Évaluations et thèses sur l’attitude du parti face à la guerre impérialiste
Catégories: Capitalist Wars, Party Theses
Cet article a été publié dans:
Traductions disponibles:
- Anglais: The Party's Classical Theses and Evaluations on Imperialist Wars
- Français: Évaluations et thèses sur l'attitude du parti face à la guerre impérialiste
- Italien: Tesi e valutazioni classiche del partito di fronte alle guerre imperialiste
- Roumain: Tezele Partidului și Evaluările Clasice Referitoare la Războiul Imperialist
GUERRE OU RÉVOLUTION
Tandis qu’à grands sons de trompe les mass media, l’opportunisme et tous les leaders de la bourgeoisie nous annoncent la fin des blocs et de la guerre froide, la venue enfin d’une ère nouvelle de paix et peut être de prospérité – ils nous ont raconté la même chose après les boucheries de 14 et de 45 -, sans nous laisser perturber, nous revenons au contraire sur le thème de la guerre et de la révolution, sachant que c’est justement quand les bourgeois se mettent à parler de paix, que se prépare effectivement la guerre. Le renouveau de nationalisme qui traverse l’Europe ne peut que nous conforter dans ce sens
Les thèses, publiées ici dans un français un peu maladroit, viennent couronner un travail commencé il y a maintenant plusieurs années. Sans les considérer comme parfaites, puisque nos travaux sont toujours susceptibles d’une plus grande précision et d’une meilleure formulation, elles représentent néanmoins le point d’aboutissement auquel nous sommes parvenus.
Nous avons commencé ce travail en nous appuyant sur Lénine en rappelant l’inéluctabilité de la guerre en régime capitaliste, surtout à l’ère impérialiste.
Le cours catastrophique du capital conduit nécessairement à la conflagration générale en poussant les grands monstres impérialistes à l’affrontement. C’est pourquoi le combat le plus impitoyable doit être mené contre l’opportunisme qui fait croire au prolétariat qu’une autre politique serait possible, que les guerres ne sont dues qu’à la férocité et à la cupidité d’une petite minorité d’affairistes. Loin de nous associer aux mouvements pacifistes, nous devons les rejeter au contraire de façon impitoyable en dénonçant leur nature aclassiste et les illusions qu’ils répandent au sein du prolétariat. Aux mots d’ordre de désarmement nous devons opposer l’armement du prolétariat et le préparer subjectivement à l’inéluctabilité de la guerre en lui disant clairement que l’alternative n’est pas guerre ou paix, mais guerre ou révolution ! Cette préparation subjective doit se concrétiser par la tentative d’organiser le prolétariat en vue de cette finalité, notamment au sein des forces armées en constituant des noyaux communistes.
PRÉMISSE :
Alors que se rapproche la crise économique générale, et que les bourgeoisies du monde entier esquissent la préparation d’une troisième guerre de brigands, ces thèses se donnent pour tâche d’exposer les fondements doctrinaux et tactiques et les évaluations du parti, en revendiquant une complète et totale continuité avec tous les écrits et thèses précédents de notre mouvement. En effet, avec cette présentation, nous n’apportons rien de nouveau, mais ne faisons que rabâcher de vieilles thèses : nous essayons seulement de mettre en lumière les nœuds dialectiques et d’entrevoir, à travers le brouillard d’aujourd’hui, le Prométhée prolétarien, rédempteur de l’humanité.
Outre les positions classiques de Marx-Engels et Lénine, ce travail retrace par conséquent les positions de notre courant, dont nous ne pourrons donner de plus amples citations par manque de place.
1- TYPES HISTORIQUES DE GUERRE
Le marxisme écarte l’évaluation abstraite et insuffisante des pacifistes et anarchistes selon laquelle les guerres, meurtrières et bestiales, sont toutes à combattre ; et, conforme à la doctrine tracée par Lénine sur le fil rouge de Marx-Engels, il approuve ou condamne une guerre donnée selon sa signification historique fondamentale. Le refus de prendre les armes, en tant qu’expression de lutte violente, contre n’importe quel militarisme et n’importe quelle guerre, est idéaliste et métaphysique. Être contre la guerre est, pour nous, non un point de départ, mais un point d’arrivée fondamental. L’abolition de la guerre n’est pas un de nos mots d’ordre. La guerre est un des faits historiques qui marquent les étapes du cycle capitaliste avec ses phases ascendantes et descendantes : ce mot d’ordre d’abolition de la guerre ne signifie rien d’autre que la croyance en la possibilité d’interrompre ce cycle sans intervention révolutionnaire.
L’époque ouverte par la grande révolution française de 1789 peut être divisée schématiquement en périodes qui correspondent chacune à un type différent de guerre et à une attitude différente des marxistes vis à vis d’elle.
Première période : de la révolution française jusqu’à la Commune de Paris (1871). C’est la période des guerres nationales de libération dont le caractère essentiel est la destruction du joug féodal, absolutiste ou étranger. Ce furent des guerres de progrès, et l’approbation des marxistes se fondait sur le concept d’utilité historique – avec la diffusion de l’organisation moderne capitaliste – et non sur celui de guerre défensive ou patriotique : les guerres d’agression envers les pays féodaux comme les guerres napoléoniennes furent historiquement progressives.
En 1871, avec la Commune de Paris, Marx dénonce le grand tournant historique de la lutte des classes : » Les gouvernements nationaux sont tous unis contre le prolétariat » . En Europe, la période des guerres de systématisation nationale se clôt à cette date. Peut-il alors encore y avoir des guerres progressives et donc que l’on peut justifier ? En 1951, nous l’affirmions, mais hors d’Europe ; et, avec Lénine, nous précisions que le critère permettant d’établir si une guerre est juste ou non est, dans tous les cas, celui social, non ceux d’agression ou de défense, d’invasion ou de résistance, de conquête ou de libération.
La seconde période s’étend de 1871 à 1914, c’est-à-dire la date de l’éclatement de la première guerre mondiale et de l’écroulement de la IIème Internationale ; mais il est une autre date emblématique indiquée dans les textes de Lénine et les nôtres, marquant la fin de cette seconde période : celle de 1905 qui, avec la révolution russe et le devenir impérialiste du capitalisme ouvre une troisième période de guerres et de révolutions . Cette deuxième période est celle du soi-disant développement » pacifique » du capitalisme, de la domination complète de la bourgeoisie et de sa décadence, de la concentration du pouvoir économique et politique dans le capital financier ; les assauts révolutionnaires en sont absents, le mouvement socialiste prépare et rassemble progressivement ses forces, s’étend tandis que surgissent les grands partis européens et les grandes organisations syndicales.
En somme, les marxistes de cette époque se préoccupent de la consolidation et du développement de ce processus, et leur attitude à l’égard de la guerre dérive de ses conséquences possibles sur le cours de celui-ci. Engels remplace le critère précédent d’appui aux guerres progressives bourgeoises par celui de défense des acquis organisatifs du socialisme, menacés par la victoire de la Russie féodale. Il n’y a plus d’alliance avec la bourgeoisie nationale, mais une aide conditionnée préservant l’indépendance complète du mouvement socialiste : la guerre devrait être conduite avec des « moyens révolutionnaires » et les socialistes, dans ce but, n’hésiteraient pas, s’ils le pouvaient à prendre le pouvoir.
