Massacre des travailleurs en Espagne
Combien seront-ils ? Impossible de connaître un chiffre même approximatif du nombre des victimes tombées dans l’orgie de sang, digne cérémonie pour l’ouverture des Cortès de la „République des travailleurs d’Espagne”. Droite agraire et monarchiste, droite républicaine, gauche radicale, parti socialiste, gauche catalane, dans un front unique admirable, manifestent leur satisfaction de cette victoire de „l’ordre”. La classe ouvrière espagnole ayant abandonné les mauvais pasteurs – que seraient en l’occurrence les anarchistes de la Fédération Anarchiste Ibérique – de Macia, „le libérateur de la Catalogne” à Maura, de Lerroux à Prieto, rendent l’hommage voulu et opportun à la „sagesse des travailleurs espagnols”. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un mouvement ouvrier étouffé par les mitrailleuses et les canons ; mais tout simplement, ah ! combien simplement, d’une sorte d’épuration faite par la bourgeoisie dans l’intérêt des travailleurs. Une fois l’ulcère extirpé, la sagesse, la sagesse innée, reviendrait et les travailleurs s’empresseraient de remercier les bourreaux qui les auraient délivrés des meneurs anarchistes.
Ah ! qu’on l’établisse, mais qu’on l’établisse sans tarder le bilan des victimes qu’a à son actif la République des Azana-Caballero, aussi bien que celle des nouvelles Cortès, et, – bien mieux que mille controverses théoriques – on parviendra à établir la signification de la „République” et de la soi-disante révolution démocratique de 1931.Ce bilan pâlira devant l’oeuvre de la monarchie et finira par montrer au prolétariat qu’il n’ y a, pour lui, aucune forme d’organisation bourgeoise qu’il puisse défendre. Qu’il n’y a pas de „moindre mal” pour lui et tant que l’heure n’est pas venue pour livrer sa bataille insurrectionnelle, il comprendrait qu’il ne peut défendre que les positions de classe qu’il a conquises et qu’on ne peut confondre avec les formes d’organisation et de gouvernement de l’ennemi, fussent-elles les plus démocratiques. Les travailleurs espagnols viennent encore une fois d’en faire l’expérience, comme le prolétariat des pays du „paradis démocratique” ou du fascisme.
„Mouvement anarchiste” ! C’est ainsi qu’est caractérisé ce soulèvement étouffé dans le sang. Et évidemment, les formations de la gauche bourgeoise, les socialistes aussi bien que le libéral Macia, diront que parmi ces „meneurs” anarchistes, se trouvaient les „provocateurs” de la monarchie : ainsi leur „conscience” républicaine trouvera une nouvelle sérénité et leur âme restera sans tâche. Mais le prolétariat reconnaît les siens et il sait que ce ne sont pas des provocateurs que la gendarmerie a étendu sur le sol, mais ses fils les plus valeureux qui s’étaient révoltés contre l’oppression du capitalisme républicain.
Étranges anarchistes que ces ouvriers qui déclenchent un mouvement de rébellion à la suite d’une consultation électorale ! Cependant nous n’hésiterons pas un seul instant à nous solidariser avec un mouvement prolétarien, même s’il était dirigé par des anarchistes (en essayant de faire prévaloir au cours de la lutte la conception communiste qui, seule, peut aboutir à la victoire). Mais le fait n’est pas là, et nous nous insurgeons dès maintenant contre ces militants qui, au moment même où le faisceau des forces du prolétariat mondial devrait se resserrer pour soutenir le prolétariat espagnol, avancent des critiques à l’égard des prétendues responsabilités des anarchistes espagnols.
Des mouvements d’une telle ampleur ne dépendent, et ne peuvent dépendre d’un plan préétabli : c’est là la conception propre à l’ennemi qui considère que la lutte des masses contre son oppression n’est que le fait d’un parti tramant des complots. Actuellement, les derniers évènements d’Espagne ont montré une opposition flagrante entre l’idéologie anarchiste et l’élection des Cortès qui les a déterminés. Cette révolte prolétarienne trouve sa cause réelle non dans les élections mais dans la situation générale de la classe ouvrière. Elles ont fourni une occasion fortuite que seuls des phraseurs superficiels peuvent considérer comme l’élément déterminant de la révolte ouvrière de ces derniers jours
LE DÉFAUT D’UN PARTI RÉVOLUTIONNAIRE DU PROLÉTARIAT ! Voilà ce qui a sauvé les défenseurs du capitalisme espagnol. La construction de ce parti se fait au prix d’innombrables victimes prolétariennes. Les conditions de sa formation et de son développement comme guide de la classe ouvrière peuvent surgir des expériences de la lutte sanglante du prolétariat contre le capitalisme.
Les victimes ouvrières tombées dans la lutte en Espagne n’appartiennent à aucune école particulière. Elles ne peuvent offrir matière à spéculation, pour ou contre les anarchistes. Le prolétariat de tous les pays honorera les morts d’Espagne en aidant le prolétariat ibérique à se forger l’instrument indispensable pour sa victoire, son parti de classe, pour le déclenchement de l’insurrection prolétarienne.
Six communistes décapités dans les prisons de Cologne
Dessau, 28 novembre : „Dix condamnations à mort ont été prononcées par le Tribunal de Dessau contre les communistes accusés d’avoir tué un milicien hitlérien„.
Une simple information de presse, un fait divers, voilà comment le prolétariat mondial a connu la condamnation à mort de dix communistes, ainsi que la décapitation de six d’entre eux en Allemagne.
La sanglante répression qui s’abat sur le prolétariat allemand et les conditions dans lesquelles se trouvent les prolétariats dans les autres pays, sont les traits saillants de la situation actuelle. D’un côté, le fascisme peut décapiter six communistes sans que les ouvriers allemands aient la force d’y opposer une manifestation de protestation et de solidarité, d’un autre côté ? dans le monde entier ? les organisations qui englobent pourtant encore aujourd’hui des millions d’ouvriers, peuvent, sans rencontrer l’opposition des masses organisées, se borner à relater brièvement, comme un „fait divers”, les assassinats d’ouvriers en Allemagne.
Dans le secret glacial de Cologne, le bourreau peut travailler sans crainte : la proie est à sa disposition, il peut la saisir, la ligoter, l’assassiner ; quelques semaines avant, à l’occasion du plébiscite, les bourreaux fascistes avaient senti que le moment était venu pour signifier au prolétariat que, désormais, le capitalisme défendra son régime d’esclavage par l’étranglement de ceux qui oseraient lui opposer la moindre résistance.
Et le bourreau de Cologne a lancé son avertissement à la classe ouvrière : pas de pitié, pas de grâce : pour la mort d’un défenseur du régime bourgeois, dix ouvriers seront exécutés.
D’aucuns avaient prévu qu’à la suite du plébiscite du 12 novembre, le fascisme aurait promulgué une amnistie. Mais ils avaient jugé sans considérer la logique terrible des situations : le capitalisme, une fois son ennemi ? le prolétariat ? étendu par terre, dans l’impossibilité de s’opposer à son plébiscite, a immédiatement dressé la potence pour ceux qui osent défendre leur classe et leur vie : et dans les usines et les ménages, le capitalisme introduit brutalement le spectre de la potence, comme rançon des luttes de résistance et de défense de la classe ouvrière.
PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS !
Les décapitations de Cologne, les conditions qui les ont accompagnées, sont une preuve manifeste de la faiblesse du prolétariat mondial. Si ces décapitations ont pris la signification d’un „fait divers” c’est que la capacité de défense et de lutte du prolétariat allemand et mondial est, aujourd’hui, un „fait divers” en face de l’attaque hardie, violente, terrible, que développe le capitalisme international.
La première condition pour que cette faiblesse ouvrière ne comporte pas l’écrasement du prolétariat de tous les pays, dans le carnage d’une nouvelle guerre, réside dans la réelle compréhension de la situation où se trouve la classe ouvrière. Le „OUI” des ouvriers allemands lors du plébiscite a la même portée historique que le „OUI” des ouvriers social-démocrates qui applaudissent ou consentent à accepter les discours des traîtres d’hier et d’aujourd’hui quand ils prêchent le boycott des marchandises allemandes. Ce „OUI” a la même portée historique que l’accord des ouvriers révolutionnaires qui applaudissent ou consentent à accepter les discours centristes d’aujourd’hui ? et traîtres de demain ? qui prétendent que le renforcement politique, économique militaire et diplomatique de l’État ouvrier ? délié de la classe ouvrière internationale et s’appuyant sur les États capitalistes ? peut opposer une barrière à la répression sanglante du capitalisme international qui, par cette répression, prépare la guerre de demain.
Cependant, le „NON” des ouvriers allemands, des ouvriers social-démocrates, des ouvriers révolutionnaires, n’est pas et ne peut être le résultat d’une proclamation verbale, ou l’affirmation d’une volonté de protestation.
Ce „NON” ne peut résulter, après l’effondrement et la mort de l’Internationale Communiste, lors de la victoire du fascisme en Allemagne, que de la reconstruction des partis de classe du prolétariat. Mais la reconstruction de ses partis n’est pas l’oeuvre d’académiciens : elle est l’oeuvre des prolétaires révolutionnaires qui peuvent et doivent faire de chaque situation un jalon vers la fondation de ces nouveaux partis, un jalon pour la reprise des luttes révolutionnaires.
La seule réponse prolétarienne aux décapitations de Cologne consiste, par conséquent, dans l’indication claire et nette des positions autour desquelles les masses ouvrières peuvent se regrouper et constituer leur front de combat, le plus large. Elle consiste aussi dans la formation de cadres pour la révolution au feu de cette lutte, ou de la préparation de cette lutte.
OUVRIERS DU MONDE ENTIER !
La seule action menée actuellement, à l’échelle internationale, à propos des événements d’Allemagne, est celle qui se concrétise autour du mot d’ordre du „boycott” des produits allemands. Les social-démocrates proclament ce boycott et lancent des affiches d’une signification nationaliste, qui pourraient parfaitement émaner des partis de la réaction la plus agressive dans sa lutte contre le prolétariat de chaque pays.
Les centristes qui avaient prôné, il y a cinq ans, cette politique de boycott contre l’Italie fasciste, ne donnent pas leur adhésion à cette campagne de boycott des produits allemands. Mais nullement parce qu’ils y opposent une campagne de lutte du prolétariat mondial contre le fascisme, mais seulement parce qu’une telle action compromettrait les relations économiques entre la Russie et l’Allemagne. Et puisque le centrisme oppose à la lutte révolutionnaire du prolétariat mondial contre l’impérialisme, la lutte des travailleurs pour le renforcement économique et diplomatique de l’Etat ouvrier et la lutte pour sa pénétration progressive au sein du système capitaliste international il ne veut nullement compromettre la sécurité commerciale de l’Union Soviétique par l’emploi du boycott.
Le boycott des produits allemands est-il, ou peut-il devenir un mot d’ordre de la classe ouvrière ? Est-il ou peut-il représenter une condition favorable pour la Iutte de chaque prolétariat contre son capitalisme respectif ? En outre est-il, ou peut-il devenir un facteur de soutien pour la lutte des ouvriers allemands contre le fascisme qui les torture et les assassine ? A toutes ces questions, l’on ne peut opposer une réponse brutalement négative. En effet l’initiative des rapports économiques appartient uniquement aux États capitalistes et le prolétariat ? dans le régime actuel ? ne saurait contrôler l’établissement des relations commerciales de la bourgeoisie. De ce fait rien n’empêcherait les ouvriers d’acheter les produits allemands jetés sur le marché par les mêmes capitalistes qui placardaient ensuite l’affiche pour le boycott allemand, comme ce fut du reste le cas pendant la guerre. Au surplus, les États capitalistes ne peuvent jamais obtenir la solidarité du prolétariat pour les luttes qu’ils se livrent entre-eux : les prolétaires de tous les pays étant les victimes expiatoires de ces luttes. Il est parfaitement naturel que les traîtres de 1914, qui s’apprêtent à offrir de nouveau leurs services pour la nouvelle guerre, appellent, dès aujourd’hui, les ouvriers de France, d’Angleterre, de Belgique à se préparer idéologiquement ? par le boycott ? à prendre les armes afin de se faire massacrer ou de massacrer leurs frères de misère, dans les futurs carnages.
Le plan grâce auquel le fascisme allemand entend souder le prolétariat aux intérêts du capitalisme, est celui de la lutte contre Versailles et contre l’impérialisme des autres pays. Pour la meilleure réussite de ce plan, le fascisme s’appuiera avantageusement sur la campagne du boycott, persuadé qu’il est que les différents capitalismes lui assureront une solidarité agissante et effective pour la réalisation de son plan d’asservissement du prolétariat allemand, en vue de la préparation de la guerre et de la contre-révolution mondiale. Pas une des clauses du Traité de Versailles n’a fonctionné, et ne pouvait fonctionner, contre le capitalisme allemand. L’impérialisme français, belge ou anglais n’empêchera en rien le plan de réarmement des fascistes allemands. car, tout comme l’Allemagne, il est intéressé à préparer les conditions matérielles et idéologiques pour la guerre de demain.
Le mot d’ordre du boycott doit donc être repoussé comme étant l’instrument pour la liaison organique des prolétariats à leur capitalisme respectifs et comme étant un facteur de raffermissement du pouvoir fasciste lui-même. A ce mot d’ordre capitaliste, le prolétariat doit opposer celui du déclenchement de mouvements et de grèves de solidarité, celles-ci affaiblissant et menaçant la bourgeoisie de chaque pays et, par contre-coup, le fascisme en Allemagne, en Italie et dans les autres pays.
Mais, pour la réalisation d’un tel plan de lutte de la classe ouvrière, il faudrait que l’avant-garde communiste puisse en prendre l’initiative. Le centrisme impose, dans l’intérêt de la conservation du régime capitaliste mondial, une politique qui rend impossible cette initiative de l’avant-garde communiste. En dehors des organisations de masse, le centrisme impose au parti communiste la politique des Comités d’Amsterdam, de Paris du 1er août, etc., entraîne l’avant-garde en dehors de la lutte réelle des masses, pousse à la scission de ses organisations syndicales et met l’avant-garde en dehors du mécanisme même de la lutte des classes. Comités sans autorité sur les masses, incapables d’avoir le moindre effet sur la lutte des classes, ils ne font que servir les intérêts particuliers de la politique centriste et de son maintien au sein des masses.
C’est seulement sur les bases de mouvements de classe, propre à chaque prolétariat dans sa lutte contre son impérialisme respectif, c’est seulement au sein des organisations syndicales, où les masses se trouvent réunies, qu’une action est possible pour soutenir les travailleurs allemands et pour la reprise réelle de la lutte du prolétariat dans tous les pays.
Et c’est sur ce front de lutte que les ouvriers de toutes les tendances doivent se rassembler et que le bloc de toutes les forces ouvrières devra se faire. Ceux qui s’y opposent, s’opposent en réalité à la défense de la classe ouvrière devant la nouvelle guerre, que tous les impérialismes, fascistes ou démocratiques, préparent de concert.
PROLÉTAIRES !
Le capitalisme pousse à l’organisation fasciste de la société. Et pour maintenir sa domination et son pouvoir, il doit supprimer toute manifestation des antagonismes de classe. La situation économique ne laisse plus aucune possibilité au capitalisme d’employer un surprofit quelconque à la corruption des organismes de la classe ouvrière et le plan esclavagiste de la bourgeoisie doit être directement et rapidement imposé aux masses.
Bien au delà du contraste entre la démocratie et le fascisme (contraste qui ne peut et ne doit englober le prolétariat démocratie et fascisme étant deux formes de vie et de domination de la classe capitaliste) il y a l’intérêt réel et fondamental du prolétariat à défendre ses organismes de classe contre l’anéantissement fasciste ou la corruption démocratique de la social-démocratie. Ces organismes n’ont nullement été renforcés par la démocratie, mais sont le fruit de luttes sanglantes de dizaines et de dizaines d’années livrées par la classe ouvrière dans tous les pays. Ces organismes de classe représentent la condition pour l’éclosion des mouvements défensifs des masses, la condition pour s’opposer à la préparation de la guerre impérialiste, une des conditions pour préparer la révolution prolétarienne, le seul moyen pour éviter la guerre de demain.
Ainsi que l’expérience italienne l’a prouvé, la classe ouvrière, qui n’a pas su sauvegarder ses organisations de classe, devient incapable de les reconquérir par ses forces exclusives. La solidarité du prolétariat des autres pays lui est indispensable, et si cette solidarité devait faire défaut, la classe ouvrière d’Italie, d’Allemagne sera impuissante à empêcher la dernière conclusion de la victoire fasciste : la guerre ! et c’est seulement au feu de celle-ci, ou après elle, que les ouvriers pourront reprendre leur lutte de masse vers la révolution prolétarienne. Voilà quelle est la réelle situation de la classe ouvrière dans les pays fascistes et cela oppose un démenti des plus brutal aux conceptions grossières répandues actuellement sur les soi-disant perspectives révolutionnaires en Allemagne. Si la solidarité des autres prolétariats manque à la classe ouvrière allemande elle se trouvera dans l’impossibilité d’opposer le moindre mouvement de grève au plan des assassins fascistes.
D’autre part, dans les autres pays les organismes de la classe ouvrière sont rendus inoffensifs pour le capitalisme et risquent de devenir des pions dans le jeu atroce de la bourgeoisie, pour la défense de la démocratie, de cette même démocratie qui massacre les ouvriers et les paysans dans les colonies.
Une action de solidarité sur une base de classe, pour le prolétariat allemand, est de nature à soutenir les luttes de la classe ouvrière étranglée par le fascisme, est de nature à rendre au prolétariat ses organismes de classe, que les traîtres font servir au plan du capitalisme dit démocratique.
PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS !
Les six décapités de Cologne, les assassinats continuels en Allemagne, sont des alertes qui ne peuvent vous laisser indifférents, sans risquer de voir votre classe sombrer demain sous les coups des bourreaux capitalistes du monde entier.
