Διεθνές Κομμουνιστικό Κόμμα

Octobre 1

Manifeste du Bureau International des Fractions de la Gauche Communiste

PROLÉTAIRES !

La révolte des forces de production contre les rapports capitalistes de production, qui avait engendré la révolte des producteurs contre leurs exploiteurs, n’a pas encore abouti à la victoire prolétarienne. Mais l’inéluctabilité du triomphe du prolétariat luttant pour la société communiste est cruellement confirmée par la situation actuelle. Les cataclysmes sociaux qui déferlent sur le monde sont l’antithèse des succès que le capitalisme a pu obtenir en piétinant toutes les résistances du prolétariat et en résorbant la crise économique de 1929 par l’organisation de l’économie de guerre dans tous les pays et des carnages d’Espagne et de Chine. Ces gigantesques convulsions sont les prodromes de la victoire certaine de demain.

Toutes les déformations et révisions de la doctrine marxiste du prolétariat ont été balayées par la violence des événements et lorsque les situations, faisant à nouveau éclater les antagonismes sociaux, permettront aux masses de reprendre conscience de leurs intérêts, c’est en conservant cette conscience que le prolétariat international pourra conquérir le monde à l’humanité.

“Le profit ! Voilà le stimulant, l’aiguillon en dehors duquel aucune production de capital n’est possible”, clamaient les économistes bourgeois. Aujourd’hui, la vie économique est subordonnée à l’hégémonie de la production de guerre. Non seulement il n’existe pas de perspective d’accumulation de capitaux, mais les produits meurtriers servent à la destruction d’immenses richesses et de centaines de milliers d’exploités. Au terme de son évolution, le capitalisme dévoile brutalement la loi qui préside à son fonctionnement : la loi du profit qui ne peut plus désormais s’assigne l’objectif de sa transformation en capital. C’est en parvenant à faire pénétrer cette loi du profit dans l’économie soviétique que le capitalisme mondial a pu gagner à sa cause le régime créé par Octobre 1917.

Marx l’avait déjà dit : toutes les formations intermédiaires péricliteront et seront mises à rançon par le grand capitalisme ; la situation verra le duel entre les deux classes fondamentales : la bourgeoisie et le prolétariat. Aujourd’hui, dans le monde entier, il n’y a pas une boutique, pas un village, pas une profession, pas une seule veine de la vie économique qui soit soustraite à l’emprise du grand capitalisme s’incarnant dans l’État qui pourra bien revêtir les formes les plus apparemment opposées, sans cesser d’être l’expression la plus achevée de l’ennemi, la machine, qu’il faudra détruire JUSQUE DANS SES FONDEMENTS. Et demain, lorsque de l’insurrection ouvrière aura surgi la dictature du prolétariat, c’est en considérant l’État prolétarien comme un FLÉAU bien que nécessaire (Engels) que le prolétariat vainqueur, en union avec la classe ouvrière de tous les pays, pourra amputer son État des tentacules qui peuvent le relier aux États capitalistes encore à détruire.

Le monde bourgeois est le monde des contrastes, car les rapports de production basés sur l’intérêt individuel s’opposent radicalement à toute organisation d’une production en vue de la consommation. Cependant, la tension qui pousse l’individualité capitaliste, le trust, l’État, la constellation d’États contre leurs concurrents n’atteint pas les bases du régime capitaliste, n’en ébranle pas la cohésion. Au delà de l’objectif apparent de la conquête des marchés, la guerre elle-même trouve maintenant son objectif réel dans le duel entre les deux classes fondamentales de la société : la bourgeoisie et le prolétariat. Lorsque dans le domaine économique, l’antagonisme entre le capital (capacité de production) et le salaire (capacité d’achat), arrive à un point où la production utile devient impossible, une situation historique s’ouvre où, à défaut de la seule solution possible pour sauver l’humanité : la révolution prolétarienne, apparaît celle du triomphe de la barbarie, qui représente aussi la sauvegarde du régime capitaliste.

La raison profonde des luttes et des guerres interimpérialistes réside donc dans la maturation d’un antagonisme économique qui, n’ayant pu se manifester dans l’éclosion de l’antagonisme social (au travers de l’insurrection prolétarienne), se résout par le massacre des ouvriers dont les protagonistes sont les traîtres réalisant l’Union Sacrée au moment où la révolution est devenue une nécessité historique.

Les prolétaires que Marx a armés d’une théorie de fer ne doivent pas être déroutés par la situation actuelle qui voit se dérouler les guerres d’Espagne et de Chine, sans qu’une conflagration éclate entre les États capitalistes ayant des intérêts contrastants sur ces territoires. En face du prolétariat mondial qui est Un, se dresse le capitalisme mondial qui est Un. Après Versailles, les États victorieux ont apporté leur aide entière à la reconstruction des appareils capitalistes des États vaincus. Ainsi ils faisaient face au danger de la révolution prolétarienne. Aujourd’hui, c’est une chaîne scélérate et meurtrière qui unit tous les États capitalistes et la Russie Soviétique pour le massacre physique de centaines de milliers d’exploités en Espagne et en Chine et pour l’assassinat politique du prolétariat de tous les pays.

Autrefois, c’était au travers des luttes inter-capitalistes que les contrastes fondamentaux de l’économie capitaliste trouvaient une issue et que la conquête de nouveaux marchés coloniaux faisait rebondir le cycle de la production. Aujourd’hui, dans la phase extrême de décadence capitaliste, il n’y a plus de territoires à conquérir pour le mode bourgeois de production, car celui-ci est arrivé au point ultime de sa saturation et les pays arriérés ne peuvent être industrialisés que par le prolétariat luttant pour la société communiste.

Les prolétaires communistes, loin de désespérer lorsque la situation mettra en relief, d’une façon foudroyante, que seul l’antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie actionne l’évolution des situations, élèveront leur connaissance, aguerriront leur passion révolutionnaire et s’apprêteront au travail gigantesque qui est devant eux. Ils resteront persuadés que la réalité a désormais mûri les conditions objectives pour le triomphe de l’insurrection prolétarienne dans tous les pays du monde.

PROLÉTAIRES !

La théorie marxiste n’est pas une doctrine de “messianisme économique”. Elle n’a jamais enseigné que la conscience prolétarienne dérive spontanément de la révolte des forces de production contre les cadres du régime capitaliste, ou de l’éclosion des crises économiques. La théorie marxiste nous apprend que la formation de cette conscience est inévitable, car le prolétariat représente la seule force sociale pouvant opposer à la société capitaliste – dont les bases se heurtent aux nécessités économiques et, par conséquent, politiques et spirituelles de l’humanité toute entière -, la société communiste enfin capable d’assujettir les forces économiques à l’homme. C’est la loi de la vie fécondant, la lutte entre les classes qui préside à la formation de la conscience politique du prolétariat.

En apparence, la disproportion est gigantesque entre l’événement historique et la codification de ce dernier dans l’arsenal programmatique du prolétariat. Le Manifeste de 1848 donne la signification des révolutions bourgeoises, consacre l’inéluctabilité des révolutions prolétariennes ; les Thèses fondamentales de la Troisième Internationale reflètent la portée historique d’Octobre 1917 et des batailles révolutionnaires d’après-guerre. Ce sont pourtant ces cataclysmes sociaux qui ont produit les armes idéologiques aussi indispensables au prolétariat pour repérer le chemin sinueux de sa victoire que l’œil pour repérer la lumière.

Les bouleversements économiques et politiques que nous vivons prouvent que le capitalisme est irrémédiablement condamné. L’incapacité prolétarienne d’aujourd’hui révèle que le moment n’est pas arrivé où, sous l’effet de la famine, de la misère, les ouvriers survivants au massacre sentiront exploser dans leurs cerveaux, d’une part, le contraste entre le bourrage de crânes des traîtres les appelant à se faire tuer dans la guerre, à assassiner leurs frères de classe de l’autre côté de la barricade pour conquérir le “socialisme”, et, d’autre part, leurs propres intérêts de classe. Quand ce jour viendra, l’œuvre intellectuelle du prolétariat sortira du creuset sanglant de l’histoire ; les armes serviront, non plus à défendre – au travers du massacre du prolétariat le régime capitaliste, mais à détruire celui-ci et l’heure aura sonné pour l’insurrection prolétarienne.

Mais les explosions de conscience prolétarienne restent sans lendemain si les expériences précédentes n’ont pas permis de construire la prémisse indispensable à la continuité du développement idéologique de la classe ouvrière. La guerre de 1914-18 put se conclure dans la victoire en Russie parce que les bolcheviks avaient, durant des années, frayé le chemin d’Octobre 1917, au travers d’un TRAVAIL DE FRACTION qui leur permit de sélectionner le programme de l’insurrection prolétarienne. Dans les autres pays, les situations déterminèrent d’inévitables convulsions sociales et économiques, mais l’impossibilité où les prolétariats allemand, italien, hongrois, autrichien, français et autres se trouvèrent de construire – au travers du travail de fraction – le FONDEMENT du parti à venir, mit ces prolétariats dans l’impossibilité d’arracher la victoire.

L’expérience d’un siècle de luttes ouvrières prouve que la continuité de la vie du prolétariat est assurée, dans les phases du triomphe de la réaction, par des organismes exprimant la FRACTION, du programme précédent du prolétariat qui résista à l’épreuve des événements. Ces organismes sont en même temps des fractions du parti de demain, car ils travaillent à construire les bases idéologiques requises par l’évolution ultérieure de la lutte des classes. Ces organismes sont les fractions de la gauche communiste qui viennent de fonder un Bureau International en raison d’une tension internationale qui se répercute dans tous les pays, car dans tous l’Union Sacrée des classes se nourrit de la production pour la guerre. Le Bureau se doit d’indiquer aux réactions prolétariennes qui s’affirment dans chaque pays contre l’Union Sacrée la voie qui permit à Lénine et aux bolcheviks d’atteindre Octobre 1917 : la construction des fractions de la gauche communiste internationale.

PROLÉTAIRES !

L’avortement des révolutions italienne et allemande préluda à l’avènement de la réaction brutale du fascisme. Les forces démocratiques et social-démocratiques qui tinrent un rôle de premier plan pour dévoyer les mouvements révolutionnaires dans l’immédiat après-guerre et qui préparèrent ensuite le lit du fascisme, furent à l’avant-plan dans la lutte contre la Russie Soviétique lorsque celle-ci luttait encore pour la révolution mondiale. Aujourd’hui, ces forces s’orientent désormais vers un accord avec le courant politique issu de la dégénérescence de l’État prolétarien, avec le centrisme. Là où la tension de classe se manifeste particulièrement dangereuse pour le capitalisme, où la nécessité s’impose de la précipiter violemment dans le giron de la participation ou de l’approbation de la guerre impérialiste, le Front Populaire est une nécessité. Ailleurs, même si le Front Populaire n’existe pas en tant que formation organique, la substance politique du Front Populaire existe quand même et conditionne toute l’évolution du mouvement ouvrier actuel. Et, dans ce cas, même divisés entre eux, les Parti Socialiste et Communiste travaillent en activant le développement de l’industrie des armements, à souder le prolétariat à l’État démocratique pour, aujourd’hui, faire face aux menaces de guerre des États fascistes, et, demain, entrer dans la guerre impérialiste si nécessité s’impose.

