Partido Comunista Internacional

Communisme 2

En Espagne, l’Antifascisme abat ses cartes

Le langage des derniers faits tragiques de Catalogne est clair et cruel, malgré la confusion qui subsiste. De juillet 36 à mai 37, la continuité de la manœuvre capitaliste est flagrante : l’étranglement du prolétariat espagnol dans le garrot de la guerre antifasciste.

Privés d’un parti de classe, les ouvriers espagnols, au lieu de pouvoir se diriger vers la destruction de l’État capitaliste avaient dû laisser la coalition des forces bourgeoises s’emparer de leur lutte, la canaliser et finalement l’orienter vers leur propre massacre.

C’est évidemment à Barcelone – centre névralgique du drame – que le coup décisif devait être porté : excellente opportunité pour le centrisme de la IIIème Internationale de révéler concrètement sa fonction capitaliste et, pour Staline, de laisser apparaître la signification de son discours du 3 mars.

Avec continuité et méthode se préparait le guet-apens du lundi 3 mai 1937 : œuvre de centralisation poursuivie entre le Gouvernement de Valence et la Generalitat de Catalogne ; chute de Malaga accélérant l’unification des forces militaires ; coup de sonde de Valence en vue du contrôle et de la concentration des forces de police, déterminant la « crise » de la Généralité catalane ; enfin stabilisation relative des fronts permettant de passer à l’attaque brutale contre les ouvriers.

Le 3 mai, à Barcelone, ce n’est pas le fascisme qui attaque mais l’antifascisme, par le canal de la coalition socialo-communiste du P.S.U.C. à la dévotion de l’URSS et du capitalisme mondial.

Encore une fois, les prolétaires réagissent par la grève et la violence armée, mais tout comme le 19 juillet, restent abandonnés à eux-mêmes et privés de l’espoir de voir surgir l’organe de classe capable de les guider puisque d’une part, le POUM a sombré dans l’opportunisme et la trahison et que, d’autre part, le courant anarcho-syndicaliste – qui n’a jamais été qu’une force désagrégatrice du mouvement ouvrier – apporta ouvertement la preuve qu’il peut aussi contribuer à la répression féroce de la lutte prolétarienne.

Les « idéologues » de l’anarchie peuvent essayer de coller l’étiquette anarchiste sur le dos des ouvriers catalans, la tragédie espagnole prouve que l’anarcho-syndicalisme est irréductiblement opposé aux intérêts historiques du prolétariat.

Des militants anarchistes, devant la sanglante tragédie de Barcelone peuvent se frapper la poitrine et jurer qu’ils n’ont pas voulu « ça », en quoi changent-ils la nature de la « politique » anarchiste, instrument effectif du capitalisme ?

Aujourd’hui, dirigeants de la C.N.T. et de la F.A.I. participent ouvertement à l’exécution du programme de répression sanglante que la bourgeoisie espagnole va développer parallèlement au massacre organisé qui se poursuit dans la guerre contre Franco.

De nombreux camarades anarchistes et du P.O.U.M. tomberont sous les coups du général Pozas comme d’autres ont été assassinés dans les Asturies, en 1934, par les soudards d’Ochoa.

En quoi ceci peut-il atténuer la responsabilité terrible qui pèse sur l’anarcho-syndicalisme et le P.O.U.M. : forces politiques que le Capitalisme est parvenu à asservir à son œuvre d’anéantissement des forces vives du prolétariat espagnol ?

Le Parti Socialiste Revolutionarie ou le marais de l’opportunisme

Un parti ou un courant politique révèlent leur fonction sociale par leur comportement dans le mécanisme de la lutte des classes, par la nature de leur politique qui procède de la nature de classe des intérêts que cette politique défend, souvent même indépendamment des intentions des protagonistes.

C’est là un critère marxiste qui acquiert une portée et une signification immenses lorsqu’il s’applique à un groupement qui prétend se revendiquer du prolétariat ; précisément parce qu’il s’agit ici d’une classe qui, par définition et par contraste absolu avec la classe l’opprimant, naît et croît – non sur la base d’un développement de positions matérielles comme ce fut le cas pour la bourgeoisie – mais sur le fond de son appauvrissement inéluctable et incessant qui le transforme en la vivante antithèse de la société capitaliste. En effet, la bourgeoisie, appuyée sur un ensemble d’institutions qui constituent son État et guidée sûrement par son instinct de conservation de classe privilégiée peut, sans grand effort doctrinal, codifier et imposer les règles politiques qui l’aident à sauvegarder sa domination. Par contre le prolétariat, de par la place qu’il occupe dans le mécanisme de la production, a mille fois plus difficile que la bourgeoisie à s’orienter dans la lutte des classes afin d’y découvrir le chemin de son émancipation : prisonnier d’une organisation sociale qui le domine économiquement, politiquement et idéologiquement, il ne peut se libérer que par une désintégration progressive des mailles de la société capitaliste, et cela uniquement en réalisant la capacité de comprendre le mécanisme capitaliste dans les phases successives de son évolution, les lois qui président à la lutte des classes, son propre devenir historique et enfin, les tâches qui lui incombent dans l’organisation de la nouvelle société. La somme de connaissances théoriques qui concrétise cette capacité forme le programme de la Révolution que le prolétariat ne peut que développer progressivement, au travers de l’expérience historique, sur la base des enseignements qui se dégagent de ses défaites comme de ses victoires et au prix de sacrifices dont l’ampleur – sans précédent pour aucune classe révolutionnaire antérieure – se mesure à l’ampleur de l’évolution sociale.

Tout cela revient à dire que le prolétariat ne devient une force politique que s’il prend conscience du rôle progressif que l’Histoire lui commande impérieusement d’exercer. Encore la réalité sociale et le mécanisme des classes ne lui laissent-ils pas le choix des moyens pour y parvenir : le « droit » pour le prolétariat de se diriger par ses « propres forces », ce droit n’existe que dans l’imagination des innombrables démagogues qui courtisent le prolétariat. Comme le soulignait Lénine : « l’histoire de tous les pays atteste que, livrée à ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu’à la conscience trade-unioniste » et cela signifie que, livrée à la spontanéité de sa lutte, la classe ouvrière reste prisonnière de l’idéologie bourgeoise. Il n’existe qu’une seule possibilité pour le prolétariat d’atteindre à la conscience de classe et de devenir par conséquent une classe agissante : c’est de créer en son sein l’organisme capable de traduire les expériences de la lutte des classes en une gamme de principes appelés à devenir les armes de la victoire prolétarienne. Cet organisme, c’est le parti de classe dont la formation passe par certaines phases et certaines formes correspondant à des conditions historiques déterminées reflétant des rapports de classe différents. C’est pourquoi l’organisme prolétarien apparaît tantôt comme fraction, tantôt comme parti proprement dit, mais chacune de ces formes de vie politique du prolétariat répond à la continuité nécessaire de sa conscience. Nous avons déjà abordé antérieurement1 cet aspect du problème.