DEBOUT POUR REPRENDRE VOTRE LUTTE !
OPPOSEZ-VOUS AU BOYCOTT QUI EST UN INSTRUMENT DE LUTTE IMPÉRIALISTE !
PRÉPAREZ DES MANIFESTATIONS DE CLASSE ET DE MASSE !
IMPOSEZ A VOS ORGANISATIONS DE CLASSE LE DÉCLENCHEMENT DE MOUVEMENTS DE SOLIDARITÉ AVEC LE PROLÉTARIAT ALLEMAND !
UNIFIEZ VOS LUTTES DÉFENSIVES CONTRE LA RÉPRESSION QUI SE DÉCHAÎNE DANS CHAQUE PAYS AVEC LES LUTTES DE SOLIDARITÉ POUR LE PROLÉTARIAT ALLEMAND !
VIVENT LES SIX DÉCAPITES DE COLOGNE ! QUE LEUR SANG FERMENTE, DANS LE PROLÉTARIAT ALLEMAND ET INTERNATIONAL, LES CONDITIONS POUR LA REPRISE DE LA LUTTE RÉVOLUTIONNAIRE DANS TOUS LES PAYS !
VIVE LA LUTTE DE SOLIDARITÉ DU PROLÉTARIAT DE TOUS LES PAYS !
VIVENT LES FRACTIONS DE GAUCHE DES PARTIS COMMUNISTES !
VIVE LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE MONDIALE !
LA FRACTION DE GAUCHE DU P.C.I.
Le 10 décembre l933
Le 30 novembre ont été exécutés, à Cologne, les travailleurs : Hammacher, Woeser, Wilms, Horch, Moritz et Engels. Le 28 novembre, à Breslau, l’ouvrier Kurt Gerber. Le 1er août, à Altona, les prolétaires : Bruno Tesch, Auguste Lüttgens, Walter Möller et Karl Wolf.
Tous sont tombés héroïquement dans la lutte : le prolétariat international s’en souviendra !
Une victoire de la contre-révolution mondiale : Les Etats-Unis reconnaissent l’Union Soviétique
„Une victoire de l’U.R.S.S. – Une victoire de la révolution mondiale”.
(Rundschau, 23 novembre 1933 ).
Des considérations générales sont indispensables pour comprendre la réelle signification de l’événement international que constitue la reconnaissance de l’U.R.S.S. par les États-Unis. La victoire révolutionnaire en Russie a déterminé l’éclosion de la conception suivante, au sein du mouvement communiste mondial : le renforcement de l’État ouvrier représente la condition pour le développement de la révolution mondiale. Dès lors, cette conception fut imposée dans les partis communistes sous la forme impérative suivante : telle ou telle position renforce-t-elle la puissance économique, militaire ou diplomatique de l’État ? Si oui, l’on ne peut hésiter et la lutte dans cette direction doit immédiatement devenir une revendication capitale pour le prolétariat de chaque pays. Le problème de la reconnaissance de l’ U.R.S.S. par les États capitalistes une fois posé ainsi, le centrisme peut proclamer que la victoire du prolétariat consiste dans l’obtention de cette reconnaissance, l’opposition affirmer que la reconnaissance de l’Union soviétique constitue un événement positif dans l’intérêt de la révolution mondiale.
Insensiblement, nous en sommes arrivés à faire de l’État ouvrier une sorte de dogme devant lequel toute critique de fond devient une hérésie contre-révolutionnaire : le dogme de l’État ouvrier et de sa politique devient même la pierre de touche, pour l’établissement de la démarcation entre révolution et contre-révolution. A notre avis, et pour le cas concret qui nous occupe, la démarcation se détermine en réalité entre la contre-révolution qui marque une conquête importante et décisive, grâce à la reconnaissance de l’U.R.S.S. par les États-Unis, et la révolution, qui s’oppose au concert unanime en faveur de cette reconnaissance, et qui représente la défense des principes révolutionnaires que l’État ouvrier brise au moment même où il „arrache” une soi-disant conquête en face du monde capitaliste.
Du principe marxiste que l’insurrection peut se déclencher dans un seul pays, nous en sommes arrivés à concevoir le possibilité de renforcer la dictature prolétarienne dans les limites territoriales de l’État ouvrier. La démarcation entre le centrisme et l’Opposition Internationale de gauche, bien que de grande valeur, ne porte pas – à notre avis – sur le fond même du problème. Le centriste proclamera ouvertement que le prolétariat de chaque pays ne vit pas dans le milieu capitaliste où il est condamné à lutter, mais entre les frontières de l’État ouvrier. L’oppositionnel fera du renforcement de l’État ouvrier la condition politique du développement de la révolution mondiale et critiquera le centriste seulement parce qu’il n’a pas „dosé” le traité diplomatique avec le capitalisme suivant les nécessités du mouvement communiste mondial. L’oppositionnel croit donc que la lutte entre les états capitalistes et la révolution mondiale peut, dans une certaine mesure, découler de l’habileté des diplomates ouvriers, lesquels, en tendant des „pièges” aux capitalistes, s’appuieraient sur le mouvement ouvrier international qui deviendrait le pion employé par l’État ouvrier dans son jeu subtil envers le capitalisme : son propre développement exprimant directement le renforcement du mouvement prolétarien dans les pays capitalistes.
La liaison de principe entre la possibilité de l’insurrection dans un seul pays, et le maintien, le développement de la dictature du prolétariat, n’a pas été examiné ouvertement, si ce n’est par le centrisme qui a résolu ce problème par la Théorie du socialisme en un seul pays. Le camarade Trotsky a eu le grand mérite en 1927 de porter contre cette théorie une critique aiguë. Mais – aussi bien que les autres courants de gauche, le nôtre y compris – il n’a pas su, ni pu, donner une solution de principe au problème des rapports entre l’État ouvrier et les États capitalistes. L’époque est donc venue où il est possible de donner une solution de principe à cette question ; les expériences étant là pour nous aider, et cette solution représentant une des conditions capitales pour la reprise de la lutte ouvrière ainsi que pour la sauvegarde réelle de l’État ouvrier, du prolétariat russe et du prolétariat mondial.
Une opposition de principe nous parait exister entre le déclenchement de la bataille insurrectionnelle dans un seul pays et la défense, le développement de la dictature du prolétariat dans les limites de l’État ouvrier. Ces deux positions ne s’enchaînent nullement et, ainsi que l’expérience de l’après guerre devait le confirmer, elles s’excluent mutuellement : une fois l’insurrection victorieuse dans un seul pays, sa défense et sa généralisation ne peuvent dépendre que du mouvement ouvrier international, de ses intérêts, des rapports de force entre le capitalisme et le prolétariat sur l’échelle mondiale. Ainsi pratiquement, si après l’analyse d’une situation générale nous devrions choisir entre le mouvement ouvrier d’un pays capitaliste et les intérêts matériels de l’État ouvrier, nous n’hésiterions pas à considérer comme nécessaire de refuser une condition d’avantage à l’État ouvrier et à mettre en première ligne les intérêts du mouvement ouvrier du pays capitaliste. Quant au fond du problème, nous affirmons que le développement pacifique de l’État ouvrier au sein du monde capitaliste, étant inconcevable, le cours réel de la vie, de la défense de cet État, ne peut passer par la courbe des multiples reconnaissances, des pactes de non-agression, des traites d’amitié, etc…, qu’à la seule condition d’abandonner son réel soutien : le prolétariat de chaque pays.
Surgissant de la société bourgeoise, la révolution prolétarienne, qui permet l’érection de l’État prolétarien, peut ne pas se généraliser immédiatement à tous les autres pays. Ainsi que nous l’avons déjà expliqué dans le troisième paragraphe de notre „Projet de constitution d’un Bureau d’Information international” ( „Bilan”, novembre 1933, page 34), la structure du monde capitaliste ne fonctionne pas en tant qu’État mondial, mais en tant qu’ensemble d’États nationaux, qui essayent de faire épouser leur cause par leurs prolétariats respectifs. Par contre, la lutte du prolétariat ne peut dépendre que de considérations d’ordre international et seulement international.
A la faveur de l’opposition entre les états capitalistes et de la lutte qu’ils se font entre eux, il se produit un développement révolutionnaire extrêmement inégal, dont la vitesse se détermine, d’abord par la situation du capitalisme au point de vue mondial, ensuite par la tension des contrastes des classes, particuliers à chaque pays et résultant de la portion de butin économique accaparé par chaque bourgeoisie (ce sont les pays économiquement les plus arriérés qui fournissent les conditions les plus favorables pour le déclenchement de l’insurrection) et enfin, – et c’est là le facteur essentiel – par la capacité du parti de la classe ouvrière d’intervenir au travers des événements. Il est évident que la formation et les capacités de ce parti sont fonction des conditions particulières du capitalisme lui-même, et ainsi il est possible d’expliquer le rôle du parti socialiste allemand pour la fondation de la IIe Internationale, et le rôle du parti bolchevik pour la fondation de la IIIe Internationale. Le parti socialiste allemand surgissait d’une société capitaliste arrivant parmi les dernières, sur l’échelle des victoires de la bourgeoisie. Le parti bolchevik provient du milieu social où une bourgeoisie n’a pas encore réalisé sa victoire, et au cours de la période historique de déchéance du capitalisme considéré au point de vue mondial.
Ce sont donc des conditions foncièrement historiques qui permettent l’insurrection dans un seul pays. Les lois de la lutte des classes agissent sur le plan international et paraissent erronées seulement pour le philistin marxiste, qui récite son credo „internationaliste” dans l’intérêt du capitalisme et pour condamner la bataille insurrectionnelle dans un seul pays. Mais en réalité, ces lois expliquent cette insurrection, le prolétariat se greffant sur la structure (États distincts et opposés) du monde capitaliste. Après la victoire de l’insurrection, ces lois de la lutte des classes du fait de l’érection de l’État prolétarien ne cessent pas de fonctionner. Et le dilemme se pose : ou bien cet État va être considéré comme une des postions du prolétariat mondial, ou bien il va être considéré comme la condition concentrant en elle la lutte du prolétariat international.
L’on pourrait arriver à la conclusion que l’opposition entre les États capitalistes détermine la possibilité d’une identification de l’État ouvrier avec le prolétariat mondial, à la seule condition de considérer que la tendance organique des États capitalistes vers la guerre, n’obéit pas à la structure du monde capitaliste, mais obéit à une loi internationale de la lutte des classes. Au critère de l’élargissement des positions économiques de chaque État, cause de la guerre, viendrait se substituer comme raison des conflagrations, l’autre critère de la lutte entre ces États dans l’intérêt de la révolution prolétarienne. Ainsi la guerre deviendrait une phase de l’évolution révolutionnaire et ne serait plus l’éruption des contradictions capitalistes pouvant fournir une condition pour la révolution, seulement dans la mesure où le parti de la révolution mène une lutte intransigeante et énergique contre la guerre.
L’insurrection dans un seul pays dérive donc de la structure du monde capitaliste et cette même structure nous oblige à faire dépendre l’activité politique de cet État de considérations internationales et seulement d’elles !
Le problème des rapports entre un État prolétarien et les États capitalistes devient, après la victoire de l’insurrection, le point central des luttes ouvrières pour le prolétariat vainqueur, aussi bien que pour le prolétariat international. Ce que nous possédons actuellement à ce sujet, c’est la notion du „rapport des force”. Les défaites prolétariennes créent des conditions défavorables pour l’État ouvrier, et de cette nouvelle situation on fait découler la nécessité des concessions envers le monde capitaliste. Qu’il en soit ainsi est confirmé par le fait que la reconnaissance de l’U.R.S.S. ne s’est posé qu’après les défaites d’Allemagne, de Hongrie et d’Italie, c’est à dire après que le soutien naturel des mouvements révolutionnaires vint à manquer.
Les marxistes conçoivent évidemment la nécessité d’opérer des retraites, quand la situation se modifie au désavantage du mouvement prolétarien. Mais ces retraites sont conditionnées par des considérations de principe ; ainsi, les marxistes luttent pour sauvegarder une position principielle de lutte et sa signification, même au risque de devoir perdre dans le combat un organisme qui ne pourrait subsister qu’à la condition d’appliquer une politique contraire aux intérêts de la lutte révolutionnaire.
Ce qui a guidé et ce qui continue à guider la politique de l’État ouvrier, c’est la „théorie” des rapports de force. Or les rapports de force constituent une „quantité arithmétique” exprimant la contingence. En faire une théorie c’est donc ériger la contingence en principe et abandonner tout programme. Un rapport de force peut et doit être un critère d’ordre quantitatif pour mesurer les possibilités concrètes de l’élargissement de la lutte, jamais il ne peut devenir le critère, le guide pour l’action, si petite soit-elle. De plus, même en tant que critère pour notre action quotidienne, le rapport de force garde sa signification marxiste, à la seule condition d’être établi entre des éléments historiquement opposés. Ainsi, à notre avis, pour l’État ouvrier, il ne peut être question que de rapports de force entre l’État ouvrier et le capitalisme mondial, et non de rapport de force entre l’État ouvrier et les autres États capitalistes. D’ailleurs, Lénine lui-même, lorsqu’il préconisa la Nep, et appuya la nécessité d’une délégation soviétique à la Conférence de Gênes de 1922, expliquait (au point de vue théorique) la nécessité de cette retraite en considération des rapports de classe sur le terrain mondial.
Nous arrivons donc à la conclusion qu’il est nécessaire de s’opposer vigoureusement à tous les soi-disant „réalistes” qui obtiendraient des conquêtes dans la mesure où ils parviendraient à assurer le renforcement de l’État ouvrier. A ces „réalistes” nous opposons la nécessité d’une fidélité aux principes de la classe ouvrière, car seulement ainsi sa réalité prolétarienne est sauvegardée, et le développement de la lutte du prolétariat mondial assuré.
Idéalisme le nôtre ? Oui ! dans la mesure où l’on bouleverse la signification des mots et où idéalisme signifie compréhension des événements et de leurs lois, et non recherche de données abstraites pour idéaliser les soi-disant exigences de la contingence, ce qui revient, en définitive, à appuyer les intérêts de la classe ennemie.
Une base de principe est le reflet, contenu dans des documents programmatiques, d’une ligne de tendance historique spécifique à la classe, et il suffit de s’en écarter pour que l’ennemi en tire son profit, même si nous voyons grossir l’importance numérique ou l’influence apparente de l’organisme ouvrier, qu’il soit le syndicat, le parti ou l’État.
Par contre, l’établissement d’une base de principe pour l’action du prolétariat signifie ouvrir la porte devant une multitude de possibilités de luttes spécifiques à la classe. Il ne dépendit certes pas des bolcheviks, si lors de leur victoire en Russie, le prolétariat mondial ne possédait pas de solution de principe à la question des rapports entre l’État ouvrier et les États capitalistes. Il revient désormais aux fractions de gauche de résoudre ce problème. Elles constitueront, dans l’intérêt de la révolution russe et des révolutions à venir, l’artère permettant le fonctionnement et le développement de la vie de la classe ouvrière mondiale, au delà de contingences immédiates et variables innombrables.
Ainsi le patrimoine idéologique du prolétariat, l’arsenal pour sa lutte révolutionnaire, sera complété par la nouvelle arme politique indispensable pour la lutte et pour la victoire révolutionnaire.
La théorie centriste du „socialisme en un seul pays” est la fille légitime du manque de conscience du prolétariat mondial, qui se trouva non préparé devant les problèmes formidables issus d’Octobre 1917. A nouveau, dans l’histoire, une situation devait se présenter où il revenait au prolétariat de jouer un rôle dont il ne pouvait s’acquitter. Et, en outre, le processus historique n’ayant pas permis au parti bolchevik de préparer les conditions positives pour assurer une politique marxiste et une fonction révolutionnaire à l’État ouvrier, après le reflux de la vague révolutionnaire et la consolidation des différents États capitalistes !
Les critiques présentées par des groupes de communistes hollandais et allemands, lors de l’instauration de la Nep, ont été bannies des rangs de l’Internationale Communiste, comme autant d’hérésies antimarxistes, et cela par une démolition impitoyable des positions particulières que ces groupes défendaient sur différents problèmes de la lutte ouvrière : syndicats, question parlementaire, paysannerie, etc. Une lutte de principe sur le problème de la politique de l’U.R.S.S. n’était pas possible à cette époque, l’Internationale se trouvant devant la nécessité de donner des solutions immédiates aux rapports de l’État ouvrier avec les États capitalistes, sans bénéficier d’un système fondamental précédemment acquis. Dans la mesure où l’erreur n’est qu’une manifestation de la réalité elle-même, et que cette erreur peut donc faire apparaître la nécessité de comprendre cette réalité, nous pouvons affirmer que l’Internationale avait le devoir de s’approprier la substance prolétarienne de ces groupes, au lieu d’obtenir une victoire qui n’en n’était pas une, et qui n’était nullement difficile à obtenir en démolissant, en discréditant ces groupes dans le mouvement ouvrier.
La lacune sur le problème des rapports entre l’État ouvrier et les États capitalistes devait, à cause de la défaite chinoise surtout, permettre la victoire du centrisme au sein des partis communistes. L’exclusion de la gauche marxiste en 1927 représente la plus terrible des défaites essuyées par la prolétariat mondial dans l’après guerre. Les partis communistes, l’Internationale, l’État ouvrier lui-même sont, dès lors, acquis à l’évolution historique opposée à celle qui s’était présentée avec la fin de la guerre.
