Les luttes ouvrières en Italie
Catégories: CGIL, CGT, CISL, Force Ouvrière, UIL
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Ces derniers mois, on a assisté en Italie à une reprise intense, quoique non généralisée, de l’agitation sociale : bâtiment, textiles, transports urbains, métallurgie nationalisée, ouvriers agricoles, etc. La cause de ces agitations n’est pas seulement l’augmentation rapide et constante du coût de la vie, mais le fait que la classe ouvrière paie les frais de l’orientation contre-révolutionnaire des luttes revendicatives et s’aperçoit que, malgré les vantardises sur « les progrès du socialisme », sa situation face au patronat et à son État empire de jour en jour.
De juin 1962 aux premiers mois de l’année en cours, la grève des métallos domina la scène des luttes revendicatives : nombre imposant de grévistes, arrêt pratiquement total et même heurts violents avec les forces de l’ordre, comme par exemple à Turin en juin. Toutefois, non seulement les syndicats veillèrent-ils dès le début à maintenir en dehors de la grève le secteur « étatique » tout entier (la moitié environ du personnel des plus grandes entreprises) sous prétexte que la direction y était disposée à traiter et affichait une « psychologie » d’organisation-pilote, mais même l’agitation du secteur privé fut conduite suivant le système des « luttes articulées », c’est-à-dire des luttes dispersées, limitées dans le temps, par entreprise, par département, jamais reliées à celles d’autres catégories, même voisines, suspendues au moment de plus grande tension et reprises au moment de plus grande faiblesse. D’autre part, tandis que la réduction énergique de la durée de la journée de travail (on avait parlé de la semaine de 40 heures) et l’augmentation massive des salaires constituaient les principales revendications pour les ouvriers, pour les syndicats les véritables revendications de base étaient la reconnaissance officielle de la présence syndicale dans l’entreprise, la perception des cotisations syndicales par la direction des entreprises et la reconnaissance d’un certain pouvoir de négociation et de contrôle, sur le plan de l’entreprise, en ce qui concerne les forfaits du travail aux pièces, les temps de travail, etc… C’est à ces « revendications » que furent sacrifiées les revendications les plus vitales pour les prolétaires.
Le résultat fut un contrat national qui ne satisfaisait nullement les espérances des travailleurs : le maximum que l’on obtint dans quelques branches fut la réduction de la semaine de travail à… 46 heures (qui continuent d’être largement dépassées puisque, dans presque toutes les entreprises, les ouvriers sont contraints pour vivre à faire des heures supplémentaires) et une augmentation des salaires de 10% environ dont ont bénéficié surtout les catégories « privilégiées », augmentant au lieu de le diminuer l’écart entre les salaires des manœuvres et des ouvriers spécialisés ou qualifiés, des anciens et des jeunes. Quant au contrôle des forfaits et des temps, précisément au cours de ces derniers mois et dans le secteur de la métallurgie d’État (qui devait être… un secteur-pilote de la « démocratie dans l’entreprise »), les ouvriers ont dû constater que leurs conditions de travail sont devenues toujours plus difficiles par l’introduction de méthodes comme l’accouplement des machines pour utiliser les « temps morts » des ouvriers servant une seule machine, et la réduction des temps dans le travail aux pièces : le fameux pouvoir de contrôle des syndicats, leur fameuse présence dans l’entreprise, se sont donc résolus comme nous l’avions prévu sur la base du marxisme : dans l’intéressement des syndicats au sort de l’entreprise, libre à celle-ci de porter l’exploitation de la main-d’œuvre à son maximum au nom de la sacro-sainte production nationale et du profit (qui est, comme chacun sait, « bénéfice commun » dans les entreprises contrôlées par l’État !).
C’est de cette situation que dérivent les grèves dans différentes entreprises de l’I.R.I. (secteur d’État), grèves qui du reste n’ont pas été liées les unes aux autres et ont été limitées le plus souvent à trois ou quatre départements à l’intérieur d’une même entreprise tandis que les autres continuaient à travailler ; c’est de cette situation que sont nées les vigoureuses protestations de groupes d’ouvriers et la réaction des bonzes syndicaux contre ces « irresponsables » que sont les internationalistes.
Quant aux travailleurs du bâtiment (pour ne pas parler d’autres catégories où notre intervention n’a pas été moins vigoureuse, comme celle des ouvriers des fours à chaux de Toscane), il s’agit d’une catégorie surexploitée durant le « boom » de la construction et qui se retrouve aujourd’hui avec un salaire de famine, un emploi aléatoire et une division en zones de salaires très inégales et en concurrence réciproque. Les ouvriers du bâtiment pourraient bien occuper dans les luttes revendicatives de cette année la place que les métallos ont occupée en 1962 : mais on a déjà vu que les agitations, organisées à des jours différents pour les diverses régions et limitées au maximum à 24 heures, tendent à être rapidement étouffées par les syndicats, et suspendues dès la première allusion à de possibles tractations avec les patrons, exactement comme cela s’est déjà produit et se produit encore pour les transports publics (tramways, traminots, cheminots, etc…).
Nos groupes et nos camarades qui, suivant les positions de principe traditionnelles de la IIIe Internationale et de la Gauche communiste, adhèrent au syndicat d’origine ouvrière — la C.G.I.L. qui correspond à la C.G.T. en France — ont revendiqué et revendiquent dans toutes ces agitations, au moyen de nombreux tracts, du bulletin Spartaco et du journal Programma Communista, le retour de l’organisation ouvrière à une politique de classe — qui n’est possible que par la conquête de sa direction par le courant révolutionnaire marxiste ; la rupture de tout accord avec les syndicats jaunes ou blancs (C.I.S.L. et U.I.L. correspondant à la C.F.T.C. et à F.O.), la grève généralisée et sans limite de durée. Ils proposent deux revendications principales minimum : la réduction radicale de la durée de la journée de travail avec abolition du salaire aux pièces, des primes de production et de « fidélité » à l’entreprise, avec une réduction énergique des différenciations de salaires à l’avantage des catégories et sous-catégories les plus mal rétribuées, tandis qu’ils ne cessent, dans chaque manifestation de la lutte de classe, d’agiter le programme maximum de la classe ouvrière : la conquête révolutionnaire du pouvoir et l’établissement de la dictature du prolétariat.