Triviale résurrection de l’Illuminisme
Indices: Marxist Theory of Knowledge
Catégories: Marxist Theory of Knowledge, Science, Space Race
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- Italien: Triviale rigurgito di illuminismo
De la théologie à l’illuminisme
En plaçant la Terre au centre de l’Univers, la conception illustrée par Aristote, Thomas d’Aquin et Dante établissait une séparation absolue, une hiérarchie métaphysique entre le monde terrestre et le monde céleste. Le premier y apparaissait changeant, corruptible et exposé aux atteintes de l’Homme, le second incorruptible, intouchable et interdit par principe et pour l’éternité au corps de l’Homme, ce ver de terre.
Où était la limite entre ces deux mondes ? Il est étrange que les catholiques ne l’aient pas établie, du moins à notre connaissance. Mais puisqu’aucun mythe ancien n’est purement poétique, nous pouvons assimiler la sphère de feu que Dante plaçait au-dessous du ciel de la froide lune à ce que les savants actuels appellent la ionosphère et mésosphère, piste de danse de charges et de radiations à demi inconnues, située à un millier de kilomètres de la superficie de la terre.
S’il est vrai que le satellite russe ait atteint les 900 kilomètres, sur toute son orbite ou, plus vraisemblablement, sur une partie de celle-ci, il n’est pas encore sorti des limites que Thomas d’Aquin assignait au monde corruptible, et le Vatican n’est pas tenu de l’excommunier. L’Homme n’a pas violé le Ciel.
Depuis longtemps, la conception moderne partie de Copernic, Galilée, Kepler et Newton a abattu cette limite métaphysique entre monde terrestre et monde céleste. L’Église elle-même ne condamne plus cette opinion bien assise que les transformations de la matière qui se produisent sur la terre affectent également les corps célestes, qui, de témoins impassibles, deviennent ainsi acteurs du devenir universel. On a découvert que le ciel n’était pas immuable, et Newton a compris que le même principe expliquait le poids et les mouvements des corps sur la terre, et la gravitation des astres. Dans sa Philosophiae naturalis principia mathematica, il montra comment la lune (et tout autre satellite ou planète) tourne éternellement autour de la Terre, sans jamais y tomber, sa course sur l’orbite équivalant à une succession de très petites chutes, sans que pourtant le corps exerçant l’attraction soit jamais atteint. Est un corps pesant non pas ce qui tombe, mais toute parcelle de matière soumise à l’attraction : c’est ainsi que l’objet qui flotte, le ballon aérostatique ou la pierre lancée en l’air ne cessent pas d’être soumis à la pesanteur. Dans ces cas, comme dans celui du satellite, le mouvement résulte de la combinaison (que l’on appelle justement résultante en mécanique) de l’action de la pesanteur d’une part, et, de l’autre, de forces telles que la poussée, la vitesse imprimée par le lancer, ou la force centrifuge (opposée à l’attraction centripète) qui se développe quand un mobile décrit une trajectoire courbe au lieu d’une ligne droite.
La lune ne tombera jamais, sans avoir pour autant besoin de force, d’impulsion, d’énergie mécanique ou de l’administration d’une énergie motrice : entre son poids (ou mieux l’attraction vers la terre) et la force centrifuge, il existe en effet un équilibre qui lie sa stabilité dans le ciel à la rapidité de son mouvement, dont Kepler a déduit les lois de l’étude des positions successives des astres.
La science moderne ne fait donc plus aucune différence de principe entre le poids d’un corps à la surface de la terre et la force qui maintient la Lune en équilibre sur une orbite fixe par rapport à la Terre.
Depuis que l’on suit non plus Aristote, mais Galilée et Newton, un satellite observant les lois de Kepler ne diffère plus en principe d’une pierre qui tombe ou roule parmi nous.
Ces notions appartiennent à l’humanité depuis les débuts de l’ère moderne ; leur apparition a précédé les grandes révolutions libérales bourgeoises et leur idéologie illuministe, opposée au principe théologique d’autorité.
Les satellites lancés par les Russes vérifient donc les lois découvertes au début du mode de production capitaliste ; la théorie et la technique utilisées pour ces entreprises appartiennent à la superstructure illuministe et anti-scolastique de ce mode de production.
Kepler contre la propagande
Quel rapport entre le satellite artificiel et les lois de Kepler ?