Au début de la dernière décennie du siècle, Engels, prévoyant la guerre générale, souhaite encore un retard de la déflagration à cause de l’immaturité du mouvement : la révolution pourrait difficilement surgir de la guerre ; la Russie, grande réserve de réaction européenne, prête à suffoquer dès sa naissance n’importe quelle tentative révolutionnaire en alliance avec les bourgeoisies désormais conservatrices, menace encore. Les meilleures possibilités en cas de guerre seraient liées à la défaite de la Russie successive à une révolution brisant le régime féodal : l’Octobre russe représente une formidable vérification de cette prévision ! La guerre de 1914 a un caractère totalement différent, et tombe dans le type des guerres impérialistes, guerres non plus entre nations mais entre États capitalistes pour la répartition des esclaves salariés et des marchés. Dans l’impérialisme, la parabole du capitalisme ( révolution – réforme progressive – réaction ) a été parcourue jusqu’au bout. Il n’y a plus pour le mouvement marxiste d’intérêts nationaux à défendre de la réaction féodale, et l’ennemi à abattre est uniquement celui intérieur. En 1914, la Russie tsariste est un résidu historique mais, tout en en souhaitant la défaite, ce n’est pas pour autant que la social-démocratie aurait dû soutenir le gouvernement bourgeois allemand ; elle aurait dû avoir pour consigne de travailler à les faire tomber tous les deux. Les communistes révolutionnaires doivent guider la lutte directe du prolétariat contre tous les gouvernements, pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, pour la prise révolutionnaire du pouvoir.
A ces deux types ( bourgeoises progressives et impérialistes ), Lénine en ajoute une troisième : guerre révolutionnaire, guerre entre un État dans lequel la révolution prolétarienne a triomphé et des États où domine encore le capitalisme. Le marxisme non seulement n’exclut pas une guerre pareille, mais la retient comme étant progressive et nécessaire : elle pourra surgir comme guerre de défense contre l’invasion d’un État capitaliste, ou comme guerre d’agression contre un État encore bourgeois pour y soutenir et y fomenter la révolution communiste. Dans les deux cas, on ne doit pas choisir, sous peine de se précipiter dans de néfastes positions rétrogrades, l’aspect national (même si l’État prolétarien est unique), mais celui international du heurt militaire entre des armées de classes ennemies, car une telle guerre coïncidera avec la la guerre civile mondiale.
Deux guerres impérialistes ont dévasté le monde, et dans les deux cas les sociaux traîtres tentèrent d’en donner une explication « marxiste » au prolétariat pour le pousser à se ranger sous les bannières d’autrui. Ils nommèrent « défensive » la première guerre mondiale. Les fractions de gauche internationales, avec Liebknecht et la gauche italienne, rappelèrent alors que les marxistes d’avant 1870 utilisèrent le mot d’ordre guerre de défense pour indiquer des guerres de développement de la forme capitaliste ; la guerre de 1914 par contre était une guerre impérialiste entre des pays capitalistes pleinement développés et parler dans ce cas de défense de la patrie dans n’importe quel pays belligérant représentait une trahison ignoble. Les sociaux traîtres taxèrent ensuite la deuxième guerre mondiale de guerre du premier type, guerre de libération nationale, puis de guerre du troisième type, guerre révolutionnaire prolétarienne, faisant ainsi implicitement des régimes bourgeois démocratiques les diffuseurs du socialisme et ses défenseurs face aux Allemands !
Les social-chauvinistes de 1914 et les super- opportunistes de 1939 et de 1941 étaient bien incapables de dépouiller ces guerres de leurs oripeaux patriotiques, nationalistes ou faussement révolutionnaires pour les classer selon le point de vue marxiste dans le type de guerre impérialiste ; ceci les aurait nécessairement conduit à défendre, comme le firent les socialistes conséquents, l’unique tactique admissible : celle du défaitisme révolutionnaire sur tous les fronts.
2- L’INÉVITABILITÉ DE LA GUERRE IMPÉRIALISTE
Avec la formation du marché mondial, avec la dissolution des anciens cercles de vie et d’influence restreints, propres au pré-capitalisme, dans un magma économique unique de la production et de la vente des produits, puis avec la saturation des marchés du monde entier et l’insatisfaction des « derniers arrivés » à l’étroit dans leur réseau d’écoulement de marchandises, enfin avec la venue de l’époque de l’impérialisme, les guerres d’usurpation, de rapine, de brigandage des deux côtés du front, pour la distribution des marchés, pour un partage et une nouvelle répartition des sphères d’influence du capitalisme financier au travers de la soumission aux grandes puissances d’États et de nations, sont inévitables.
Les gouvernements bourgeois et leurs chefs pourraient-ils empêcher la guerre ? Ils n’ont le pouvoir ni de la provoquer ni de l’empêcher. Même en admettant que, individuellement, ils ne veulent pas que la guerre éclate et qu’ils ne trouvent pas opportun de la hâter, leurs intentions importent bien peu : l’oligarchie du haut capitalisme qu’ils représentent et dont ils dépendent est contrainte d’opérer dans la production, dans l’industrie, dans la finance selon des lois économiques inexorables qui conduisent à la guerre. La guerre n’est pas la politique d’une certaine couche ou d’un certain parti bourgeois ; c’est une nécessité économique.
Les mouvements pacifistes interclassistes, les « partisans de la paix », les « colombes » de tout genre pourraient-ils empêcher la guerre ? Ces mouvements non prolétariens expriment seulement le désir mesquin petit-bourgeois de maintenir les avantages que le capitalisme est encore en mesure d’offrir aux dépens du prolétariat européen et surtout extra-européen. L’histoire nous enseigne que de tels mouvements disparaissent en cas de guerre pour embrasser les fausses justifications de leur bourgeoisie : prendre les armes et combattre l’ « ennemi » pour défendre et rétablir la Paix !
Dans l’ambiance du mode de production capitaliste et avec les instruments offerts par le système politique sur lequel il s’appuie, la guerre impérialiste ne peut être évitée : seule une force contraire historique qui s’oppose à ce système, celle de la classe prolétarienne guidée par son parti, peut constituer l’unique possibilité de l’empêcher. C’est seulement avec la disparition totale de la structure mondiale du pouvoir capitaliste que pourront être épargnées à l’humanité ses horreurs, et première entre toutes, la guerre : dans un monde socialiste, dans une société non mercantile, non capitaliste, non étatique, commencement réel de l’histoire humaine, elle n’aura plus de raison d’être .
3- L’ÉVITABILITÉ DE LA GUERRE IMPÉRIALISTE
Si dans l’ambiance du capitalisme, la guerre demeure inévitable et ne finira pas avec la « Paix Universelle » distillée par les naïfs, les mystificateurs ou les traîtres, nous affirmons avec Marx et Lénine que la guerre entre les hommes finira uniquement avec la révolution de classe supranationale qui, abolissant les causes de la guerre, abolira la guerre elle-même.