Une chose est évidente et inévitable : le parti, tout en représentant la classe prolétarienne toute entière parce qu’il en exprime les intérêts généraux et parce qu’il ne peut émaner que d’elle, ne peut être constitué que d’une fraction de cette classe ; dans l’ambiance capitaliste, ce n’est jamais qu’une minorité avancée qui peut acquérir une conception d’ensemble du devenir historique, c’est-à-dire la conception communiste qui s’oppose irréductiblement à l’idéologie bourgeoise empoisonnant le cerveau de millions d’ouvriers et continuant à l’empoisonner longtemps encore après la Révolution.

Toute l’évolution du mouvement ouvrier prouve qu’il en est bien ainsi et les marxistes – à l’exemple de leurs plus illustres inspirateurs – n’ont cessé d’affirmer que les deux notions : classe et parti devaient être toujours distinguées l’une de l’autre.

Évidemment, les caricaturistes politiques, pour favoriser leur entreprise de confusion, ne se font pas faute de travestir cette conception fondamentale puisque pour eux elle tend à opposer la classe au parti. Nous nous bornerons à les renvoyer à l’étude des documents fondamentaux produits par Lénine entre autres, et aux thèses sur le parti du 2ème Congrès de l’I.C., disant notamment que « la tâche du communisme n’est pas de s’adapter aux éléments arriérés de la classe ouvrière, mais d’élever toute la classe ouvrière au niveau de l’avant-garde communiste. La confusion entre ces deux notions de parti et de classe peut conduire aux fautes et aux malentendus les plus graves » : Lénine avait déjà affirmé quinze ans plus tôt que « la confusion de la classe et du parti est une idée désorganisatrice » dans ce sens qu’elle tend à assujettir le parti à la pensée bourgeoise.

L’importance de ces deux notions : classe et parti, apparaît immédiatement lorsqu’on ne se contente pas d’affirmer que le prolétariat doit construire son parti, mais qu’on pose aussi la question : comment le construire ?

Nous avons déjà dit ailleurs que la préparation de la Révolution n’exigeait pas une solution formelle mais une solution politique : la clé de la victoire du prolétariat ne réside pas dans un type d’organisation mais dans le comportement du parti vis-à-vis des autres classes et dans sa capacité à fonder les données programmatiques de la Révolution. Or le programme qui n’est qu’un ensemble coordonné de principes que fournit la matière historique, se réalise seulement par une lutte doctrinale âpre, incessante, intransigeante, du parti prolétarien ou de la fraction, contre tous les courants qui, au sein du prolétariat, agissent consciemment ou inconsciemment (cela n’importe pas) pour le compte du capitalisme. C’est dans la mesure où le parti, lié indissolublement à la lutte prolétarienne, résout les problèmes politiques qui surgissent de cette lutte ; c’est dans la mesure où, progressivement, il parvient à jeter les fondements théoriques de la société nouvelle et à formuler les règles principielles, stratégiques et tactiques que le prolétariat doit suivre pour y atteindre ; c’est dans cette mesure qu’il est véritablement le parti de classe du prolétariat, érigeant celui-ci en une force révolutionnaire capable d’anéantir son ennemi : la Bourgeoisie.

Voilà une vérité première qui s’est imposée d’une façon éclatante dans la phase impérialiste du capitalisme et particulièrement dans la période qui fait suite à Octobre 1917. Elle n’en est pas moins « oubliée » aujourd’hui – en substance si pas formellement – par la plupart des groupes de gauche, issus de la IIIème Internationale, dont la véritable tradition révolutionnaire eût dû consister à compléter le capital théorique apporté par la Révolution russe ; alors qu’au contraire leur impatience à se « relier à la masse », à agir en « réalistes » en créant de nouveaux « partis révolutionnaires » dans des conditions d’immaturité sociale, a contribué à leur faillite politique pour le plus grand profit du Capitalisme.

La fondation et le rôle du Parti Socialiste révolutionnaire, en Belgique, peuvent fournir à cet égard d’utiles enseignements à la poignée de marxistes qui s’efforcent de résister au désastreux courant de liquidation du mouvement ouvrier.

Il importe, lorsqu’on veut découvrir la substance sociale d’un organisme politique, d’analyser ses facteurs constituants, tout comme on procède pour un corps chimique que l’on décompose en ses éléments premiers. Et qu’on nous entende bien : il ne s’agit pas de juger un parti d’après la valeur intrinsèque de ses individualités, mais d’après les courants idéologiques que ces individualités représentent.

Ainsi que nous le disions en commençant, situer un parti, c’est en établir la genèse afin de déterminer les bases politiques sur lesquelles seront fondées et son action et toute son orientation. Or le cas du Parti Socialiste révolutionnaire est clair : il est formé de courants ayant appartenu à la IIe et à la IIIe Internationales ; il est l’amalgame de deux concepts qui expriment deux époques profondément différentes du mouvement ouvrier. D’une part son aile « droite » est formée de l’ancienne Gauche socialiste ; d’autre part, son « centre » et son aile « gauche » proviennent de la partie de l’opposition communiste qui se scinda en 1934 : les éléments de Charleroi de la Voix Communiste ralliant le POB, ceux de Bruxelles fondant le groupe de Spartacus ; scission qui d’ailleurs ne contribua en rien à une clarification idéologique et apparut plutôt comme un « malentendu » que la « réconciliation » de 1936, au sein du P.S.R., répara !

Nous connaissons l’origine de la Gauche socialiste, surgissant de la grande fermentation sociale de 1932, après la vague de grèves. Elle ne fut qu’un instrument du POB qui parvint à la jeter en appât aux ouvriers pour les empêcher de retirer de leur puissante action de classe les enseignements de nature à aider à la formation d’un parti révolutionnaire.