L’État ouvrier scinde en 1927, et ouvertement, ses intérêts du prolétariat des autres pays. Ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer dans notre article sur le „Seizième anniversaire de la révolution russe” („Bilan”, novembre 1933), la défaite du prolétariat chinois et le rapport de force mondial qui en découla, constitue la prémice politique pour dresser la théorie des réalisations „socialistes progressives” en Union Soviétique. Quand nous affirmons que la société est divisée en classes, et que – au point de vue historique – cette société fonctionne comme un „tout mondial”, et non comme une addition de secteurs économiques disparates (coloniaux, capitalistes, prolétariens), nous affirmons par là que l’opposition entre prolétariat et bourgeoisie est le moteur de toutes les situations dans lesquelles nous vivons et que, à l’instant même où l’État ouvrier proclame son divorce avec le prolétariat mondial pour réaliser dans ses frontières le socialisme, puisqu’il ne peut pas rester campé en l’air, il doit finir par être encerclé et finalement incorporé dans l’évolution du capitalisme international. Quand nous disons que l’expulsion de la gauche marxiste a représenté la plus terrible des défaites, nous voulons non pas nous limiter au duel, du reste erroné : Staline-Trotsky, ni a l’autre beaucoup plus juste : centrisme-opposition de gauche marxiste, mais nous voulons caractériser la portée réelle de cet événement. Le centrisme devient un instrument à la disposition de l’ennemi pour la lutte contre le prolétariat ; seuls, de petits noyaux de la gauche marxiste continuent la lutte pour la révolution prolétarienne.
Dans la phase impérialiste du capitalisme, et au point de vue général, il n’existe que deux issues : l’une capitaliste : la guerre ; et l’autre prolétarienne : la révolution. C’est seulement l’insurrection des travailleurs qui peut empêcher le déclenchement de la guerre. Cette considération fondamentale, pour ne pas rester une affirmation théâtrale d’ornementation politique, doit devenir le critère pour l’établissement de toute notre activité politique, si minime soit-elle. Le fascisme, la victoire fasciste en Allemagne sont là pour nous prouver qu’au moment où le prolétariat s’est arrêté dans sa lutte révolutionnaire pour conquérir le „tout” : sa dictature révolutionnaire, le capitalisme est passé à la contre-offensive brutale pour réaliser son „tout” spécifique, c’est à dire l’écrasement de tous les organismes de résistance et de lutte de la classe ouvrière.
Au point de vue mondial, l’opposition entre les deux issues s’est révélée flagrante au travers des derniers événements. Et c’est la victoire du capitalisme international, abattant son talon de fer sur le corps du prolétariat allemand anéanti, qui constitue visiblement la condition même pour le regroupement des constellations impérialistes en vue de la guerre.
Nous avons expliqué la fonction qu’a joué l’État russe, au cours des événements qui se sont conclus par la victoire du fascisme en Allemagne. La fonction de cet État s’est exprimée par le canal de l’I.C., et a consisté à imposer au parti communiste allemand une politique qui devait supprimer toute possibilité de lutte des ouvriers allemands contre le plan du capitalisme international, en vue de la victoire du nazisme.
Immédiatement après l’écrasement du prolétariat allemand, après que la condition historique pour la guerre fut remplie, nous pouvons assister à une activité diplomatique fébrile qui passe par l’Allemagne, l’Italie, la France, l’Angleterre, pour finir aux États-Unis, et qui tend à s’accaparer l’appui de la Russie pour la prochaine conflagration. A cette activité capitaliste, le centrisme oppose l’abandon total et définitif de l’Internationale Communiste, tout en faisant miroiter devant les ouvriers l’idée que les pourparlers et les tractations pour la guerre, qui se développent dans le monde entier et auxquels participent la Russie, se transformeraient, du seul fait de la participation de délégués soviétiques, en autant d’étapes contre la guerre et pour la „paix”. D’autre part, le centrisme explique la soudaine sympathie pour l’URSS, qui anime les États capitalistes, après la victoire des nazis, par la considération suivante : tous les États capitalistes n’auraient d’autre échappatoire aux manifestations de la crise économique, qu’une course de vitesse pour le renouement de relations politiques et économiques avec la Russie. On peut évidemment répondre facilement que, si réellement le poids de l’U.R.S.S. était tellement considérable, le centrisme devrait ne point offrir cette planche de salut au capitalisme. Cette image d’Épinal arriverait alors à ces conclusions : l’écroulement du monde capitaliste d’une part et le développement de la nouvelle société en Russie, d’autre part.
Mais toute la course des différents États capitalistes vers l’U.R.S.S. trouve son explication réelle dans la préparation de la nouvelle conflagration qui représente la seule forme de défense du régime de la bourgeoisie. Les constellations impérialistes en 1914-18 agissent en vue du partage des colonies, et la guerre éclate des étincelles allumées dans la poudrière des Balkans. Au cours de la guerre, et aux dépens des autres impérialismes, va se constituer le plus puissant d’entre eux : les États-Unis.
Actuellement, c’est la lutte pour la domination du pacifique qui va opposer d’une façon générale les États-Unis à ceux des capitalismes européens qui se trouvent – par le butin réalisé dans la dernière guerre – dans la possibilité d’opposer une résistance à l’hégémonie de l’impérialisme américain. En Asie, la défaite chinoise de 1927 a fait disparaître le prolétariat en tant que force capable de libérer ce continent de la domination impérialiste et d’en faire une contrée industrielle sous la direction de la dictature du prolétariat. Le japon, en conséquence de cette défaite, peut grandir et se manifester en tant que puissance pan-asiatique, voulant réaliser son hégémonie impérialiste en Asie.
C’est sur le fond de cette situation réelle, où s’affrontent les intérêts et les visées des impérialismes, et sur le fond d’une crise économique à laquelle il ne peut y avoir d’autre issue que la guerre, que se préparent les constellations capitalistes, qui s’opposeront demain dans la guerre. Voilà la réalité où se situe la reconnaissance de l’U.R.S.S. par les États-Unis. Au point de vue économique, ces derniers détenaient – même avant la reconnaissance de la Russie – directement ou par le truchement de l’Allemagne, la masse la plus considérable de rapports commerciaux avec l’Union soviétique. Ce n’est donc pas pour des raisons économiques que Livitnof fut appelé à Washington. D’ailleurs, le centrisme lui-même a mis en évidence les répercussions, avantageuses pour l’U.R.S.S., qu’aura cette reconnaissance „de jure”. Enfin le voyage de Livitnof à Rome ne fait que confirmer l’enjeu réel des pourparlers de Washington : la défense mutuelle des deux états contre la puissance grandissante du japon. L’on connaît parfaitement les buts de la politique du capitalisme italien en Asie, et le rôle qu’il joue actuellement en Europe pour la constitution d’un bloc de puissances dirigées contre le partage du monde tel qu’il fut réalisé à Versailles. C’est en fonction des contrastes pour la domination du Pacifique et la lutte des différents impérialismes pour le partage de l’Asie que se constituent, en Europe, les deux blocs impérialistes qui se feront la guerre.
La Russie, de par sa situation géographique, se trouve être un des facteurs les plus importants dans les nouvelles situations historiques qui se préparent. D’un côté, les États-Unis se trouvent aussi, grâce à leur situation géographique et leur puissance économique, obligés à jouer un rôle de protagoniste dans les événements de demain. Il est possible que les apparences couvrent, encore une fois, la vision des acteurs principaux de la nouvelle guerre et qu’elles laissent apparaître comme essentiels d’autres contrastes. Mais c’est en fonction de l’Asie que les impérialismes déclencheront la prochaine guerre.
La reconnaissance de l’U.R.S.S. par les États-Unis prend donc l’aspect d’un double épilogue : d’un coté, l’État ouvrier se voit incorporé au système capitaliste mondial et acquis aux alliances pour la guerre ; d’un autre côté, s’éclaircit le front où les compétiteurs vont s’affronter pour essayer de déterminer un partage du monde autre que celui qui avait été sanctionné à Versailles.
Dans ces conditions, l’événement dont nous nous occupons représente une victoire considérable de la contre-révolution mondiale, et c’est dans ce sens qu’il faut mettre en évidence la signification de ce qui vient de se passer.
Ceux qui ferment les yeux devant la réalité, basent leur perspective sur des considérations tout à fait abstraites, et continuent à lancer le mot d’ordre de la défense de l’U.R.S.S. Ce mot d’ordre résulte d’une perspective dessinée suivant un schéma que l’on croit pouvoir imprimer aux événements et non de la réalité. Nous nous sommes déjà occupés de ce problème dans le chapitre sur l’U.R.S.S. de la résolution de la C.E. de notre fraction : „Vers l’Internationale deux et trois quarts… ?” (pages 24-25, „Bilan”, novembre 1933).
Le problème de la défense de l’Union Soviétique se pose uniquement dans la mesure où l’État ouvrier proclame son rattachement au mouvement ouvrier mondial et le manifeste par le canal de l’Internationale Communiste. Deux conditions qui n’existent nullement aujourd’hui. En leur lieu et place, nous trouvons la proclamation du rattachement de l’État ouvrier aux États capitalistes et la déclaration de Livitnof à Roosevelt, qu’en Russie ne sera plus tolérée aucune organisation visant à la lutte et à la destruction du régime capitaliste en Amérique.
Entre le syndicat et l’État, il existe une différence d’une portée considérable et que nous avons essayé de mettre en lumière dans le chapitre cité ci-dessus sur l’U.R.S.S. Le syndicat, organisme spécifiquement de résistance, s’écroule dès que le capitalisme a pu anéantir le prolétariat en tant que classe luttant pour la réalisation de ses revendications spécifiques. L’État, par contre, n’est pas un organisme de simple résistance contre le capitalisme, mais un instrument pour la gestion directe économique. L’État prolétarien se situe, dès son apparition, sur la scène où agissent les forces capitalistes par excellence : les États de la bourgeoisie. L’État ouvrier ne peut pas poursuivre des objectifs de simple résistance au capitalisme, mais doit avoir des objectifs tendant au bouleversement du système capitaliste. Le prolétariat, lorsqu’il gère la production économique dans un seul pays, ne peut s’assigner comme but que celui d’étendre le territoire de sa domination, par sa jonction au mouvement révolutionnaire des autres pays. A la tête de l’économie, d’un mécanisme procréant des forces économiques toujours croissantes, le prolétariat doit donner une destination aux forces économiques progressives qu’il a à sa disposition. S’il ne les destine pas à l’amélioration des conditions de vie des ouvriers en Russie, et à l’appui des mouvements révolutionnaires dans les autres pays, s’il les bloque en faveur d’un renforcement militaire et économique de son État, il expose celui-ci à répéter, en son sein, les mêmes lois qui conduisent les États capitalistes vers la guerre.
La défense de l’U.R.S.S. est donc inséparable de la revendication du prolétariat mondial pour la reconstitution de l’Internationale Communiste. Cette tâche revient aux fractions de gauche et c’est, en définitive, à leur triomphe qu’est rattachée, désormais, la défense de l’Union Soviétique. Autrement, la fonction historique du centrisme arrivera à son aboutissement : L’État prolétarien participant à une constellation impérialiste pour la guerre. Le devoir des prolétaires du monde entier sera alors de mener une lutte simultanée et égale contre lui, aussi bien que contre les autres États. Et c’est à cette seule condition que le carnage de la guerre pourra représenter la destruction du capitalisme, pour le triomphe de la révolution mondiale.
Nous vivons une période particulièrement pénible : la Commune russe, après la glorieuse Commune de Paris, est menacée par la gangrène centriste. Mais les révolutions prolétariennes, quand le capitalisme parvient à les étouffer, renaissent toujours plus fortes, plus actives. Marx, après les événements de 1848 en Allemagne et en France, disait à ce propos :
Les révolutions prolétariennes, par contre, comme celles du XIXe siècle, se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent, à chaque instant, leur propre cours reviennent sur ce qui semble déjà accompli pour recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n’abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre, et se redresser à nouveau formidable en face d’elles, reculent constamment à nouveau devant l’immensité infinie de leur propre but, jusqu’à ce que soit crée, enfin la situation qui rend impossible tout recul en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : hic Rhodus, hic salta. C’est ici qu’est la rose, c’est ici qu’il faut danser. (Le 18 Brumaire)
Et le prolétariat international sautera quand même !
La crise du mouvement communiste : Désertions, trahisons et difficultés réelles de la théorie marxiste
Le marxisme a toujours été considéré, à juste titre, comme la théorie de la lutte de la classe ouvrière.
Notre période de reflux révolutionnaire devait donc connaître une carence de la pensée marxiste, sa stagnation dans des formules creuses, la contamination bourgeoise au sein du prolétariat, la victoire de l’opportunisme dans les organismes prolétariens, la désertion de nombreux militants.
Lénine, dans „La maladie infantile de communisme„, caractérisant une période analogue à celle que nous vivons, disait : „Années de réaction (1907-1910) le tsarisme a vaincu. Tous les partis de la révolution ou d’opposition sont écrasés. Le découragement, la démoralisation, les scissions, la dispersion, les trahisons, la pornographie se substituent à la politique. La tendance à l’idéalisme philosophique se renforce ; le mysticisme apparaît revêtant des états d’esprit contre-révolutionnaires. Mais c’est aussi cette grande défaite qui donne au parti et à la classe ouvrière une leçon véritable, infiniment salutaire, une leçon de dialectique historique, une leçon d’intelligence, d’habileté et d’art de conduire la lutte politique. Les amis se reconnaissent dans le malheur. Les armées sont à bonne école„.
De nombreux militants désertent ou trahissent actuellement. Peut-on se borner à caractériser des cas individuels, ou faut-il donner une explication générale de ce phénomène ?
Dans l’immédiat après-guerre, la prolétariat, qui se trouvait sur des positions d’offensive et directement révolutionnaires, parvint à entraîner, à sa suite, une foule d’individus qui désertent aujourd’hui. A cette époque, le marxisme était une notion très simple : les masses, par leur lutte et leur élan révolutionnaire, faisaient directement apparaître les matériaux politiques de la théorie marxiste. Aussi les travaux de l’Internationale Communiste, à l’époque de sa fondation, issus de la lutte des ouvriers russes et du prolétariat international, constituent, sans aucun doute, des piliers fondamentaux de la lutte prolétarienne pour la conquête du pouvoir.
Une des caractéristiques — et très négative — du mouvement de l’immédiat après- guerre, résidait dans la possibilité pour beaucoup d’éléments, de rejoindre le mouvement actif du prolétariat, sans une préparation théorique adéquate. Il est vrai que la génération prolétarienne, la plus active dans cette période, s’était trouvée, à cause de la guerre, dans l’impossibilité de se préparer politiquement et théoriquement aux luttes pour la révolution prolétarienne. Mais il est tout aussi vrai que la victoire révolutionnaire a été possible en Russie parce que la génération prolétarienne la plus active a pu se souder avec la génération précédente, qui s’était trempée au feu d’intenses luttes politiques sur la signification de la doctrine marxiste.
Hormis la Russie, où le parti bolchevique avait poussé très loin le travail théorique indispensable, dans les autres pays, immédiatement après la guerre, il y eut — en dehors de fondements principiels — un afflux d’individus croyant posséder la méthode et la théorie marxistes par le seul fait d’avoir donné leur adhésion au parti de la classe ouvrière, ou collaboré à sa fondation et qui rejoignaient la lutte des masses ouvrières grâce à la coïncidence de l’élan révolutionnaire de ces dernières avec leur propre volonté d’action.
En définitive, la plus grande partie des intellectuels venant au prolétariat, à cette époque, n’était marxiste que dans la mesure où la situation elle-même, par la montée révolutionnaire des masses, exprimait les données essentielles du marxisme. La situation ayant changé à la suite des défaites ouvrières, ces éléments, qui ne possédaient d’autre azimutale théorique que celle provenant de la contingence favorable, se sont empressés de proclamer la faillite du marxisme. Mais, en réalité, ils sont restés identiques à eux-mêmes : avant, ils exprimaient très superficiellement la montée révolutionnaire sans être capables de la contrôler, la diriger, pour la porter enfin vers l’insurrection. Actuellement, ils ne font que refléter une situation inverse, le reflux terrible de la classe ouvrière et sont encore une fois incapables de représenter autre chose que le reflet immédiat de la contingence défavorable, ne trouvant et ne pouvant trouver aucune explication à leur désarroi.
A tous les prophètes de la faillite du marxisme l’on peut, mais vainement, demander ce qu’ils entendent substituer au marxisme pour donner une explication valable à l’évolution historique et aux situations actuelles ; ils répondront inlassablement par un battage d’estrade, sans parvenir à opposer ne fut-ce que deux idées au marxisme qu’ils prétendent enterrer.
Le mouvement prolétarien a connu d’innombrables fossoyeurs de ce genre ; tous, invariablement, ont fini par situer leur „élan” intellectuel dans l’élan de l’attaque de la bourgeoisie contre le prolétariat.
Par conséquent, les désertions multiples qui se vérifient aujourd’hui ne nous intéressent qu’en tant que symptômes généraux des situations actuelles défavorables à la lutte révolutionnaire du prolétariat. Et puisque l’on n’oppose que des phrases creuses et le néant grossier au marxisme, nous croyons inutile d’analyser les élucubrations d’ailleurs stupides des nouveaux „néo-marxistes” aussi bien que des prétendus fossoyeurs de Marx.
Le marxisme, en tant que méthode et théorie pour la révolution prolétarienne, se présente comme une synthèse d’où nous ne pouvons dissocier les parties constitutives. Mais, au point de vue de l’analyse de l’histoire et des situations concrètes, nous aboutirons à des conclusions différentes selon que nous nous efforcerons de comprendre la marche des événements, ou selon que nous essayerons d’établir les conditions subjectives à réaliser pour intervenir dans ces événements.
Ceci, bien entendu, au point de vue du procédé à appliquer pour le travail théorique. Car la substance foncièrement synthétique du marxisme entrelace interprétation historique et intervention en vue de la transformation du monde. Les conclusions différentes auxquelles l’on peut aboutir représentent, somme toute, les aspects constitutifs de la conscience de classe, c’est à dire le processus d’intelligence sociale — pris dans son intégrité — de la force sociale prédestinée, par le développement économique.