D’autres courants issus du mouvement oppositionnel de la Troisième Internationale, tout en étant opposés au Front Populaire, sont partie intégrante du capitalisme mondial puisqu’en Chine ou en Espagne, ils soutiennent que la révolution ne résulte pas de la négation de la guerre et du défaitisme révolutionnaire, mais de la participation à cette guerre, pour concilier les succès militaires avec l’œuvre d’édification des conquêtes prolétariennes (?) à l’intérieur. Les trotskistes et les “communistes de gauche” ont renié le programme du prolétariat et ont désormais rejoint le marais de tous les renégats.

La révolution prolétarienne apparaît désormais comme la seule force capable de résoudre les problèmes gigantesques que la situation pose dans tous les pays. Elle représente la condition préjudicielle à l’assainissement de la vie de l’économie mondiale. Le capitalisme, pour éviter l’irruption des progrès de la technique de production, doit recourir aux manipulations monétaires, hérisser des murailles protectionnistes, se livrer au nationalisme autarcique ; mais tous ces expédients ne font qu’élever les contrastes capitalistes et leur imprimer un rythme plus violent. L’intervention croissante et hégémonique de l’État et l’industrie de guerre ne peuvent que culbuter dans la conflagration armée : les guerres de Chine et d’Espagne ne sont, en définitive, que les expressions spasmodiques d’un cours économique et politique qui tend à embraser le monde entier.

Des bouleversements sociaux décisifs s’accomplissent actuellement. Les prolétaires qui déclenchent leurs mouvements revendicatifs ne pourront les faire coïncider avec leurs intérêts de classe qu’en les dirigeant vers le DEFAITISME RÉVOLUTIONNAIRE qui signifie : défaite du capitalisme dans les pays en guerre ; lutte contre les forces de l’Union Sacrée qui infectent les organisations prolétariennes dans les autres pays. Faire de chaque grève un moment de la lutte contre la guerre, cela est possible à la seule condition de déterminer la défaite des forces de l’Union Sacrée. C’est ainsi seulement que peut éclore la victoire du mouvement ouvrier international.

PROLÉTAIRES !

La violence des événements actuels doit armer vos espérances. Toutes les victoires du capitalisme obtenues avec l’aide des traîtres sont les prémisses des catastrophes de demain. Vous serez d’autant plus vite la force qui, par la destruction de l’appareil ennemi, pourra réaliser la révolution, que vous aurez repris vos armes de classe.

Contre toutes les entreprises de guerre !

Pour les grèves et leur généralisation et contre toutes les abdications devant une bourgeoisie arbitre de sa domination !

Pour le défaitisme révolutionnaire dans le monde entier !

Pour la fin du carnage impérialiste en Espagne et en Chine !

Pour les fractions de la gauche communiste internationale !

Pour la révolution communiste mondiale !

LE BUREAU INTERNATIONAL DES FRACTIONS DE LA GAUCHE COMMUNISTE.

Le 1er février 1938.

Résolution sur la constitution du Bureau International

I. – Classe – Parti – Fraction.

La classe prolétarienne surgit des bases antagoniques de la Société capitaliste, fondée sur l’exploitation de la force de travail, développant et aggravant le contraste entre le travail payé et le travail spolié. L’accumulation progressive de plus-value capitalisée porte ce contraste à son terme extrême lorsque les forces productives, débordant du cadre limité de la production bourgeoise, heurtent les limites historiques du champ d’écoulement et de réalisation des produits capitalistes.

L’antagonisme économique développé à l’échelle mondiale engendre la lutte mondiale entre la Bourgeoisie et le Prolétariat. Le fascisme, la dictature du centrisme en URSS, L’Union Sacrée et la Guerre – qui sont les formes et les phases ultimes de la domination capitaliste – sont aussi les étapes extrêmes de la lutte des classes. Loin d’anéantir le Prolétariat, elles contiennent et fécondent d’inévitables mouvements révolutionnaires. Cependant, ces mouvements ne peuvent être que le produit d’une maturation des antagonismes sociaux en un ou plusieurs secteurs du monde capitaliste où leur explosion marque l’ouverture d’une situation révolutionnaire internationale. C’est seulement alors que s’offre pour le Prolétariat la possibilité de s’affirmer comme force historique visant à anéantir la Société bourgeoise et à jeter les bases de la Société communiste.

La conscience du Prolétariat s’exprime dans sa capacité à fonder son parti de classe qui doit être son œuvre propre et se manifeste comme telle, même si la participation des intellectuels est prédominante.

La création et l’épanouissement du parti de classe coïncident avec l’apparition d’une perspective d’attaque du Prolétariat mondial et se manifestent par l’affirmation du programme révolutionnaire définissant les moyens et objectifs du Prolétariat. La défaite de ce dernier signifie à la fois : la clôture de la phase révolutionnaire et la nécessité pour lui de compléter le programme – par l’analyse critique de cette défaite – de manière à pouvoir répondre aux nouvelles situations historiques, quand celles-ci arrivent à maturation.

Dans la phase transitoire reliant deux « moments » révolutionnaires, c’est la fraction de gauche qui a pour tâche d’exprimer la survivance et la continuité de la conscience prolétarienne et de forger les nouvelles armes idéologiques exigées par l’étape plus progressive de la lutte pour la Révolution communiste.

La fraction de gauche poursuit la réalisation de cette tâche :

a) au sein du parti défaillant, tant que subsiste la perspective, non pas de « redresser » sa direction opportuniste, mais de pouvoir le reconquérir à l’idéologie communiste sous la direction de la fraction de gauche ;

b) en dehors de ce parti, lorsque celui-ci trahit.

II. – La formation du parti de classe est un processus international.

Les fondements internationaux de la mission historique du Prolétariat confèrent aussi un caractère mondial au processus aboutissant à la création du parti prolétarien.

L’échelonnement, dans les différents pays, de la tension des contrastes de classe peut opérer temporairement la concentration des efforts au Prolétariat mondial, en vue d’élaborer les éléments de son programme historique, au sein d’un prolétariat donné et pour une phase déterminée.

Ce rôle échut au prolétariat anglais, à l’aube du mouvement ouvrier (chartisme) ; au prolétariat français, à l’époque de la Ligue des Communistes et de la l’Internationale (1848-1871) ; au prolétariat allemand dans la IIe Internationale ; enfin, au prolétariat russe, initiateur de la IIIe Internationale.

Dans la phase actuelle, la pluralité de centres névralgiques de la lutte mondiale des classes fait de la liaison internationale des fractions de gauche une condition vitale de leur existence et de leur développement en Parti.

Les fractions belge et italienne, en prenant l’initiative du Bureau International des fractions de gauche, réalisent la condition indispensable pour permettre à la tendance de classe existant dans chaque pays de se révéler par la création d’une fraction de gauche.

III. – La nature progressive du programme de la révolution communiste.

L’œuvre de construction idéologique du Prolétariat suit le cours de l’évolution historique. Celle-ci élimine du front de la Révolution, en leur conférant une fonction réactionnaire, les classes intermédiaires dont les intérêts s’étaient conjugués avec ceux du prolétariat aussi bien que les courants politiques qui exprimaient ce même prolétariat.

Dans la phase actuelle, la seule classe progressive est le Prolétariat, qui dénature ses objectifs et œuvre à sa propre désagrégation s’il s’allie à des couches ayant acquis une fonction capitaliste ; s’il imprègne son programme de conceptions politiques qui, comme celles sur la démocratie, ont comme résultat d’ouvrir la voie au fascisme sous prétexte de le combattre pour, finalement, précipiter les prolétaires dans le massacre impérialiste.

IV. – L’enjeu historique dans le capitalisme décadent.

Depuis l’ouverture de la phase impérialiste du capitalisme au début du siècle actuel, l’évolution oscille entre la guerre impérialiste et la Révolution prolétarienne.

À l’époque de croissance du capitalisme, les guerres frayaient la voie à l’expansion des forces productives par la destruction des rapports surannés de production.

Dans la phase de décadence capitaliste, les guerres n’ont d’autre fonction que d’opérer la destruction de l’excédent des richesses (après celles réalisées par les dévaluations, le chômage, les crises économiques) et d’opposer le massacre du Prolétariat au cours objectif de la Révolution prolétarienne. Les mouvements nationaux « anti-impérialistes » n’ont pas joué de rôle progressif aux colonies, mais ont contribué par contre au renforcement de la bourgeoisie indigène et de la domination impérialiste, infirmant ainsi les possibilités révolutionnaires énoncées dans les thèses coloniales du IIe Congrès de l’Internationale Communiste.

Dans l’ambiance impérialiste, les conflits opposant des États (quelle que soit leur base sociale) ou bien des systèmes de domination bourgeoise acquièrent inévitablement un contenu capitaliste et sont, par conséquent, la négation de la guerre civile que le Prolétariat engage contre la Bourgeoisie, en dehors de tout contrôle étatique et sous la direction de son parti de classe.

Les fractions de gauche proclament la nécessité de la lutte prolétarienne armée contre le Capitalisme et de la transformation – par la pratique du défaitisme révolutionnaire – de toute guerre, quel que soit son drapeau, en guerre civile et en lutte pour la Révolution prolétarienne.

V. – L’évolution actuelle.

L’évolution actuelle est caractérisée par l’existence de foyers de guerre impérialiste révélant une tension internationale s’accompagnant dans tous les pays de conditions propres à l’éclosion de la guerre impérialiste (Union Sacrée, Économies de guerre).

De cette réalité, le Bureau tire les conclusions politiques en dénonçant comme des agents de l’ennemi tous les courants politiques qui, au sein du Prolétariat se solidarisent directement ou indirectement avec l’Union Sacrée capitaliste et incitent le Prolétariat à préparer son propre massacre.

Le Bureau alerte le Prolétariat contre la tendance qui le porte à atténuer la gravité des événements actuels en postulant l’inévitabilité d’un conflit mondial du type de celui de 1914.

Le jeu des hypothèses doit céder la place au problème central imposant la nécessité d’élaborer des positions politiques contribuant à la reconstruction du parti de classe du Prolétariat. Ces positions soulignent l’urgence de la transformation en guerre civile des guerres d’Espagne et de Chine, non seulement sur le lieu de leur déroulement, mais aussi sur l’arène internationale de la lutte des classes. Cela signifie qu’à l’intérieur de chaque pays, les fractions de gauche lutteront pour relier directement à la lutte contre la guerre impérialiste tous les mouvements revendicatifs, toutes les manifestations ouvrières et qu’elles se refuseront à toute action commune pour n’importe quel objectif avec les groupes intégrés directement ou indirectement à l’appareil de la guerre impérialiste.

Les fractions invitent les ouvriers à sortir de ces organisations politiques et capitalistes afin de pouvoir réaliser la condition préalable et indispensable à une reprise de la bataille pour le Communisme.