En réalité, il ne s’agissait pas là d’un épisode contingent et particulier à la lutte du prolétariat belge, mais d’une manifestation se rattachant à la fonction désagrégatrice qu’avait acquise la Gauche de la IIe Internationale dans l’après-guerre, aux côtés des facteurs corrupteurs produits par la dégénérescence de l’État soviétique et de la IIIe Internationale. Mais cependant, en Belgique, la structure du mouvement ouvrier offrait un milieu particulièrement favorable à l’activité de la Gauche socialiste ; liens traditionalistes, n’avait pas été sérieusement entamé par l’existence du parti communiste ; et ce phénomène était dû autant à la précarité des bases idéologiques de ce parti, qu’au climat démocratique développé par l’application du pacte de Lophem et qui écarta des secousses révolutionnaires semblables à celles qui agitèrent la Russie, l’Allemagne et l’Italie. Les faits prouvent avec éloquence que la Gauche socialiste a toujours adapté son évolution à celle des situations et qu’à chaque moment de tension sociale – correspondant à un certain développement des contrastes ainsi qu’à une orientation nouvelle du Capitalisme – elle intervint, non pour renforcer la lutte ouvrière, mais pour la poignarder en brouillant la conscience du prolétariat ; que de plus, la continuité de cette fonction contre-révolutionnaire s’est révélée manifestement en dépit de certaines formes extrêmes d’activité se conjuguant avec un répugnant verbalisme démagogique.

De la Gauche de Spaak, en 1932, au PSR de 1937, en passant par la Gauche de Marteaux et celle de Dauge, la filiation est flagrante : la Gauche de Spaak estompera la signification des grèves de juin 1932, favorisera le pétitionnement de 1935, détournera les ouvriers de leurs objectifs de classe en les ralliant au plan du Capitalisme présenté par Deman, contribuera, en 1935, à la défaite des héroïques prolétaires de Verviers en favorisant leur isolement. Marteaux reprendra la succession de Spaak quand celui-ci « trahira » en collaborant avec Van Zeeland à la réalisation du Plan Deman. Mais un « plus jeune », un plus « impétueux » surgira bien vite et nous vivrons, avec Dauge et les « bolcheviks-léninistes », transfuges de l’opposition communiste de Charleroi, la phase de « l’Action Socialiste révolutionnaire ».

La partie politique du programme de la nouvelle incarnation de la Gauche socialiste baigne dans la plus pure phraséologie social-démocrate : « Les travailleurs socialistes doivent faire en sorte de s’emparer au plus vite du pouvoir politique… et profiter de toutes les circonstances propices pour s’emparer du pouvoir. Des élections ne constituent pas les seules circonstances propices. » (Nous soulignons, N.D.L.R.) – A.S.R. – 17.8.1935. Le reste du programme est évidemment à l’avenant !! Quelques mois plus tard cherchant un débouché à sa démagogie, l’Action Socialiste révolutionnaire se rabattra sur… la lutte contre la guerre et contre l’Union Sacrée et ne trouvera rien de mieux que de préconiser le rassemblement de toutes les « forces de gauche » y compris, naturellement, celles qui figurent parmi les artisans de cette Union Sacrée : le Parti Communiste, « J.G.S. », le Front Populaire, etc… !

Toute cette turbulence carnavalesque ne fera que tromper les ouvriers par son « radicalisme » parce qu’elle restera imprégnée de l’esprit social-démocrate, c’est-à-dire la pensée bourgeoise camouflée pour les besoins de la Contre-révolution.

Quand, donc, le citoyen Dauge, après avoir reçu le coup de pied de l’âne, voudra démontrer que « ceux qui poursuivent la politique du redressement à l’intérieur du POB ne sont que des centristes obligés de ménager la chèvre et le chou ; qu’on leur permet de faire une soi-disant politique de gauche, mais que celle-ci se borne en réalité à une phraséologie de gauche. » A.S.R. – 21.7.35 ; il ne réussira qu’à tracer l’image de son propre courant ; mais quand par surcroît il se référera à Lénine « qui eut le courage de rompre avec les traîtres et n’a pas attendu qu’on l’exclût » ; il se moquera avec une impudence inouïe de lui-même et de ses lecteurs !

Car il est bien certain qu’à propos de cette farce électoraliste qui se termina par l’expulsion de l’Action Socialiste révolutionnaire du POB, il ne peut être question de scission dans le sens où doivent la concevoir les marxistes en accord avec cela avec Lénine lui-même. A-t-on vu, à un moment quelconque, la Gauche engager au sein du POB, sur des principes, une lutte acharnée, intransigeante, semblable à celles que livrèrent les bolcheviks et dans une moindre mesure la Gauche allemande, au sein de la IIe Internationale. Du point de vue historique, une telle éventualité était d’ailleurs irréalisable car le terrain des controverses s’était déplacé de la social-démocratie au mouvement communiste : la tâche de faire avancer le prolétariat n’incombait plus à des gauches socialistes (parce que c’était une chose impossible) mais aux fractions communistes de gauche issues de la IIIe Internationale qui, pour la construction théorique avaient à se prémunir contre tout courant d’origine social-démocrate. Il ne s’agit pas de sectarisme vulgaire, mais du terrain de l’édification du nouveau programme de la Révolution prolétarienne.

Si, cependant, le moindre doute avait pu s’élever quant à la signification de la rupture entre l’ASR et le POB, il aurait suffi de s’en référer aux faits et aux déclarations de l’ASR elle-même. Dans son N° du 1.2.1936, on peut lire sous la signature de Dauge, ceci : « que fera le POB aux prochaines élections ? Ira-t-il à la bataille avec tout son programme. Si c’était vrai, il y a bien peu d’ouvriers et de militants qui, tout au moins en ce qui concerne la partie économique du programme, pourraient ne pas être d’accord avec l’attitude du Parti », parce que ce programme était quand même « la volonté nettement arrêtée de renverser le régime et de lui substituer un régime collectiviste ». !!!

Le même Dauge, avant le poll, s’engagea par écrit à défendre la plate-forme électorale du POB sous réserve que seraient respectées les règles démocratiques quant à la détermination de cette plate-forme, et bien que par après il se tortilla afin d’expliquer pourquoi « il n’avait pas voulu signer la plateforme » (!) – 3-4.4.1936 ; mais tout cela n’était-il pas vain puisque, dégageant hypocritement ses responsabilités, il avait pris la précaution d’affirmer qu’il « s’inclinait démocratiquement devant la volonté de la majorité » alors que nous savons que, la « volonté » des ouvriers, abandonnés au POB, aux staliniens et aux « gauchistes » de tout acabit, est simplement l’expression de la volonté capitaliste ?

D’ailleurs, acculé par l’ultimatum de la Fédération boraine, Dauge ne poussa-t-il pas la conciliation capitularde jusqu’à s’engager à taire les divergences sur la plateforme au cours de la propagande électorale officielle ? (ASR – 18.4.1936).