Le déterminisme économique et le matérialisme historique nous suffiront en tant que méthodes de compréhension de l’histoire et en tant qu’explication des lois fondamentales de l’économie capitaliste. Ainsi, la théorie de la plus-value reste totalement confirmée par les situations actuelles, pour déterminer le moteur de l’économie capitaliste. La contradiction entre capacité de production et capacité d’achat se présente toujours comme la cause essentielle des crises économiques et comme la condamnation historique du capitalisme. D’autre part, la relation entre le mode industriel et collectif de production et les rapports sociaux basés sur la propriété privée, représente toujours la seule explication possible de la vie et de l’organisation de la société capitaliste, aussi bien que des contrastes surgissant de cette société et des mouvements sociaux qui y correspondent. Cependant, notre tâche devient beaucoup plus difficile lorsque nous voulons établir l’ensemble des données subjectives, indispensables afin de déterminer une évolution des situations vers la révolution, c’est à dire lorsqu’il s’agit de construire et de développer le parti du prolétariat.
Ici nous ne nous trouvons plus devant un travail essentiellement achevé. Et nous pouvons affirmer que ce travail, pour la réalisation des conditions subjectives — de par la nature même du marxisme — n’est concevable que sur la base d’une „refonte permanente”. L’atelier historique du prolétariat — le parti — ne pouvant effectuer cette refonte que sur la base des matières premières que fournissent les époques historiques. Du reste, il est impossible de retrouver les solutions politiques pour les situations concrètes dans aucune œuvre des maîtres du communisme scientifique, même si pour la circonstance, elle serait transformée en „bible”.
Rosa Luxembourg disait très justement : „l’œuvre de Marx qui constitue, en tant que découverte scientifique, un tout gigantesque, dépasse les besoins directs de la lutte de classe du prolétariat pour lequel elle fut créée. Dans l’analyse complète et détaillée de l’économie capitaliste, aussi bien que dans la méthode de recherche historique avec ses possibilités d’application infinies, Marx nous a donné beaucoup plus qu’il n’était nécessaire pour la pratique de la lutte des classes„. Ailleurs, dans le même article de « Marx 1903 » Rosa disait : „au reste c’est seulement dans le domaine économique qu’il peut être plus ou moins question, chez Marx, d’une construction parfaitement achevée. Pour ce qui est au contraire, de la partie de ses écrits qui présente la plus haute valeur, la conception matérialiste, dialectique de l’histoire, elle ne reste qu’une „méthode d’enquête”, un couple d’idées directrices générales qui permettent d’apercevoir un monde nouveau, qui ouvrent aux initiatives individuelles des perspectives infinies, qui offrent à l’esprit des ailes pour les incursions les plus audacieuses dans des domaines inexplorés„.
La théorie de la lutte des classes nous donne les éléments essentiels pour l’action du prolétariat, mais elle ne suffit pas pour la réalisation de la tâche historique de celui-ci. En effet, du fait de sa position de classe exploitée, le prolétariat peut seulement arriver à constituer des organisations pour l’obtention, de meilleures conditions de vie : les syndicats, les coopératives, les mutuelles. Même dans la supposition, totalement abstraite, que toutes les unités constituant le prolétariat soient intégralement organisées dans des organismes de résistance contre l’exploitation capitaliste, la condition essentielle pour la lutte révolutionnaire du prolétariat ne serait pas encore remplie. Le mécanisme de la lutte des classes n’évolue pas automatiquement vers l’éclosion des luttes politiques se concluant par l’émancipation de la classe ouvrière. Part contre, et pour contrecarrer l’évolution du capitalisme vers le socialisme, la bourgeoisie opposera une résistance sanglante dirigée vers le massacre de la force historique : le prolétariat pouvant fournir, par son insurrection, la condition essentielle pour la construction de la société socialiste.
Une classe peut agir, dans l’évolution historique, dans la mesure où elle parvient à réaliser l’intelligence de ses buts et des moyens pour les atteindre. Au sens général, cette intelligence réside dans la compréhension des moyens pour atténuer et supprimer le domination des forces et du mécanisme économique sur l’homme.
Pour reprendre Engels, nous pouvons dire que l’évolution sociale de l’humanité peut être divisée en deux parties fondamentales : la préhistoire dont la dernière phase est le capitalisme, et l’histoire réelle qui débutera avec l’avènement du prolétariat. Dans la préhistoire, les périodes qui caractérisent la croissante libération de l’homme du mécanisme économique, s’accompagnent avec la formation de classes qui accaparent, dans leur intérêt propre et limité, le degré atteint par le développement des forces de production. L’intelligence historique de ces classes exploiteuses n’est, en définitive, que le reflet réel de la position qu’elles sont en train d’acquérir ou qu’elles ont déjà acquise en face du mécanisme productif.
Pour ce qui concerne l’évolution historique qui accompagne l’essor du capitalisme, nous constaterons que, en définitive, elle résulte du rôle historique qui revient à la bourgeoisie. Celle-ci n’a qu’un objectif assez limité : la substitution d’un privilège à un autre : celui de la propriété privée à l’autre du servage. C’est la résistance à l’économie féodale qui fermente directement les conditions de la lutte pour la nouvelle économie capitaliste et c’est dans la mesure où se constituent et se renforcent — dans les villes — les positions économiques de la bourgeoisie, que se forme l’ossature de la classe capitaliste. Celle-ci n’a pas besoin d’un parti de classe pour réaliser sa lutte et sa victoire ; ce sont les Comptoirs de commerce et les manufactures qui représentent les organismes nécessaires à la lutte de la bourgeoisie.
Et lorsque, après des siècles de pénétration progressive de ces forteresses capitalistes, au sein de l’économie féodale, l’heure sonna pour passer à l’attaque générale, la bourgeoisie put devenir la classe dirigeante de la société. En Angleterre d’abord, en France ensuite, en Allemagne enfin, il se produisit un épanouissement d’une large production intellectuelle dans tous les domaines, épanouissement qui ne fit que couronner les succès que le capitalisme avait déjà obtenus dans le domaine économique. Et la nouvelle classe qui s’installe au pouvoir, réalise „a posteriori” une intelligence totale, au point de vue historique, de sa mission, grâce à l’élaboration d’un matériel idéologique qui sert aux buts de la conservation de son privilège et de la corruption de son ennemi fondamental, le prolétariat. Au point de vue général, on peut toutefois affirmer que la formation de la classe capitaliste se détermine sous l’effet de la résistance au régime féodal, qu’elle s’accompagne avec les progrès économiques au sein de l’ancienne société, qu’elle éclate quand ont mûri les conditions objectives pour son triomphe.
Peut-on supposer un schéma analogue pour le prolétariat ? Ainsi que nous l’avons indiqué, l’objectif historique du prolétariat n’est pas et ne peut pas être la substitution d’un privilège à un autre : cet objectif représente la lutte pour la suppression de tout régime de privilège. Si l’on voulait donner un fondement de doctrine au „réformisme” nous pourrions affirmer que sa position initiale ne faisait que répéter le procédé de formation et de développement de la classe capitaliste. Les „réformes” obtenues de l’État capitaliste auraient dû représenter autant de marches pour la pénétration progressive des cellules prolétariennes au sein même du régime capitaliste. Les coopératives, par exemple, étaient représentées comme autant d’ilôts prolétariens, et les syndicats aussi bien que les partis, comme des positions qu’il ne fallait que grossir en puissance pour préparer l’évolution de la société vers le socialisme
La précipitation historique de 1914 a prouvé définitivement que cette position du „réformisme” comportait, en réalité, l’incorporation du prolétariat dans le plan de conservation de la bourgeoisie, dans le plan de résistance de la préhistoire contre les forces de l’histoire consciente de l’humanité, forces représentées par le prolétariat, et par le seul prolétariat.
Le prolétariat se trouvera donc à devoir agir, non en fonction d’une série de positions économiques qui expriment, par leur développement, la croissance de sa classe, la réalisation de son rôle historique. Dépourvu de toutes positions économiques au sein du capitalisme, le prolétariat ne peut s’assigner comme but spécifique d’en conquérir, et s’il veut renforcer ses syndicats, ses mutuelles, et demain son État, sa dictature, c’est pour en faire des conditions, des éléments, pour favoriser sa lutte internationale, et jamais des positions où pourrait se concrétiser la fonction historique de sa classe. Il est d’ailleurs inconcevable d’opposer un autre privilège à celui de la propriété privée et celle-ci est inconcevable sur la base très étendue des masses ouvrières. Le prolétariat se trouve donc être garanti contre une dénaturation des buts fondamentaux qui lui reviennent : l’expérience historique n’en n’est d’ailleurs que la confirmation la plus lumineuse, car chaque défaite du prolétariat n’est que le triomphe de la plus terrible des réactions et la déformation centriste de l’État russe ne peut se faire qu’au prix d’une aggravation des conditions de vie de la classe ouvrière et dans tous les pays.
L’action révolutionnaire du prolétariat se complique bien plus du fait que, membre lui-même de la société capitaliste, il se trouve être l’objet de la lutte de toutes les forces qui, autour du capitalisme, réalisent le bloc de la résistance millénaire de la préhistoire contre les forces de l’histoire. Et si ces dernières peuvent se prévaloir de la logique de l’évolution des forces de la production, elles ne peuvent s’appuyer sur aucun appareil économique, mais doivent battre et vaincre toutes les forces qui ont à leur service une puissante organisation économique, politique, policière, militaire et judiciaire.
La division de la société en classes ne supprime pas le fonctionnement de l’organisme social en tant qu’un tout unitaire de la classe dominante. Il n’existe pas une série de conceptions différentes d’organisation de la société pour autant de classes ou de sous-formations de classes divergentes qui existent. L’exploitation de classe ne fera que déterminer une occasion favorable pour la lutte révolutionnaire et une simple occasion élémentaire. Le paysan, par exemple, ne fera que rejoindre — sous la suggestion de son exploitation — le front de lutte du prolétariat, non pour l’accompagner dans sa mission historique, mais pour satisfaire ses besoins et il deviendra un frère de lutte quand, à la suite de l’industrialisation des campagnes, il aura cessé d’être un paysan pour devenir un ouvrier agricole. Autrement, il reste un „appoint” pour la lutte, un appoint ne pouvant apporter des armes efficaces au patrimoine de lutte de la classe ouvrière.
Sous l’effet de l’exploitation, ne fermentent que des oppositions au capitalisme, mais ne se déterminent pas les conditions pour la préparation et le déclenchement de l’insurrection prolétarienne. La situation „d’exploité” ne fera pas du paysan, de l’intellectuel, ou de l’ouvrier lui-même, un artisan de la révolution et il est grossièrement ridicule de vouloir juger de l’ „opinion prolétarienne” en fonction directe de la situation économique de l’individu. Même pour ce qui concerne la classe dans son ensemble — et le fascisme est là pour le prouver — la situation de la plus terrible oppression économique et politique sur les ouvriers n’est pas la situation la plus favorable pour le déclenchement de la lutte révolutionnaire.
Pour passer de la phase de résistance — celle produite par les antagonismes propres à la société capitaliste — à la phase ultérieure de la lutte révolutionnaire, le prolétariat doit parvenir à la conscience de ses buts généraux, aussi bien qu’à la conscience du chemin à prendre pour atteindre ses buts. La politique de la classe ouvrière consiste, en définitive, dans l’établissement d’une série de mots d’ordre susceptibles de déterminer, non pas la simple opposition au régime capitaliste et pour de meilleures conditions de vie, mais une opposition qui contient déjà la disposition pour l’organisation de la nouvelle société.
Les mouvements de masse qui sont, évidemment, le résultat direct des antagonismes sociaux, ne représentent, eux non plus, la formation de la conscience de classe du prolétariat. Nombre de grèves, et de grèves d’une importance énorme par leur ampleur, restent sans influence décisive et directe sur les événements. De plus l’expérience est concluante pour nous prouver que des mouvements encore plus importants que les grèves, ainsi que les rvoltes dans l’immédiat après-guerre, n’ont pas représenté la conscience de classe du prolétariat. Par contre, l’effondrement de l’empire tsariste et les mouvements prolétariens de cette époque se transforment en combats révolutionnaires, la conscience de classe du prolétariat ayant été assurée par le parti bolchevik et par le travail que celui-ci avait réalisé pendant de longues années où, de la défaite de 1905, il avait retiré les armes politiques pour la victoire de la révolution de 1917.
On se plaît à représenter le parti bolchevik sous une image qui nous paraît foncièrement fausse : il aurait pu aboutir à Octobre 1917 car, à chaque occasion, dans l’avant-guerre et pendant la guerre, il aurait été l’auteur conscient de tous les mouvements des ouvriers et paysans en Russie, il aurait déterminé ces mouvements grâce à ses organisations. Et c’est du fait de cette image qu’au sein de l’Internationale communiste, depuis sa fondation, et encore aujourd’hui, au sein de l’opposition de Gauche, nous entendons le refrain sur la possibilité et la nécessité de „déterminer” tel ou tel mouvement de masse, et nous assistons au chassé-croisé entre les différentes formations politiques qui se disputent l’initiative du mouvement, alors qu’en réalité, aucune d’elles ne peut prétendre à cela. D’ailleurs une analyse sérieuse de la formation du parti bolchevik nous portera fort probablement à la conclusion que, jusqu’en avril 1917, nous n’avons assisté qu’à un travail de la „fraction” bolchevique et que c’est seulement à partir de cette date que se fonde réellement le parti pouvant prendre, par après, et particulièrement en juillet et octobre 1917, l’initiative du déclenchement des mouvements révolutionnaires.
Mais si les hommes, ou même la „collectivité organisée ou s’organisant en fraction ou parti” ne peuvent déterminer sur commande les mouvements qui, eux, dépendent des rapports contradictoires de classes, ils restent quand même un facteur, et un facteur d’une importance capitale pour l’évolution de ces mouvements et, en partie aussi, un facteur direct de leur préparation et de leur maturation. Il s’agit seulement de déterminer „comment” le parti ou la fraction de parti peut s’acquitter de cette tâche.
Ainsi que nous l’avons dit, c’est vers la simple „résistance” et non vers la révolution que se dirigent les mouvements produits par les antagonismes sociaux, et le facteur conscient lui-même ne résulte pas des contrastes de classe, mais y est introduit par un organisme, le parti. A ce sujet, il est certainement caractéristique que Lénine, alors que se constituaient les fondements du parti bolchevik, écrivait dans „Que faire ?” tout un chapitre très suggestif sur la „spontanéité des masses et la conscience de la social-démocratie”, où il mettait en évidence les paroles profondément justes de Kautsky à propos du projet de nouveau programme du parti social-démocrate autrichien (Lénine) où, entre autres, nous trouvons: „Beaucoup de nos critiques révisionnistes s’imaginent que Marx a affirmé que le développement économique et la lutte de classe non seulement créent les conditions de la production socialiste, mais encore engendrent directement la conscience de sa nécessité… La conscience socialiste ne peut se constituer que sur la base de la science profonde… Le porteur de la science n’est pas le prolétariat, mais la catégorie des intellectuels bourgeois : c’est, en effet, dans le cerveau de certains individus de cette catégorie qu’est né le socialisme contemporain et c’est par eux qu’il a été communiqué aux prolétaires intellectuellement les plus développés qui l’introduisent ensuite dans la lutte de classe du prolétariat, là où les conditions le permettent„. Et Lénine ajoute : „Certes, il ne s’ensuit pas que les ouvriers ne participent pas à cette élaboration. Mais ils n’y participent pas en qualité d’ouvriers, ils y participent comme théoriciens du socialisme… Eux-mêmes (les ouvriers), ils lisent et voudraient lire tout ce qu’on écrit pour les intellectuels, et seuls quelques pitoyables intellectuels pensent qu’il suffit de leur parler des règlements et de la vie de l’usine et de leur remâcher ce qu’ils savent depuis longtemps„. Lénine avait encore une fois devancé les temps. En effet, actuellement, lorsque c’est par centaines et par milliers que se chiffrent les ouvriers capables de participer au travail d’élaboration théorique du parti, c’est seulement par la lutte personnelle, la falsification historique, la calomnie, le scandale, la persécution, la répression, l’emploi d’un appareil politique alimenté par la plus-value de millions d’ouvriers et de paysans trompés et trahis, que l’on peut condamner ces ouvriers révolutionnaires à l’inertie idéologique, au rôle de simples acteurs qui répètent la partition du souffleur centriste.
Nous nous sommes reportés à Lénine pour mieux indiquer la position marxiste de départ dans le travail du parti. Cela nous permet de nous différencier immédiatement de ces „faiseurs de mouvements de masse”, du type prédominant dans les oppositions qui se nomment bolcheviques -léninistes, dans les groupes qui se trouvent dans l’impossibilité de modifier, d’une façon directe, les situations actuelles, ne fut-ce que la valeur d’un millième de millimètre. Nous sommes biens placés pour employer ces mots sans qu’ils servent de justification pour personne (nous aussi nous nous considérons comme une expression de la déformation actuelle du prolétariat et seulement un facteur de son travail de régénérescence), mais nous avons toujours protesté contre la lutte menée par le camarade Trotsky à l’égard de ces militants qui voulaient s’adonner au travail de reconstruction théorique de la lutte du prolétariat révolutionnaire.
Cette position marxiste de départ nous intéresse pour délimiter la tâche du parti, sa capacité d’influence sur les situations et la condition à remplir pour qu’il devienne un facteur actif de l’évolution révolutionnaire des mouvements produits par les antagonismes sociaux. Le drapeau du parti est l’acquisition et la formation de la conscience de classe du prolétariat, et c’est dans la mesure où cette conscience se forme que se forme aussi la classe en tant que facteur agissant dans l’histoire pour l’instauration de la dictature du prolétariat, étape pour arriver à la société sans classe. Fondation du parti signifie donc manifestation réelle de l’apparition de la classe prolétarienne parce qu’elle signifie — dans les déclarations programmatiques et statutaires — la production des premières armes pour la lutte révolutionnaire, l’apparition, encore primaire et générale de la conscience du prolétariat. La croissance du parti, pour signifier l’augmentation de la capacité de lutte du prolétariat, et non un simple renforcement numérique de ses rangs, doit se traduire par une croissance de conscience théorique. Et à ce sujet, nous affirmons sans détours que le parti réalise une condition réelle de succès pour la lutte lorsqu’il parvient à donner une affirmation politique claire des buts du prolétariat et cette affirmation a une valeur concrète et positive de beaucoup supérieure aux syndicats de masse, aux partis de masses, à l’État ouvrier lui-même. L’expérience d’avant guerre prouve que c’est l’hypertrophie des organismes ouvriers considérés en eux-mêmes qui a suffoqué et enfin étranglé la classe prolétarienne et le regroupement bolchevique, numériquement insignifiant, à réalisé, dans l’intérêt de la révolution, autant et plus que n’ont réalisé, dans l’intérêt de la contre-révolution, les soi-disant constructeurs des organisations colossales de masses.