Sur la base de ces directives fondamentales, les fractions de gauche ont la possibilité de faire face aux trois hypothèses que l’on peut faire découler du cours actuel des situations : la première, d’une conflagration mondiale ; la seconde, de la Révolution dans un ou plusieurs pays et capable de propulser, la Révolution mondiale ; la troisième, de la défaite des mouvements révolutionnaires dans une série de pays, suivie de l’explosion de l’attaque victorieuse du Prolétariat dans les centres vitaux du monde capitaliste.

VI. – La Quatrième Internationale.

Le Bureau proclame que la construction des nouveaux partis et la fondation de la IVe Internationale ne peuvent résulter que de l’éclosion de mouvements prolétariens se dirigeant vers la Révolution communiste.

À la formule : « il faut fonder un Parti pour créer la lutte des classes », le Bureau oppose l’autre formule : « il faut la lutte de classe pour fonder le Parti ».

Seule la maturation de classe fournit la base de masse indispensable à la transformation de la fraction en parti. Construire un parti de « masse » indépendamment de cette maturation revient à détruire la base idéologique du Parti : la Fraction de gauche.

La IVe Internationale sera l’héritière des trois internationales précédentes. Le cours progressif de ces dernières trace aux fractions de gauche et au Bureau le chemin qu’il leur faut emprunter dès maintenant. La Ière Internationale réalisa l’organisation indépendante du Prolétariat ; la IIe Internationale poursuivit l’organisation extensive du mouvement ouvrier ; la IIIe Internationale jeta les bases pour l’instauration de la dictature du Prolétariat.

Mais la IIIe Internationale a dégénéré faute d’une doctrine achevée sur l’État prolétarien. L’État soviétique, loin de polariser la lutte du Prolétariat mondial, est devenu, au contraire, le pôle de la contre-révolution mondiale tout en restant fondé sur la socialisation des moyens de production.

Le Bureau considère comme tâche essentielle l’étude du problème de l’État prolétarien, ainsi que la solution des autres problèmes théoriques et politiques que la Révolution a laissée en friche. Il proclame cependant comme acquises définitivement les notions du parti et de la dictature du prolétariat par la destruction de l’État capitaliste, notions qui ont été réalisées concrètement par Octobre 1917 et par la fondation de la IIIe Internationale.

VII. – Le Bureau International des Fractions de gauche.

Les fractions belge et italienne, en passant à la constitution du Bureau, assignent à celui-ci comme objectif central de favoriser la constitution et la liaison des fractions de gauche dans tous les pays.

Elles marquent que l’activité du Bureau est régie par la présente résolution et ce, en attendant la réunion d’une Conférence Internationale des fractions de gauche, en vue d’élaborer la plate-forme définitive du Bureau International.

Règlement intérieur du bureau des fractions de la gauche communiste

1. – Le Bureau se compose, provisoirement, de quatre membres effectifs : deux délégués pour la fraction italienne, deux délégués pour la fraction belge.

Il s’adjoint deux membres représentant chacun les deux fractions et ayant vote consultatif.

Aucune fonction permanente ne sera attribuée aux membres du Bureau. Celui-ci déléguera indifféremment l’un ou l’autre d’entre eux pour représenter l’organisme ou signer les actes et la correspondance.

Le Bureau n’admet pas de mandat impératif des fractions représentées. Toutefois chacune des fractions exerce toujours le droit de remplacer ses délégués ou l’un d’entre eux.

2. – Le Bureau s’interdit tout rapport avec des individualités ou des courants appartenant aux fractions affiliées.

Il n’entretiendra des rapports qu’avec les Comités dirigeants responsables. Ceux-ci sont tenus de faire un rapport périodique au Bureau sur la situation de leurs propres organisations.

Les Procès-Verbaux des réunions du Bureau, après approbation par ce dernier, seront transmis aux instances dirigeantes des fractions affiliées. Les instances dirigeantes des fractions affiliées ont pour obligation de porter à la connaissance des membres de leurs organisations ceux des Procès-Verbaux que le Bureau ou l’un quelconque de ses membres jugera devoir communiquer.

3. – Le Bureau s’efforcera de nouer des relations avec les militants des différents pays où n’existent pas de fractions affiliées, et pour autant qu’ils acceptent de discuter sur la base du principe : « sans fraction, pas de parti – sans parti, pas de révolution ».

Le Bureau poussera à ce que s’établissent entre ces militants des liaisons nationales et internationales, sous la forme la plus appropriée (en vue de la publication d’un organe intérieur, puis d’un organe de presse) et ce, peur leur permettre de s’engager dans la voie de la construction d’une fraction de gauche.

4. – Le Bureau édite une revue mensuelle qui sera l’organe théorique de liaison et de discussion internationales. Le Bureau nomme un Comité de rédaction de la Revue, qui sera responsable par devers lui.

5. – Le Bureau fixe une cotisation mensuelle et par membre, qui lui sera versée globalement et directement par les fractions affiliées.

6. – Le Bureau est lié dans son activité politique par la Déclaration adoptée à sa constitution.

Novembre 1937.

Salut aux victimes de la répression mondiale du capitalisme

Le Bureau International des Fractions de Gauche constate :

Dans tous les pays la haine du capitalisme et de ses agents s’exprime en ces années de guerre impérialiste par une répression féroce contre les prolétaires.

En Espagne, à côté des milliers de cadavres qui ont accompagné la victoire républicaine de Teruel, à côté des dizaines de milliers d’ouvriers tombés sous l’un ou sous l’autre drapeau, des prolétaires sont assassinés, emprisonnés par Negrin et Franco.

En Chine, la tragédie des exploités d’Asie se poursuit et l’hécatombe impérialiste a comme accompagnement l’exécution sommaire des soi-disant « trotskistes ».

En Allemagne, la hache du bourreau fait chaque jour rouler de nouvelles têtes.

En Italie, les procès se succèdent et les arrestations vont remplir les prisons et les iles de déportations.

En Tunisie, les fusils du Front Populaire couchent sur les pavés de Byzerte des prolétaires coloniaux.

En Russie, les bourreaux fascistes assassinent, dans le silence des prisons, prolétaires russes ou émigrés ; capitulards d’hier ou centristes en disgrâce. Le Guépéou exécute à l’étranger des militants en révolte contre Staline, tel Reiss.

La liste de la répression s’allonge chaque jour, Fascistes, démocrates, socialistes et centristes, toutes les forces du capitalisme travaillent pour le bourreau.

Le Bureau International appelle les prolétaires à s’insurger contre le massacre et demande leur solidarité agissante pour leurs frères de classe.

Il abaisse son drapeau devant tous les cadavres ouvriers et, au nom des fractions de gauche, proclame que seules les batailles révolutionnaires de demain vengeront les martyrs de la cause prolétarienne.

La troisième édition du Front Populaire au travail

Si l’on examine l’évolution des événements en France depuis 1936, l’on remarque que les trois gouvernements de Front Populaire qui sont venus au pouvoir ont dû faire face aux mouvements revendicatifs des ouvriers. Mais dans chacune de ces périodes, le climat social et politique, loin de s’apaiser, a vu les contrastes entre les classes se déplacer dans une zone plus élevée où l’emploi de moyens violents devait s’imposer progressivement au capitalisme. Au point de vue international cette évolution s’est accompagnée d’une polarisation des contrastes propres à la situation mondiale de guerre impérialiste, qui nous a montré les différents États capitalistes réaliser un bloc solidaire, au point de vue économique et politique, pour empêcher l’éclosion de vastes mouvements révolutionnaires, soit dans les pays directement belligérants, soit dans ceux où existe l’économie de guerre.

En 1936, le gouvernement de Blum canalisait les mouvements ouvriers et les occupations d’usine dans les accords de Matignon, greffés sur une politique économique de guerre et sur l’Union Sacrée. Les enfants légitimes de cette période sont la dévaluation de septembre 1936, l’arbitrage obligatoire et la « pause » avec son illustration sanglante de Clichy. Le gouvernement de Chautemps-Blum qui lui succéda réalisa la véritable « pause » grâce à l’Exposition, mais pas plus que son prédécesseur il ne put supprimer l’apparition de conflits ouvriers qui pourtant purent être étranglés, transformés dans les tenailles de l’arbitrage. Les ouvriers français constataient que, sous le premier gouvernement Front Populaire, comme sous le second, le coût de la vie ne cessait d’augmenter alors que l’intensification de la production mangeait graduellement la conquête des 40 heures. Enfin, l’économie de guerre ne « donnait » pas les résultats économiques qu’escomptaient les démagogues socialo-centristes. Certes, les dividendes des actionnaires de la grande industrie augmentaient, mais il n’était pas possible d’investir l’excédent de capitaux dans un plan massif de réarmement, du fait de la situation de la France armée jusqu’aux dents depuis la fin de la guerre. Les capitaux « désertaient » périodiquement au grand désespoir des « bons Français » de l’Humanité et du Populaire qui y voyaient la cause de la stagnation de l’économie alors qu’il ne s’agissait que d’un effet d’une situation que le capitalisme devait résoudre par l’augmentation de la production (intensification du travail, adaptation des 40 heures, etc…) et la compression directe des conditions de vie des ouvriers. Le Front Populaire sous sa deuxième édition était chargé d’augmenter la rentabilité des capitaux investis dans la production de guerre avec la politique connue sous le nom de « pause ».

On sait qu’une fois les portes de l’Exposition fermées, cette politique rencontra d’innombrables difficultés qui se conjuguèrent avec la persistance de la stagnation économique. Le patronat qui, sous le couvert de la « trêve » de l’Exposition, avait pu se préparer à la bataille, déclencha donc l’attaque. Ce furent d’abord les bombes de l’Étoile qui devaient servir à la Confédération Générale du Patronat pour déclencher sa campagne, aux socialo-centristes de faire rebondir le battage antifasciste contre « les terroristes » et au gouvernement d’adopter les mesures énergiques de Rambouillet.

Toute cette période d’agitation sociale intense où la note dominante était l’attaque brutale du patronat devait trouver son expression dans la vague de grèves de décembre avec comme point central le conflit de Goodrich et la grève générale des Services Publics de la région parisienne. Chautemps parvenait, avec l’aide des socialistes et des centristes à liquider tous les mouvements, pour traîner finalement le prolétariat vers un nouveau Matignon où il s’agissait d’élaborer « un code de travail » ou « de paix sociale ».

Les traits dominants de cette période sont la solidarité ouverte de Chautemps avec le patronat, la conjugaison des méthodes violentes et de corruption démocratique, la réalisation de la fameuse « neutralisation » des usines par la force armée de l’État et la mise sur pied d’un système dont le capitalisme espère faire un moyen pour empêcher tout conflit. La grève sera « démocratisée ». Désormais, plus de « meneur », plus « d’irresponsable » : les ouvriers voteront au scrutin secret ; l’arbitrage aura force de loi et, en tout cas, si une grève devait avoir lieu, la « neutralisation » sera établie par l’État lui-même. On établira un contrôle sur l’embauche et les licenciements qui donnera satisfaction à la C.G.T. et au patronat mais dont l’arbitre suprême sera l’État et, suivant l’expression employée par Chautemps, patrons et ouvriers seront conviés « à défendre avec la prospérité nationale, les libertés républicaines et la paix ».