Tout cela est incontestablement très édifiant quant à la valeur politique de tous ces révolutionnaires verbeux qui, sous une contrainte bureaucratique, s’aperçoivent en 1936, que le POB a trahi en 1914, qu’il a contribué avec Van Zeeland à affamer les ouvriers, etc. etc. Après l’expulsion, l’ASR (11.7.1936) étalera même avec complaisance la liste des actes de trahison du POB depuis 1914 et s’étonnera que, chargé d’un tel passé, le POB n’ait pas encore été abandonné par les masses ouvrières ! On n’est pas plus cynique…

Il nous faut maintenant examiner ce que représente l’aile « gauche » du Parti Socialiste révolutionnaire. Il fut vrai que son origine communiste lui conféra pendant toute une période une valeur politique opposée à celle de la Gauche socialiste ; mais nous savons que les possibilités révolutionnaires que recela l’opposition Communiste disparurent au cours de tout un processus de liquidation que nous avons esquissé2. Rappelons que, déjà en 1935, le groupe de Charleroi de la Voix Communiste, afin « d’entrer dans la masse » entra dans… le POB, « le drapeau largement déployé » tout en supprimant la Voix Communiste, comme ce fut le cas pour la Vérité en France et dans des circonstances analogues. D’autre part, nous savons que si le groupe de Bruxelles édité par Spartacus se refusa à imiter Charleroi, ce ne fut pas pour des raisons de principes, mais par opportunisme tactique car, disait-il, « si nous considérons la tactique préconisée par la Ligue comme fausse, cela ne signifie nullement que nous rejetons en bloc cette tactique. Pour réaliser le principe du parti, pour construire un véritable parti révolutionnaire, il faut, à côté du capital politique marxiste, du matériel humain. Il faut des ouvriers qui se groupent pour la défense de ce capital, qui le font fructifier et qui l’enrichissent. » (Voix Communiste – 9.9.1934) ; mais comme ce courant ne fut jamais économe de contradictions, il ajoutait presque immédiatement que « l’entrée d’une fraction sortie de la IIIe Internationale dans la IIe Internationale ne peut être interprétée que comme une capitulation » !! Incontestablement donc une tendance latente le portait à « s’élargir ». Rongé par l’impatience, il posait bientôt en même temps que la nécessité d’étendre son influence, d’agrandir ses cadres, de recruter des membres, celle de créer le nouveau parti ! (Spartacus – 19.10.1935) Parallèlement, il flirtait avec la gauche de l’ASR, l’accréditait comme courant « progressiste » auprès des ouvriers, au lieu de démasquer impitoyablement sa fonction contre-révolutionnaire. Et lorsque le POB bouta dehors l’ASR, Spartacus ne contenant plus son lyrisme, crut voir s’ouvrir là « une nouvelle phase pour le mouvement ouvrier en Belgique » !!… Par conséquent, la fusion des deux groupes s’imposait. Effectivement celle-ci se réalisa à la faveur du confusionnisme électoral et l’ASR (21.7.1936), atteinte de mégalomanie, clama que l’Histoire se répétait, que la conférence de fusion du 11 juillet pouvait être comparée à celle de Zimmerwald » !! Pour parachever la mystification politique et la falsification historique et pour désorienter complètement le prolétariat, on lui jeta en pâture le Parti Socialiste Révolutionnaire. Aucun élément, ni objectif ni subjectif, n’existait permettant d’affirmer que l’heure avait sonné pour la fondation d’un parti de classe. La réalité sociale s’opposait à pareille entreprise qui ne pouvait surgir que d’une maturation des situations fécondée par la plus nette des clarifications politiques. Mais qu’importe ! Il fallait un parti aux professionnels de la confusion. On le crée. Œuvre néfaste et redoutable, guet-apens que notre fraction a pour devoir de dénoncer impitoyablement aux ouvriers confiants.

Il est pour le moins paradoxal de constater que ce sont précisément ceux qui nous prêtent frauduleusement l’idée de placer le parti au-dessus du prolétariat, de défendre une conception « schématique » et « sectaire » du parti, que ce sont ceux-là même qui affichent le plus profond mépris du prolétariat et contribuent le mieux à le dévoyer de son chemin de classe.

Quand nous disons que le parti en tant qu’organe dirigeant des luttes prolétariennes répond à certaines conditions historiques favorables, cela signifie que le noyau communiste se trouve porté, par le bouleversement des rapports sociaux, à intervenir dans les événements en tant que parti, avec les données programmatiques qu’il a forgées au cours de son acharné travail fractionnel. Mais il peut arriver – et c’est la réalité d’aujourd’hui – que le travail d’élaboration théorique retarde plus ou moins considérablement sur la marche de l’évolution, que les cadres du futur parti restent insignifiants : cela dépend de la puissance agissante des influences capitalistes au sein du prolétariat. Encore le parti ne peut-il se créer à n’importe quel moment, par la fantaisie de quelques militants ; encore faut-il qu’une profonde rupture sociale, un ébranlement de la domination bourgeoise, fournisse à l’organisme communiste des chances d’intervention : dans la mesure où, précédemment, il aura révélé ses capacités de compréhension des événements et des exigences de la lutte prolétarienne, dans cette mesure il parviendra à orienter celle-ci vers la Révolution :

Le drame espagnol fournit la dernière preuve sanglante que là où n’existe pas un noyau communiste intransigeant, si faible qu’il soit, là non plus n’existent pas des possibilités de développement révolutionnaire.

Peut-on dire qu’en Belgique les conditions objectives existent pour la fondation d’un parti de classe ? À semblable hypothèse une analyse de la situation internationale et de la situation politique en Belgique ne peut qu’opposer le plus cruel démenti. Mais, chose plus grave, les protagonistes du PSR n’ont même pas abordé le travail préalable de clarification idéologique malgré les brevets de capacité dont ils se sont gratifiés. Spartacus notamment dupera ses lecteurs lorsque la veille du congrès de fondation il affirmera que les « deux groupements, issus de milieux différents, avec un passé et des traditions très différents, pour éviter que la nouvelle organisation soit un agglomérat d’éléments hétérogènes et conduise à des expériences pénibles et désastreuses, rejetteront les traditions nuisibles et les survivances de croyances néfastes… La communauté de doctrine et l’unité idéologique la plus poussée formeront le ciment de la nouvelle organisation » ! Candeur ou cynisme ! Car rien ne correspondait à cette image optimiste dans la réalité.