Ce travail de formation de la conscience théorique du parti ne peut se faire que par l’énonciation progressive des notions politiques enrichissant l’armature du parti. Celui-ci, dans la mesure ou schéma, signifie explication des situations passées, analyse de la situation concrète, effort d’établissement de perspectives, élabore et doit élaborer autant de schémas autour desquels il proclame la discipline de ses membres d’abord, et le devoir du prolétariat de s’y rassembler ensuite. De plus le parti doit soumettre les données politiques qu’il croit avoir acquises à la vérification des événements, sans crainte d’apporter les rectifications ou des modifications substantielles, car l’élaboration scientifique d’une situation n’est possible qu’à posteriori.
Les considérations qui précèdent pourraient faire croire que nous considérons le parti comme un club de „sectaires” et de „schématistes abstraits campés dans les nuages”. La polémique pour la polémique — ce qui est la règle dans toutes les formations centristes et oppositionnelles — ne nous intéresse pas et nous opposerons le plus net mépris pour ceux — de n’importe quelle carrure — qui voudraient, par exemple, nous faire passer pour des „désenchantés du mouvement des masses”. Nous réclamant d’un courant qui a formé le parti communiste sur les membres d’une classe ouvrière battue, mitraillée par le fascisme, nous qui avons fait la lutte des masses jusqu’au dernier instant où cette lutte était possible, nous n’inventons pas un schéma abstrait pour la lutte, nous ne nous dérobons pas au pénible travail qui nous appartient, car nous savons attendre les conditions pour reprendre notre place dans le mouvement des ouvriers. De plus, nous affirmons que, seul, un travail dans la direction que nous indiquons, représente la condition réelle pour la reprise des luttes ouvrières.
Le travail théorique du parti doit être fait exclusivement en considération de la lutte de la classe ouvrière. La gestation aussi bien que le développement du parti, ne peuvent pas résulter de la sélection d’idées de ses militants en fonction de leurs capacités intellectuelles. Par contre, le parti ne peut se fonder ou agir en dehors de la conception de son organisation. Concevant le parti comme instrument essentiel et fondamental au prolétariat, nous concevons le procédé de sa formation, de son développement permanent, de son fonctionnement, au point de vue complexe et unitaire : chacune de ses parties étant nécessaire au mouvement de l’ensemble, sa division organisatrice étant une division fonctionnelle et non quantitative.
Ainsi, Comité Exécutif, Comité Central, Comités Fédéraux, assemblées de sections nous apparaissent comme les organes spécifiques où se dénoue la vie de la classe ouvrière. Une discussion politique principielle, un Congrès du parti nous apparaissent donc le canal par lequel la classe ouvrière aborde ou réalise une conquête dans sa lutte pour la révolution.
Lénine, lors de la construction des bases du parti bolchevik, préconisa une scission sur une question d’organisation qui, à notre avis, représentait non une question de détail, mais une question essentielle de principe, qui parvenait à indiquer la condition pour la gestation et le développement du parti et de la classe ouvrière elle-même. „N’est membre du parti que celui qui est affilié à une organisation de base” : voilà comment Lénine indique le procédé d’articulation de la classe ouvrière.
L’œuvre des bolcheviks, avant et pendant la guerre, prendra toute sa signification si on la considère comme l’inventaire des positions politiques représentant les frontières entre lesquelles devait se développer la lutte de la classe ouvrière. Le retour à Marx de Lénine, ne signifie pas un retour formel et littéral à la production politique de Marx, mais – contre le réformisme qui répétait littéralement Marx — Lénine enrichissait la production laissée par Marx et en y ajoutant la doctrine du parti et de l’insurrection prolétarienne. Lénine nous a donné les notions théoriques pouvant suffire à la classe ouvrière dans la période où il a vécu, il ne pouvait donner plus, il ne pouvait comprendre plus, le marxiste n’étant pas l’apôtre religieux du monde nouveau, mais l’artisan de la destruction de la société capitaliste.
Après Lénine, d’autres problèmes ont surgi et la classe ouvrière doit dresser la théorie de l’État prolétarien et la théorie de la tactique. Si on n’aborde pas la résolution de ces problèmes, on n’emprunte pas la voie de la reprise de la lutte révolutionnaire. Lénine a généré la théorie du parti et de l’insurrection des entrailles mêmes de la social-démocratie où pourrissaient la corruption et la trahison du révisionnisme. C’est en restant en relation politique et idéologique avec le monde centriste qui croule, et c’est à cette seule condition, que nous pourrons reconstruire les vertèbres du nouveau monde du prolétariat. Encore une fois, c’est par la voie des fractions que nous pourrons nous acquitter de notre tâche historique. Par les fractions qui proclament ouvertement que le produit théorique indispensable reste à acquérir. Jamais, en fondant des nouveaux organismes qui, proclamant que tout est acquis, ne font qu’affirmer que c’est grâce à l’intervention des forces démoniaques de Staline et du „stalinisme” que le prolétariat a cessé d’exister en tant que classe au point de vue international, aussi bien qu’à l’intérieur de chaque pays. Construire les fractions c’est reconstruire la capacité de lutte de la classe ouvrière.
Principiul democratic
Partidul Comunist din Italia
[„Rassegna Comunista” – II, n.18, 28 – 1922, 28 februarie].
Introducere
Întrebuințarea anumitor termeni în expunerea problemelor comunismului dă foarte frecvent naștere unor ambiguități din cauza diverselor sensuri care pot fi atribuite acestor termeni. Acest lucru se aplică termenilor „democrație” și „democratic”. În afirmarea principiilor sale, comunismul marxist este văzut ca o critică și o negare a democrației; și totuși, comuniștii adeseori apără caracterul democratic al organizațiilor proletare (sistemul statal al consiliilor muncitorești, sindicate și partid) și aplicarea democrației în cadrul lor. Nu este, desigur, vorba de nicio contradicție în acest caz, și nu se poate ridica nicio obiecție împotriva folosirii dilemei „democrație burgheză sau democrație proletară” ca un echivalent perfect al formulei „democrație burgheză sau dictatură proletară”.
Critica marxistă a postulatelor democrației burgheze este bazată pe definiția caracterului de clasă al societății moderne. Marxismul demonstrează lipsa de consecvență teoretică, precum și înșelăciunea de care dă dovadă un sistem care pretinde reconcilierea egalității politice cu diviziunea societății în clase sociale, determinată de caracterul modului de producție.
Libertatea și egalitatea politică, care, conform teoriei liberalismului, sunt reprezentate de dreptul de vot, nu au nicio semnificație decât pe o bază care exclude inegalitatea condițiilor economice fundamentale. Din acest motiv, noi comuniștii acceptăm aplicarea lor în cadrul organizațiilor de clasă ale proletariatului și susținem că acestea ar trebui să funcționeze democratic.
Dar democrația este un termen extrem de evocator pe care ne străduim să-l demolăm, și pare a fi de dorit folosirea unui termen diferit în cele două cazuri pentru a evita confuziile. Dar chiar și dacă nu facem asta, ar fi oricum util să întreprindem o incursiune în conținutul principiului democratic, atât în general, cât și în aplicarea sa la organe de clasă omogene. Acest lucru este necesar pentru a elimina pericolul de a ridica iarăși principiul democratic la rangul de principiu absolut al dreptății și justiției. O asemenea retragere către apriorism ar introduce un corp străin în fundamentul nostru teoretic tocmai în momentul când încercăm, pe calea criticii, să risipim iluziile reprezentate de conținutul arbitrar la teoriilor liberale.
Capitolul I
O eroare teoretică stă întotdeauna la baza unei erori în tacticile politice. Cu alte cuvinte, aceasta constituie traducerea erorii de tactică în limbajul constiinței noastre colective critice. Astfel, politica pernicioasă și tacticile social-democrației sunt reflexia erorii principiale care prezintă socialismul drept moștenitorul unei părți semnificative din doctrina liberalismului, care a fost direcționată împotriva vechilor doctrine spiritiste. În realitate, departe de a recunoaște și completa critica liberalismului democratic împotriva monarhiilor absolutiste și aristocratice ale regimurilor perimate, socialismul marxist a demolat încă de la început concepțiile liberale. Scopul său nu era apărarea doctrinei spiritiste sau idealiste în fața materialismului voltarian al revoluționarilor burghezi, ci demonstrarea faptului că teoreticienii materialismului burghez se amăgeau singuri când își închipuiau că filozofia politică a enciclopediștilor ar fi dat la o parte vălul metafizicii și idealismului aplicate la sociologie și politică. În realitate, precum predecesorii săi, aceștia au fost nevoiți să renunțe la critica cu adevărat obiectivă a fenomenelor sociale și istorice oferite de materialismul istoric al lui Marx.
Este de asemenea important, din punct de vedere teoretic, să demonstrăm că nicio revizuire idealistă sau neo-idealistă a principiilor noastre nu este necesară pentru a adânci prăpastia dintre socialism și democrația burgheză; pentru a restaura puternicul conținut revoluționar al revoluției proletare, alterat de falsificările celor obsedați de democrația burgheză, este de ajuns să facem referire la pozițiile luate de fondatorii marxismului împotriva minciunilor doctrinelor liberale și ale filozofiei materialiste burgheze.
Pentru a ne întoarce la argumentul nostru, vom arăta că critica socialistă a democrației a fost, în esență, o critică a criticii democratice a vechilor filozofii politice, o negare a presupusei opoziții universale a lor, o demonstrație a similitudinii lor teoretice cu vechile teorii, așa cum, în practică, proletariatul avea puține motive să sărbătorească trecerea pârghiilor societății din mâinile nobilității în mâinile tinerei burghezii comerciale și industriale. Iar demonstrația teoretică privitoare la cum noua filozofie burgheză nu a reușit să depășească vechile erori ale regimurilor despotice, ci a constituit doar o construcție care conține noi sofisme, corespunde cu apariția mișcării revoluționare a proletariatului. Mișcarea proletară conține în sine negarea declarației burgheze de a fi pus odată pentru totdeauna administrarea societății pe o bază perfectă, pacifistă, prin intermediul introducerii votului universal și a democrației parlamentare.
Vechile doctrine politice, bazate pe concepțiile spiritiste sau chiar pe revelația religioasă, susțineau că forțele supranaturale care guvernează conștiința și voința oamenilor a atribuit unor indivizi, familii sau caste sarcina conducerii și administrării existenței colective, făcând din acestea reprezentanți ai autorității prin drept divin. Filozofia democrată, care s-a impus pe vremea revoluției burgheze, a opus acestor doctrine proclamația egalității morale, politice și juridice a tuturor cetățenilor, indiferent dacă erau nobili, clerici sau plebei. Această filozofie a căutat să transfere „suveranitatea” din sfera îngustă a castei și dinastiei către sfera universală a consultării populare bazate pe sufragiu, care a permis majorității cetățenilor să desemneze liderii statului, conform voinței lor.
Fulgerele abătute asupra acestei concepții din direcția filozofilor spiritiști și a preoților aparținând tuturor religiilor nu sunt îndeajuns pentru a recunoaște filozofia democrat-burgheză ca reprezentând un triumf definitiv asupra erorii obscurantiste. Nu vom admite asta nici pentru motivul că „raționalismul” acestei filozofii politice părea pentru mult timp a fi ultimul cuvânt al științei sociale și al artei politicii, iar mulți așa-ziși socialiști și-au proclamat solidaritatea cu aceasta. Declarația, cum că un sistem care își are ierarhia socială bazată pe consimțământul majorității votanților înseamnă sfârșitul epocii „privilegiilor”, nu rezistă în fața criticii marxiste, care prezintă o altă perspectivă asupra naturii fenomenelor sociale. De asemenea, această declarație ar suna destul de logică doar dacă am admite că fiecare vot, adică fiecare judecată, opinie, conștiința fiecărui votant, are aceeași pondere în determinarea administrării afacerilor colective. Este evident că această concepție este nerealistă și nematerialistă întrucât consideră fiecare individ ca fiind o „unitate perfectă” într-un sistem conceput din unități potențial echivalente. În loc să evalueze opiniile unui individ în lumina condițiilor existenței sale sociale, adică relațiile sale cu ceilalți oameni, postulează această valoare a priori cu ipoteza „suveranităţii” individului. Aceasta duce la negarea faptului că conștiința oamenilor este reflecția concretă a faptelor și condițiilor materiale ale existenței, considerând conștiința mai degrabă ca pe o scânteie aprinsă cu aceeași corectitudine providențială în fiecare organism – sănătos sau bolnav, chinuit sau cu toate nevoile satisfăcute – de către un dătător suprem de viață. În teoria democrată, această ființă superioară nu mai alege un monarh, ci mai degrabă binecuvântează pe toți cu aceeași capacitate. În ciuda laturii sale raționaliste, teoria democrată stă pe o bază nu mai puțin copilărească și metafizică decât „libera voință” care, conform doctrinei catolice despre viața de apoi, aduce oamenilor ori salvare ori tortură eternă. Din cauza faptului că se situează în afara timpului și istoriei, teoria democratică este pătată în aceeași măsură cu spiritism precum erau filozofiile despre revelație și monarhie stabilită prin drept divin.
Pentru a duce această comparație mai departe, este îndeajuns să aducem aminte asupra faptului că, cu multe secole înainte de Revoluția Franceză și a declarației asupra drepturilor omului și cetățeanului, doctrina politică democratică a fost enunțată de gânditori care s-au situat pe terenul filozofiei idealiste și metafizice. Mai mult decât atât, dacă Revoluția Franceză a dărâmat altarele zeului creștin în numele rațiunii, aceasta urma să transforme, conștient sau nu, rațiunea însăși într-o divinitate.
Această presupunere metafizică, incompatibilă cu critica marxistă, este caracteristică atât doctrinei concepute de liberalismul burghez, cât și doctrinelor constituționale și planurilor pentru a forma o nouă societate bazată pe „valoarea intrinsecă” a diverselor scheme și relații statale. În formularea propriei concepții asupra istoriei, marxismul a distrus dintr-o singură lovitură idealismul medieval, liberalismul burghez și socialismul utopic.
Capitolul II
Acestor construcții arbitrare, fie ele aristocratice sau democratice, autoritare sau liberale, precum și concepției anarhiste asupra unei societăți lipsite de ierarhie sau delegare a puterii, critica comunistă le opune un studiu mult mai profund al naturii și relațiilor sociale luate în evoluția lor complexă de-a lungul istoriei. Marxismul întreprinde o analiză detaliată a relațiilor sociale în era capitalistă de azi, din care trage o serie de ipoteze privitoare la evoluția lor ulterioară. La aceasta se mai adaugă și enorma contribuție teoretică și practică, oferită de revoluția proletară din Rusia.
Ar fi de prisos să mai dezvoltăm aici conceptul cunoscut drept determinism economic, precum și a argumentelor care justifică utilitatea acestuia în interpretarea evenimentelor istorice și a dinamicii lor sociale. Apriorismele împărtășite atât de conservatori cât și de utopici sunt demontate prin intermediul analizei factorilor ce țin de producție, economie, precum și a relațiilor de clasă determinate de aceștia. Aceasta oferă posibilitatea explicării științifice a faptelor juridice, politice, militare, religioase și culturale care constituie laturi diverse ale vieții sociale.
Ne vom mărgini la întreprinderea unui rezumat scurt a evoluției istorice a modurilor de organizare și grupare socială a oamenilor, concentrându-ne nu numai asupra Statului, care este o reprezentare abstractă a colectivității care aduce împreună toți indivizii, ci și asupra altor organizații care derivă din relațiile dintre oameni.
Baza interpretării tuturor ierarhiilor sociale, fie ele complexe sau simple, o găsim în relațiile dintre diverși indivizi, iar baza acestor relații constă în diviziunea sarcinilor și a funcțiilor între acești indivizi.
Putem presupune cu un grad înalt de precizie că specia umană a trăit la început într-o formă complet dezorganizată. Puțini la număr, acești indivizi puteau trăi de pe urma produselor naturii fără aplicarea tehnologiei și a muncii, iar, în aceste condiții, se puteau descurca fără sprijinul celorlalți membri ai speciei. Singurele relații existente, împărtășite de toate speciile, erau cele ale reproducerii. Dar pentru specia umană – și nu numai – acestea erau îndeajuns pentru a forma un sistem de relații cu o ierarhie proprie – familia. Acestea puteau fi bazate pe poligamie, poliandrie sau monogamie. Nu vom intra în detalii aici, dar este îndeajuns să punctăm faptul că familia ne-a oferit embrionul vieții colective organizate, bazate pe diviziunea sarcinilor determinată în mod direct de factori fiziologici, din moment ce mama hrănea și creștea copilul, iar tatăl se dedica vânătorii și ocrotirii familiei de dușmani externi, etc.