Mais pour arriver à une situation un peu nette il fallut, une fois les grèves les plus importantes liquidées, passer par une crise ministérielle qui vit surgir la troisième édition d’un gouvernement Front Populaire. Tout comme l’élévation du climat social en 1937 nécessitait le passage de Blum à Chautemps, des premiers pas dans « la pause » à sa réalité concrète, il fallut passer des premiers pas dans le chemin de la « neutralisation » à sa réalité : le code du travail. Le Front Populaire évoluait à droite mais cette évolution revêtait des formes particulières : d’un gouvernement à direction socialiste on passait à un gouvernement à direction radicale, puis à un gouvernement radical homogène.

La droite traditionnelle aboutissait de son opposition farouche au Front Populaire au vote d’unanimité autour de Chautemps : les 501 voix contre 1 qui accueillirent la déclaration de ce dernier. Le patronat, quant à lui, comprenait fort bien qu’une attitude intransigeante de sa part – du moins publiquement – était la meilleure condition pour permettre à Chautemps et à la C.G.T. de faire accepter par les ouvriers tous les codes capitalistes nécessaires. Lorsque la Confédération Patronale dira : nous n’irons pas à Matignon, la C.G.T. pourra riposter : nous serons présents. La conclusion ira de soi : le code de travail pourra être présenté comme… une revendication ouvrière.

Lors de la crise ministérielle et au moment de son éclosion, il pouvait sembler que le Front Populaire traversait une crise dont il allait sortir brisé. Mais ce n’était qu’une apparence nécessaire pour faire accepter par les masses les pires compromissions des socialo-centristes qui pouvaient se disputer entre eux pour savoir qui, des socialistes ou des centristes, avait sauvé le Rassemblement Populaire. Déjà lors de la grève des Services Publics, Chautemps avait dû permettre aux ministres socialistes de faire des promesses qu’il désapprouva mais dont, à son corps défendant, il fut obligé de reconnaître la nécessité. Les centristes étaient intervenus dans ce conflit avec leur démagogie habituelle et avaient tenté d’en faire un épisode de leur campagne contre les « cagoulards » et contre le fascisme extérieur (Espagne, Chine). Au sein du cabinet, les socialistes étaient la cheville ouvrière de la campagne retentissante contre les terroristes du C.S.A.R. auxquels se rattachaient les assassinats des frères Rosselli (excellent moyen de mobilisation chauvine contre l’Italie fasciste instigatrice de ce crime) et de Navachine. L’éventration totale de ces complots devait être le motif d’une diversion gigantesque allant détourner les ouvriers de leurs intérêts de classe et, qui sait ? d’une campagne devant déterminer la France à intervenir plus activement dans la guerre d’Espagne. Une modification de la politique de non-intervention n’aurait-elle pas d’ailleurs profité à l’industrie de guerre française et représenté un élément de « reprise » ?

Mais les faits devaient s’écarter un peu de cette logique. Au développement de l’attaque patronale obtenant la liquidation des grèves, devait suivre le discours de Chautemps où il disait : « avec une fermeté sereine je déclare que si certains hommes persistaient à troubler la paix publique, la force de la loi s’abattrait sur eux ». Le désarroi pénétrait dans le Front Populaire où, malgré le refus de Chautemps de rectifier clairement sa déclaration d’hostilité envers les ouvriers (il n’est pas possible de supposer que Chautemps ait ignoré le contenu capitaliste de la politique centriste pour les viser uniquement), les socialistes décidaient de voter pour lui alors que les centristes, dans un premier moment, décidaient de s’abstenir. La droite bloquait autour de Chautemps qui s’empressait de rendre à Ramette « sa liberté » et de provoquer ainsi une crise ministérielle. Les centristes rectifiaient alors leur déclaration et leur abstention devenait un soutien, afin que personne ne puisse les suspecter d’avoir provoqué la crise du Front Populaire. Bonnet qui était d’abord chargé de former le nouveau gouvernement, présentait trop ouvertement un programme d’attaque des ouvriers et devait céder la place à Blum qui, prenant son contre-pied, tentait de réaliser un gouvernement de Reynaud à Thorez, une Union Nationale autour du Front Populaire. Mais un pareil gouvernement, parfaitement possible dans un moment de « crise nationale » ou devant une perspective de conflagration et d’intervention directe dans les événements d’Espagne, ne semblait pas cadrer avec les positions actuelles du capitalisme français. L’idée « trop hardie » de Blum devait donc être écartée (jusqu’à quand ?) et Chautemps revenait en retenant « l’idée généreuse » de son ami Blum, d’un Rassemblement National de tous les Français pour sauver la production et assurer la paix.

Le Front Populaire restait debout, sauvé du naufrage par les concessions mutuelles de ses partis ; socialistes et centristes lui assuraient leur soutien et ces derniers voyaient dans leur politique le seul moyen, malgré les déclarations d’hostilité de Chautemps, d’empêcher le gouvernement radical homogène de s’allier avec les partis de droite, particulièrement avec Flandin. Ce dernier, du fait de la politique de Chautemps, ne fait-il d’ailleurs pas partie du Front Populaire qui s’est élargi en une concentration nationale qui s’oppose au prolétariat ?

Ainsi, même sur ce terrain se remarque la polarisation des luttes de classe où les luttes des ouvriers ne peuvent plus être supportées par l’économie de guerre et où il faut de plus en plus recourir à des moyens violents pour étouffer les prolétaires.

Les centristes tentent autant que possible de masquer cette évolution et lorsque manifestement l’hostilité des radicaux s’exprimera envers eux, ils accuseront Blum de s’être trompé sur l’opinion du parti radical et de ne pas avoir osé former un gouvernement à l’image du Front Populaire avec la participation communiste. Pourtant, les radicaux étaient d’avis qu’il fallait briser directement les mouvements ouvriers sans recourir à une modification de la politique extérieure de la France, ce qui est pourtant le programme du centrisme. Mais, il va de soi, que les « communistes », même avec la politique extérieure de Delbos, appuieront la répression de Chautemps.

Au sein du Parti S.F.I.O., ce n’est pas sans peine que le Conseil National s’est résigné à abandonner sa participation au troisième gouvernement de Front Populaire. Mais Zyromsky et Pivert étaient l’expression d’un profond mécontentement ouvrier auquel le parti socialiste, après les positions d’hostilité affichées par Chautemps contre les travailleurs, devait faire face sous peine de laisser le parti communiste devenir la seule soupape de sûreté dans une situation trop tendue. Encore une fois, les « gauches socialistes » venaient à l’avant-plan pour marquer la nécessité d’un tournant précurseur de la colère ouvrière qu’il faudra pouvoir contenir. D’ailleurs, n’est-il pas significatif que Pivert ait obtenu, pour la première fois, la majorité absolue dans la Fédération Socialiste de la Seine ? Le courant philo-centriste de Zyromsky a été battu précisément parce que, comme le parti communiste, il avait été trop à la remorque de Chautemps. Avec Pivert, c’est le Front Populaire de combat « révolutionnaire » qui revient à la surface et cela fera pendant avec la revendication des centristes d’un gouvernement à l’image du Front Populaire où Thorez sera, enfin, ministre et chargé de massacrer les prolétaires comme ses collègues d’Espagne.

Flandin, dans la presse anglaise, a parlé d’un gouvernement de transition. Chautemps n’a pas démenti mais plutôt opiné dans ce sens. Si l’on examine toute l’évolution depuis 1936 cela n’est pas impossible. On marche par « étapes » en France. Blum décrète la pause mais Chautemps l’applique. Chautemps décrète la « neutralisation » des usines à Rambouillet, mais il a fallu la crise ministérielle pour pouvoir l’appliquer. Aujourd’hui, il est question de la « démocratisation des grèves » (comme s’il était possible de « démocratiser la lutte entre exploités et exploiteurs autrement que par les fusils des gardes mobiles). Chautemps parviendra-t-il à étouffer toute possibilité de conflits, car c’est là que gît le problème central ? Tout le problème de la « transition » réside dans cette interrogation. En cas de difficultés, très certainement l’évolution du Front Populaire accentuera ses aspects de droite, ou d’Union Nationale, et à Chautemps fera place une formation qui fera parler la poudre mais assurera « la paix et l’ordre social ».

Sarraut, Marchandeau sont des hommes qui s’y connaissent en répression ouvrière et, d’autre part, des cibles idéales pour les partis de droite qui invoqueront leur passé en témoignage de leur action présente. Mais les prolétaires parviendront-ils à faire entendre, dans le concert des forces capitalistes qui domine toute la France, leur voix spécifique ? Parviendront-ils à riposter à ceux qui se demandent : « comment financer, au-delà d’une certaine limite, une économie de guerre par les procédés du temps de paix » et qui ajoutent : « car, hélas ! notre économie est à demi mobilisée : service des emprunts de guerre et de reconstitution, pensions, dépenses militaires ou budgétaires ou d’investissement, s’inscrivant pour 45 ou 50 milliards dans le total de 133 » et qui concluent : « la moitié de notre industrie minière, métallurgique ou chimique ne vit que de commandes de défense nationale, économiquement improductives » (J. Moch – Populaire 3-4-38) ? Les prolétaires doivent savoir qu’ils feront inévitablement les frais de ces hypocrites interrogations des traîtres social-démocrates. Les difficultés de l’économie de guerre seront résolues par des attaques contre le prolétariat et si l’on pouvait déjà comparer les chiffres concernant l’augmentation du coût de la vie à Paris (Bulletin de la Statistique générale de la France) de septembre 1936 à septembre 1937, avec les augmentations de salaire de cette époque, on verrait que les ouvriers français ont perdu tout ce qui leur apparaissait comme une conquête. D’ailleurs, ici aussi, nous ne ferons qu’apercevoir, au travers de chiffres approximatifs, la subordination de la production de consommation à la production de guerre (axe de l’économie et génératrice de vie chère).

Les travailleurs de France se trouvent donc dans une phase critique de leur évolution : l’attaque capitaliste redouble d’intensité et tout est mis en œuvre pour étouffer leurs luttes spécifiques. Partout, centristes et socialistes agissent pour enfermer les contrastes de classe dans un « statut démocratique » et les mouvements de révolte des prolétaires seront certainement imputés aux cagoulards, comme c’est le cas, aujourd’hui, pour les journées de Clichy. Mais le prolétariat, s’inspirant des enseignements de trois gouvernements de Front Populaire, des guerres d’Espagne et de Chine, de la situation d’économie de guerre en France, comprendra que l’heure est venue de faire de ses luttes partielles, de ses grèves les plus réduites, des manifestations d’opposition au capitalisme et à ses forces. Aujourd’hui cela signifie la nécessité de mettre au premier plan de ses luttes revendicatives, qu’il devra pousser à fond, les problèmes de la guerre : ceux de sa solidarité de classe avec tous les exploités d’Espagne et d’Asie, de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, phase indispensable pour arriver à la révolution prolétarienne.