En Belgique, on préconisera la « lutte contre Rex » en opposant les milices ouvrières armées (!) à celles de Degrelle ; ainsi on accréditait l’idée qu’il est possible d’engager une lutte spécifique contre une forme de domination bourgeoise et on sera donc dispensé d’indiquer au prolétariat son terrain spécifique de rassemblement pour une lutte concrète contre le capitalisme.

Quant à « l’unité idéologique » du P.S.R. dont parlait Spartacus nous savons ce qu’il en advint au contact de la manœuvre électoraliste du Capitalisme agitant l’épouvantail de Rex le 11 avril.

Le PSR se querella sur l’alternative : Pour ou Contre Van Zeeland pour finalement rallier le rassemblement antifasciste sous le drapeau de Van Zeeland. Le masque était définitivement jeté. Le PSR découvrait ainsi ce qu’il était de par ses origines : non un parti prolétarien, mais un instrument du Capitalisme.

Aux travailleurs trop confiants à en tirer les leçons qui s’imposent.

Notes

  1. “Communisme” -Nº1 – Notre position dans le mouvement communiste .. ↩︎
  2. Voir “Communisme” -Nº1  “Notre position … ”        ↩︎

L’URSS, Foyer de la Contre-Revolution (à propos d’un discours de Staline)

Il est indéniable que dans l’ère de l’Impérialisme ou période de déclin du Capitalisme, c’est l’antagonisme décisif entre la Bourgeoisie et le Prolétariat – c’est-à-dire entre les deux classes fondamentales délimitant la société capitaliste – qui, en dernière analyse, fournit la clef des puissants et profonds remous sociaux comme de leurs manifestations de surface.

Au sein du monde capitaliste, l’interdépendance de ses parties est flagrante, en dépit des tendances centrifuges traduites par le mouvement du nationalisme économique.

Sur le terrain politique cette interdépendance ne se manifeste-t-elle pas par la solidarité internationale de la Bourgeoisie, chaque fois que surgit un foyer révolutionnaire de nature à menacer son pouvoir ? L’expérience d’après-guerre ne démontre-t-elle pas qu’en face de semblable menace la Bourgeoisie mondiale fut toujours capable de subordonner ses intérêts particuliers – s’exprimant dans les contrastes entre États capitalistes – à son intérêt historique consistant à sauvegarder sa position de classe dominante ? Que l’on se souvienne de la révolte “spartakiste” écrasée avec les armes abandonnées par les alliés à l’Allemagne “républicaine” ; des événements de 1923, qui en sont l’épilogue ; de la tragédie chinoise de 1927 où la coalition impérialiste se conjuguant avec l’opportunisme de la IIIe Internationale, noya le prolétariat dans son sang ; du massacre de Vienne en 1934, et enfin, aujourd’hui, de l’union tacite des Fronts Populaires démocratiques et des États fascistes présidant à une saignée monstrueuse des prolétaires espagnols.

L’État prolétarien engendré par Octobre 1917 n’a pas échappé à ce solidarisme de classe animant la Bourgeoisie mondiale. Ce que, de 1918 à 1921, le Capitalisme n’a pu imposer par l’interventionnisme armé, elle l’a réalisé par l’influence corruptrice de son système idéologique comme de ses moyens matériels : la coexistence “pacifique” de deux systèmes sociaux antagoniques ne pouvait, en fin de compte, signifier autre chose que l’absorption de l’un par l’autre ; et parce que l’État prolétarien se détacha du prolétariat mondial, le “socialisme en un seul pays” devait inévitablement s’intégrer au mécanisme de la Société capitaliste, riche de traditions séculaires, de richesses accumulées et des profonds appuis spirituels dont elle disposait au sein même du prolétariat.

Nous sommes par conséquent de ceux qui rejettent la tentative d’attribuer la dégénérescence de l’État soviétique à la responsabilité particulière d’une coterie bureaucratique assoiffée de pouvoir et de jouissances matérielles, de ceux qui se refusent donc à manger du “staliniste”. Nous affirmons qu’un tel critère n’a rien de commun avec le marxisme parce qu’il juge les événements russes d’après leurs effets au lieu de les rattacher aux racines profondes qu’ils plongent dans le mouvement contradictoire de la lutte internationale des classes.

Ce sont en effet les difficultés énormes imposées par la coalition puissante de toutes les forces conservatrices à l’avancement de la Révolution prolétarienne mondiale ; c’est l’ampleur de l’enjeu posé par la lutte décisive entre la Bourgeoisie et le Prolétariat mondial ; c’est le déséquilibre profond entre, d’une part, la gigantesque concentration de moyens matériels, politiques et idéologiques accumulés par le Capitalisme au cours de siècles d’ascension au pouvoir et, d’autre part, les efforts opiniâtres et sanglants que doit réaliser le prolétariat pour s’élever à la conscience de sa tâche historique sans laquelle il ne peut rien ; c’est tout cela qui explique pourquoi l’arme la plus tranchante que le prolétariat était parvenu à jeter sur l’arène des classes : l’État prolétarien, s’est transformée en un instrument du Capitalisme mondial.

Il est bien certain que le sort de l’État soviétique – et celui de la Révolution d’Octobre – étaient préjugés dès que l’on considérait que le problème essentiellement international de la construction du socialisme, pouvait être résolu dans un cadre national et indépendamment du développement de la lutte mondiale des classes. Car de deux choses l’une : ou bien le prolétariat russe restait relié au prolétariat des autres pays par son État et par l’Internationale Communiste et dans ce cas il conditionnait la victoire de la révolution mondiale ou tout au moins orientait vers cette issue le cours de l’évolution historique, même au travers de succès temporaires du Capitalisme, ou bien l’État prolétarien tendait à se constituer en facteur “autonome” et alors il s’intégrait inévitablement dans la trajectoire aboutissant à la guerre impérialiste. Nous savons que c’est cette dernière hypothèse qui se réalisa.

Quand Staline, au cours de son entretien avec le journaliste américain Howard, en mars 1936, répondait que la Révolution n’était pas un article d’exportation, il créait évidemment pour les besoins du “socialisme national” un grossier et répugnant quiproquo ; car s’il était bien vrai que l’État soviétique ne pouvait “exporter” la Révolution par la force des armes, il était tout aussi vrai qu’il avait à se subordonner, comme facteur politique puissant, à la lutte du prolétariat mondial. Quand Staline ajoutait que puisque le prolétariat russe avait “voulu” faire la révolution et l’avait faite, pouvait de ce fait, passer à l’édification de la nouvelle “société sans classes”, il se fondait sur cette imposture, développée par le Centrisme, qui tendait à faire croire que la suppression de l’exploitation du prolétariat découle automatiquement de la collectivisation des moyens de production.