Le 4 Octobre, le communiqué officiel de Moscou, annonçant le lancement du premier satellite indiquait seulement que le corps accomplissait sa révolution en 95 minutes et qu’il « suivait une trajectoire elliptique à une hauteur d’environ 900 kms ». Il ajoutait que la vitesse « imprimée » à l’engin était de 8 000 mètres à la seconde. Ce qui eût été utile, pour la culture des non spécialistes, eût été de fournir toutes les données théoriques AVANT le lancement, pour qu’ils puissent voir si elles étaient vérifiées par l’observation. Au minimum, on aurait dû indiquer le grand et petit axe de l’orbite. Au lieu de cela au moment du lancement on ignorait encore les extrêmes ! C’est que dans la phase historique actuelle, les conquêtes de la science ne servent qu’à abrutir plus encore les masses, que l’on courtise de toutes parts, mais dont tout le rôle se réduit, pour leurs adulateurs, à ouvrir la bouche jusqu’aux oreilles !
La loi qu’il était cependant donné de vérifier était la troisième loi de Kepler1. S’appuyant sur les données certaines concernant notre unique satellite, il s’agissait de voir si le rapport des CARRÉS DES TEMPS DE RÉVOLUTION respectif de la Lune et du Spoutnik était bien égal au rapport des CUBES DE LEURS DISTANCES AU CENTRE DE LA TERRE.
Pour la Lune, la distance moyenne est de 60 rayons terrestres, c’est à dire de 384 000 kilomètres Son temps de révolution est de 27 jours 7 heures, soit 655 heures.
Si, comme il semble, le Spoutnik accomplit sa révolution en 96 minutes, c’est à dire en 1 heure 36 minutes, le rapport du carré des deux temps est d’environ 169 000. Puisqu’il doit être égal à celui des cubes des distances, on trouve que le satellite est à 1,086 rayon du CENTRE de la terre, c’est à dire à 550 kilomètres seulement de sa surface. Inversement, pour une hauteur moyenne de 900 kilomètres, le temps de révolution aurait été, selon Kepler toujours, de 104 minutes au lieu de 96, ce qui donne une vitesse moyenne de 7,3 kilomètres à la seconde au lieu des 8 annoncés. Comme on voit, les lanceurs du Spoutnik se comportent tout comme les poissonnières du marché ; avec eux, il faut en rabattre sur les chiffres, comme avec elles, sur les prix ! Et voilà de quelles exagérations bien peu scientifiques est nourrie la campagne sur le satellite !
Le 4 Novembre, le public apprenait sans préavis le lancement du second Spoutnik. Le communiqué, comme de bien entendu, était à nouveau plus politique que scientifique : l’engin « accomplit sa révolution en 102 minutes, à une hauteur de 1500 mètres » la vitesse restant de 8000 mètres à la seconde Ce temps coïncidait assez bien avec les 104 minutes calculées par nous. En outre, les petites histoires que la chienne du second Spoutnik2 s’accompagnaient de cet aveu que les hauteurs indiquées étaient toujours des maxima, le minimum ne dépassant pas 200 kilomètres !
L’effet cherché, en ne donnant officiellement que les maxima était d’impressionner le public à la fois par les hauteurs atteintes et par les grandes vitesses « obtenues ». Il est vraiment grossier, si l’on a compris que grande vitesse SIGNIFIE faible altitude ! La Lune qui, comme on a vu est à une distance moyenne de 59 rayons terrestres de la surface de notre globe, va doucement 1 kilomètre à la seconde ! Par contre, selon les lois de Kepler, un satellite qui, hypothèse extrême tournerait à un rayon du centre de la terre, c’est à dire en effleurant les eaux de la mer (et, autre supposition absurde, non pas dans l’air, mais dans le vide) accomplirait sa révolution en 85 minutes, et sa vitesse serait donc de 7,9 kilomètres à la seconde. Elle ne diffère pas beaucoup de celle que nous avons calculée pour le premier Spoutnik, en ramenant sa hauteur à 550 kilomètres, et en conservant le temps officiel de 96 minutes : 7,5 à la seconde !
Si le satellite russe ne subissait pas d’autres effets que celui de Kepler, il devrait ACCÉLÉRER justement en se RAPPROCHANT de la Terre En réalité, aussi paradoxal que cela puisse paraître, plus la vitesse est grande, plus le RALENTISSEMENT est proche : car plus elle est grande, plus aussi l’orbite de l’engin se resserre autour de l’atmosphère plus dense de la Terre, dans laquelle il finit par pénétrer.
