas de choisir un groupe d’hommes qui forme l’”état major” du parti, et comme on dit, avec le mot à la mode, le „staff” ou le „cast”. Il ne s’agit pas de fabriquer en cherchant des personnes, ce qu’on appelle aujourd’hui un trust de cerveaux. Ceci est une position potinière et méprisable dont il est bien de se tenir à distance. Cette illusion ne s’est jamais nourrie de bonne foi, mais constitue le signe extérieur d’un carriérisme banal, peste des démocraties politiques, par lequel se frayent un chemin en jouant des coudes des éléments qui n’ont pas de qualités marquées sinon celle d’être des serviteurs rusés d’une ambition morbide, et dans tous les cas plus forte qu’eux. Tout vaniteux est un vil.
     « C’est pourquoi l’histoire de la misère du Comintern qui suivit celle trop brève de son inoubliable grandeur, fut celle qui se mit à chercher les hommes adaptés. Nous avons dénoncé à cette époque sans réticence ce qui était une sélection à l’envers. Les camarades russes pensèrent peut-être que ces morceaux de la machine de parti auraient pu être promptement écartés dans le cas prévisible qu’ils ne s’usent rapidement. Mais nous accusâmes ce critère d’être un excès évident du plus pur volontarisme ».


Citation 50 – Considérations sur l’activité organique du parti… – 1965

     « 9 – (…) Nous savons tous que, quand la situation se radicalisera, d’innombrables éléments se rangeront à nos côtés d’une façon immédiate, instinctive, et sans avoir suivi des cours singeant ceux de l’université.
     « 14 – (…) La transmission de cette tradition non déformée par les efforts visant à réaliser une nouvelle organisation de parti international sans rupture historique, ne peut se fonder organisativement sur le choix d’hommes très qualifiés ou très au fait de la doctrine historique, mais on ne peut qu’utiliser organiquement de la façon la plus fidèle la ligne reliant l’action du groupe par lequel elle se manifestait il y a quarante ans, à la ligne actuelle. Le nouveau mouvement ne peut attendre des surhommes ni avoir des messies, mais il doit se fonder sur la renaissance de ce qui peut avoir été conservé à travers une longue période. Et cette conservation ne peut se limiter à l’enseignement de thèses et à la recherche de documents, mais se sert aussi d’instruments vivants qui forment une vieille garde et qui comptent donner une consigne intacte et puissante à une jeune garde ».


Citation 51 – Thèses sur la tâche historique, l’action et la structure… (Thèses de Naples) – 1965

     « 11 – (…) Naturellement nous ne nous renierons pas nous-mêmes en commettant la sottise de chercher le salut dans les recherche d’hommes meilleurs ou dans le choix de chefs et de demi-chefs, car il s’agit là d’un bagage que nous retenons caractéristique du phénomène opportuniste, historiquement antagoniste au chemin du marxisme révolutionnaire de gauche ».


Citation 52 – Thèses supplémentaires aux thèses de 1965 (Thèses de Milan) – 1966

     « 9 – (…) L’effort actuel de notre parti dans sa tâche bien difficile est de se libérer pour toujours de la vague de trahisons qui semblait émaner d’hommes illustres, et de la fonction méprisable de fabriquer, pour atteindre ses buts et ses victoires, une notoriété stupide et une publicité pour d’autres noms personnels. Dans aucun des méandres de sa route, le parti ne doit manquer de décision et de courage pour lutter pour ce résultat, véritable anticipation de l’histoire et de la société de demain ».


Citation 53 – Prémisse aux „Thèses d’après 1945” – 1970

     « L’organisation, comme la discipline, n’est pas un point de départ mais un aboutissement ; elle n’a besoin ni de codifications statutaires ni de règlements disciplinaires ; elle ne connaît pas d’opposition entre la „base” et le „sommet” ; elle exclut les barrières rigides d’une division du travail héritée du régime capitaliste : ce n’est pas qu’elle n’ait pas besoin de „chefs”, et même de „spécialistes” dans certains secteurs, mais ceux-ci sont et doivent être, comme le plus „humble” des militants, et plus encore que lui, liés par un programme, par une doctrine et par une définition claire et sans équivoque des normes tactiques communes à tout le parti, connues de tous ses membres, affirmées publiquement et surtout traduites en pratique devant l’ensemble de la classe ; et de même que les „chefs” sont nécessaires dans ces conditions, de même le parti peut s’en passer dès qu’ils cessent de répondre à la fonction à laquelle le parti les a délégués en vertu d’une sélection toute naturelle et non d’une comptabilité électorale de pacotille ; à plus forte raison lorsqu’ils dévient de la voie qui a été tracée pour tous. Voilà ce que notre parti tend à être et s’efforce de devenir, sans prétendre pour autant à une „pureté” ou à une „perfection” antihistoriques. Un parti comme celui-là ne confie pas sa vie, son développement et, disons le mot, sa hiérarchie de fonctions techniques, au caprice de décisions contingentes et majoritaires ; il croît et se renforce de par la dynamique même de la lutte de classe en général et de son intervention dans cette lutte ; il crée, sans les inventer à l’avance, ses propres armes de lutte et ses propres organes, à tous les niveaux ; il n’a pas besoin – sinon dans des cas pathologiques exceptionnels – d’expulser après un „procès” en règle les éléments qui ne veulent plus suivre la voie commune et immuable, car il doit être capable de les éliminer comme un organisme sain élimine spontanément ses propres déchets.
     « La révolution n’est pas une question de formes d’organisation. C’est au contraire l’organisation, avec toutes ses formes, qui se constitue en fonction des exigences de la révolution dont nous prévoyons non seulement l’issue, mais le chemin. Les consultations, les constitutions, les statuts, sont le propre des sociétés divisées en classe et des partis qui expriment non le cours historique d’une classe, mais la rencontre des cours divergents ou partiellement convergents de plusieurs classes. Démocratie interne et „bureaucratisme”, culte de la „liberté d’expression” individuelle ou de groupes et „terrorisme idéologique”, sont des termes non pas antithétiques mais dialectiquement liés : unité de doctrine et d’action tactique, et caractère organique du centralisme organisationnel, sont également les deux faces d’une même médaille ».

Notes

  1. Thomas Carlyle(1795-1881) historien et philosophe idéaliste prônait afin de changer l’histoire le culte du héros, se faisant l’apologiste de l’irrationnel et de la force brute; il rejoignit le rang des conservateurs et fut un ennemi déclaré du mouvement ouvrier après 1848. En 1841, il écrivit : Les héros, le culte des héros et l’héroïque dans l’histoire. ↩︎
  2. Le cyrénaïsme est une école philosophique grecque associée à l’hédonisme en éthique. ↩︎
  3. Battilocchio est un personnage populaire napolitain, dégingandé, à la tête pendante, l’allure incertaine, avec un battement de paupière (battilocchio), au caractère niais. ↩︎
  4. En avril 1917 Lénine présente « en son nom personnel » les positions connues sous le nom de Thèses d’Avril que le Comité Central a du mal à avaler. Et en octobre 1917, Lénine affirme que la situation internationale, la situation militaire,la conquête de la majorité dans les Soviets par le parti du prolétariat,etc met à l’ordre du jour l’insurrection armée ; il menace de s’adresser au Parti si le Comité central ne prend pas une résolution dans ce sens. ↩︎
  5. Lénine (La Pravda du 28 mars 1956) cité lors du XX Congrès de février 1956 du Parti russe. ↩︎