« La main tendue » aux catholiques

Le parti communiste français et le Pape se rencontrent dans leur « fraternel » désir de Paix. L’un bénit les fusils républicains d’Espagne et l’autre les corps expéditionnaires de Mussolini. « Prenons la main tendue, a dit le Pape » et l’Humanité d’insister : « Prenons donc la main tendue ». Le Pape ne manifeste pas « une opposition de principe » à sa rencontre avec les centristes, il veut seulement obtenir des précisions ; le Pape conjure de ne pas mettre l’accent « sur ce qui nous divise ». Et nos « fiers athées » de l’Humanité tombent en transe devant le vaste champ de manœuvres qui s’ouvre devant eux. Le Pape bénira-t-il les exécutions de Moscou ? Donnera-t-il sa bénédiction indifféremment à Staline ou à Mussolini ; à Negrin ou à Franco ?

Qu’ils prennent donc « la main tendue » et que la poignée de mains entre les centristes et le Pape ouvre, une fois pour toutes, les yeux aux prolétaires. Lorsqu’il s’agit de justifier les massacres aux colonies ou la répression en France, l’Humanité ne tend pas la main aux victimes, mais elle les fait passer pour « des agents du fascisme ». Seulement, le Pape et ses cardinaux représentent une « puissance spirituelle » qui manquait encore aux bourreaux centristes. Et cela explique tout.

Notes Internationales

18 mois de guerre impérialiste en Espagne 

6 mois « d’agression japonaise » en Chine 

et « l’année du bourreau » en URSS

Teruel est tombée… Les cris d’allégresse du Front Populaire montent jusqu’au ciel. On doit plutôt s’étonner que cette saillie du front militaire assiégée depuis le commencement de la rébellion ait pu tenir si longtemps. Mais l’essentiel c’est qu’autour de Teruel s’est livrée une grande bataille. La plus sanglante de toute la guerre impérialiste d’Espagne, s’il est vrai que cette bataille a coûté de part et d’autre 60.000 victimes. Ce qui reste un mystère, c’est que l’on se soit engagé si à fond sur un secteur secondaire où ne peut être obtenu aucun résultat décisif. Que Franco ait préféré cette bataille à « la marche vers la mer » qui, séparant Barcelone de Valence, permettrait l’attaque – avec l’aide de la flotte nationaliste concentrée aux Baléares – contre ces deux centres de la résistance républicaine. « Nous avons sauvé Madrid d’une nouvelle attaque » affirme la presse républicaine. Toutefois « la plus grande victoire militaire » (que devient alors celle de Guadalajara ?) restera stérile parce qu’elle n’a pas été accompagnée d’une attaque sur les autres fronts que Franco dut dégarnir. Bien au contraire, la bataille continue autour de Teruel.

La réalité est que « cette victoire » fut imposée par la nécessité de galvaniser le moral et de relever les « actions » du Front Populaire dépréciées par la succession des défaites. La raison primordiale de l’arrêt des opérations durant ces derniers mois dépendit davantage de la lassitude qui se manifeste dans les deux camps que de l’intervention du général « hiver » ou de nécessités de préparation technique. Du côté de Franco, bien qu’il contrôle les deux tiers de l’Espagne, celui-ci ne trouve naturellement pas un grand appui dans les régions conquises. De plus, au cours de 18 mois de guerre ses troupes de choc (composées plutôt de Marocains et du Tercio que de fascistes indigènes et étrangers) ont été englouties.

Dans le camp républicain, la presse admet elle-même que la victoire vient à point pour remonter le moral qui serait, paraît-il, « toujours superbe » (?). Ce qui signifie que les forces conjuguées des social-centristes, d’une part, et des anarcho-syndicalistes de l’autre, qui étaient arrivées, tout en partant de considérations différentes, à un résultat identique : détourner le prolétariat de son terrain de classe pour le clouer sur le terrain capitaliste des fronts militaires, ne parviennent plus à empêcher qu’une minorité, bien qu’encore très petite, ne commence à voir clair.

Les massacres de Barcelone, la dissolution violente du Conseil d’Aragon résidant à Caspe et qui nous montre l’illusion des collectivisations agraires des anarchistes laissant subsister le gouvernement capitaliste (qui par un récent décret interdit toute collectivisation contrôlée par les syndicats), l’assassinat de tant de militants, de Berneri et Landau à Nin, ne peut manquer d’influencer quelques éléments d’avant-garde. Ne serait-ce que parmi les « enfermés » de la forteresse de Montjuich qui a représenté pour les anarchistes le symbole de la réaction, tout comme la Bastille pour les bourgeois de 1789 qui, eux au moins, surent la détruire.

Mais il reste cet autre fait que la grande majorité des ouvriers « marche » encore et que la victoire de Teruel vient de rétablir l’équilibre rompu par la perte des Asturies. Et alors, qu’est-il encore besoin de compromis ? Prieto las Valladares est revenu trop tôt. Il aurait dû rester encore quelque temps en réserve. Et avec lui, Caballero. Negrín suffit toujours à la besogne et le massacre des ouvriers continuera encore au moins pendant tout l’hiver.

* * *

Les Japonais avancent au cœur de la Chine. La résistance chinoise croule de partout bien que la presse du Front Populaire, devenue l’agence d’information chinoise, annonce des victoires ou, tout au plus, des « retraites stratégiques ». La guerre naturellement n’existe pas puisque, selon le nouveau système adopté, elle n’est pas déclarée. Cela n’empêche pas le Japon d’affirmer ouvertement ses intentions de poursuivre les opérations jusqu’à ce qu’il ait mis la Chine à sa merci.

C’est ce qu’a affirmé l’amiral Suezugu, ministre de l’Intérieur nippon, dans une retentissante déclaration. Du reste, son assertion que « la race jaune doit être exploitée par l’impérialisme jaune » donc par le Japon, est similaire à la fameuse doctrine de Monroe, qui proclame que les deux Amériques ne doivent pas être exploitées par l’impérialisme européen, mais bien par… celui de l’Amérique du Nord !

Mais comment le Japon, avec ses ressources économiques précaires, peut-il mener la guerre ? On pourrait répéter ce qu’on a déjà dit pour l’Italie au moment de la conquête éthiopienne : qu’elle a conduit cette aventure à terme malgré le bloc des 51 nations unies contre elle et malgré la menace directe de la voie « impériale » de la Grande-Bretagne et du Soudan. Et pourtant l’Italie manquait de matières premières et n’avait qu’une maigre réserve d’or pour faire face au déficit de sa balance des comptes aggravé de celui de sa balance commerciale.

Le Japon, lui aussi, attaque en fait les intérêts d’autres impérialismes, surtout ceux d’Angleterre et des États-Unis qui peuvent déjà se chiffrer par milliards. La guerre coûte jusqu’à maintenant au Japon 2.600 millions de Yens (la guerre russo-japonaise de 1904 a coûté 2.300 millions de Yens à la valeur actuelle) et les frais prévus pour 1938 sont de 5 milliards de Yens. La réserve d’or vers le milieu de 1937 était de 800 millions de Yens et pour les 10 premiers mois de 1937 les importations surpassèrent les exportations de 688 millions de Yens.

Le Japon manque également de matières premières : il dépend entièrement de l’étranger pour le coton, la laine et le caoutchouc ; entre 80 et 90 p. c. pour les minerais de fer, le pétrole, l’étain, le plomb. Pour le cuivre et le zinc, il lui manque 50 p. c. de sa consommation en temps de paix et naturellement beaucoup plus en période de guerre. La quasi totalité des importations de métaux, de carburants, de combustibles et de textiles nécessaires à la conduite de la guerre est fournie par les États-Unis et par l’Empire Britannique : pour le coton, 50 p. c. par les États-Unis, 40 p. c. par les Indes anglaises ; pour la laine, 80 p. c. par l’Australie ; pour le caoutchouc, 35 p. c. par les Indes anglaises (et 35 p. c. par les Indes néerlandaises) ; pour l’étain, 50 p. c. par la Malaisie britannique ; pour le cuivre, 90 p. c. par les États-Unis. Enfin, le pétrole, si nécessaire à l’armée, la flotte et l’aviation et dont ses réserves ne permettraient au Japon de continuer les opérations que pendant quelques mois, lui est fourni dans la proportion de 90 p. c. par les États-Unis, l’Empire Britannique et les Indes néerlandaises fournissant le reste.

Et cela n’est pas tout ! Bien que les déclarations de Suezugu soient surtout dirigées contre l’Angleterre, en fait c’est l’Angleterre qui, aux dires mêmes des Japonais, est l’impérialisme qui aide le moins activement la Chine, tandis que l’aide militaire la plus efficace lui vient d’Italie et surtout d’Allemagne ! L’Allemagne et l’Italie, cosignataires, avec le Japon, du pacte anticommuniste, favorisent donc la Chine – alliée de Moscou – contre qui il devrait être dirigé…

Donc le « bloc des agresseurs », cheval de bataille de la presse centriste, favorise lui aussi sur ce secteur de la guerre impérialiste les deux belligérants, tout comme les pays « démocratiques ».

De cette solidarité des deux constellations impérialistes dans le massacre des ouvriers, tous les incidents qui, dans le passé auraient déclenché des guerres innombrables, passent aujourd’hui sans effets : l’agression contre l’ambassadeur anglais, le bombardement de la canonnière américaine, l’invasion des concessions étrangères à Shanghai. Ce n’est pas pour rien que le ministre japonais Hirota a déclaré que le Japon est le plus ardent défenseur des concessions étrangères en Chine et l’adversaire le plus conséquent du spectre communiste et ce dans l’intérêt de toute la civilisation blanche.

C’est donc pure fantaisie que de vouloir voir une menace contre le Japon dans la récente concentration navale anglaise de Singapour, à l’occasion des fêtes où ont été invitées des unités de la flotte américaine qui avaient participé aux manœuvres des Îles Philippines.

C’est naturellement le prolétariat qui paye les frais. Au Japon, depuis le début de la guerre – bien que jusqu’ici on n’ait mobilisé qu’un tiers des forces – les conditions de vie des ouvriers n’ont fait qu’empirer. Les prix ont monté de 40 p. c. et les salaires diminués d’un quart. Quant à la durée du travail, on a officiellement autorisé des horaires de 12 à 14 heures, légalisant un état de choses déjà existant en fait.