La grande vitesse signifie donc non seulement la basse altitude, mais la chute !
Corps céleste, ou projectile terrestre ?
Dans le vide, le mouvement keplérien ne ralentit jamais, entre des extrêmes de distances et de vitesse qui sont constants. Une des caractéristiques qui autoriserait à classer le satellite parmi les corps célestes, ou, de façon moins métaphysique, parmi les mouvements relevant de la mécanique céleste et non de la balistique externe3 serait donc son maintien sur une orbite fixe : or le Spoutnik se comporte comme une petite étoile de cinéma qui, après avoir été lancée, menace à chaque instant de tomber.
Dans la pensée moderne, aucune limite absolue, aucun « rideau de fer » ne sépare plus les deux domaines sus-mentionnés du savoir. La distinction subsiste pourtant, sur la base des différences des ordres de grandeur (distances) selon que l’on considère le premier ou le second : le changement quantitatif est en même temps un changement qualitatif, selon la dialectique de HEGEL, qui restait lui aussi un idéologue du mode bourgeois de production.
Ce n’est pas seulement la précarité et l’incertitude de son mouvement (ni son besoin d’une réclame publicitaire) qui fait de l’ « objet en question » (comme disait le Ned Land de J. Verne, avant de savoir s’il avait à faire à une baleine ou à un sous-marin) non pas un corps céleste, mais un projectile terrestre : c’est la disproportion entre l’ordre de grandeur de son diamètre et de sa distance à la terre, et ceux qui sont fournis par la statistique céleste.
Même si sa distance à la terre était de 900 kilomètres le Spoutnik n’aurait encore été qu’à un septième de rayon terrestre de nos têtes, contre les 59 de la Lune, 400 fois plus près !
Si l’on cherche dans les données astronomiques quel est le plus petit ordre de grandeur en ce qui concerne la distance d’un satellite ou d’une planète à son corps attracteur, on trouve que PHOBOS, la lune de Mars est à 2,77 rayons du centre, c’est à dire 1,77 de la surface de la planète, soit dans ce cas 6000 kilomètres. Qu’est-ce donc que les 550 kilomètres du Spoutnik, quand la statistique céleste nous donne une grandeur minimum onze fois supérieure.
En conclusion, les hommes pourront dire avoir construit artificiellement un corps de mouvement keplérien lorsqu’ils seront parvenus à l’envoyer à une distance d’un rayon terrestre de la surface de leur planète !
En ce qui concerne les diamètres, maintenant, les plus petites planètes naines – ou astéroïdes comprises entre les orbites de Mars et de Jupiter, et que l’on considère comme les fragments d’une grande planète ayant fait explosion, atteignent l’ordre de grandeur de dizaines de kilomètres (Le plus grand, Cérès, a 780 kilomètres, la moitié du diamètre de la Lune). Le satellite artificiel ne pourra donc pas se contenter de 83 centimètres !… Nous proposons cette définition pour un satellite véritable : ne pas avoir un diamètre inférieur à celui de l’ex-satellite terrestre de Moscou, la république de San Marino, qui n’atteint pas dix kilomètres !
Une vitesse réduite, une grande période de révolution (et donc la possibilité d’en étudier le mouvement exact au télescope) voilà quelles seraient les caractéristiques de ce satellite, suffisamment loin de la Terre et de son atmosphère. Cela oui, ça serait un véritable exploit technologique !
Notre « objet » actuel ne serait donc qu’un projectile terrestre relevant de la balistique externe ? Encore quelques chiffres, et chacun pensera ce qu’il voudra de l’ordre de grandeur de la bêtise humaine ?
S’il n’y avait pas l’air, l’angle idéal pour un canon serait de 45° ; avec une vitesse de sortie de 625 m/s et une hauteur de tir de 4 km, il porterait à 40 km. Or la résistance de l’air est si forte que le projectile tombe à 3 km à peine, avec l’angle optimum de 32°.
Comme la densité de l’air décroît avec la hauteur, l’idée du missile était simple : un projectile parvenu très haut avec une bonne vitesse résiduelle rencontrera une action retardatrice toujours plus faible et reprendra une grande portée.