Par conséquent, Lénine et nous, quand nous affirmons que la guerre est inévitable, nous n’entendons pas qu’elle l’est de façon absolue, mais qu’elle ne peut être évitée par un mouvement vaguement idéologique de prolétaires et de classes pauvres et moyennes, sur lesquels elle passerait comme une turbine sans rencontrer la moindre résistance ! La guerre générale est historiquement évitable, mais à la seule condition qu’un mouvement de la classe salariée pure s’y oppose non pour la remplacer par la paix, mais pour abattre le vieil et infâme capitalisme et avec lui la guerre débutante
Quand Lénine établit que le stade ultime du capitalisme, l’impérialisme, conduit à la guerre, il ne croyait pas encore à une série successive de guerres, mais attendait que le prolétariat, au moins en Europe, se dresse à la vue de la première pour l’arrêter. Sa formule fut : » Transformer la guerre impérialiste en guerre civile ». Les socialistes de la IIème Internationale l’avaient acceptée, mais ne l’appliquèrent pas et crurent empêcher la guerre par le seul déploiement pacifique de la grève générale contre la mobilisation à toutes les frontières. Mais même ceci ne se produisit pas ( et aurait été par ailleurs insuffisant ) puisque tous les partis ouvriers marchèrent dans la guerre nationale. Lénine devait spécifier ( sans pour autant changer d’opinion ni se contredire puisque depuis Marx l’on sait que dans le champ de l’évaluation, l’optimisme révolutionnaire, basé sur des possibilités réelles, a un rôle non négligeable) que non une seule, mais une série de guerres impérialistes pouvait survenir : il n’en indiqua pas un terme ultime, mais fixa les conditions nécessaires pour renverser le caractère de la guerre : de guerre impérialiste en guerre civile, en guerre révolutionnaire prolétarienne. Il fustigea la prétention de vouloir par une grève, même générale et à outrance, arrêter la guerre ; il fallait et il faut bien autre chose : partir d’une forte organisation dans le prolétariat et dans l’armée, émanant du parti de classe étendu et influent, basé sur de solides positions théoriques, programmatiques, tactiques, unique organisme qui puisse diriger la prise prolétarienne du pouvoir dans le but d’abattre la putride société du capital.
4- DU RÉFORMISME PROLÉTARIEN À LA TRAHISON BOURGEOISE :
À chaque crise aiguë de la société capitaliste, les opportunistes de tout genre se rangent immanquablement et ouvertement du côté des intérêts bourgeois. Ils révèlent ainsi, sans pudeur ni remords, leur rôle historique : infiltrer le mouvement prolétarien dans le but de réaliser le programme de conservation bourgeoise, camouflé en programme d’émancipation de la classe ouvrière.
La faillite de la IIème Internationale fut causée par la domination de l’opportunisme . Cette faillite fut préparée par La négation de la révolution socialiste remplacée par le réformisme bourgeois : nier la lutte de classes et la nécessité de la transformer à des moments déterminés en guerre civile ; prêcher la collaboration de classe et la chauvinisme bourgeois sous le nom de patriotisme et de défense de la patrie ; ignorer et réfuter la vérité fondamentale du socialisme, déjà énoncée dans le Manifeste communiste, c’est-à- dire que les ouvriers n’ont pas de patrie ; s’en tenir à un point de vue hypocrite petit-bourgeois dans la lutte contre le militarisme, au lieu de reconnaître la nécessité de la guerre révolutionnaire des prolétaires de tous les pays ; fétichiser l’utilisation alors nécessaire du parlement et de la légalité bourgeoise et oublier l’obligation des formes illégales d’agitation et d’organisation en périodes de crise.
Lénine parle d’une part de faillite, d’autre part de triomphe de l’opportunisme . La faillite de la IIème Internationale fut la faillite, doctrinaire et tactique, de l’opportunisme : le bien-être pour tous au travers des réformes ne fut pas atteint et la paix ne fut pas sauvegardée ; la IIème Internationale avait achevé sa tâche historique dans la période soi-disant « pacifique » de développement capitaliste. En 1914 elle fut soumise à l’épreuve historique de la guerre impérialiste : les forces saines y étaient présentes, et les prémisses, même tactiques, pour transformer la guerre impérialiste en guerre civile avaient été ratifiées par les congrès internationaux de Stuttgart, Copenhague et Bâle ; mais la direction était aux mains des opportunistes et l’organisation s’effondra, faisant la démonstration historique du caractère fallacieux de la méthode réformiste. La trahison fut justifiée par des arguments pseudo-socialistes, et par l’infâme escamotage théorique, spécialement de la part de l’influent parti allemand : guerre juste, parce que conduite dans le but d’abattre le tsarisme !
Il ne s’en suivit pas cependant l’immédiate réorganisation en une Internationale révolutionnaire, processus qui réclame, malheureusement, des années ; et c’est en ceci que réside le triomphe de l’opportunisme : les masses prolétariennes marchèrent pour soutenir leur propre bourgeoisie, et la révolution européenne n’eut pas lieu. A la débâcle théorique correspondit une victoire pratique, puisque les prolétaires, non encore influencés par le parti mondial, furent divisés et dressés les uns contre les autres par les gouvernements et par les bourgeoisies de tous les pays, bien épaulés par les sociaux traîtres qui, en patriotes zélés, avaient subitement endossé les uniformes militaires.
Pour la seconde guerre impérialiste, la victoire théorique du marxisme, la défaite théorique de l’opportunisme et son triomphe pratique se vérifient de nouveau. Dans l’après guerre et dans l’entre-deux-guerres fétide actuel, le prolétariat est enchaîné au char bourgeois. Des geôliers sournois leur proposent non pas de briser leurs chaînes mais de choisir une prison à peine moins dure, mirage trompeur ayant pour seul but de détourner les énergies prolétariennes pour le sauvetage de l’économie nationale aujourd’hui, de la patrie demain. Il s’agit de ces partis, fils dégénérés du stalinisme déjà dégénéré, qui ayant pondu théorie, programme et tactique à la mode « marxiste », s’ornent encore, sépulcres blanchis, de l’attribut de communistes !
L’écroulement définitif de l’opportunisme, inéluctable et imposé par sa faillite théorique déjà sanctionnée par l’histoire, ne se produira pas de lui-même, mais seulement quand le prolétariat reviendra en force sur la scène de la lutte de classes, organisé, guidé par son parti : les renégats se dresseront alors ouvertement pour la défense de la bourgeoisie et constitueront pour le développement du processus révolutionnaire le premier obstacle à abattre.
5- LE MOUVEMENT COMMUNISTE FACE À LA CRISE ET À LA GUERRE
L’attitude des communistes face à la guerre impérialiste dérive de sa position générale par rapport au capitalisme : ils veulent la destruction totale de celui-ci. Les crises économiques, et les guerres qui en découlent, sont des leviers qui peuvent être empoignés pour le renverser. Le marxisme ne voit pas la paix et le bien-être capitaliste à perpétuité : l’une et l’autre constituent les prémisses nécessaires de crises toujours plus profondes et de guerres toujours plus destructrices. Le communisme veut la paix, certes, mais non celle éphémère maintenue par des armées ennemies plus dangereuses que jamais, prêtes à être jetées l’une contre l’autre ou contre les prolétaires insurgés à l’intérieur de leurs propres pays ; il veut la paix véritable et organique conquise par la révolution internationale.
La crise économique est attendue par le marxisme. Elle ou la reprise éphémère qui la suit, en provoquant une aggravation des conditions de la classe travailleuse, peut la pousser à réagir, à s’organiser sur le plan syndical et à relancer sa combativité ; elle peut aussi créer les conditions pour une croissance quantitative du parti et pour une extension de son influence parmi la classe ouvrière. Précisément parce qu’elle implique la possibilité d’un retour sur la scène historique de l’unique classe antagoniste du capitalisme, la crise économique est accueillie par le parti avec sérénité, à la différence des bourgeois qui la craignent à cause soit de la révolte prolétarienne possible, soit de la ruine de leurs classes moyennes.
La guerre impérialiste est elle aussi prévue par le marxisme. À ses origines, il y a la persistance malsaine et intolérable de la crise économique internationale qui ne permet plus d’autre solution à l’intérieur du mode de production capitaliste que les énormes destructions de marchandises et de prolétaires pour sortir du nœud coulant de la surproduction. La guerre impérialiste remet à zéro les comptes en rouge du capitalisme, établit, même de façon temporaire, un nouvel équilibre et une nouvelle répartition des marchés mondiaux et sur ses ruines permet le début euphorique d’un nouveau cycle semi-séculaire de rapine.