În faza sa inițială, când producția și economia lipseau în totalitate, precum și în stadiile ulterioare când acestea erau în curs de dezvoltare, este de prisos să tratăm chestiunea abstractă dacă avem în acel punct de-a face cu unitatea-individ sau unitatea-societate. Fără îndoială, individul reprezintă o unitate din punct de vedere biologic, dar nimeni nu îl poate transforma în baza organizării sociale fără să se aventureze în domeniul aberațiilor metafizice. Dintr-o perspectivă socială, nu toate unitățile individuale au aceeași valoare. Colectivitatea se naște din relațiile și grupările în care statutul și activitatea fiecărui individ nu derivă nicidecum din funcția individuală, ci dintr-o funcție colectivă, determinată de către multiplele influențe sociale. Chiar și în cazul elementar al unei societăți neorganizate, sau a unei non-societăți, baza fiziologică ce dă naștere organizației familiale este îndeajuns pentru a demonta doctrina arbitrară a Individului ca fiind o unitate indivizibilă care este liberă să se asocieze cu alte unități similare, fără să înceteze în a fi distinctă și echivalentă cu ele. În acest caz, societatea-unitate evident că nu există, din moment ce relațiile dintre oameni sunt extrem de limitate și restricționate la sfera familiei sau a clanului. Putem avansa concluzia evidentă cum că „unitatea-societate” nu a existat vreodată, și probabil nu va exista altfel decât ca o „limită” de care ne putem apropia prin depășirea stadiului claselor și statelor.
A porni de la unitatea-individ ca fiind capabilă să tragă concluzii și să construiască structuri sociale, sau chiar să nege societatea, înseamnă a porni de la o presupunere ireală care, chiar și în cazul celor mai moderne formulări ale acestei presupuneri, doar duce la propagarea acelorași concepte ale revelației religioase și creaționiste, precum și a noțiunii de viață spirituală care nu depinde de viața naturală, organică. Creatorul divin – sau o putere unică ce guvernează asupra destinului universului – a oferit fiecărui individ această proprietate elementară de a constitui o moleculă autonomă, bine definită, înzestrată cu conștiință, voință și responsabilitate, independentă de factori care derivă din influența fizică a mediului înconjurător. Această concepție idealistă și religioasă este modificată într-o manieră foarte superficială de către doctrina liberalismului democratic sau a individualismului libertarian. Sufletul ca o emanație a Ființei Supreme, suveranitatea subiectivă a fiecărui alegător, autonomia nelimitată a cetățeanului dintr-o societatea lipsită de legi – acestea sunt unele din numeroasele sofisme care, din perspectiva criticii marxiste, sunt pătate cu același idealism infantil, indiferent de cât de „materialiști” ar fi fost primii liberali burghezi și primii anarhiști.
Această concepție își găsește perechea în ipoteza nu mai puțin idealistă a unității sociale perfecte – monismul social – construită pe baza voinței divine despre care se presupune că guvernează și gestionează viața speciei noastre. Întorcându-ne la stadiul primitiv al vieții sociale pe care îl consideram, precum și la organizația familială descoperită în cadrul acestui stadiu, putem trage concluzia că nu avem nevoie de ipoteze metafizice care implică unitatea-individ și unitatea-societate pentru a interpreta viața speciilor și procesul evoluției lor. Pe de altă parte, putem afirma că avem de-a face cu o formă de colectivitate organizată pe o bază unitară, familia. Nu vrem să idealizăm această metodă ca pe un model de colectivitate socială, așa cum fac anarhismul sau monarhia absolutistă cu individul. Mai degrabă considerăm existența familiei ca fiind unitatea primară a organizației umane, care va suferi modificări, va deveni un element constitutiv al altor organizații colective, sau, așa cum e de așteptat, va dispărea în cadrul unor forme sociale foarte avansate. Nu simțim nevoia să ne poziționăm pentru sau împotriva familiei din principiu, la fel cum nu putem fi din principiu, de pildă, pentru sau împotriva statului. Pe noi ne interesează înțelegerea procesului evolutiv al acestor forme de organizare umană. Când ne întrebăm dacă acestea vor dispărea într-o zi, punem această întrebare dintr-o perspectivă obiectivă, pentru că nu putem considera aceste forme ca fiind sacre și eterne, sau pernicioase, care merită distruse. Conservatorismul și opusul său (adică negarea oricărei forme de organizație și ierarhie) sunt deopotrivă de sterile.
Lăsând la o parte opoziția tradițională dintre „individ” și „societate”, noi urmărim formarea și evoluția altor unități în studiul istoriei omului: grupuri restrânse sau larg răspândite bazate pe diviziunea funcțiilor și pe ierarhie, care apar ca adevărații factori și agenți ai vieții sociale. Asemenea unități pot fi într-o anumită măsură comparate cu unități organice, cu organisme vii ale căror celule, cu diversele lor funcții, pot fi reprezentate de oameni sau de grupuri elementare de oameni. Analogia nu este, însă, completă, deoarece, pe când un organism viu are limite definite și se supune legilor biologice inflexibile ale creșterii și decesului său, unitățile sociale organizate nu cunosc granițe fixe și trec printr-o reînnoire continuă, amestecându-se reciproc, despărțindu-se și combinându-se simultan. Am ales să ne concentrăm pe primul și cel mai evident exemplu, unitatea familială, pentru a demonstra că până și aceste unități sunt compuse din indivizi, iar, dacă compoziția lor este într-adevăr variabilă, ele se comportă oricum asemeni unor „întregi” organici, astfel că împărțirea lor în indivizi este lipsită de sens. Elementul familial constituie un întreg, a cărui viață nu depinde de numărul indivizilor care îl compun, ci de relațiile dintre aceștia. Pentru a lua un exemplu simplu, o familie alcătuită din capul familiei, soții și câțiva oameni bătrâni nu are aceeași valoare precum o familie alcătuită din capul familiei și mulți fii puternici.
Pornind de la familie, prima formă socială organizată (în care se poate găsi primul exemplu al diviziunii funcțiilor, al ierarhiei, al primelor forme de autoritate, al gestiunii activității indivizilor), evoluția umană trece printr-o serie infinită de alte forme organizaționale, din ce în ce mai largi și complexe. Motivul care duce la această complexitate crescândă constă în dezvoltarea complexității relațiilor sociale și a ierarhiilor răsărite din diviziunea din ce în ce mai mare a funcțiilor. Cea din urmă este determinată la rândul său de formele de organizare a producției puse de tehnologie și știință la dispoziția activității umane cu scopul de a obține o cantitate din ce în ce mai mare de produse (în înțelesul larg al cuvântului) destinate satisfacerii nevoilor unor comunități din ce în ce mai largi care tind către forme mai complexe de viață. O analiză care își pune drept scop înțelegerea procesului formării și modificării diverselor forme de organizare umane, precum și înțelegerea interacțiunii relațiilor din societate în întregimea ei, trebuie să se bazeze pe noțiunea dezvoltării tehnologiei productive și a relațiilor economice care răsar din împărțirea indivizilor în funcție de diversele sarcini necesitate de mecanismul productiv. Formarea și evoluția dinastiilor, castelor, armatelor, statelor, imperiilor, corporațiilor și partidelor trebuie studiate pornind de la aceste elemente. Ne putem imagina cum la apogeul acestei dezvoltări complexe se va afla o unitate organizată care va cuprinde întreaga umanitate și va stabili o diviziune rațională a funcțiilor între toți oamenii. Semnificația, precum și limitele pe care le vor avea sistemul de administrare colectivă în cadrul acestei noi și înalte forme de organizare vor constitui subiectul unor dezbateri viitoare.
Capitolul III
Pentru a examina aceste formațiuni unitare ale căror relații interne sunt guvernate de ceea ce numim „principiul democratic”, le vom împărți, pentru simplitate, în colectivități a căror ierarhie este impusă din afară, și în cele a căror ierarhie apare dinlăuntrul lor. Conform concepției religioase și a doctrinei pure a autorității, în fiecare epocă, societatea umană este o unitate colectivă care își primește ierarhia din surse supranaturale; nu vom repeta critica asupra unei asemenea simplificări metafizice care este contrazisă de întreaga noastră experiență. Necesitatea diviziunii funcțiilor este cea care dă naștere ierarhiilor; acest lucru se aplică și familiei. Așa cum aceasta se dezvoltă în trib sau hoardă, ea trebuie de asemenea să se organizeze pentru a combate triburi rivale. Conducerea este încredințată persoanelor cele mai capabile să întrebuințeze energiile comunale, precum și ierarhiilor militare care corespund acestei necesități. Asemenea criterii pentru alegere existau cu mii de ani înaintea electoralismului democratic; regii, comandanții militari și preoții erau inițial aleși. Cu trecerea timpului, alte criterii pentru formarea ierarhiilor au prevalat, dând naștere privilegiilor de castă transmise prin intermediul moștenirii sau prin acceptare în secte. Această evoluție se datorează faptului că, din moment ce ascensiunea la un anumit rang era justificată prin posesia unor aptitudini deosebite, această condiție favoriza și transmiterea pe mai departe a aceluiași rang. Nu vom intra în detalii privitor la întregul proces de formare a castelor și mai apoi a claselor în societate. Este de ajuns să menționăm faptul că apariția lor nu mai corespunde necesității logice de a împărți funcțiile în societate, ci derivă din faptul că anumite grupuri sociale care ocupă o poziție privilegiată în cadrul mecanismului economic ajung să monopolizeze puterea politică. Într-un fel sau altul, orice castă conducătoare se înarmează cu propria sa organizare, propria ierarhie, iar asta se aplică de asemenea în cazul claselor economicește privilegiate. Nobilimea Evului mediu, de pildă, se unește în vederea apărării privilegiilor lor în fața asaltului celorlalte clase, construindu-și o formă de organizare ce a culminat cu monarhia, care concentra puterile publice în propriile mâini și excludea toate celelalte pături ale populației. Statul epocii feudale reprezenta organizația nobilimii feudale sprijinite de către cler. Principalul element de coerciție al monarhiei militare consta în armată. Aici avem de-a face cu un fel de colectivitate organizată a cărei ierarhie a fost instituită din afară, din moment ce regele acorda gradele, iar în armată domnea servitutea pasivă. Fiecare formă de stat concentrează sub o singură autoritate organizarea și conducerea unei serii întregi de ierarhii executive: armata, poliția, magistratura și birocrația. Astfel, statul face uz de indivizi aparținând tuturor claselor, dar este organizat având la bază o clasă sau câteva clase privilegiate care își însușesc puterea pentru a forma diverse ierarhii. Celelalte clase (și în general toate grupurile de indivizi pentru care este evident că statul, în ciuda garanțiilor sale, nu servește interesele tuturor) încearcă să își formeze propriile organizații pentru a își impune interesele. Punctul de plecare al acestor organizații constă în faptul că membrii lor ocupă aceeași poziție în producție și în viața economică.
În ceea ce privește organizațiile, care ne interesează, ce își formează propriile ierarhii: dacă ne vom întreba care este cea mai bună metodă în care o ierarhie să fie stabilită pentru a asigura apărarea intereselor colective ale tuturor membrilor organizației respective, astfel încât să evite formarea unui strat privilegiat înăuntrul său, unii vor propune drept răspuns metoda democratică, care constă în consultarea tuturor indivizilor și folosirea opiniei majoritare pentru a selecta pe cine să ocupe diverse poziții în cadrul ierarhiei.
Gradul de severitate al criticii noastre față de o asemenea metodă depinde dacă este aplicată la societatea de azi ca un întreg, la diverse națiuni, sau dacă este vorba de organizații mai restrânse, precum ar fi partidul sau sindicatele.
În prima situație, trebuie să respingem metoda întrucât nu ține cont de poziția indivizilor în cadrul economiei și pentru că presupune că sistemul este perfect, fără să ia în considerare evoluția istorică a colectivității la care este aplicată metoda.
Diviziunea societății în clase care se disting prin privilegii economice înlătură orice însemnătate din luarea de decizii de către majoritate. Critica noastră demontează teoria înșelătoare care susține că mașinăria de stat parlamentară și democratică care a apărut de pe urma constituțiilor liberale constituie o organizație a tuturor cetățenilor, servind interesele tuturor. Din momentul în care interese opuse și conflicte de clasă își fac apariția, nu poate fi vorba de unitate în organizare; în ciuda înfățișării exterioare de suveranitate populară, statul rămâne organul clasei economicește dominante. În ciuda aplicării sistemului democratic la reprezentarea politică, societatea burgheză ne apare ca o rețea de corpuri unitare. Multe dintre acestea, care răsar din rândul straturilor privilegiate și care tind să apere aparatul social actual se strâng în jurul organismului centralizat al statului. Altele pot avea o atitudine neutră și șovăielnică față de stat. În sfârșit, altele răsar din rândurile păturilor oprimate și exploatate care sunt direcționate împotriva statului de clasă. Comunismul demonstrează că aplicarea formală juridică și politică a principiului democratic-majoritar la toți cetățenii este incapabil să facă din stat o unitate organizațională a întregii societăți sau națiuni atâta timp cât e vorba de o societate împărțită în clase. Oficial vorbind, asta pretinde a fi democrația politică, pe când, în realitate, aceasta reprezintă forma cea mai potrivită pentru puterea clasei capitaliste, pentru dictatura acestei clase, pentru menținerea privilegiilor sale.
Așadar, este de prisos să mai insistăm cu privire la demolarea erorii care atribuie același grad de independență și maturitate oricărui votant – fie că e vorba de un muncitor extenuat de pe urma muncii fizice excesive, sau un parazit bogat; fie că e vorba de un căpitan al industriei, sau de un proletar sărac și ignorant față de cauzele situației sale mizere și de metodele de ieșire din această situație. Este vorba de o eroare care are drept premisă faptul că va fi suficient ca, prin intermediul consultării „votantului” din joi în paști, să se asigure calmul și supunerea oricărei persoane care se simte victimizată și abuzată de către administrația statală.
Capitolul IV
Este deci clar că principiul democrației nu are vreo virtute intrinsecă. Nu este un principiu, ci un simplu mecanism organizațional, care răspunde prezumției aritmetice simple și primitive conform căreia majoritatea are dreptate iar minoritatea greșește. Vom vedea acum dacă și în ce măsură acest mecanism este util și suficient pentru funcționarea organizațiilor care se compun din colective mai restrânse și care nu sunt divizate prin antagonisme economice. Pentru a face asta, trebuie să considerăm aceste organizații în procesul dezvoltării lor istorice.
Este acest mecanism democratic aplicabil în timpul dictaturii proletariatului, adică în acea formă de stat născută din victoria revoluționară a claselor rebele împotriva puterii statului burghez? Poate fi definită această formă de stat, pe seama mecanismului ei intern al delegării puterii și al formării ierarhiilor, ca o „democrație proletară”? Întrebarea aceasta trebuie abordată fără prejudecăți, căci, deși putem ajunge la concluzia că mecanismul democratic este util în anumite circumstanțe, cât timp istoria nu a creat un mecanism mai bun, trebuie totuși să ne convingem că nu există niciun motiv să stabilim un astfel de concept a priori al suveranității „majorității” proletariatului. De fapt, în ziua de după revoluție, proletariatul nu va fi încă un colectiv în întregime omogen, nici nu va fi singura clasă. De exemplu, în Rusia puterea se află în mâinile clasei muncitoare și a țărănimii; dar dacă luăm în considerare întreaga dezvoltare a mișcării revoluționare, e ușor de demonstrat că proletariatul industrial, chiar dacă mult mai puțin numeros decât țărănimea, joacă totuși un rol mult mai important. Este deci logic că mecanismul Sovietic oferă mult mai multă valoare votului unui muncitor decât votului unui țăran.
Nu intenționăm aici să examinăm complet caracteristicile constituției statului proletar. Nu o vom considera în mod metafizic ca fiind ceva absolut: după cum reacționarii consideră dreptul divin al monarhiei, liberalii parlamentarismul bazat pe votul universal iar anarhiștii non-statul. Deoarece este organizația unei singure clase destinată să lipsească clasele inamice de privilegiile lor economice, statul proletar este o adevărată forță istorică care se adaptează țelului pe care îl urmărește, adică necesităților care i-au dat naștere. În anumite momente impulsul său poate veni ori din consultări mari de masă, ori din acțiunea unor organe executive foarte restrânse înzestrate cu putere absolută. Ceea ce este esențial este oferirea acestei organizații a puterii proletare de mijloace, precum și de armamentul cu care pot distruge privilegiul economic burghez și rezistența politică și militară a burgheziei; într-un fel asta pregătește dispariția claselor în sine și pentru schimbarea mai profundă a sarcinilor și structurii statului proletar.
Un lucru e clar: dacă scopul adevărat al democrației burgheze este să lipsească marile mase proletare și mic-burgheze de toată influența asupra controlului statului, care este rezervată pentru marile oligarhii industriale, bancare și agrare, dictatura proletariatului trebuie să implice cele mai mari straturi ale proletariatului și chiar masele cvasi-proletariatului în lupta pe care o întruchipează. Doar cei care sunt victimele prejudecății democratice își pot imagina că atingerea acestui scop necesită înființarea unui vast mecanism pentru consultare electorală. Asta poate fi excesiv sau – mai des – prea puțin, pentru că această formă a participării a numeroși proletari poate avea drept rezultat neparticiparea lor în manifestări mai active ale luptei de clasă. Pe de altă parte, intensitatea luptei în fazele particulare cere o rapiditate de decizie și mișcare și o organizare centralizată a eforturilor într-o direcție comună. Pentru a uni aceste condiții, așa cum ne învață experiența rusă cu o serie întreagă de exemple, statul proletar își bazează mașinăria constituțională pe caracteristici care sunt în contradicție cu canoanele democrației burgheze. Susținătorii democrației burgheze tună și fulgeră pe tema încălcării libertăților, în timp ce asta e doar o chestiune de demascare a prejudecăților filistine care mereu au permis demagogilor să asigure puterea celor privilegiați. În dictatura proletariatului, mecanismul constituțional al organizației de stat nu este doar consultativ, ci este în același timp și executiv. Participarea la funcțiile vieții politice, dacă nu a întregii mase de alegători, atunci măcar a unui strat larg al delegaților lor, nu este intermitentă, ci continuă. E interesant de observat că asta nu dăunează caracterului unitar al acțiunii întregului aparat de stat, ci mai degrabă este consistent cu acesta; tocmai pentru că se aplică criteriilor care se opun celor ale hiperliberalismului burghez: adică prin suprimarea efectivă a alegerilor directe și a reprezentării proporționale (atunci când cealaltă dogmă sacră – votul egal – va fi abolită, după cum am văzut deja).