Il s’agit donc de propulser le corps à une grande hauteur, tout en lui conservant sa vitesse, ou plutôt en lui rendant la vitesse perdue pendant la montée. C’est ce que réalise la fusée4 projectile porteur d’explosifs (ou d’un autre agent énergétique) dont l’utilisation ne se fait pas au moment du départ mais pendant la lancée. La fusée est un moteur qui agit même dans le vide : son principe n’est pas la résistance de l’air (contrairement à l’hélice d’avion) mais la réaction d’inertie. Le corps en mouvement lance une partie de sa masse dans une direction opposée à ce mouvement ; le projectile résiduel acquiert la quantité de mouvement perdue par la masse émise sous forme de jet de gaz, et donc il accélère. Lorsque la charge produisant l’accélération est épuisée, on peut jeter l’enveloppe et le dispositif d’alimentation : du missile-fusée, on passa par stades successifs au satellite, par un changement quantitatif et non pas qualitatif pourvu que certaines conditions (une certaine hauteur finale et une certaine vitesse d’acheminement du dernier poids libre) calculables avec les formules de la balistique, soient respectées.
Le satellite artificiel qui reste dans le champ terrestre immédiat et n’a qu’un faible diamètre est une application de la balistique et du mouvement à réaction, et non pas une expérience de mécanique céleste. Celle-ci reste une science de pure observation. « Les Spoutniks », peuvent bien dire snobs et snobinettes, aristocratie mentale du XXᵉ siècle, « quel coup de canon ! »
C’est cela, au sens propre du terme !
Science d’aujourd’hui et science de demain.
La propagande occidentale prétend que la dictature étouffant l’esprit, le Communisme fait reculer la Science. Les comptes avec le communisme ne se font pas en Russie, où l’on n’en sent même pas l’odeur et où se développent au contraire la même science et la même technique que dans tout autre pays capitaliste. Mais si la forme de la dictature a remporté une victoire, nous-mêmes pouvons nous en réjouir, bien que, dans ce cas, cette forme appartienne au passé, et non à l’avenir. Et que le démocratisme ronge son frein !
Le fait d’avoir réussi à lancer le satellite même pour un seul tour est une expérience technique remarquable, et nous nous réjouissons hautement que les pequenots du corps scientifique d’Amérique l’aient ratée ! Mais dans le développement d’une technique que les hommes ont fondée grâce à des contributions tantôt ridicules ou naïves, tantôt puissantes et même héroïques, ce nouveau pas ne s’est pas fait autrement si ce n’est avec beaucoup moins de sérieux que les découvertes qui se succèdent depuis quatre ou cinq siècles. Dans le climat social contemporain, il ne pouvait en être autrement. Aucune grande parole nouvelle ne pouvait venir annoncer l’apparition d’une attitude différente de celle qu’a connue l’époque capitaliste dans la prise de possession de la nature par l’homme.
Sans aucun doute, l’arrivée du prolétariat au pouvoir donnera à la science une grandiose impulsion, un élan inconnu aux anciens modes de production. On peut donc se demander quelles seront les nouvelles caractéristiques des conquêtes scientifiques de cette ère, puisqu’à n’en pas douter, elles seront différentes.
Dans la construction marxiste, la science deviendra science de la société toute entière et sera ouverte jusqu’au dernier de ses membres. LA DIVISION DU TRAVAIL et la DISTINCTION ENTRE TRAVAIL MANUEL ET MENTAL auront cessé. C’est là la pierre angulaire de notre doctrine.
Ces cercles d’experts qui abritent non pas le besoin humain de savoir et de faire, mais, puisqu’il s’agit de cerveaux offerts en location, seulement une fornication avec les milieux d’affaires, ces cercles fermés disparaîtront.
Disparaîtront de même les brevets, le secret, et la recherche dans le mystère, car avant même de passer aux vérifications expérimentales, on annoncera publiquement les prévisions théoriques. Le secret d’État et de nation est un secret de classe. Il ne vaut pas mieux que l’obscurantisme des despotes et des prêtres qui auraient voulu empêcher Galilée de lire Copernic ; Kepler, Tycho Brahé ; et Newton, Kepler.
Le vulgaire coup de théâtre des Spoutniks russes est non pas l’aube du travail scientifique d’un monde nouveau, mais un pas de l’illuminisme vers des formes d’obscurantisme et de science monopolisée, qui, dans l’histoire de la pensée, ne dépassent pas le niveau des théocraties antiques. Il est digne de la vieille théosophie ésotérique dans laquelle ce qui parvient aux masses n’est pas la conquête scientifique, mais la suggestion d’un rite suscitant leur terreur ou une admiration abrutie, qui, dans les deux cas, en fait des esclaves.