Le parti révolutionnaire cherchera à profiter des crises économiques comme des crises belliqueuses pour tenter d’abattre le capitalisme, et ceci dans leurs différentes phases : période de préparation, d’éclatement, de développement, d’immédiat après-guerre.
6- UNE GUERRE LONGUE NE FAVORISE PAS LA RÉVOLUTION
La révolution peut naître de la troisième guerre mondiale si avant que cette dernière n’éclate resurgit le mouvement de classe. Ou la guerre entre États commence et se développe, ou la guerre civile éclate, la bourgeoisie est renversée et la guerre ne démarre pas.
C’est en faisant un bilan de l’expérience des deux dernières guerres mondiales que notre mouvement est parvenu aux indications, évaluations et perspectives citées ci-dessus concernant le développement historique futur. Avec la première guerre, l’organisation mondiale du prolétariat y parvint en portant en son sein des influences opportunistes, vigoureusement combattues par les minorités de gauche, mais qui pour être démasquées face à la classe durent traverser la fournaise belliqueuse dans laquelle le gradualisme et le réformisme révélèrent leur véritable visage patriotique et social-chauviniste. Le prolétariat fit ce qu’il put, dans les différents pays, parfois héroïquement, mais ceci fut insuffisant à cause de l’absence de guide politique.
Il y eut une victoire en Russie, mais l’Octobre naquit de la conjonction de deux conditions particulières : la survivance d’un régime féodal et la série de défaites militaires, plus la prémisse nécessaire pour la réussite de la révolution : l’existence d’un parti qui, fort de l’expérience de 1905, bien solide sur ses bases marxistes, sut lors de l’épreuve générale de 1917, appliquer la juste tactique, profiter de la situation de guerre et des défaites de l’armée tsariste, en pratiquant le défaitisme révolutionnaire. Mais cette victoire révolutionnaire resta isolée parce que ne s’accomplit pas le cycle qui aurait dû se dérouler en trop peu d’années : condamnation et défaite des partis social-traîtres, rachat du prolétariat d’avoir adhéré à la guerre fratricide, reprise du mouvement dans les pays européens, écrasement des bourgeoisies impériales, vaincues ou victorieuses.
La deuxième guerre arriva – elle ne fut certes pas une surprise pour notre fraction – mais après la dure défaite du mouvement prolétarien, la dégénérescence depuis 1926 de la IIIème Internationale et la victoire du stalinisme et de la contre-révolution mondiale. Dans de telles conditions on ne parvint pas non seulement à concentrer et à diriger les énergies prolétariennes, mais celles-ci furent carrément poussées au service d’un front bourgeois contre l’autre, comme dans les tristement célèbres blocs partisans.
Même les crises des deux après guerres s’accompagnèrent de conditions historiques qui empêchèrent le développement dans un sens révolutionnaire des luttes prolétariennes mêmes généreuses. Le congrès de fondation de la IIIème Internationale a lieu en 1919 ; le second, encore plus significatif du point de vue théorique et programmatique, se tint l’année suivante quand la formation des sections nationales communistes devait encore se compléter. Il était déjà tard non seulement par rapport à la possibilité d’exploiter l’état de guerre dans un but révolutionnaire, mais par rapport aussi à cet immédiat après- guerre plein encore de crises et de ferments sociaux. Les bourgeoisies des différents pays furent tout à leur aise pour affronter directement et à l’aide des sociaux traîtres les grèves et les révoltes, tandis que l’armée rouge ne réussissait pas à atteindre Varsovie, évènement qui aurait probablement propagé l’incendie révolutionnaire dans le centre de l’ Europe. L’Union Soviétique restait isolée et la révolution recula internationalement.
La situation à la fin de la deuxième guerre fut encore moins favorable à cause de l’accentuation d’attitudes, comportements et décisions à but contre- révolutionnaire autant de l’ennemi de classe que des opportunistes : les bourgeoisies victorieuses décidèrent l’occupation militaire des pays vaincus, enchaînant avant qu’elle ne naisse la révolution communiste, tandis que manquaient les fortes avant-gardes en mesure de repousser les blocs politiques et que la dégénérescence des partis fils d’une Internationale plus du tout communiste touchait le fond.
L’éclatement de la guerre doit donc trouver un mouvement prolétarien déjà resurgi et un parti bien solide sur ses positions marxistes : voici les meilleures conditions que l’histoire peut mettre à notre disposition, et le prolétariat doit savoir en profiter.
La guerre qui n’a pas trouvé dès son départ ou dans ses premiers développements le barrage infranchissable de la révolution victorieuse pourra se dérouler plus facilement et donner à la fin une nouvelle vigueur au capitalisme agonisant ; au cadavre du système capitaliste qui chemine encore doit être asséné le coup de massue définitif avant que du sang neuf prolétarien ne lui soit transfusé, c’est-à-dire avant que les effets favorables dus justement à la guerre, avec ses énormes destructions et la reprise qui en découle ne commence à se produire.
La guerre résout en soi crise et renaissance du capitalisme. En tant qu’expression maximale de la crise due aux contradictions inhérentes au capitalisme qui secoue profondément les systèmes unitaires de production formés par les États nationaux, elle peut constituer une poussée décisive dans le sens révolutionnaire. En tant qu’unique possibilité offerte aux monstres impériaux de dépasser les conditions de stagnation et de redresser la courbe tendanciellement descendante du taux de profit, elle constitue la solution pour la conservation du mode de production actuel par une réorganisation violente du marché international à l’avantage des vainqueurs, mais aussi des vaincus.Il n’y a pas d’ autres perspectives.
En principe nous pouvons aussi admettre la perspective de la destruction totale de l’espèce humaine : l’accepter nous stimulera encore plus dans la préparation du communisme !
Voici pourquoi nous affirmons que le prolétariat devra chercher à briser la guerre à son début ; une guerre longue nous ramène en arrière objectivement et subjectivement ; plus la guerre se développe, moindre seront les possibilités de lui opposer la révolution. Mais cela ne change rien à la tactique du défaitisme révolutionnaire dans tous les pays et sur tous les fronts. Le parti poursuivra sa propagande et son action, dans les limites consenties par les rapports de force entre les classes antagonistes, poursuivra la tactique défaitiste, le travail légal et illégal dans l’armée, cherchant à exploiter au mieux ces possibilités que, de toute façon, le décours de la guerre peut offrir. Même dans l’après guerre de régénération capitaliste, nous n’excluons pas en fait des situations d’instabilité internationale entre vainqueurs et vaincus, et de crise sociale intérieure, spécialement dans les pays vaincus, que le parti saura utiliser pour l’assaut prolétarien.
Comme toujours le marxisme ne fait pas de prophéties, mais il énonce les conditions les meilleures pour le futur . La science est l’enregistrement des lois qui relient les évènements entre eux, sans prétendre qu’ils ne puissent embrasser un vaste champ de variabilité ; elle s’applique ainsi aux évènements passés et futurs, et elle peut se tromper pour les seconds comme tant de fois elle se trompe pour les premiers, mais toujours pour les mêmes raisons. Si les conditions sont différentes, différents seront les évènements.
Le parti a toujours, dans tous les cas, le devoir d’indiquer parmi les possibilités réelles et variées, celle la plus favorable. Notre souhait, plus qu’une prophétie, en 1956 reste inchangé. Nous écrivions alors : » La décennie post belliqueuse d’avancée de la production capitaliste mondiale va continuer encore quelques années . Puis la crise d’entre-deux-guerres, analogue à celle qui éclata en Amérique en 1929. Massacre social des classes moyennes et des travailleurs embourgeoisés. Reprise d’un mouvement de la classe ouvrière mondiale, rejet de toute alliance. Nouvelles victoires théoriques de ses vieilles thèses . Parti communiste unique pour tous les États du monde. Vers la fin de la deuxième décennie, l’alternative du difficile siècle : troisième guerre des monstres impériaux ou révolution communiste internationale. Les émulateurs mourront seulement si la guerre ne passe pas ! » (Programma C n°10- 1956).