Nous savons qu’en réalité l’appropriation collective supprime seulement – et encore dans une certaine mesure – la contradiction entre la forme sociale de la production et la propriété privée qui régit celle-ci, mais qu’elle ne fait disparaître ni les classes, ni la lutte des classes, ni, par conséquent, un certain degré d’exploitation de classe inhérent à la période de transition entre le Capitalisme et le Communisme. Et la preuve en est donnée par ce phénomène historique nouveau de deux systèmes économiques : le capitaliste et le soviétique, fondés sur des bases sociales et juridiques opposées et convergeant, cependant, vers le même objectif : l’écrasement du prolétariat.

Cela prouve, par surcroît, que la dictature du prolétariat ne peut s’affirmer effectivement que si le parti prolétarien, au travers duquel elle s’exerce, parvient à conférer au processus économique et social un contenu et une direction opposés au contenu et à l’orientation révélés par le mécanisme capitaliste, c’est-à-dire en renforçant la position économique et politique du prolétariat, dans la lutte acharnée des classes.

Au contraire, en quittant le terrain solide des classes, l’URSS, pour “rattraper les pays capitalistes” et pour défendre le “socialisme en un seul pays”, a été inévitablement acculée à devoir recourir aux méthodes capitalistes d’exploitation du travail, alors même que cette exploitation se réalisait sous des formes différentes, déterminées par le maintien de l’appropriation collective.

En vérité, l’opposition russe “trotskyste” ne fut pas étrangère à la politique de “défense nationale” du centrisme, lorsqu’elle considéra que la question de l’industrialisation était décisive pour assurer les ressources techniques de nature à renforcer les capacités de résistance du “bastion du socialisme”. Ce faisant, elle donnait ainsi sa sanction théorique à l’asservissement économique et politique des ouvriers russes qui allait de pair avec le “succès” des plans quinquennaux assuré, d’autre part, par l’appui matériel du capitalisme mondial.

Les thuriféraires du centrisme n’ont jamais marqué d’inquiétude, et pour cause, quant à la contradiction – qui s’approfondissait avec l’évolution même de l’URSS – entre, d’une part la “construction du socialisme” et, d’autre part, l’extension de toute la machine étatique, le renforcement inouï de ses moyens répressifs et la croissance du chancre bureaucratique ; alors que le marxisme nous enseigne que la réalité du socialisme ne peut se traduire que par un processus inverse de dépérissement des fonctions de l’État prolétarien.

D’un autre côté il est faux d’affirmer que l’évolution du régime soviétique s’est accomplie suivant un plan prémédité du “stalinisme”, alors qu’en réalité celui-ci est le produit d’une situation historique surgie d’événements formidables auxquels les bolcheviks et, avec eux, le prolétariat mondial, ne parvinrent pas à opposer des solutions politiques et économiques adéquates. Il est par conséquent impossible d’expliquer les agissements monstrueux du “stalinisme” autrement qu’en les reliant aux manifestations de la lutte internationale des classes, au sein de laquelle l’État soviétique ne représente plus un bastion avancé du prolétariat mais un instrument terriblement efficace du Capitalisme. C’est à la nature capitaliste de la politique centriste que l’URSS doit d’être aujourd’hui la sentinelle vigilante de la Contre-Révolution mondiale.

Au contact de cette vérité, on comprend pourquoi l’URSS et ses appendices : les partis “communistes” ont été amenés à régler leur conversion sur la marche précipitée de l’évolution capitaliste.

C’est surtout après la victoire du Fascisme allemand en 1933 et la disparition du point névralgique de la lutte mondiale que s’effectua le tournant. Déjà l’URSS était entrée dans le concert des “nations de la paix” en proposant à Genève le désarmement intégral (!) puis en y substituant la formule de “l’organisation de la paix” ; En 1934, ce fut l’adhésion à la “Société des brigands” inaugurant la politique des “pactes de non agression” qui fut couronnée par le traité franco-soviétique de 1935 : à ce moment, la trahison du centrisme se consommait par l’appui ouvert à l’impérialisme français et la manifestation du 14 juillet à Paris.

Coïncidence étrange : au moment où elle ralliait la SDN, l’URSS procédait, à l’intérieur, à la suppression de la carte de pain et du rationnement de certains produits agricoles, mesure qui par son esprit “libéral” parut marquer un pas vers une élévation des conditions de vie du prolétariat, alors qu’en réalité, par le jeu du prix moyen des articles précédemment réglementés, elle aggrava la différenciation sociale et représenta une concession extrêmement importante à la classe paysanne. Ce n’est évidemment pas le fait du hasard si, quelques mois plus tard, en décembre 1934, Kirov – créature du centrisme – fut abattu par Nicolaïev, un membre du parti. Certes, la bureaucratie aura soin de dénaturer la signification politique de ce geste de désespoir pour en dissimuler les origines sociales et pouvoir en reporter la responsabilité sur le “centre de Leningrad” (?) et le “Trotskysme”. Ainsi la terrible vague de terreur qui sera déclenchée, les exécutions et déportations massives d’ouvriers décrétées par la loi martiale pourront apparaître comme des mesures de “défense de la Révolution”, bien qu’elles n’auront certes rien de commun avec la terreur révolutionnaire exercée durant la guerre civile en 1918/1920.

Mais l’étouffement momentané des contrastes sociaux permettait au centrisme, pressé par les exigences des plans quinquennaux, de passer à une nouvelle “réforme” en perfectionnant les méthodes de production de plus-value “socialiste”. D’où l’efflorescence du “stakhanovisme” auprès duquel le “sweating system” capitaliste paraît anodin.