En ce qui concerne la Chine, les « communistes » ont rejoint le front pour l’indépendance nationale, qui fait d’ailleurs aussi partie de la théorie de la révolution permanente, dernière édition, de Trotsky. Depuis longtemps déjà existait un accord tacite entre le Kuomintang et le parti communiste, prélude à la volte-face actuelle. C’est-à-dire que le 1er août 1935, le parti communiste avait lancé un manifeste qui préconisait la constitution du Front National antijaponais. Le conflit actuel a porté cette politique à ses conséquences logiques et le 22 septembre 1937, l’on annonçait la cessation de la lutte contre Chang Kai-shek, la dissolution de la péripathétique république soviétique chinoise et la transformation de l’Armée rouge en 8e Corps de l’Armée nationale chinoise. Un manifeste récent du P.C.C. a affirmé la volonté de « résister jusqu’au bout » et de renforcer le gouvernement par l’entrée en son sein de tous les partis. Dans l’attente de la participation communiste au gouvernement national, Mao Tsé-toung a été nommé gouverneur du Kansu et Chou En-lai, du Shansi. Quant à Chu Teh, l’ancien commandant de l’Armée Rouge a été chargé de la défense de tout le secteur du Shansi, Shensi et Suiyuan.

Simultanément à cette pénétration des communistes dans les organes de l’État correspond une intensification de la lutte contre les Trotskystes, bien que l’attitude prise par Trotsky coïncide à celle des centristes. Naturellement, en Chine « trotskyste » est aussi synonyme de tout prolétaire qui ne veut pas s’adapter à la politique de trahison du centrisme.

Tandis que les communistes entrent dans le gouvernement, Wang Tse Wei s’efface comme en 1927. L’heure des « conciliateurs » n’est donc pas venue en Chine, tout comme en Espagne. Le prolétariat « marche » encore toujours au massacre !

Chang Kai-shek est l’homme du jour. Il a réussi encore une fois, comme en 1927, à exprimer les exigences de la bourgeoisie chinoise qui ne manquera pas, le moment venu, de trouver un compromis avec l’impérialisme japonais qui déjà affirme son désir de « bonifier » l’économie chinoise et menace de mort toute tentative de grève de la part des ouvriers chinois.

* * *

Les élections au Conseil Suprême de l’U.R.S.S. ont marqué un pas de plus dans la destruction de tout ce qui fut la conquête d’octobre. Les soviets, même réduits à une simple apparence, ont fait place à un Parlement de pure marque capitaliste, calqué sur le système en vigueur dans la Suisse « démocratique ». Que dire de la dérision du vote secret alors qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule liste de candidats. L’électeur n’avait même pas le droit de substituer ou d’enlever des noms, il n’avait que le choix de rester chez lui ou d’aller voter pour la liste unique. Mais rester chez lui, c’était encourir des représailles !… C’est ainsi que les 96 p. c. des électeurs ont voté et que 98 p. c. d’entre eux ont donné leurs suffrages à la liste du parti communiste et des « sans partis », c’est-à-dire d’aucun autre parti qui ne soit celui du régime. Et Stakhanov, élu député du Donetz, est le digne symbole de l’exploitation bestiale à laquelle est soumis l’ouvrier russe, dans la voie d’une industrialisation dirigée vers la guerre.

Pendant que se déroulait la comédie électorale, on célébrait le Vingtième anniversaire de la Guépéou, l’organisme qui, de bastion de la défense de la révolution, est devenu l’arme de la lutte contre-révolutionnaire à l’échelle nationale et internationale.

Même pendant la période électorale on eut, le 16 décembre, un procès devant le Collège militaire du Tribunal Suprême de l’U.R.S.S. contre huit inculpés qui naturellement se sont « reconnus entièrement coupables ». Ce sont huit autres exécutions qui viennent s’ajouter à toutes les autres qui ont fait appeler l’année 1937, « l’année du bourreau ». C’est surtout dans les Républiques Fédératives que « l’épuration » a été radicale, à commencer au Caucase, parmi les camarades de la première heure de Staline.

Au temps du tsarisme, on supprimait la presse des nationalités et – dans la plus mauvaise hypothèse – on envoyait les hommes en prison. Aujourd’hui, en Russie, on laisse s’épanouir cette presse, mais on supprime « physiquement » les éléments exprimant toute tendance nationale allogène. L’épuration, au travers des exécutions avouées et les bien plus nombreuses « disparitions » (euphémisme exprimant la suppression sans procès) s’abat dans tous les domaines : dans la diplomatie (où la liquidation – qui semble se préciser – de Litvinov signifierait la destruction complète de la vieille diplomatie bolchevique et sa substitution par une nouvelle composée d’anciens mencheviks sinon de « blancs »), dans l’Armée rouge (où la « décapitation » se poursuit sans arrêt), dans le domaine des Sciences et des Arts (voir la récente condamnation du théâtre de Meyerhold comme « étranger à l’art soviétique »).

Enfin nous nous trouvons en plein travail de destruction des cadres de l’Internationale Communiste qui s’exprime par l’élimination de Piatnitzky qui, depuis sa constitution, en était le véritable dictateur tant en matière d’organisation que de finance, et son remplacement par Ejov, chef de la Guépéou. Fait très significatif. De nombreux communistes étrangers, comme Bela Kun, Valetsky (que nous avons connu délégué en Italie), Eberlein, Remmele ont eux aussi disparu de la circulation.

Les trois quarts de l’émigration politique italienne sont en prison ou en déportation, celle de l’Allemagne, de la Bulgarie, etc., sont pareillement frappées.

Pour conclure, nous pouvons dire que la lutte entre les forces « pour la paix » et celles « pour la guerre » – pour employer un slogan centriste – se révèle en réalité, pour les unes comme pour les autres, dans une lutte contre l’ennemi commun : le Prolétariat, qui devra retrouver son chemin de classe contre le capitalisme au travers de la lutte pour le défaitisme révolutionnaire et contre tout front unique avec ses exploiteurs, que ce front s’appelle : front populaire, union nationale ou union sacrée.

Le dernier exemple frappant de cette solidarité des intérêts du capitalisme mondial s’exprime dans la nouvelle parue dans la presse et d’après laquelle la dette commerciale de l’Italie fasciste envers la « démocratique » Angleterre serait de un milliard de livres sterling (soit près de 150 milliards de francs) qui naturellement ont servi à financer l’aventure éthiopienne.

Pour ce qui concerne la Russie, elle poursuit sa fonction contre-révolutionnaire en supprimant – pour compte du capitalisme mondial – toutes les possibilités qu’octobre 1917 avait fait surgir dans l’intérêt du Prolétariat mondial.

La vita delle frazioni della Sinistra comunista internazionale

La Frazione italiana

La Frazione italiana si costituì ufficialmente alla Conferenza di Pantin, nel 1928, allorché l’Internazionale Comunista giunse, dopo innumerevoli esclusioni di comunisti internazionalisti in tutti i Paesi, alle decisioni del VI Congresso che sancì l’incompatibilità tra l’appartenenza al Comintern e la difesa delle posizioni rivoluzionarie. In realtà, la Frazione italiana poté costituirsi nel corso della guerra civile, che rivestì forme molto aspre in Italia, e di una lotta assai forte contro il centrismo. Verso la fine della Prima Guerra mondiale, in seno al Partito Socialista Italiano diretto dagli opportunisti del famoso “né aderire, né sabotare la guerra” (che andarono a Zimmerwald), apparve la corrente degli “astensionisti” con a capo Bordiga e la Federazione di Napoli, che pubblicava “Il Soviet”.

Nella forma dell’astensionismo parlamentare faceva la sua apparizione la prima frazione marxista solidale con la Rivoluzione russa, non a parole, ma con l’elaborazione di posizioni comuniste che ne dovevano fare la capofila della scissione con i traditori e l’artefice principale della fondazione del Partito Comunista d’Italia. Si sa che Lenin, nell’Estremismo, malattia infantile del comunismo, rese un pessimo servizio ai comunisti italiani, giudicandoli, sulla base di un’informazione frammentaria e incompleta, unicamente per il loro astensionismo parlamentare e accreditando gli opportunisti dell’”Ordine Nuovo” di Torino. L’astensionismo, che era un aspetto della differenziazione tra comunisti e socialisti legati allo Stato capitalista, non era allora una questione di principio, bensì una posizione analoga a quella difesa dai bolscevichi nel 1906, all’epoca del boicottaggio della Duma, poco dopo l’assalto rivoluzionario degli operai russi. Del resto, nel 1924, all’epoca dell’ascesa fascista, la Sinistra di Bordiga raccomandò la partecipazione elettorale.

Nel gennaio 1921, a Livorno, la frazione astensionista, appena separatasi dal Partito Socialista diretto da Serrati, fondò il Partito Comunista. La situazione italiana era già pregiudicata dal tradimento socialista, che aveva liquidato il gigantesco movimento delle occupazioni di fabbrica, e dallo scatenamento dell’attacco sanguinoso del fascismo, unito alla repressione dello Stato capitalista. Socialisti e capitalisti disarmavano gli operai italiani, mentre fascisti e forze statali passavano all’eliminazione fisica e alla distruzione delle organizzazione operaie.

Un anno dopo, al secondo congresso, il Partito Comunista – dove erano riunite le migliori energie del proletariato italiano – adottava le “Tesi di Roma”, che sintetizzavano i princìpi del primo partito di classe degli operai italiani. La natura organica del partito, i suoi rapporti con la classe e le altre organizzazioni, la sua tattica nella fase delle guerre e delle rivoluzioni si trovano consegnate in queste Tesi che il centrismo sembrò accettare, nel 1923, in Italia, per rigettarle appena poté farlo impunemente con l’aiuto dell’Internazionale Comunista. Queste Tesi, che proseguivano il cammino storico di Lenin dal 1903 al 1917, incontrarono l’opposizione dell’Internazionale. Quest’ultima, tuttavia, fino alla morte di Lenin, non le respinse mai apertamente, sebbene obbligasse gli Spartachisti tedeschi a seguire la linea opposta, costringendoli alla fusione con i Socialisti Indipendenti.

Al III e al IV Congresso del Comintern, il partito italiano, diretto dalla Sinistra, si oppose alle direttive che avrebbero condotto alla disfatta tedesca del 1923 e che avevano tuttavia ricevuto l’appoggio di Lenin e, in particolare, di Trockij. Fu su esplicita richiesta di Lenin che Bordiga e la Sinistra rinunciarono a dimettersi dalla direzione del partito, benché maggioritari al Congresso, giacché per dei marxisti non era possibile risolvere i problemi della rivoluzione in un Paese essendo minoritari a livello internazionale.

Al V Congresso, svoltosi dopo la sconfitta del ’23, la Sinistra rifiutò il mercanteggiamento propostole da Zinov’ev, che le offriva la direzione del partito in cambio dell’appoggio alla campagna anti-trockijsta in Russia. Su molti problemi, essa era in disaccordo con Trockij, il quale però rappresentava quantomeno una reazione internazionale al centrismo, e ciò bastava per imporre una totale solidarietà. La Sinistra, peraltro ancora maggioritaria nel partito, si dimise dunque da tutti gli incarichi, e dette inizio alla lotta ideologica che, con la formazione di una corrente, avrebbe condotto alla nascita della Frazione di Sinistra. Nel 1926, la corrente marxista che, con Bordiga, si era opposta, in Italia, alle avventure del centrismo (p. es., la secessione dell’Aventino nel 1924) e che, sul piano internazionale, lottava contro il “socialismo in un solo Paese”, la “bolscevizzazione”, il Comitato Anglo-Russo, elaborò un documento programmatico che fu presentato a un Congresso del Partito Comunista d’Italia. Questo documento è conosciuto come “Piattaforma della Sinistra”.