Des deux décennies prévues nous sommes passés à quatre, à cause de la petite vitesse prise par la courbe catastrophique de la production capitaliste, mais l’alternative qui se pose pour la fin de ce « difficile siècle » demeure identique.
7 – TACHES DU PARTI DANS LES DIVERSES SITUATIONS
Le parti souhaite que se réalisent rapidement les conditions, temps et modes nécessaires à la survenue de la crise capitaliste – qui conduit inévitablement à la guerre – de façon à permettre l’extension de son influence sur un prolétariat de plus en plus combatif. En rapport avec cette possibilité, un retard dans l’éclatement de la guerre pourrait être plus favorable, mais cette considération ne nous poussera pas dans les bras du pacifisme vaguement humanitaire et interclassiste. Engels exprima aussi de telles espérances, mais son époque était bien différente. Un développement dans le sens révolutionnaire du mouvement prolétarien, en théorie et en pratique, ne s’opposait pas alors au développement des forces parlementaires socialistes, et donc au développement d’actions dans le temple même de la démocratie bourgeoise, afin de contraindre l’État à des choix moins défavorables pour la classe travailleuse, et surtout afin d’utiliser le parlement comme tribune pour la propagande révolutionnaire. Une guerre contre l’ Allemagne, point le plus avancé du socialisme mondial, aurait pu ralentir ce développement. Il ne s’agissait pas là de réformisme : Engels condamnait l’État bourgeois et rappelait au prolétariat que le moment venu, il faudrait dresser les barricades.
Dans la situation d’aujourd’hui, la reprise de notre mouvement se reconnaîtra à une vaste réaction de défense du prolétariat, à la renaissance des organisme syndicaux classistes et à une influence sensible du parti sur la classe et sur ses organisations économiques, afin de la conduire à rejeter, avant tout, les idéologies et programmes basés sur l’action démocratique et sur l’utilisation des institutions bourgeoises.
Dans ces conditions historiques, la préparation ou l’éclatement de la guerre pourrait offrir les plus grandes possibilités révolutionnaires. Dans une situation devenue explosive économiquement et socialement, l’étincelle de la guerre pourrait attiser l’incendie révolutionnaire. Ce n’est pas pour autant, évidemment, que le parti cesserait de combattre la venue de la guerre du capital.
Le cri « »Tirez les premiers », adressé par Engels aux bourgeois, se comprend ainsi : pour vous abattre nous vous répondrons par les armes ; nous pourrions en cette occurrence le paraphraser par le défi suivant : faites le geste d’amorcer vos missiles, et le prolétariat se dressera pour conquérir le pouvoir et arrêter votre guerre. Le processus serait plus complexe que ce qu’il ressort de ce cri de guerre : la guerre impérialiste serait transformée en guerre civile là où cela serait possible ; dans certains pays le pouvoir passerait dans les mains du parti prolétarien et l’époque des guerres révolutionnaires s’ouvrirait.
Aujourd’hui ce défi ne peut certes être lancé : si les missiles partaient, la perspective serait difficile. Le parti cependant, bien que réduit actuellement au strict minimum à cause des nécessités historiques, ne se limiterait pas seulement à l’enregistrement des faits et à leur interprétation, mais, comme toujours, il s’efforcerait de les déchiffrer, de découvrir une possibilité même minime offerte par un prolétariat encore prostré et désorganisé, même dans le cas d’une troisième guerre qui n’aurait pas été stoppée au moment de son déclenchement.
L’on retrouve dans notre Plate-forme de 1945, alors que la guerre fait encore fureur, un exemple clair de la façon dont le parti en temps de guerre, bien que sachant inexistantes les conditions objectives et subjectives qui rendent possibles la révolution et la prise du pouvoir, ne renonça pas pour cela à ses tâches dans l’attente de jours meilleurs ; il reproposa les bases et points cardinaux non seulement du programme mais aussi de la tactique juste, potentiellement traduisibles en mots d’ordre d’action non ambigus. Il y avait alors quelques forces prolétariennes déterminées, au service cependant de l’opportunisme et de l’ennemi de classe ; les forces du parti étaient dispersées et son influence nulle sur les faits historiques. L’exigence primordiale était sa reconstitution sur de solides bases théoriques et programmatiques : la Plate-forme avait cette tâche principale. Toutefois, même et surtout pour éviter « des réactions de dernière heure désorganisées et inattendues » rapportées ponctuellement à des situations « futures », on n’hésita pas à poser aussi les fondements d’une orientation tactique.
En effet, tout en prévoyant l’allure descendante de la courbe de la lutte de classes, on n’excluait pas en principe le processus suivant : la reconstitution du parti, une forte influence sur la classe, le changement de direction de la lutte prolétarienne. Pour cette raison le parti fixa des points tactiques qui recoupent de façon non équivoque le défaitisme révolutionnaire ; points nécessaires même s’il n’y eut pas de traduction pratique ni dans l’immédiat, ni dans ce cycle post-belliqueux caractérisé par un contrôle policier féroce des armées victorieuses sur les pays vaincus, et des bourgeoisies nationales, soutenues par l’opportunisme stalinien, sur les prolétaires.
Tirant les leçons de la première guerre, nous établissions que le prolétariat n’avait pas tant laissé passer l’autobus historique, mais plutôt que celui-ci ne s’était pas présenté en Occident dans ce fatidique arc d’années qui va d’août 1914 au début des années 20. Quoiqu’il en soit la Gauche, d’abord constituant un courant, puis une fraction organisée dans le Parti socialiste, enfin à la tête du P.C. de Livourne, ne se trompa pas par optimisme excessif ou par volontarisme quand, conduisant sa bataille à l’intérieur du PS, elle indiquait au parti et aux masses prolétariennes la voie directe pour donner l’assaut à la citadelle bourgeoise, opposant au « vieil » antimilitarisme réformiste celui « nouveau » et révolutionnaire de classe, proposant cette tactique qui sera qualifiée avec Lénine en des termes non équivoques de défaitisme révolutionnaire.
Le parti ne cessa pas par la suite, dans les années où le reflux de l’onde révolutionnaire était évidente, d’indiquer, dans une position critique à l’intérieur de la IIIème I., la tactique juste à appliquer pour l’ Europe pleinement capitaliste, tirant les leçons plus des défaites sanglantes d’Occident que de l’éclatante victoire russe.
Avec la troisième guerre, si la perspective la plus favorable – réponse révolutionnaire dès ses premières manifestations – ne se vérifie pas, le parti rejetant tout volontarisme, se posera comme force active, dans les limites imposées par les conditions historiques et par le rapport de force entre les classes, avec sa critique, sa propagande et ses indications sur la tactique à adopter, ni changeable, ni « nouvelle » par rapport à des évènements nouveaux, mais déjà fixée et bien connue de l’organe parti.
8 – CONTRE TOUTE DÉFENSE DE LA PATRIE ET CONTRE TOUT OBJECTIF INTERMÉDIAIRE
L’attitude préconisée par notre mouvement en cas de guerre impérialiste dérive de la tactique codifiée par la Gauche et par Lénine, caractérisée avant tout par le refus de mots d’ordre qui, sous de fausses apparences révolutionnaires, ou ayant la prétention de conserver de pseudo-conquêtes socialistes, ne sont pas autre chose que des paroles de conservation de l’ordre bourgeois.