En contrepartie il devenait nécessaire d’affermir la base paysanne du Centrisme et c’est pourquoi, en juin 1936, les organes dirigeants approuvèrent le projet de la nouvelle constitution, en gestation depuis un an et que le Congrès des Soviets (?) entérina simplement en décembre. En vérité il s’agissait là uniquement d’une liquidation juridique du régime soviétique tel qu’il avait été défini par les Constitutions de 1918 et 1924, mais qui s’était déjà traduite grosso modo dans les faits par la conservation purement formelle du pouvoir des Soviets : comme l’indiquait Staline dans son rapport, on avait à “apporter des changements à la Constitution adoptée en 1924 en tenant compte des transformations qui avaient été réalisées dans la vie de l’URSS vers le socialisme depuis 1924 jusqu’à nos jours” (!) Il fallait “préciser la base sociale et économique de la Constitution en correspondance avec le nouveau rapport des classes”. Pour Staline, ce nouveau rapport exprimait évidemment la liquidation de toutes les classes exploiteuses : capitalistes, koulaks (!) Le prolétariat n’était plus le prolétariat puisqu’il “possédait” les moyens de production et que par la disparition des capitalistes toute possibilité d’exploiter la classe ouvrière était exclue (!) Truisme admirable ! Certes, il existait encore deux classes, les ouvriers et les paysans, mais c’étaient deux classes “amies”, nullement antagoniques (!) Par conséquent, on pouvait sans danger, abattre la digue que le statut électoral opposait jusqu’ici au flot de la paysannerie par la prépondérance des soviets urbains et la représentation indirecte des soviets de village ; on pouvait encore rétablir la propriété privée “kolkhozienne”, le droit d’héritage, la jouissance perpétuelle de la terre, etc… puisque tout cela reflétait le “nouveau rapport de classe” ! On évitait naturellement de répondre à l’objection – pourtant fondamentale – au point de vue marxiste, que l’inexistence de classes antagoniques devait signifier la disparition des classes et aussi de tout parti politique. Par contre on ne justifiait plus l’imposition du parti unique par le critère marxiste de la dictature du prolétariat mais parce qu’il “n’existait plus de terrain social pour plusieurs partis”. Comment alors s’expliquait leur interdiction ?

Ce qu’inaugurait en réalité la “constitution la plus démocratique du monde” c’était l’application d’un programme visant à l’anéantissement total des vestiges et des acteurs éminents d’Octobre, car ainsi pourrait se parachever l’œuvre contre-révolutionnaire engendrée par le “socialisme en un seul pays” sur le fond de l’écrasement du prolétariat mondial.

Il fallait des gages sanglants à l’ogre capitaliste. Le Centrisme les lui fournit en accusant du crime de lèse-révolution des artisans d’Octobre et des compagnons de Lénine. Et on assista à ce répugnant spectacle sans précédent de condamnés politiques, envoûtés par la mystique du parti, apportant la justification de leur propre assassinat au procès de Moscou en août 1936. Zinoviev, entre autres, fit cette déclaration grotesque : “Mon bolchevisme a varié, a dégénéré en anti-bolchevisme et, par le trotskysme, je suis arrivé au fascisme. Le trotskysme est une variété de fascisme et le zinovievisme est une variété du trotskysme” ! – déclaration dont usèrent abondamment les chacals centristes.

Autre coïncidence édifiante. Le “complot” de Moscou éclata à un moment de tension extrême de la situation internationale. À l’effort de classe des prolétaires de France, de Belgique et d’Espagne, pour briser la cangue des Fronts Populaires, répond l’écho des fusillades du Kremlin, scellant le pacte criminel entre centrisme et capitalisme. Les socialistes-révolutionnaires de 1922, les Ramzine et consorts du procès “du parti industriel” de 1930, les mencheviks de 1931 avaient bénéficié de l’indulgence soviétique. Les condamnés de 1936 payent de la mort leur qualité de “vieux-bolcheviks”.

D’autre part, les accusés d’août 1936 étaient des “défaitistes” et des “comploteurs” contre la vie des dirigeants ; ceux du nouveau procès de février 1937 deviennent des agents directs de la Gestapo allemande et de l’Impérialisme japonais, pour les besoins de la politique centriste poussant à la maturation idéologique pour la guerre, à la soudure d’Union sacrée. L’accusation porte essentiellement sur la “trahison de la patrie” alors que “tout notre pays est prêt, au premier appel du parti et du Gouvernement, à se lever comme un seul homme, pour la défense de la patrie”. Quant au “trotskysme”, il ne s’agit pas d’un “parti politique, mais d’une bande de criminels, d’agents des services d’espionnage étrangers”. Tel sera, d’ailleurs, le thème développé par Staline dans son discours du 3 mars qui, de plus, reprendra en substance la menace lancée au procès par Radek (sauvant ainsi sa tête) à l’égard des “trotskystes” de France, d’Espagne et d’ailleurs.

Le leitmotiv de Staline sera que puisque le “trotskysme” n’est plus un courant politique, comme “il l’était il y a sept ou huit ans” (!), mais un “ramassis de bandits sans principes” il s’agira, pour l’extirper du prolétariat, non plus de recourir à des méthodes de discussion, mais à des moyens “nouveaux” qui ne seront pas autre chose qu’une organisation internationale de provocation policière liée à une vaste campagne tendant à discréditer devant le prolétariat et à livrer à sa propre répression, la poignée de révolutionnaires qui luttent pour la survivance de la conscience prolétarienne, seule garantie des victoires de demain. Alors que dans son rapport sur la nouvelle Constitution, Staline avait simplement éliminé la lutte des classes, celle-ci réapparaît dans son discours du 3 mars afin d’alimenter la “lutte contre le Trotskysme”. Pour développer l’idée que le “trotskysme russe n’est pas isolé et qu’il dispose des réserves de toute une série de groupes et organisations au-delà des frontières de l’URSS, hostiles à l’Union soviétique”, Staline devra ressusciter aussi l’idée de l’internationalisme de la lutte des classes (sauf bien entendu, pour ce qui est du mouvement prolétarien). De cette façon pourra être “internationalisée” également la méthode d’extirpation du Trotskysme et le centrisme deviendra mieux qu’un auxiliaire précieux du Capitalisme ; il deviendra le facteur le plus actif de la contre-révolution.

Qu’aujourd’hui, en URSS, les réactions ouvrières ne puissent s’exprimer qu’au travers de gestes sporadiques et désespérés ou soient dissimulées derrière de sinistres comédies judiciaires, cela résulte incontestablement de l’incapacité où s’est placée l’ex-Opposition de gauche à se frayer un chemin dans la masse, à assurer cette continuité de conscience prolétarienne sans laquelle la dictature du prolétariat, vidée de sa substance de classe, se retourne inévitablement contre le prolétariat et contre la révolution mondiale.

Mais rien n’est perdu. À la décision du centrisme d’anéantir la conscience du prolétariat, les fractions communistes de gauche opposeront leur volonté indestructible de ressusciter cette conscience en forgeant l’arme de la Révolution Communiste : le parti de classe.