Le “Tesi di Roma” (ripudiate dai centristi) e la “Piattaforma” furono i documenti di base per la formazione, a Pantin, della Frazione Italiana; il suo organo in lingua italiana era “Prometeo” (tutt’ora esistente).

Quando nel 1930 si costituì l’Opposizione Internazionale di Sinistra, diretta da Trockij esiliato in Turchia, la Frazione Italiana vi partecipò rivendicando i propri documenti fondativi. Trockij salutò la “Piattaforma” del 1926 come uno dei migliori documenti dell’opposizione, il che  non gli avrebbe impedito di scatenare una lotta di manovre e intrighi per piegare la frazione alla sua politica.

Fin dal gennaio 1932, la crisi profonda dell’Opposizione Internazionale di Sinistra aveva acuito le divergenze tra la Frazione e Trockij, che usava metodi burocratici per formare e dividere i gruppi, dissolvendo e spiazzando la direzione internazionale, attaccando la Frazione che si rifiutava di partecipare a questo gioco che impediva la costituzione di organismi comunisti nei diversi Paesi. L’opposizione tra la fedeltà ai “primi quattro Congressi dell’Internazionale Comunista” – credo del trockijsmo – e l’analisi marxista degli avvenimenti del dopoguerra – che vedeva il trionfo internazionale del centrismo – trovò la sua espressione non solo nell’opposizione tra la politica di “raddrizzamento dei partiti” e quella della costituzione di frazioni agenti nel partito e solo canale del pensiero marxista, ma anche nell’opposizione tra ” le parole d’ordine democratiche” – che avrebbero fatto di Trockij il campione della guerra imperialista in Spagna e in Cina – e le tesi classiste, per le quali il proletariato e le sue posizioni sono le sole parole d’ordine adeguate alla situazione del dopoguerra.

Alla fine del 1932, alla vigilia dell’ascesa al potere di Hitler, la separazione aveva luogo sulla base di una proposta di esclusione della Frazione, fatta da Trockij (Gourov) che, parallelamente, intravedeva una possibilità di vittoria in Germania, anche con Thällman.

Nel 1935, dopo l’aperto tradimento del centrismo – che faceva sèguito alla morte definitiva dell’Internazionale Comunista e all’ingresso della Russia nella Società delle Nazioni –, la Frazione Italiana si trasformava e, da frazione del Partito Comunista d’Italia, diventava la frazione del nuovo partito che le eruzioni rivoluzionarie avrebbero permesso di fondare. Ciò avveniva in un momento in cui l’imperialismo italiano scatenava la guerra d’Abissinia, e il Congresso si concentrò sui problemi della trasformazione della Frazione in Partito, che il tradimento del centrismo e l’apertura della fase delle guerre imperialiste ponevano imperiosamente. Si affermava una corrente che voleva sostituire al processo reale delle lotte di classe – fecondatore delle condizioni necessarie per la formazione del partito – un volontarismo generatore di opportunismo e di revisione del programma comunista. I principali dirigenti di questa corrente dovevano formare la minoranza che nel corso degli avvenimenti spagnoli avrebbe sostenuto la guerra imperialista, passando dall’altra parte della barricata.

Alla fine del 1932, la Frazione italiana decideva un lavoro comune con la Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique, sulla base di una convergenza nella critica alle posizioni dell’Opposizione Internazionale (trotskysta), critica contenente le questioni centrali del movimento operaio: lo Stato e il partito.

Gli avvenimenti spagnoli dovevano determinare una crisi in seno alla Frazione e nei suoi rapporti con la Ligue belga, al cui interno appariva d’altra parte una corrente marxista confluente con quella maggioritaria nella Frazione. L’esclusione dalla Frazione Italiana della minoranza che sfuggiva alla discussione, avrebbe poi preceduto la rottura con la Ligue ove si sarebbe verificata una scissione (vedi la risoluzione della C. E., “Bilan”, n. 42). Nel novembre 1933, parallelamente alla collaborazione con la Ligue belga, la Frazione iniziò a pubblicare una rivista teorica, al fine d’intraprendere un lavoro di chiarificazione internazionale che doveva spingere i gruppi di avanguardia che avevano rotto con Trockij a seguire il cammino della formazione di frazioni di sinistra. 

A quell’epoca tutti i tentativi della Frazione volti alla costituzione di un Bureau International si scontravano con la passività e la confusione dei gruppi esistenti, tra i quali solo la Ligue sembrava disposta ad affrontare una discussione internazionale seria.

Con la guerra di Spagna, tutte le divergenze con la Ligue e gli altri gruppi sfociarono in una rottura che segnava la caduta di questi “comunisti di sinistra” nella palude delle ideologie capitaliste. Una nuova fase si apriva, quella della formazione di frazioni di sinistra contro tutti i gruppi esistenti, sulla base delle nozioni programmatiche sullo Stato e sul partito proclamate dalla Frazione, insieme alla minoranza della Ligue belga. Questo sforzo ricevette la sua consacrazione con la formazione del Bureau delle frazioni di sinistra e la trasformazione di “Bilan” in “Octobre”.

Attualmente, la Frazione Italiana pubblica “Prometeo” e “Il Seme”, organo di discussione, in lingua italiana, che serve da strumento di preparazione teorica per il Congresso della Frazione. In una prossima cronaca, parleremo delle divergenze esistenti oggi nella Frazione, dei problemi discussi e che trovano la loro espressione in “Prometeo” e ne “Il Seme”.

La Frazione Belga

Il 21 febbraio 1937, la Conferenza Nazionale della Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique dichiarò incompatibile l’appartenenza all’organizzazione con l’adesione alla risoluzione pubblicata da Jehan nel suo “Bulletin”. Si trattava della contrapposizione tra i partecipazionisti alla guerra imperialista spagnola e gli internazionalisti sostenitori delle posizioni classiste.

Pertanto una minoranza – l’insieme del gruppo di Bruxelles, eccetto tre compagni (tra cui Hennaut) – lasciava la Ligue. Il 15 aprile appariva il primo numero del suo bollettino mensile, contenente i documenti di base concernenti la costituzione della Frazione Belga della Sinistra Comunista Internazionale. Non si trattava, come Hennaut voleva far credere, di un’emanazione della Frazione Italiana, ma della conclusione di tutto un processo nel corso del quale il proletariato belga era arrivato, per la prima volta, a gettare le basi per la costruzione di un autentico partito di classe.

Si sa che il Partito Comunista Belga fu creato dalla gioventù socialista che, al richiamo della Rivoluzione russa, lasciò il POB. In Belgio la sua costituzione non fu preceduta da eventi sociali, poiché la borghesia riuscì, grazie al compromesso di Lophem, ad arginare con delle “riforme sociali” l’ondata proletaria che rifluì verso le organizzazioni del POB. Molto presto, il giovane nucleo comunista fu imbrigliato in una fusione, imposta dal Comintern, con il gruppo della sinistra socialista di Jacquemotte. Nondimeno, nel 1928, la maggioranza del partito passava all’Opposizione che, dopo la scissione di Anversa, aveva con sé tutti i militanti di avanguardia del movimento operaio belga. L’Opposizione si mosse a tentoni tra la moltitudine di problemi che si ponevano alla sinistra marxista. L’assenza di grandi movimenti sociali e l’impressione generale di stagnazione, incisero non poco nello scoramento che rapidamente la pervase. Bisognava agire come partito o come frazione? Questi problemi erano dibattuti al suo interno senz’esito, allorché era evidente che unicamente un lavoro come frazione – seppur escluso dall’Opposizione – avrebbe permesso di approcciare i problemi della degenerazione centrista e di elaborare le posizioni che avrebbero consentito, al momento del tradimento del centrismo, di evolvere verso la costituzione del nuovo partito. Trockij, dal suo esilio, pose imperativamente i termini del problema (“raddrizzamento dei partiti” contrafrazioni di sinistra) e senza attendere una discussione internazionale, senza comprendere le difficoltà inevitabili dell’Opposizione Belga, provocò sulla questione dell’Est Cinese (la ferrovia venduta da Stalin alla Cina) una scissione che disgregò definitivamente l’Opposizione Belga. Quest’ultima si scisse in due tronconi: il primo (la Federazione di Charleroi) creò il gruppo trockijsta ufficiale che sarebbe andato a finire nel POB, per poi uscirne con elementi della sinistra e costituire il Partito Socialista Rivoluzionario; il secondo diede vita alla Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique che vegetò fino al 1932. Nel momento in cui il gruppo trockijsta degenerava, escludeva gli elementi internazionalisti e rompeva con la Sinistra italiana, la Ligue appariva come il solo gruppo classista sopravvissuto.

Nel mentre opponeva all’idea reazionaria del “raddrizzamento” l’idea confusa di “nuovi partiti”, la Ligue ammetteva tuttavia che non esistevano le condizioni storiche e la preparazione ideologica per costituirli. D’altra parte, riguardo a “democrazia e fascismo”, sul piano dei princìpi, dava una risposta soddisfacente (benché oggi l’abbia rivista per appoggiare i repubblicani spagnoli) e non riteneva possibile accontentarsi dei “primi quattro Congressi dell’Internazionale Comunista”.

La sua collaborazione con la Frazione Italiana, che ne determinava un’allargamento della base di lavoro, e l’arrivo di nuovi elementi rimasti in posizione di attesa o provenienti dal gruppo trockijsta, avrebbero determinato un’atmosfera di discussione in cui erano affrontati i problemi essenziali del movimento comunista, tanto sul piano internazionale che su quello specificamente belga. Nel corso di queste discussioni, che avevano per oggetto l’evoluzione della Russia e la nuova situazione internazionale e belga, apparvero delle divergenze che si cristallizzarono poco a poco in due correnti che trovavano ancora, comunque, una base comune di lavoro. Le divergenze vertevano sulla Russia, sul problema della guerra (guerra d’Abissinia), sulla democrazia (plebiscito della Saar), sulle elezioni, sulla sinistra socialista e, infine, sul problema del partito e sul processo della sua formazione in Belgio, e furono esposte nel “Bulletin” della Ligue e nei “Cahiers” (soprattutto in “Bilan”).

Al termine di questa evoluzione, gli avvenimenti spagnoli misero le due correnti di fronte alla necessità di dare un’espressione politica alle loro divergenze e si manifestò un’opposizione di principio. Il problema dello Stato e del Partito vedeva sorgere due posizioni contrapposte, di cui una conduceva alla guerra imperialista e l’altra alla lotta per la rivoluzione proletaria. La scissione s’imponeva ed ebbe luogo.

Nel processo di evoluzione della corrente che avrebbe formato la Frazione belga, la Frazione italiana intervenne attivamente, ma in quanto acceleratore di una tendenza classista in via di definizione e come sostegno internazionalista del proletariato italiano al proletariato belga trascinato nell’appoggio alla guerra imperialista.