Pour l’accomplir, le capitalisme d’État russe a exploité à son profit l’avantage que lui conférait le fait d’être le plus jeune et organiquement le plus vigoureux, de bénéficier de l’expérience d’autrui, et surtout d’être économiquement et politiquement totalitaire. L’entreprise n’en reste pas moins une triviale réédition de l’illuminisme à plusieurs siècles d’écart, une réédition dans laquelle le contrôle du travail scientifique par l’État est glorifié comme une source de progrès !
Plus que jamais, et comme dans toute la dégénérescence de la révolution prolétarienne russe, l’accent est mis non sur ce qui est vrai et fort, mais sur ce qui mène à un succès facile et tangible.
Pâle et froid illuminisme lunaire ! Polémique non moins triviale que celle de l’autre bord pour la démocratie !
La leçon des Spoutniks.
Nous haïssons autant le pacifisme lacrymogène que la stupide émulation dont on célèbre, avec le Spoutnik, une des pires saturnales. Aussi, quand Mr. Khrouchtchev dit que celui qui possède le satellite (suspendu là-haut à une incapacité mondiale de compter !) possède aussi le missile, qui sera sans pitié, demandons-nous simplement : c’est ça la supériorité de la culture et de la civilisation soviétiques ? Et ça, comment le faites-vous cadrer avec le reste de votre doctrine ? Celle-ci n’affirme-t-elle pas, en effet, que (tout comme si elle était une anticipation de l’humanité nouvelle et du communisme pour lesquels lutte le prolétariat du monde) la centrale russe a partout sur la terre des alliés, des disciples et des amis déjà convaincus, et qu’il n’y a plus qu’à embrasser son Verbe, et à suivre son exemple sur la terre et dans les cieux Or le missile sera sans pitié aussi bien pour les amis que pour les ennemis de classe, pour les alliés que pour les adversaires, sans pitié pour les partisans en armes comme pour les populations des États en guerre !
Cela ne revient-il pas à déclarer que le temps de ces mensonges est passé, et qu’il ne reste plus aujourd’hui sur le terrain que la FORCE de puissances monstrueuses : les États impérialistes ? Par nature, ceux-ci seront sans aucune pitié pour les populations, quelles qu’elles soient. Ils n’hésiteront pas à construire à distance des nécropoles géantes, à l’échelle de territoires entiers, et telles qu’aucune forme historique n’en avait connu de pareilles, avant l’apparition du Capital. À MOINS QUE la lumière sinistre de l’illuminisme capitaliste ne soit éteinte kilomètre carré par kilomètre carré dans le grand corps à corps social, sur toute la surface de la Terre !
La seule conquête scientifique d’Octobre 1957 c’est la répétition de CETTE conquête scientifique :
LA TERREUR COMPTE PLUS QUE L’OPINION, DANS LA PHYSIQUE DE L’HISTOIRE !
Notes
- « Les carrés des temps des révolutions planétaires sont proportionnels aux cubes des grands axes des orbites » ↩︎
- Depuis des dizaines d’années on fait des recherches sur la résistance du corps humain à des altitudes très élevées. Dans le spoutnik II, on a préféré le chien au mouton de la Montgolfière. Nous ne dirons qu’une chose à ce propos : il n’y a pas d’intérêt à envoyer l’homme regarder et s’informer dans les espaces sidéraux, car il est l’instrument le plus imparfait et le plus fragile qui soit. Nous y enverrons des instruments-robots électroniques, presque insensibles et très légers. Quant à l’homme qu’il continue à observer le ciel lointain avec des moyens semblables à ceux des anciens Chaldéens. Le cerveau de l’homme sait ce qu’il doit savoir sans abandonner la mère-terre pour aller voir de près ce qu’il se passe. La science a des ressources plus grandes que celles du « transport sur les lieux » de la magistrature. ↩︎
- Science du mouvement des projectiles lancés par un canon ou tout autre dispositif. ↩︎
- L’effet de la fusée à réaction avait été imaginé par Verne dans son livre « De la terre à la lune » non pour accélérer le départ du projectile occupé par des hommes, mais pour ralentir la chute à l’arrivée. ↩︎