« L’aspect ‘défense de la patrie’ de l’opportunisme consiste à affirmer que la classe ouvrière, dans l’organisation sociale actuelle, tout en étant dominée et exploitée par les classes supérieures, court de mille façons le risque de voir ses conditions empirer de manière générale, si certaines caractéristiques de cette organisation sociale sont menacées. Nous avons vu ainsi des dizaines et des dizaines de fois les hiérarchies défaitistes du prolétariat l’appeler à abandonner la lutte classiste pour accourir, coalisé avec d’autres forces sociales et politiques dans le camp national ou dans celui mondial, défendre les postulats les plus divers : la liberté, la démocratie, le système représentatif, la patrie, l’indépendance nationale, le pacifisme unitaire,etc, etc…, faisant fi des thèses marxistes. Par ces thèses, le prolétariat, unique classe révolutionnaire, considère toutes ces formes du monde bourgeois comme les meilleures armures dont le privilège capitaliste se protège tour à tour, et il sait que, dans la lutte révolutionnaire, il n’a rien à perdre sauf ses chaînes. Ce prolétariat, transformé en gestionnaire de patrimoines historiques précieux, en sauveur des idéaux ratés de la politique bourgeoise, est celui que l’opportunisme ‘de défense de la patrie’ a livré encore plus misérable et enchaîné à ses ennemis de classe, lors des crises ruineuses survenues durant la première et seconde guerre impérialiste. »
De la même façon, nous rejetons tout intermédisme, » terme par lequel nous voulons exprimer la prétention de certains d’indiquer comme objectif principal et préalable des efforts du prolétariat révolutionnaire : non pas l’écrasement de ses oppresseurs de classe, mais la réalisation de certaines conditions d’organisation de la société actuelle qui lui offriraient un terrain plus propice à d’ultérieures conquêtes ». « Sous l’aspect complémentaire de l’intermédisme ( par rapport à ‘la défense de la patrie’), la corruption opportuniste se présente non plus seulement avec le caractère négatif de la tutelle des avantages dont la classe ouvrière jouissait et qu’elle pourrait perdre, mais sous l’aspect plus suggestif de conquêtes préliminaires qu’elle pourrait réaliser – avec l’aide complaisante et généreuse d’une partie plus moderne et évoluée de la bourgeoisie et de ses partis, s’entend – rejoignant des positions d’où il lui sera plus facile de faire un saut pour de plus grandes conquêtes ». « Le parti marxiste d’avant garde, s’il a pour tâche essentielle de déchiffrer soigneusement le développement des conditions favorables à l’action maximale de classe, a aussi celle de se dédier dans tout le cours historique à développer et conduire victorieusement cette action, non à en construire les conditions intermédiaires. »
Par conséquent, en cas de guerre, le parti, ne considérant pas le maintien et le rétablissement des conditions de paix entre les États, ou la victoire d’un front militaire sur l’autre, comme étant des prémisses à défendre ou des étapes intermédiaires à conquérir sur la route menant au socialisme, ne suspendra pas pour les obtenir la lutte classiste et ne conclura pour ces objectifs aucune alliance avec des couches ou des partis bourgeois.
9 – POUR LE DÉFAITISME RÉVOLUTIONNAIRE
« Le marxisme affirme distinctement que s’il y a eu des guerres progressives, en 1914 comme en 1939, on est face NON à une guerre de progrès, mais à un pur conflit entre exploiteurs impérialistes : le devoir de tous les socialistes était de lutter contre TOUS les gouvernements dans TOUS les pays ; de plus le marxisme ratifie l’impossibilité de mettre fin aux guerre sans abolir la société de classes et sans la victoire de la révolution socialiste. »
Ce dernier passage, tiré du schéma d’un de nos écrits de 1951, « est le premier de la thèse sur le pacifisme, et est le plus important. Il détruit toute possibilité de recevoir dans le marxisme-léninisme des mouvements qui ont pour finalité la suppression de la guerre, le désarmement, l’arbitrage ou l’égalité juridique entre les nations (Ligue de Wilson, ONU de Truman). Le léninisme ne dit pas aux pouvoirs capitalistes : je vous empêcherai de faire la guerre, ou je vous frapperai si vous la faites ; il leur dit : je sais bien que tant que vous ne serez pas renversés par le prolétariat, vous serez, que vous le vouliez ou non, entraînés dans la. guerre ; et de cette situation de guerre je profiterai pour intensifier la lutte et vous abattre. L’époque des guerres pourra finir seulement quand cette lutte sera victorieuse dans tous les États. Remplacer, face à l’approche de nouvelles guerres, le critère dialectique de Marx et Lénine – tant dans La doctrine que dans l’agitation politique – par l’exploitation grossière de l’ingénuité des masses vis à vis de la sainteté de la Paix et de la Défense ne signifie pas autre chose que travailler pour l’opportunisme et la trahison. C’est contre eux que Lénine se dédia à construire la nouvelle Internationale révolutionnaire super hanc petram ; sur cette pierre : CAPITALISME ET PAIX SONT INCOMPATIBLES. Aux pacifistes d’aujourd’hui nous dédions cette thèse lapidaire du troisième congrès (‘Sur la tâche de l’IC) : le pacifisme humanitaire antirévolutionnaire est devenu une force auxilliaire du militarisme. »
Nous répétons que « nous sommes, il est clair, pour la pleine validité actuelle de la doctrine de Lénine sur la guerre, laquelle n’est que la doctrine de Marx énoncée à sa naissance historique, après la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris, selon laquelle les guerres révolutionnaires de systématisation nationale étaient terminées : toutes les armées nationales sont désormais confédérées contre le prolétariat ! »
Lors de l’éclatement du conflit européen de 1914 « on répondit aux bourgeois que les prolétaires n’ont pas de patrie et que le parti prolétarien poursuit ses buts pour la rupture des fronts internes pour lesquels les guerres peuvent offrir des occasions optimales ; qu’il ne voit pas le développement historique dans la grandeur ou dans le salut des nations, que dans les congrès internationaux il s’était déjà engagé à briser tous les fronts de guerre partout où l’on pouvait . »
« Les guerres pourront se transformer en révolution à condition que, quelque soit l’appréciation des marxistes, survive dans chaque pays le noyau du mouvement révolutionnaire de classe international, libéré intégralement de la politique des gouvernements et des mouvements des États- Majors militaires, et qu’il ne pose pas de réserves théoriques et tactiques d’aucune sorte entre lui et les possibilités de défaitisme et de sabotage de la classe dominante en guerre, c’est-à-dire de ses organisations politiques étatiques et militaires. »
« La tradition propre à l’aile révolutionnaire qui converge après la guerre dans l’ Internationale bolchevique, se relie à la position de ne pas renoncer à la lutte contre le pouvoir de la bourgeoisie et les forces de l’ État même si celles-ci se trouvent engagées dans une guerre marquée par la défaite, de tendre à une possible action révolutionnaire de classe interne sans tenir compte de la possibilité de déplacer les équilibres militaires en faveur de l’ennemi. »
« Lénine le dit explicitement : notre tâche s’accomplira seulement moyennant ‘la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. »
« Depuis les premiers congrès internationaux de ce siècle, la guerre entre les États capitalistes est vue par les marxistes non plus comme une phase de développement qui doit s’accomplir avec l’appui des socialistes, où que ce soit, mais comme ‘l’occasion d’abattre le pouvoir bourgeois par la guerre sociale de classe’. Lénine ne cesse de marteler ce concept et cet engagement, trahi de nombreux côtés, pour le remettre sur pied, et avec lui tout le marxisme de gauche. La guerre est complètement impérialiste ; elle n’a pas de côtés ou d’aspects progressifs ; dans tous les États, on doit prêcher le sabotage prolétarien ‘derrière le front’ . »
« Comme dans la Commune de Paris, de même que dans celle de Léningrad, la révolution a vaincu en marchant dans la direction opposée au front de guerre, en ne tirant pas sur l’ennemi étranger dans la lutte militaire et nationale, mais en tournant les mêmes hommes et les mêmes armes contre l’ennemi interne, contre le gouvernement de la capitale, contre le pouvoir de classe de la bourgeoisie ; en transformant la guerre nationale en guerre civile . »
10 – CONTRE L’INDIFFÉRENTISME
Le parti, en appliquant partout la praxie du défaitisme et l’ » ennemi intérieur « , établira quel est le moindre mal entre les différentes possibilités, en cas d’impossibilité historique de renverser le système par la révolution (prolétariat absent ou vaincu) : entente des deux groupes impérialistes, victoire de l’un ou de l’autre.