Se, dunque, dal punto di vista formale, non c’è legame storico tra la Frazione Belga e il primo nucleo comunista che formò il partito, in realtà, tale legame esiste dal punto di vista dell’evoluzione storica del proletariato belga, giacché la frazione attuale non è che il compimento dello sforzo realizzato dal proletariato in tutti i Paesi dopo il 1917: la creazione delle basi del partito di classe.

Il n. 1 di “Communisme”, organo mensile della Frazione Belga, ha pubblicato una sua dichiarazione, punto di partenza per l’elaborazione della sua piattaforma, che s’ispira agli stessi princìpi della Frazione Italiana. Nei suoi bollettini, ha già pubblicato una serie di risoluzioni sui problemi centrali della situazione attuale e al suo interno la discussione prosegue su di un insieme di problemi che analizzeremo nel nostro prossimo numero.

Chronique Economique

Communisme, organe mensuel de la Fraction belge, a publié, dans son Nº 11, une étude économique sur la « Prospérité de guerre ». Nous avons cru bon de reproduire de larges parties de cette étude que nous recommandons vivement à nos lecteurs.

Après avoir prouvé que la « reprise » économique actuelle est portée par un courant violent qui pousse à l’exacerbation des contrastes sociaux et « qui va jusqu’à alimenter des foyers de guerre impérialiste en Espagne, en Chine », l’auteur prouve que l’explication en réside dans la nature même de la « reprise » économique. « Sans le développement des armements, pas de reprise possible ».

Si, avant la guerre, l’expansion capitaliste qui faisait suite aux crises, se traduisait par un accroissement de la production (en quantité) et des échanges mondiaux (en volume)1, nous trouverons une tendance inverse lors du mouvement de ranimation qui va suivre la crise de 1929 lorsqu’elle atteindra son point culminant – dans les pays majeurs – en 1932. Tout d’abord, au faîte de la crise, la production décroît plus fortement que le commerce mondial, mais à partir de 1933 le cours se renverse. Les chiffres pour l’Angleterre sont très significatifs à ce sujet : en septembre 1937 :

Commerce% de 1932 = 126% de 1929 = 89
Production% de 1932 = 151% de 1929 = 126

L’auteur de l’étude continue en faisant remarquer :

Ce que nous tenons à confirmer immédiatement, c’est que cette inévitable adaptation du Capitalisme à sa phase de décadence ne peut se réaliser qu’à la condition que les forces productives, privées de débouchés « naturels », soient dirigées vers la production de guerre. Encore une fois, les chiffres dissipent le moindre doute à ce sujet.

La véritable signification de l’accroissement de la production mondiale, en septembre 1937, de 66 p. c. sur 1932 et de 15 p.c. sur 1929, ne peut être dégagée que si on rapproche ce mouvement général de celui de la production métallurgique et, particulièrement, de la production de l’acier. C’est alors qu’on aperçoit clairement que l’impulsion industrielle provient principalement de ce dernier secteur. Cependant, au point de vue mondial, le pourcentage de hausse de la production d’acier pourrait ne pas paraître confirmer cette conclusion : si de 1929 à 1937, il ne dépasse pas, en effet, le pourcentage de la production globale, 15 p.c., cela résulte de l’intervention de facteurs nouveaux (dont l’U.R.S.S. est le plus important) faussant quelque peu le rapport. Par contre, la démonstration devient nette lorsqu’on s’en tient aux chiffres des principaux pays producteurs. Qu’on en juge par le tableau que nous publions plus loin.

Nous remarquons que l’indice de l’acier dépasse l’indice général dans tous les compartiments, sauf pour l’U.R.S.S. par rapport à 1929. Cependant, certaines particularités émergeant du tableau exigent un commentaire.

Pour l’Angleterre, nous voyons que la progression sur 1932 reste inférieure à l’avancement de la production mondiale, alors qu’en comparaison avec 1929, elle est supérieure à l’indice mondial comme aux indices des autres pays (sauf l’U.R.S.S.). Pour comprendre ce contraste apparent, il suffit de se rappeler que l’économie anglaise se trouvait déjà en état de crise depuis 1926 et qu’en 1929 son niveau productif était par conséquent au-dessous du niveau mondial.

Pour l’Allemagne et les États-Unis, c’est 1932 qui marque le fond de la dépression et c’est pourquoi, en partant de cette période, le progrès relatif est plus accusé que pour les autres États. La production métallurgique de l’Allemagne est multipliée par 3,5, celle des États-Unis est quasi quadruplée. Cependant, le niveau américain reste de 5 p.c. en dessous de celui de 1929 (même pour l’acier), alors que le progrès allemand représente 24 p.c. (Angleterre – 31 p.c.). C’est qu’aussi les États-Unis, dans la frénésie du crédit, avaient pu maintenir leur production à un taux plus élevé qu’en Allemagne jusqu’au seuil de la crise.

Enfin, la Belgique et – surtout – la France restent loin au-dessous de leur niveau de 1929. On remarque cependant que toutes deux bénéficient de l’avance de l’industrie métallurgique réalisée à partir de 1932. Mais seule la Belgique parvient à élever sa production d’acier au-dessus de celle de 1929, tandis que la France ne peut qu’atteindre les 82 p.c. de son point culminant. Ses indices restent d’ailleurs les plus bas des pays envisagés et ils confirment les caractéristiques que nous avons analysées dans l’étude particulière consacrée à la période du Front Populaire.

Si nous passons à la dernière colonne du tableau, de la comparaison des deux points culminants de la politique aux armements 1913 et 1937, il résulte que 1937 enregistre un accroissement considérable de la production totale d’acier atteignant environ 70 p. c. de 1913. Seule, l’Allemagne, avec ses 15 p.c. d’augmentation fait figure de parent pauvre, mais il s’agit là seulement d’une apparence, car nous savons qu’en 1913 elle se trouvait en tête de la course qui mena au massacre de 1914. Nous remarquons, par contre, que les autres pays affirment un indice supérieur à l’indice mondial. Quant à l’U.R.S.S., bien qu’elle était déjà le cinquième producteur d’acier, elle fait un bond qui, en quadruplant sa production, l’amène au troisième rang, immédiatement après les États-Unis et l’Allemagne. Ainsi, le « Socialisme en un seul pays » acquiert-il sa pleine signification et la preuve est-elle faite que les plans quinquennaux ont contribué à l’intégration de l’économie soviétique au processus capitaliste dirigé vers la construction des économies de guerre…

L’objectif de chaque Bourgeoisie est de maintenir et de réaliser au dehors une masse de profit satisfaisante, plutôt que de chercher à accroître le volume des exportations, ce qui devient une entreprise de plus en plus aléatoire, vaine et coûteuse.

C’est ainsi que les exigences du « repli national » règlent maintenant le jeu du commerce international : échanger le moins de marchandises « indigènes » contre le plus de marchandises « étrangères », afin d’assurer « l’équilibre » des économies de guerre, en commençant par celui de la balance commerciale. Mais les « gagnants » de cette politique ne sont pas précisément – ni toujours – ceux que l’on suppose, à savoir les pays les plus riches, les États « démocratiques ». Ce sont plutôt les pays « pauvres », autrement dit ceux où (concrètement) s’est instaurée la dictature fasciste qui parviennent à faire face aux nécessités les plus draconiennes posées par l’organisation de guerre et qui, au surplus, bénéficient – dans une certaine mesure – pour la réalisation de leur programme totalitaire, de la solidarité économique des « Démocraties », tout comme celles-ci leur ont apporté déjà leur appui politique et matériel lorsqu’il s’est agi de mater le prolétariat aux endroits névralgiques des antagonismes de classe, c’est-à-dire avant tout en Italie et en Allemagne.

D’une confrontation du commerce des huit principaux pays créanciers avec celui des autres pays pouvant être considérés comme « débiteurs », ressortent ces bien curieux enseignements. D’abord, que les importations des États « riches » (Grande-Bretagne, États-Unis, France, Pays-Bas, Suisse, Belgique, etc.), augmentent de 1934 à 1936 de 13 p. c. ; celles des pays « pauvres », de 6 p.c. seulement. Par contre, les exportations des premiers s’accroissent de 4 p.c. et celles des seconds de 14 p.c. Ensuite, cette conséquence que le déficit de la balance commerciale des États créanciers augmente alors que la balance des pays débiteurs devient favorable pendant que le boni, que cette balance enregistre, augmente même de 15 p.c. durant les trois années envisagées. On peut évidemment alléguer que ce qui compte en dernière analyse c’est, non pas la balance commerciale, mais la balance des comptes qui, de positive qu’elle est en bloc pour les États riches, confère à leur situation de créancier toute sa valeur concrète. Il ne faudrait cependant pas en inférer qu’une balance des comptes déficitaire serait la preuve de la position critique du pays qui la subit. Qu’on ne perde pas de vue que si pour l’Allemagne, par exemple, cette balance fut positive en 1931, 1932 et 1933, le retour du déficit depuis 1934 n’a pas empêché le Fascisme de financer le gigantesque programme de réarmement et le plan « des Quatre Ans ». Cette capacité s’explique aisément sous le régime du contrôle dictatorial et absolu régissant les économies fascistes et qui rend possible le moratoire des dettes, l’interdiction de la sortie des capitaux, le rapatriement des capitaux « étrangers » appartenant aux nationaux, l’inexistence de capitaux « morts » (ou d’or immobilisé dans les coffres des banques d’émission), la mobilisation de toutes les ressources économiques, l’équilibre relatif du commerce extérieur et des payements par le jeu des « clearings ». On s’étonne des capacités d’armement de l’Italie en se basant sur la faiblesse, toute relative d’ailleurs, de ses moyens de production et, cependant, c’est une réalité qui n’est possible qu’avec l’appui effectif des Démocraties. Par rapport à 1935, l’Allemagne bénéficie en 1936 d’une augmentation de 15 p.c. en valeur de ses exportations ; ses ventes de produits fabriqués dépassent même celles de l’Angleterre et des États-Unis. La France, pour obtenir la liquidation de ses comptes de clearing avec l’Allemagne, a dû consentir à un supplément de ses importations de produits allemands. Ces clearings (règlements par différence) jouent d’ailleurs un rôle important dans la politique économique des États fascistes. Par exemple, dans les Balkans, l’Allemagne en use avec maîtrise pour accroître son influence économique au détriment des États d’Occident. Le jeu favorable des clearings permet également à l’Italie d’élargir ses importations et d’approvisionner ainsi son économie de guerre.

En bref, on peut affirmer avec certitude que la politique centripète de « sécurité » économique qui préside à l’organisation plus ou moins accélérée d’économies de guerre nationales – et qui a acquis la prépondérance au sein de chaque État – n’entre pas en opposition fondamentale avec l’exercice de la solidarité de classe des diverses bourgeoisies, solidarité qui s’impose au contraire pour que la « nouvelle politique économique » du Capitalisme mondial puisse pleinement s’épanouir.

Notes

  1. 22 p. c. en 1901-1906 pour la production et 29 p. c. pour les échanges. ↩︎