Noi nu pretindem că aceste noi criterii introduse în mecanismul reprezentativ sau codificate într-o constituție vin dintr-un anumit principiu. În urma unor noi circumstanțe criteriile se pot schimba. În orice caz, ceea ce încercăm să clarificăm este că noi nu atribuim vreo valoare intrinsecă acestor forme ale organizării și reprezentării: este o viziune pe care o putem reduce la următoarea teză marxistă fundamentală: „revoluția nu ține de anumite forme de organizare”. Dimpotrivă, revoluția este o chestiune de conținut, adică de mișcare și acțiune a forțelor revoluționare într-un proces care nu încetează; iar acest lucru nu poate fi teoretizat cristalizându-l în oarecare „doctrină constituțională” imuabilă.
În orice caz, în cadrul mecanismului consiliilor muncitorești nu găsim nicio urmă a legii democratice burgheze care afirmă că fiecare cetățean alege pe delegatul său direct în corpul reprezentativ suprem, parlamentul. Dimpotrivă, există diferite nivele de consilii muncitorești și țărănești, fiecare nivel având o bază teritorială mai largă, culminând într-un final în congresul sovietelor. Fiecare consiliu local sau districtual își alege delegații într-un consiliu superior și în același timp își alege propria administrație, i.e. organul său executiv. La bază, în consiliul orășenesc sau rural, întreaga masă de oameni este consultată. La alegerea delegaților pentru consiliile superioare și pentru oficiile local-administrative, fiecare grup de alegători nu votează după un sistem bazat pe proporționalitate, ci după un sistem bazat pe majoritate, alegându-și delegații dintr-o listă înaintată de către partide. Mai mult decât atât, deoarece un singur delegat este suficient pentru stabilirea unei legături dintre un consiliu inferior și unul superior, este evident că cele două dogme ale liberalismului formal – alegerea câtorva membri dintr-o listă și reprezentarea proporțională – se duc pe apa sâmbetei. La fiecare nivel consiliile trebuie să dea naștere unor organe care sunt atât consultative cât și administrative și sunt legate direct de administrația centrală. Este deci firesc că pe măsură ce se avansează către organe reprezentative superioare nu se găsește nicio adunare parlamentară de palavragii care doar discută încontinuu fără să acționeze; ci se găsesc doar corpuri compacte și omogene capabile de acțiune, luptă politică și conducere a întregii mase astfel organizate în mod unitar.
Aceste capabilități, care evident nu sunt intrinseci în mod automat vreunei scheme constituționale, sunt realizate în acest mecanism datorită prezenței unui factor extrem de important, partidul politic; al cărui conținut merge mult mai departe de forma organizațională pură, și al cărui colectiv și conștiință activă permit muncii să fie orientate conform cerințelor unui proces lung și continuu evolutiv. Dintre toate organele dictaturii proletariatului, partidul politic este cel ale cărui caracteristici se apropie cel mai mult de cele ale unui colectiv omogen și unitar, unit în acțiune. În realitate, el cuprinde doar o minoritate a masei, dar proprietățile care îl disting de alte forme largi de organizare reprezentativă demonstrează tocmai că partidul reprezintă mai bine interesele colectivului și ale mișcării decât oricare alt organ. Toți membrii de partid participă continuu și neîntrerupt la realizarea sarcinii comune și la propria pregătire pentru soluționarea problemelor ce țin de lupta revoluționară și reconstrucția societății; probleme de care masele devin conștiente doar atunci când se confruntă cu ele. Din toate aceste motive, într-un sistem de reprezentare și delegare bazat nu pe minciuna democratică, ci pe un strat al populației a cărei interese comune fundamentale o duc pe calea revoluției, e evident că luarea deciziilor cade în mod spontan în responsabilitatea elementelor alese de către partidul revoluționar; care este pregătit să răspundă cerințelor luptei și să rezolve problemele pentru care s-a pregătit. Trebuie să demonstrăm mai târziu că nu atribuim aceste capabilități ale partidului doar constituției sale particulare, tot așa cum nu o facem nici în cazul tuturor celorlalte organizații. Partidul poate sau nu poate fi pregătit pentru sarcina sa de a conduce acțiunea revoluționară a unei clase; nu orice partid politic își poate asuma această sarcină, ci unul în mod particular, anume partidul comunist. Și nici măcar partidul comunist nu este imun la nenumăratele pericole ale degenerării și dezintegrării. Ceea ce face partidul potrivit sarcinii nu constă în mașinăria statutelor sale sau doar în măsurile organizaționale interne; ci, mai degrabă, caracteristicile sale pozitive care apar de-a lungul dezvoltării lui, participarea partidului în luptă și în luarea de măsuri ca o organizație ce are o singură orientare care derivă din concepția sa asupra asupra procesului istoric, asupra unui program fundamental care a fost transformat într-o conștiință colectivă și în același timp într-o disciplină organizațională sigură. Aceste probleme sunt dezvoltate mai complet în tezele despre tacticile partidului prezentate la Congresul Partidului Comunist din Italia despre care sigur cititorul a auzit.
Ca să ne întoarcem la natura mecanismului constituțional al dictaturii proletariatului – despre care deja am spus că este atât executiv cât și legislativ la toate nivelele – trebuie să specificăm căror sarcini ale vieții colective răspund funcțiile executive și inițiativele acestui mecanism. Aceste funcții și inițiative sunt chiar motivul pentru formarea acestuia și determină relațiile existente dinăuntrul mecanismului elastic și în continuă evoluție. Vom lua în considerare aici perioada inițială a puterii proletare cu referire la situația din perioada de patru ani și jumătate de dictatură proletară care a existat în Rusia. Nu dorim să speculăm despre care va fi baza definitivă a organelor reprezentative într-o societate comunistă fără clase deoarece nu putem prezice cum va evolua exact societatea pe măsură ce se apropie de acest stagiu. Putem doar să prevedem că se va mișca într-o direcție a fuziunii diferitelor organe politice, administrative și economice, și în același timp, a eliminării progresive a fiecărui element de constrângere și a statului în sine ca instrument al puterii unei clase și armă a luptei împotriva claselor inamice supraviețuitoare.
În această perioadă inițială, dictatura proletariatului are o sarcină extrem de dificilă și complexă care poate fi subdivizată în trei sfere de acțiune: politică, militară și economică. Atât problemele apărării militare împotriva atacurilor contrarevoluționare din interior și din exterior, cât și cele ale reconstrucției economiei pe o bază colectivă, depind de un plan sistematic și rațional al modului de desfășurare a forțelor, într-o activitate care trebuie să fie extrem de unitară prin utilizarea, sau mai degrabă prin folosirea cu mai mult efect, a diverselor energii a maselor. Ca și consecință, corpul care conduce lupta împotriva inamicului domestic și străin, adică armata și poliția revoluționară, trebuie să se bazeze pe disciplină și pe o ierarhie centralizată în mâinile puterii proletare. Armata Roșie este deci ea însăși o unitate organizațională a cărei ierarhii este impusă extern de către guvernul statului proletar; iar același lucru este adevărat și pentru poliția revoluționară și pentru tribunale. Aparatura economică, pe care proletariatul victorios îl ridică pentru a pune bazele unui nou sistem de producție și distribuție, dă naștere unor probleme mai complexe. Aici putem doar să amintim că trăsătura care distinge această administrare rațională de haosul economiei private burgheze este centralizarea. Orice întreprindere trebuie să fie gestionată în interesul întregului colectiv și în armonie cu cerințele întregului plan de producție și distribuție. Pe de altă parte, aparatul economic (și poziția indivizilor din care se compune) este modificat continuu iar acest lucru nu se datorează doar dezvoltării sale graduale, ci și crizelor periodice inevitabile într-o perioadă a transformărilor radicale; o perioadă în care luptele politice și militare sunt inevitabile. Aceste considerații duc către următoarele concluzii: în perioada inițială a dictaturii proletare, deși consiliile la diferite nivele trebuie să își numească delegații la organele locale executive și la organele legislative de la nivele mai înalte, responsabilitatea absolută pentru apărarea militară și, într-o manieră mai puțin rigidă, pentru campania economică, trebuie să rămână la centru. Pentru partea lor, organele locale servesc la organizarea politică a maselor pentru ca aceste să poată participa la îndeplinirea acelor planuri și să accepte organizarea militară și economică. Ele deci creează condițiile pentru cea mai largă și continuă activitate de masă posibilă în relație cu problemele vieții colective, canalizând această activitate pe făgașul formării unui stat proletar foarte centralizat.
Aceste considerații cu siguranță nu au scopul de a nega orice posibilitate de mișcare și inițiativă a organelor intermediare ale ierarhiei de stat. Dar am vrut să arătăm că nu se poate teoretiza despre sprijinirea sarcinilor executive ale revoluției pentru menținerea ordinii militare sau economice atunci când acestea au fost formate din grupuri de electori organizate la nivelul fabricii sau diviziei de armată. Structura unor astfel de grupuri nu poate pur și simplu să le acorde vreo abilitate specială și, prin urmare, unitățile în care votanții sunt grupați la bază pot deci să fie formate după criterii empirice. De fapt se vor constitui după criterii empirice, printre care, de exemplu, locul de muncă, cartierul, garnizoana, frontul de luptă sau orice altă situație din viața de zi cu zi, fără ca oricare dintre ele să fie exclusă a priori sau susținută ca model. Totuși, baza reprezentării statale în revoluția proletară rămâne o diviziune teritorială în districte electorale.
Niciuna dintre aceste considerații nu constituie o regulă strictă, iar asta ne aduce la teza noastră conform căreia nicio schemă constituțională nu poate fi ridicată la nivel de principiu, și că democrația majoritară înțeleasă în mod formal și aritmetic nu este decât o metodă posibilă pentru coordonarea relațiilor care apar în cadrul organizațiilor colective; o metodă căreia îi este imposibil a atribui vreun caracter intrinsec al necesității sau justiției, deoarece astfel de termeni nu au nicio însemnătate pentru marxiști. Pe lângă asta, scopul nostru nu este să înlocuim aparatul democratic criticat de noi cu încă un alt proiect menit să ne dea un partid liber în mod inerent de orice defecte și erori.
Capitolul V
Ni se pare că s-au spus deja suficiente despre principiul democratic în aplicarea sa asupra statului burghez, care pretinde a cuprinde toate clasele, și de asemenea în aplicarea sa doar asupra clasei proletare ca bază a statului asupra victoriei revoluționare. Ne mai rămâne să menționăm câte ceva și despre aplicarea mecanismului democratic asupra organizațiilor proletare atât înainte cât și după cucerirea puterii, fiind vorba aici de sindicate și de partidul politic.
Am stabilit mai sus că o unitate organizațională adevărată este posibilă doar pe baza unei identități de interese între membri. Deoarece cineva s-ar alătura sindicatelor sau partidelor prin virtutea unei decizii spontane de a participa la un tip specific de acțiune, o critică care neagă în mod absolut orice importanță a principiului democratic în cazul statului burghez (i.e. o uniune constituțională greșită a tuturor claselor) nu-și are locul aici. Chiar și așa, în cazul partidului și sindicatului, nu trebuie să fim înșelați de conceptul arbitrar al „sanctității” deciziilor majoritare.
În contrast cu partidul, sindicatul este caracterizat de identitatea intereselor materiale imediate ale membrilor săi. În limitele acestei categorii, sindicatul atinge o omogenitate a compoziției sale și este o organizație cu participare voluntară. Aceasta tinde să devină o organizație la care se alătură toți muncitorii dintr-o anumită categorie sau industrie automat sau chiar, într-o anumită fază a dictaturii proletariatului, sunt obligați să se alăture. Este cert că, în acest domeniu, numărul rămâne factorul decisiv, iar decizia majorității are o mare însemnătate, dar nu ne putem rezuma la o apreciere schematică a rezultatelor sale. Este necesar să luăm în considerare și alți factori care joacă un rol în viața organizației sindicale: o ierarhie birocratizată formată din funcționari care paralizează sindicatul și îl aduce sub tutela sa. De asemenea, mai sunt și grupurile de avangardă pe care partidul revoluționar le-a delegat pentru a îndrepta mișcarea sindicală pe terenul acțiunii revoluționare. În această luptă, comuniștii adesea punctează faptul că funcționarii aparținând birocrației sindicale încalcă principiile democratice și nu țin seama de voia majorității. Este just să denunțăm această activitate, întrucât șefii sindicali de dreapta se laudă cu mentalitatea lor democratică, așa că e necesar să scoatem la iveală contradicțiile acestora. Facem același lucru și când vine vorba de liberalii burghezi de fiecare dată când aceștia falsifică voința populară, fără să sugerăm că o consultație liberă ar rezolva problemele care afectează proletariatul. Este corect și oportun să facem asta deoarece în momentele în care masele sunt îmboldite la acțiune din pricina presiunii exercitate de situația economică, poate fi înlăturată influența birocrației sindicale (care constituie, în esență, o influență extra-proletară a claselor și organizațiilor fără legătură cu sindicatele), sporind astfel influența grupurilor revoluționare. Dar în aceste tactici nu există urmă de prejudecăți „constituționale”, iar comuniștii – cu condiția ca aceștia să fie înțeleși de către mase și le pot demonstra maselor că acționează în direcția satisfacerii intereselor lor imediate – trebuie să aibă o abordare flexibilă față de canoanele democrație formale din cadrul sindicatelor. Spre exemplu, nu există nicio contradicție între aceste două atitudini în materie de tactică: pe de o parte, asumarea responsabilității de a reprezenta minoritatea în organele de conducere sindicale în măsura în care statutele permit acest lucru; pe de altă parte, afirmarea faptului că reprezentarea statutară va trebui eliminată odată ce am cucerit aceste organizații pentru a le facilita acțiunea. Ce ar trebui să ne ghideze în această chestiune este o analiză minuțioasă a procesului de dezvoltare a sindicatelor în faza curentă. Trebuie să accelerăm convertirea acestora din organe ale influenței contrarevoluționare în organe ale luptei revoluționare. Criteriile ce țin de organizarea internă au o însemnătate doar dacă contribuie la acest obiectiv.
Acum vom analiza organizația de partid pe care am mai menționat-o în relație cu mecanismului statului proletar. Partidul nu pornește de la o identitate a intereselor economice a membrilor în aceeași măsură ca sindicatele. Dimpotrivă, își bazează unitatea organizațională nu pe o categorie, așa cum o fac sindicatele, ci pe o bază mult mai largă, a întregii clase. Aceasta se aplică nu numai în domeniul spațial, caz în care partidul dorește să devină unul internațional, dar și în domeniul temporal, din moment ce partidul reprezintă un organ a cărui conștiință și acțiune reflectă procesul revoluționar parcurs de proletariat spre emanciparea sa. Când studiem problemele structurii de partid și organizării interne, aceste considerații bine știute ne determină să ținem tot timpul seama de întregul proces al formării sale și a vieții sale în legătură cu sarcinile complexe pe care trebuie să le îndeplinească. La finalul acestei expuneri lungi, nu putem intra în detalii privitor la mecanismul care ar trebui să gestioneze consultarea membrilor partidului, precum și a recrutării și alegerii liderilor. Este fără îndoială că pentru moment este cel mai bine să ținem cont de principiul majorității. Dar ținem să punctăm că nu există niciun motiv pentru a ridica întrebuințarea mecanismului democratic la rangul de principiu. În afară de funcțiile sale consultative, analoage cu sarcinile legislative ale aparatului de stat, partidul are sarcini executive care, în momentele cele mai cruciale ale luptei, corespund cu cele ale armatei, și care cer un maxim de disciplină ierarhică. De fapt, în procesul complex care a dus la formarea partidelor comuniste, apariția unei ierarhii constituie un fenomen real și dialectic care are origini îndepărtate și care corespunde cu întreaga experiență de funcționare a mecanismului de partid. Nu putem afirma că deciziile luate de majoritatea partidului sunt intrinsec la fel de juste precum decizia unui judecător supranatural care le oferă lideri tuturor colectivităților umane. Aceasta este o opinie împărtășită cu siguranță de cei ce cred ca Sfântul Duh participă la slujbe. Chiar și într-o organizație precum partidul în care compoziția constituie un rezultat al selecționării prin intermediul participării voluntare și controlul recrutării, decizia majorității nu este în sine cea mai bună. Dacă contribuie la o mai bună funcționare a corpurilor executive ale partidului, aceasta are loc doar din pricina coincidenței canalizării eforturilor individuale pe făgașul unei munci unitare și bine orientate. Nu vom propune acum înlocuirea acestui mecanism prin altul, și nu vom examina în detaliu în ce ar consta un nou sistem. Putem însă să întrevedem un mod de organizare care va fi treptat eliberat de către convențiile principiului democratic; nu va fi necesar să îl respingem din teama nejustificată cum că într-o zi vom observa că alte metode de luat decizii și de rezolvare a problemelor sunt mai conforme cu necesitățile partidului și ale activității sale, aflate la un anumit stadiu de dezvoltare.
Criteriul democratic a reprezentat pentru noi până acum un factor material incidental în construcția organizației noastre interne și în formularea statutelor de partid; criteriul nu constituie însă platforma lor indispensabilă. Nu vom ridica, așadar, formula organizațională cunoscută drept „centralism democratic” la rangul de principiu. Democrația nu poate reprezenta un principiu pentru noi: centralismul neîndoielnic este un principiu al nostru, din moment ce esența organizației de partid trebuie să fie unitatea structurală și unitatea în acțiune. Pentru a exprima continuitatea structurii de partid în spațiu, termenul centralism este suficient, dar pentru a introduce ideea esențială de continuitate în timp – vom propune, pentru a lega aceste două idei esențiale, ca partidul comunist să își bazeze organizarea sa pe „centralismul organic”. Astfel, menținând părți din mecanismul democratic numai în măsura în care ne sunt de folos, vom elimina întrebuințarea termenului „democrație”, care este atât de drag celor mai nenorociți demagogi, care manifestă ironie față de cei exploatați și oprimați. Vom abandona termenul „democrație”, lăsând dreptul exclusiv de a îl întrebuința burgheziei și campionii liberalismului, indiferent de cât de extremiști ar părea.