Pour la seconde guerre nous pouvons ainsi évaluer que le moindre mal aurait été la ruine du monstre de Washington, capitalistiquement plus fort et aguerri. Aujourd’hui les conditions générales des rapports de force intercapitalistes n’ont pas beaucoup changé ; étant donné que la condition la meilleure, à l’époque décadente du système capitaliste, est celle dérivant de la défaite du groupe de pays les plus avancés et les plus forts pour la naissance de contradictions encore plus criantes et qui nous sont plus favorables, le moindre mal reste, en cas de troisième guerre, la défaite des USA.
Si nous n’étions pas plus explicites, on pourrait croire que cette thèse tombe dans un intermédisme d’une autre nature. ll ne s’agit pas du tout, comme pour les partisans de l’indifférentisme dans ce domaine, d’appuyer sur la touche américaine ou sur celle russe, renonçant ainsi, si on le peut, à appuyer sur les touches de la révolution mondiale. Le pompeux et vide indifférentisme entre les forces énormes qui se déchaînent dans les guerres a été toujours et fermement condamné par les marxistes de l’aile révolutionnaire, de Marx à Lénine, à la gauche du communisme italien et international. « Lénine sait très bien qu’il est un fait que Marx et Engels, tout en condamnant les guerres, se rangèrent néanmoins toujours de 1854-55 jusqu’en 1870-71 et de 1876-77 aux côtés d’un belligérant déterminé une fois que la guerre avait éclaté ». Cependant Lénine rappelle que depuis lors Bebel et Liebknecht sur le conseil de Marx et Engels votèrent contre les crédits de guerre, à la différence de leurs successeurs au Reichstag en 1914, qui en pleine époque impérialiste utilisèrent frauduleusement le fait que la Russie féodale était encore sur pied, et qu’on devait en souhaiter la chute. On devait effectivement en désirer la chute mais non à cause de cela se lier à Berlin avec le Kaiser, ou comme le renégat Plékanof se lier à Pietrograd avec le tsar. Seul un bourgeois ou un crétin, dit Lénine, ne comprend pas que dans chaque pays les révolutionnaires travaillent à la défaite de leur propre gouvernement. Et l’histoire a démontré qu’ils peuvent tomber l’un après l’autre.
On sait en effet que dans la guerre impérialiste de 1914 Lénine opta pour une solution . Naturellement quand, en accord avec la légation germanique, il monta à Zurich dans le wagon plombé, il passa pour » l’agent prussien Vladimir Lénine ». La suite des évènements démontra le contraire : la Russie et l’ Allemagne basculèrent toutes les deux.
Par conséquent, comme Marx créa et nous le recopions seulement, l’expression de « meilleur résultat » d’une guerre, c’est Lénine qui nous a dicté celle de « moindre mal » dans l’issue des guerres, y compris aussi les guerres modernes et typiquement impérialistes dans lesquelles l’appui à un quelconque gouvernement belligérant est une trahison évidente. Dans un texte pour le parti russe du 28-9-14, il dit : « Dans la situation actuelle on ne peut établir, du point de vue du prolétariat international, pour lequel des deux groupes de nations belligérantes la défaite serait un moindre mal pour le socialisme ». L’indifférentisme est donc bien enterré : les deux issues de la guerre auxquelles nous opposons des deux côtés du front défaitisme et révolution, si les pouvoirs actuels restent en place, auront pourtant différents effets sur le développement historique ultérieur : quelle est la solution la plus favorable du point de vue révolutionnaire ? « Pour nous social-démocrates russes [le nom du parti n’avait pas encore été modifié], il est indubitable que du point de vue de la classe ouvrière et des masses travailleuses de tous les peuples de la Russie, le moindre mal serait la défaite du gouvernement tsariste. »
Récapitulons, en tenant un moment pour certaine la troisième guerre .
Guerres 1, 2 et 3. Des deux côtés du front la consigne des partis communistes révolutionnaire est toujours : aucun appui aux gouvernements, tout le défaitisme pratiquement possible.
Guerre 1 : la meilleure issue pour la révolution est que l’Angleterre et la Russie sautent. Le premier point se réalisa bien, le second mal ; victoire pour le capitalisme.
Guerre 2. La meilleure issue est que l’ Angleterre et l’ Amérique sautent. Malheureusement cela ne s’est pas produit : supervictoire pour le capitalisme.
Guerre 3 . La meilleure issue est que l’ Amérique saute. Certains pourraient argumenter pour la thèse contraire, c’est-à-dire que que ce soit la Russie qui saute, étant donné que l’ Amérique vient au premier rang pour la conservation du capitalisme, la Russie pour la destruction du communisme révolutionnaire. La première donne de l’oxygène au patient,la deuxième immobilise son « fossoyeur » marxiste.
La thèse évidemment stupide serait : peu importe qui gagne !
11 – POINTS TACTIQUES
1 – La tactique du parti face à la guerre impérialiste se fonde sur la doctrine du défaitisme révolutionnaire de Lénine, du sabotage sans réserve de la guerre, même unilatéral,pour la transformer en guerre civile, contre son propre gouvernement, pour la prise du pouvoir et l’instauration de la dictature du prolétariat. Dans les deux guerres, les opportunistes posèrent des réserves qui eurent pour égal effet de conduire au massacre le prolétariat pour la défense des intérêts de l’ennemi de classe.
Une de ces réserves fut la simultanéité de l’action défaitiste sur les fronts ennemis, apparemment position extrême mais dans les faits impossible ä réaliser car devenant la condition pour la renonciation à l’action révolutionnaire et pour le soutien à la guerre conduite par sa propre bourgeoisie ; il faut au contraire prévoir et préparer l’action en faveur de la défaite de son propre gouvernement même dans un seul pays.
Le parti, même s’il prévoit un cours défavorable de la lutte de classes et l’impossibilité en général d’une issue révolutionnaire, ne changera pas pour autant la tactique, sauvegardant avec elle le parti et la possibilité d’une reprise classiste. Cette possibilité n’est jamais exclue dans l’absolu, puisque la réalisation de conditions particulières et favorables qui pourraient se présenter dans une phase quelconque de la guerre ( préparation, commencement, développement, fin et immédiat après-guerre) n’est jamais exclue.
2 – Le parti, tout en condamnant en principe le pacifisme légalitaire et antirévolutionnaire et tout en affirmant au prolétariat sa prochaine trahison avec les idoles de Patrie et de Défense, devra diriger dans un but défaitiste et révolutionnaire les sentiments des prolétaires et des soldats contre les effets de la guerre, et le mouvement et les manifestations prolétariennes contre la guerre ; il tendra directement et à travers son influence sur les organes économiques immédiats de classe dans lesquels il est présent avec sa fraction, à poursuivre la propagande et à mobiliser la classe contre la guerre et ses conséquences. Toute participation du parti et des communistes avec d’autres partis à des organismes de type non strictement économique et défensif, type comités pour la paix ou similaires, est à exclure. Le parti ne trompera pas le prolétariat en admettant que, sans mouvement révolutionnaire, il soit possible de maintenir la paix. La paix capitaliste viendrait, certes, mais après que se soit accompli son cycle belliqueux, avec ses dévastations, exterminations et pillages, portant déjà en elle les germes de la future guerre entre les classes dominantes des différents pays. La paix durable pourra être conquise seulement avec la guerre civile contre son propre gouvernement et sa propre bourgeoisie, et avec la guerre révolutionnaire entre États à dictature prolétarienne et États à dictature encore bourgeoise.
3 – Le parti dénonce la demande illusoire de désarmement des États. Il remplace la consigne de la milice du peuple par celle de milice prolétarienne et répète la nécessité dans un but insurrectionnel de la préparation technique militaire de la classe, et non seulement du travail légal et illégal dans l’ armée bourgeoise. Pareillement nous ne faisons pas nôtre le mot d’ordre de refus du service proposé par des mouvements anarcoïdes.
4 – La grève et l’organisation syndicale sont des instruments primordiaux et fondamentaux de la lutte de classe prolétarienne. Seule la lutte économique, seule la lutte pour les améliorations économiques immédiates arrive à remuer aussi les couches les plus arriérées de la masse exploitée, à leur donner une éducation réelle et, en période révolutionnaire, à les transformer rapidement en armées de combattants révolutionnaires. Un mouvement défensif ouvrier, étendu et combatif,est un facteur essentiel pour déterminer le processus insurrectionnel, pour désagréger la discipline et infiltrer la propagande communiste parmi les soldats.
Lors des révolutions de 1905 et de 1917 en Russie, l’enchevêtrement des grèves économiques avec celles politiques, le lien étroit entre ces deux formes de grèves, garantit le succès au mouvement. Pour que le prolétariat parvienne à exprimer complètement sa propre force de classe par la prise du pouvoir politique – nous nous référons ici à cette partie de notre science que nous appelons « art de l’insurrection » -, il faut que de vastes mouvements spontanés de la classe, de résistance et d’attaque, économiques et politiques, de civils et de soldats soient disciplinés, contrôlés, dirigés par le parti révolutionnaire qui en concentre les énergies pour l’objectif suprême de la prise du pouvoir étatique. Cette dynamique sociale complexe devra être étudiée et prévue par le parti, en l’occurrence le véritable États-major de la révolution . La question est évidemment compliquée par le fait que les divers aspects partiels du mouvement s’influencent réciproquement et différemment dans leur croissance et leur orientation ; aucun d’eux n’est suffisant en soi sinon dans l’unité du mouvement général de la classe réalisée par le parti.
5 – Le parti considère tout aussi inadéquates, dans le seul but de conjurer la guerre et de faire surgir et étendre des formes insurrectionnelles, les réactions instinctives de la classe contre la guerre, individuelles ou collectives, sous la forme de refus du service militaire, fuite, évasion, désertion. Les réactions, individuelles ou collectives, même spontanées, expriment ainsi le refus prolétarien de participer dans sa chair au massacre impérialiste, mais peuvent conduire seulement au refus des armes et à la dispersion de ces forces prolétariennes qui devront constituer le bras armé de la révolution. La dissolution des divisions et l’ébranlement du front seront vivement encouragés par le parti afin de passer sur le front intérieur organisé pour la guerre civile contre son gouvernement. Dans son activité et dans sa propagande, il incitera les soldats non à jeter les armes, mais à les empoigner plus solidement pour les diriger, le moment venu, contre l’ennemi intérieur.
C’est seulement par une intervention légale et illégale dans l’armée, visant à organiser des noyaux communistes d’abord et des divisions ensuite, que pourra se vérifier le phénomène du passage d’une partie de l’armée bourgeoise sous la bannière de la révolution, ou le phénomène de sa neutralité dans le heurt social. Dans le même temps le phénomène, étendu et spontané dans la première guerre, de la fraternisation entre soldats de pays ennemis, que les communistes doivent tenter d’organiser en dépassant sa première forme de grève militaire pourra devenir gigantesque.
6 – L’autre position à réfuter dérive d’une interprétation erronée de positions classiques marxistes. Elle consiste à dire que si les conditions sont jugées défavorables pour la réussite de la révolution prolétarienne, le parti, après avoir nécessairement évalué parmi les solutions bourgeoises possibles à la crise belliqueuse celle du « moindre mal », devrait en tirer la tactique active adéquate suivante : il favoriserait et non y ferait obstacle la victoire du front de classe considérée comme l’issue la plus favorable au développement ultérieur de la lutte de classes. Une telle position est évidemment totalement opportuniste.
7 – En cas de guerre, l’attitude du parti face à l’opportunisme reste inchangée ; au contraire, la bataille contre lui et ses organisations doit être accentuée. En effet, en appelant les prolétaires à adhérer à la guerre pour la défense de ses « conquêtes » ou directement dans le but d’en atteindre d’autres plus avancées sur la voie du socialisme, la guerre peut offrir à l’opportunisme un meilleur camouflage de gauche.
La guerre, même si elle brise l’uniformité d’attitude de l’opportunisme dans les différents pays ( chacun se rangeant avec sa bourgeoisie et son bloc impérialiste), ceci ne constitue pas pour autant un affaiblissement de l’opportunisme. Son influence sur la classe ouvrière augmentera ou diminuera selon le mouvement de la lutte de classes et selon la plus ou moins grande influence du parti marxiste sur la classe même.
Cette influence néfaste sera encore plus pesante si, comme dans la deuxième guerre, des forces armées prolétariennes sont dirigées contre leur gouvernement, non pour le remplacer par la dictature prolétarienne mais par un autre gouvernement bourgeois, et ceci grâce au jeu de la fraction qui se fait passer pour progressiste et qui se range du côté filo-russe ou filo-américain. Dans la première guerre, la IIème Internationale où dominait l’opportunisme, s’écroula, et la gauche internationale, avec Lénine, décida de fonder une nouvelle organisation prolétarienne mondiale. Cet écroulement organisatif ne fut pourtant pas suffisant pour en éliminer l’influence bâtarde, puisque la fondation de la IIIème Internationale avec ses sections nationales fut faite tardivement.
La deuxième guerre éclatait avec un parti marxiste révolutionnaire absent de la scène historique ; l’opportunisme, à l’ombre de Staline, et en faux habits communistes, ordonnait impunément un brusque changement de front, entraînant encore une fois le sacrifice du prolétariat en faveur de la classe ennemie. Pour la troisième guerre, la distinction face aux organisations « centristes » qui dans les moments cruciaux arrêteront inévitablement leurs pendules et iront grossir les rangs du patriotisme et de l’union sacrée, devra être encore plus nette.
8 – Le parti prévoit la nécessité de la guerre révolutionnaire après la prise du pouvoir dans un ou plusieurs pays. Ceci signifie que sa tâche sera d’ organiser l’armée rouge afin de battre les armées bourgeoises intérieures, et d’affronter les armées des États bourgeois extérieurs. Ce sera l’heure de la guerre juste pour la défense de la dictature prolétarienne et pour la diffusion de la révolution dans les pays encore sous la domination du capital, en relation étroite avec la lutte de classe fomentée et organisée dans ces pays mêmes par le Parti communiste mondial.
Celle-ci sera alors vraiment la dernière des guerres !