Vers la construction d’une véritable fraction de gauche en France
Notre fraction avait donné son adhésion, au printemps passé, à l’initiative du XVe Rayon, pour déterminer l’unification des forces d’oppositionnelles en France. Immédiatement nous avons insisté pour que la discussion politique – à établir sans aucune exclusion préjudicielle – entre tous les groupements d’opposition communistes, prennent enfin le dessus sur les interminables luttes personnelles qui eurent cours en France, pour en arriver à établir une base de principe exprimant l’apport du prolétariat français au travail de reconstruction théorique de l’organisation du prolétariat international.
Nos propositions n’ont pas été acceptées et l’unification s’est faite quand même entre la Gauche Communiste et le XVe Rayon. Mais cette unification n’a nullement représenté un pas vers la constitution de la fraction de gauche du P.C.F., bien que le groupe unifié ait adopté l’étiquette de „fraction communiste de gauche”. La preuve en est fournie par l’anémie politique et théorique de cette fraction qui ne parvient pas à assurer la publication régulière ni de son organe Le Communiste, ni de son „Bulletin intérieur”.
Il est évident que la parution archi-régulière d’organes aussi décevants et aussi vides de contenu politique que La Vérité expriment, dans la même mesure, la faiblesse, l’inconsistance des organismes qui les lancent.
Tout récemment, l’orientation de l’Opposition Internationale de Gauche pour la fondation du nouveau parti, loin de s’accompagner avec une concentration des forces communistes, a produit une nouvelle crise au sein de la Ligue Communiste Française. De nombreux militants ont été exclus et cela sans que la presse de l’Opposition en rende compte au prolétariat. Mais, encore une fois, crise de la Ligue et scission devaient se manifester non autour de questions politiques, mais autour de questions personnelles. Il est évident que le fond de ces questions de personne, aussi bien que du régime intérieur pestilentiel et aventurier de la Ligue, est un fond politique. Mais tant que „les personnes et non les positions politiques” restent l’enjeu des débats, des crises et des scissions, la „sélection” (sic) qui en résultera ne sera que le triage continuel de personnes et d’attitudes contingentes chez les mêmes personnes, capables de s’adapter à un calendrier politique où il n’y a comme logique et cohérence que celles présidant aux changements météorologiques : aux giboulées du mois de mars.
A la suite de cette dernière scission de la Ligue, un groupe assez nombreux de militants s’est orienté vers la „fraction de gauche communiste” dans un but d’unification. Mais il suffira de considérer les modalités de la scission pour déduire la signification de l’éventuelle unification. Depuis qu’elle existe, l’Opposition de Gauche peut concentrer son histoire autour de ce dilemme : „pour ou contre Molinier” et c’est sur ce dilemme que se sont faites les différentes „sélections”. C’en est assez pour conclure que l’heure a sonné d’emprunter un tout autre chemin.
Nous reproduisons ci-dessous une résolution de notre Fédération de Paris (qui a été publiée dans le premier numéro du „Bulletin Intérieur” de la „Fraction Communiste de Gauche”). Les idées essentielles que contient cette résolution nous paraissent pouvoir, encore maintenant, contribuer à la construction de la Fraction de Gauche du P.C.F. et à transformer la dernière crise de la Ligue Communiste en un pas sérieux dans cette direction.
* * *
Nous croyons d’abord devoir détruire une légende qui concerne notre fraction. Il paraîtrait que nous serions opposés à concevoir une possibilité de travail commun avec des organismes qui n’acceptent pas les positions politiques que nous défendons.
S’il en est qui pensent pareille chose, ils se trompent lourdement. Ce que nous voulons en réalité, c’est que les groupes politiques de gauche se donnent des positions principielles ou que, tout au moins, ils veuillent déclarer qu’il y a nécessité à élaborer des document fondamentaux.
C’est seulement après pareil travail qu’il nous paraît être possible de confronter les points de vue divergents, d’où seulement peut résulter la possibilité de contracter des liaisons définitives.
L’unification s’est donc faite en France en dehors de la Ligue Communiste. S’il fallait établir les raisons pour lesquelles la Ligue est restée étrangère à l’unification, pourrait-on se borner à dire qu’elles dépendent uniquement des manoeuvres effectuées par cette organisation ? En outre serait-il possible de rattacher les diverses scissions qui se sont produites au sein de la Ligue Communiste (et qui aujourd’hui ont trouvé leur conclusion dans l’unification des forces dissidentes de la Ligue), à des manoeuvres politiques ? Une telle explication nous paraît en contradiction avec les enseignements élémentaires du marxisme. Par contre, l’expérience prouve que toutes les manoeuvres qui ont vu le jour dans la Ligue, ont résulté de l’incapacité de cet organisme à donner une solution communiste de principe aux problèmes de la lutte de classe du prolétariat français. Il reste donc à déterminer s’il est possible et nécessaire de lutter contre les manoeuvres, prises en elles-mêmes, comme s’il s’agissait d’entités politiques particulières, ou bien s’il faut s’attacher à la source même du mal qui fut la cause des crises de l’opposition.
Au point de vue politique, quelles sont les bases politiques de l’Opposition unifiée ? Au cours des débats précédant l’unification, il a été possible de constater qu’une proposition fut donnée de prendre les 13 points élaborés par l’opposition de gauche internationale (léninistes-bolcheviks) et d’accepter ceux-ci comme base politique de l’opposition unifiée. Il paraîtrait que cette proposition émana des camarades disant vouloir lutter contre les manoeuvres de la Ligue, et qui, à leur tour, faisaient ainsi une manoeuvre pour embarrasser la direction de la Ligue. Mais passons sur ce point, et essayons de retirer, de cette proposition d’adoption des 13 points comme base, la signification politique indispensable. La diarrhée de scissions au sein de la Ligue, les débats pour l’unification elle-même, tout cela devait donc aboutir à l’existence de deux organisations se revendiquant l’une et l’autre du même document de base. Ainsi, le dernier document présenté par la Gauche communiste n’offre pas non plus de divergences sérieuses avec les positions politiques de l’opposition de Gauche et de sa section française.
Nous croyons devoir laisser à d’autres, à ceux qui ne feraient pas preuve d’un esprit de responsabilité communiste, le soin de se dire et de dire aux ouvriers, que trois d’existence de la Ligue ainsi que le fait de l’existence de deux organisations séparées, ne dépend que de l’existence d’une force démoniaque dont le camarade Trotsky ne parvient pas à se débarrasser, en l’espèce le camarade Molinier, lequel, certes, n’a pas l’envergure d’un Méphistophélès et qui, bien au contraire, ne sait manipuler que des jouets d’enfant que l’on prend pour des armes à feu.
Pour nous, il est clair que les difficultés actuelles ne pourront être surmontées qu’à une seule condition. Il faut que l’opposition s’attelle à la tâche ardue et difficile qui consiste à se relier aux traditions révolutionnaires en France et à reprendre l’héroïque héritage des Communards de 1871. En particulier, il faudra considérer que la scission avec les opportunistes à Tours, ainsi que la proclamation de la formation de la section française de l’I.C. n’ont pas signifié une solution définitive au problème de la construction d’un véritable parti communiste.
La trahison de 1914 ne vit pas en France la création d’un parti marxiste comme ce fut le cas en Allemagne et en Italie. Le processus de formation d’un parti communiste ne suivit pas non plus son cours normal : une fraction se développant en nouveau parti, comme ce fut le cas en Russie et en Italie. Le comité pour la Troisième Internationale de Souvarine-Loriot-Rosmer fut totalement submergé par la majorité amorphe de l’ancien parti socialiste et, même en restant à la direction du nouveau parti communiste constitué, il ne pouvait pas, sans aide très sérieuse (qui ne vint pas de la part de l’I.C.), former les cadres réels pour la victoire du prolétariat. En 1923, la lutte contre le „trotskisme” et ses résultats en France : l’élimination des fondateurs du Parti, devait enlever toute possibilité de faire du parti l’organisation d’avant-garde de la classe ouvrière sans pour cela avoir recours à la constitution d’une fraction de gauche. Toutes les grandes expériences de classe de l’après-guerre en France demandaient à être analysées et traduites dans des documents politiques par l’opposition, réaction marxiste au centrisme de l’I.C. Ainsi seulement aurait été constitué l’organisme historique appelé à solutionner les problèmes de la crise communiste et à conduire, demain, les luttes du prolétariat français.
L’opposition débute en France par des cercles de littératures politique ; antérieurement, les syndicalistes révolutionnaires qui, à la fondation du parti, s’orientaient vers le nouveau communisme et avaient adhéré à celui-ci, s’en séparèrent pour évoluer, à nouveau, vers une nouvelle forme de syndicalisme.
L’exil du camarade Trotsky devait représenter une occasion favorable au regroupement des forces de l’opposition. A cette époque, l’erreur principale consista, en France, dans une élimination complète du travail d’analyse politique indiqué ci-dessus et, par la proclamation stérile de l’inutilité de pareil travail, l’adhésion aux quatre premiers Congrès de l’I.C. étant considérée comme suffisante.
Et ainsi, à la marche des évènements, la Ligue Communiste, résultant d’une conglomération de groupes oppositionnels de gauche, ne put opposer que les premiers congrès de l’I.C., où il était impossible de trouver la solution aux problèmes spécifiques de la lutte du prolétariat français. Au surplus, les quatre premiers congrès n’ont pas donné de solution définitive au problème de la bataille pour le triomphe du communisme. En outre, une de ses résolutions tactiques devait être suivaie par la défaite allemande de 1923. Un tel programme politique devait enfin engendrer les crises connues par la Ligue et aboutir aux expressions politiques les plus contradictoires.
Pendant la conférence d’unification, qui peut signifier un pas positif pour la construction de l’organisme communiste indispensable, deux méthodes se sont affrontées. Celle qui devait prévaloir consistait à mettre délibérément de côté toutes les expériences du prolétariat français, à élaborer un manifeste, courir vers l’élaboration d’une résolution de constitution, qui ne fait que répéter des notions politiques déjà établies sur le mouvement communiste international et qui est muette sur les luttes du prolétariat en France, son passé, son avenir. L’autre méthode, qui fut rejetée et était préconisée par notre fraction, consistait à ne pas jeter d’exclusive contre n’importe quel groupe oppositionnel, à considérer chacun d’eux comme un courant reflétant des opinions du prolétariat français et comme des réactions prolétariennes au centrisme. Nous proposions d’appeler tous ces groupes à une confrontation politique dans le but d’établir une plate-forme reposant sur les bases de l’I.C. : le Deuxième Congrès.
Certes, notre méthode de travail aurait été plus longue et plus laborieuse, mais les résultats auraient été positifs et le prolétariat français aurait eu son organisation de classe. Nous constatons, à notre grand regret, que l’unification s’est faite avec le même système déjà expérimenté en 1930, et qui donna les résultats lamentables que nous connaissons.
Il est encore temps pour ne pas s’exposer aux mêmes errements que la Ligue Communiste. Nous adressons un appel très vif à l’opposition unifiée afin qu’elle utilise les leçons du passé, aborde, avec ardeur et décision, les problèmes difficiles et puisse jeter hardiment les bases de la fraction de gauche du P.C.F., de l’organisme révolutionnaire de la classe prolétarienne.
Mai, 1933 – La Fédération de la Fraction de Gauche du P.C.I.
Pas de "Bordiguisme"
Réponse au Cercle démocratique de Paris
„Notre fraction avait organisé, au courant du mois d’avril dernier, une discussion contradictoire ne comportant aucune liaison politique, et, à ce sujet, elle avait invité le „Cercle Communiste Démocratique”. Ce dernier nous fit parvenir une résolution qui a été publiée dans le Travailleur de l’Est” et dans le „Bulletin Communiste” de juillet 1933. La résolution du Cercle tranche encore une fois – et avec quelle désinvolture ! – nombre de questions controversées : le „bordiguisme”, les quatre premiers Congrès de l’I.C., le front unique „honnête” et nombre d’autres problèmes. Tout cela à l’occasion d’une invitation pour une discussion politique et non pour l’établissement de rapports politiques qui pourraient seulement résulter d’une minutieuse confrontation de positions générales et tactiques. Au reste, dans l’état actuel où se trouve le Cercle, il est d’ailleurs inconcevable que notre fraction puise adresser ou accepter une telle invitation.
Notre brève mise au point ne peut contenir une réponse politique aux questions contenues dans la déclaration du Cercle et où – encore une fois – l’on procède suivant le schéma traditionnel : par affirmations aussi catégoriques que superficielles. Nous devons nous borner à examiner la dénomination qui nous a été collée à nouveau et cette fois-ci par le Cercle, ainsi qu’à l’examen des conclusions de la résolution.
Le Cercle écrit : „En réponse aux incitations dont il est l’objet de la part du groupe communiste italien dit „bordiguiste”…” Pour le Cercle, ce serait donc nous-mêmes qui nous appellerions „bordighistes” et il ne s’agirait pas là d’une épithète dont on nous a qualifié pour la petite besogne d’une polémique inconsistante. Le Cercle témoigne – et cela ne lui arrive pas par hasard – d’un esprit superficiel qui lui permet de substituer à la connaissance des questions réelles l’image la plus appropriée aux besoins d’une polémique faite surtout de prétention et de prosopopée. A plusieurs reprises, au sein du parti italien, en présence du camarade Bordiga, aussi bien qu’au sein de l’Internationale et de l’Opposition de Gauche, nous avons affirmé l’inexistence du „bordiguisme” aussi bien que de tous les autres „ismes” qui ont atteint des véritables performances, depuis que – au sein du mouvement communiste – on a institué la Bourse de la confusion et de la tromperie politiques. La seule fois qu’a paru le terme „bordiguiste”, c’est sur la couverture de l’édition française de notre plate-forme, et, maintes fois, nous nous sommes expliqués à ce sujet ; nous avons dit que ce terme était une erreur, bien que dans l’intention des camarades il avait été employé seulement pour spécifier, au sein des nombreux groupes oppositionnels du parti français, les traditions du courant politique qui éditait la plate-forme. Mais, pour la polémique facile, l’on n’est jamais ce que l’on est, c’est-à-dire un courant politique, mais ce que l’on vous accuse à tort ou à raison d’être, soit des „bordiguistes” qui essaient de se faire une petite place à la faveur du prestige du camarade Bordiga.
Conscients de la place énorme que pourrait occuper le camarade Bordiga dans notre travail, et des difficultés que nous traversons à cause des conditions imposées par l’ennemi au camarade Bordiga qui reste sur la tranchée de la lutte la plus dangereuse, nous ne pouvons, encore une fois, que répéter ce nous avions dit au troisième Congrès du parti italien, en présence du camarade Bordiga, qui approuva pleinement notre affirmation. Le bordiguisme, aussi bien que la réduction de notre courant politique à la personne de Bordiga, est la plus sotte déformation des opinions du camarade Bordiga lui-même qui, sur les traces de Marx, a détruit toute efficience de l’individualité en tant que telle et prouvé théoriquement que, seuls, la collectivité et ses organismes sociaux doivent et peuvent donner une signification à l’individu lui-même.
Ce qui ne signifie évidemment pas que notre production politique puisse lier la responsabilité du camarade Bordiga. D’ailleurs, nous nous sommes expliqués à ce sujet, dans la présentation de notre bulletin théorique.
Nous ne pouvons nullement marquer notre accord avec la conclusion où arrive le Cercle démocratique, à savoir : „l’évidence préalable d’une incompatibilité d’opinions interdirait au Cercle de se prêter à des controverses dont la stérilité acquise d’avance ne pourrait ménager que de nouvelles déceptions”. Tout comme nombre d’autres groupes ne possédant pas des documents politiques fondamentaux donnant une réponse aux problèmes de la crise communiste, le Cercle ne peut se prévaloir d’une „base principielle acquise”. Le seul fait d’une scission récente – consommée à l’amiable – avec des anciens collaborateurs du Cercle qui ont rejoint l’ennemi de classe, prouva la fragilité des textes sur lesquels se fonde ce cercle. Cela ne représente évidemment pas, pour notre fraction, une condition rendant impossible toute discussion : nous n’oublions pas que des fondateurs du parti communiste français et de l’Internationale, qui sont passés parmi les premiers à la lutte contre le centrisme, se trouvent dans celui-ci. Nous avons voulu rappeler ces considérations dans le seul but de montrer la réalité au delà des phrases pompeuses.
Notre fraction elle-même, qui possède des documents fondamentaux sur la crise du mouvement communiste, propose à la discussion et à la vérification internationale les positions politiques qu’elle défend.
Il est fort possible qu’un grand nombre de discussions actuelles soient stériles en résultat positifs, mais la proclamation immédiate de cette stérilité ne fait que ménager des tranquillités politiques absolument stériles.
C’est pour ces raisons que nous croyons devoir répondre au Cercle Démocratique que, dans l’intérêt de la cause prolétarienne, la discussion représente une nécessité, malgré les conceptions irrémédiablement opposées que défendent le Cercle Démocratique et notre fraction.
LA C.E. DE LA FRACTION DE GAUCHE DU P.C.I.
–
„En septembre 1870, Marx appelait l’insurrection une folie. Mais les masses s’étant insurgées, Marx voulait être avec elles, allait avec elles à l’école de l’expérience, dans la lutte, au lieu de leur donner des leçons bureaucratiques. Il comprenait que c’eût été du charlatanisme ou pédantisme irrémédiable que de prétendre évaluer à l’avance, avec une entière précision, les chances de victoire. Il accordait LE PLUS GRAND PRIX au fait que la classe ouvrière faisait héroïquement l’histoire du monde, avec abnégation, avec initiative ; il considérait l’histoire du monde du point de vue de ceux qui la font sans avoir la possibilité d’évaluer INFAILLIBLEMENT à l’avance les chances de succès, et non du point de vue petit-bourgeois intellectuel qui moralise : „il eût fallu prévoir… il ne fallait pas commencer…”
Lénine
(Préface aux lettres de K. Marx à Kugelmann).