Chronique de Belgique: la victoire democratique du capitalisme

Le fait que depuis Lophem, le POB ait pu conserver une influence prépondérante sur le mouvement ouvrier contribue à expliquer une évolution qui jusqu’ici s’est dirigée, non vers la victoire du fascisme, mais vers la désagrégation du prolétariat au sein d’un système politique où peuvent survivre certaines institutions démocratiques. Si malgré sa contexture favorable (forte densité sur un territoire restreint) la classe ouvrière belge n’est pas parvenue, au travers des grandes batailles de 1932 et 1936, à provoquer une rupture décisive du rapport des classes, il faut en rechercher les causes essentielles dans la carence particulière du mouvement communiste: aussi, aurons-nous dans le plus bref délai à analyser, par rapport à la Belgique et avec toute la rigueur qui s’impose, cet aspect fondamental de la lutte des classes qui pose le problème de la création d’un véritable parti prolétarien.

Ce qui est apparu nettement c’est que le POB s’est révélé comme une force capitaliste indispensable dans la phase d’adaptation du Capitalisme aux contradictions croissantes de son système.

Le problème politique semblait se poser sous l’alternative suivante: ou bien la Bourgeoisie recourait à la méthode fasciste par la destruction des organisations prolétariennes et dans ce cas, elle allait au devant de redoutables complications sociales; ou bien elle atteignait son objectif d’incorporation du prolétariat au mécanisme capitaliste en respectant certaines formes de la légalité démocratique et alors elle pouvait espérer se relier, sans trop de secousses, à l’évolution internationale orientée vers la guerre impérialiste.

En réalité le dilemme ne s’imposa jamais aussi brutalement. Le tournant de mars 1935 indiqua que le capitalisme belge pouvait écarter l’aventure puisqu’il disposait de la précieuse ressource manœuvrière que constituait la dévaluation. De plus, ce ne fut pas “le POB au pouvoir” qui réalisa “le Plan du Travail”, mais Van Zeeland qui n’eut qu’à puiser dans l’amas de formulations de de Man les “réformes de structure” par lesquelles il entama la réorganisation étatique qui s’imposait. En reléguant les “réformes de répartition” au musée des antiquités (!), de Man apporta au Capitalisme l’arme destinée à disperser les grèves revendicatives.

Le cabinet d’Union nationale et de l’Exposition de Bruxelles (!) comptait bien voir plébisciter, aux élections de mai 1936, sa politique de “reprise” économique et de résorption du chômage réalisée par la dépréciation des salaires et la destruction massive de capitaux “gelés”, d’autant plus que l’unanimité des partis “ouvriers” s’était concentrée en substance sur le programme capitaliste – que celui-ci fût exprimé par le POB, le parti communiste ou l’ASR. Ainsi la refonte de l’État démocratique pourrait être poursuivie et achevée rapidement, comme l’exigeait la tension internationale qui était résultée du conflit italo-éthiopien et de la suppression, par Hitler, du “glacis” de Rhénanie. D’ailleurs Van Zeeland, avant les élections, dans son rapport gouvernemental et son discours de la Madeleine, n’avait-il pas déjà esquissé les grandes lignes du plan “corporatiste” visant essentiellement d’une part, à la soudure des organisations ouvrières à l’appareil d’État et, d’autre part, au développement de l’armature militaire.

Et Van Zeeland de rassurer les inquiétudes en marquant qu’il ne s’agissait ni d’aventures, ni de violences, ni d’État totalitaire, ni de dictature, mais seulement d’une “solution belge” dans la légalité et dans l’ordre, bien entendu en “renforçant l’autorité de l’Exécutif” (!) et en procédant à des “modifications de structure dans l’ordre politique” (!) afin “d’adapter les institutions aux nécessités de notre temps”.

Si les résultats électoraux ne furent pas ceux escomptés par les partis d’Union nationale, il n’en est pas moins vrai que le succès rexiste offrit à la Bourgeoisie de nouvelles possibilités de manœuvres, en créant le terrain spécifique de croissance de l’Antifascisme. Son triomphe, le 11 avril 1937, révéla l’énormité de l’emprise capitaliste sur un prolétariat qui cependant, à quelques mois de distance, avait déclenché le plus vaste mouvement de son histoire, mais n’avait pu se dégager de la gangue des traîtres et des confusionnistes.

Alors que le scrutin de mai 1936 engendrait une certaine confusion politique, toute temporaire d’ailleurs, celui d’avril 1937 répondit parfaitement aux desseins de la Bourgeoisie. La victoire “démocratique” du Capitalisme n’ouvrait-elle pas la voie à l’écrasement “démocratique” du prolétariat, avec le concours des maîtres-chanteurs rexistes ? Incontestablement.

Autrement dit, entre mai et avril s’était opéré tout un processus de maturation des conditions politiques favorables à une application intégrale du plan de réforme de l’État démocratique.

Avant d’analyser ce développement, rappelons que, après les élections de Mai, la laborieuse constitution du cabinet Van Zeeland, nouvelle édition, s’était précisément heurtée à la difficulté de réaliser les modalités et les accords politiques en vue de l’application du programme énoncé précédemment, notamment en ce qui concerne la légalisation des syndicats. Mais l’extension de la menace gréviste opéra sur le champ la coalition des forces capitalistes et Van Zeeland formait la deuxième équipe d’Union nationale le lendemain même du jour (12 juin) où il refusait pour la seconde fois d’accepter cette tâche. En même temps se réunissait le “Comité de l’Ordre” à participation socialiste en vue d’une répression éventuelle des grèves. Dès le 17, les dirigeants patronaux et ouvriers prenaient contact et s’accordaient sur la nécessité d’étrangler les grèves dans le jeu, élargi, des Commissions paritaires. Enfin, le 24, la Commission syndicale lançait l’ordre de rentrée sur la base d’un cahier de revendications acceptables par leur extrême modération et leur formulation générale. Peu de jours plus tard, malgré quelques retours de flamme, tout était effectivement rentré dans la légalité parlementaire.

Le Capitalisme n’en devait pas moins surseoir à l’application des “réformes” projetées et celles-ci étaient annoncées en termes discrets dans la déclaration gouvernementale: on énonçait vaguement une organisation professionnelle qui tendrait à la “légalisation” des organismes économiques: Chambres de Commerce, syndicats, groupements patronaux, etc. en vue de leur coordination étroite au sein de l’État, ce que Rens, Secrétaire de la Commission syndicale appelait “faciliter les contacts entre les différentes classes à l’intérieur des professions” (!).

Pratiquement, on préparait l’ambiance en poursuivant l’extension du réseau des commissions paritaires et des conventions collectives et en poussant l’étude de l’assurance-chômage obligatoire par la désignation d’un commissaire royal. On tâterait le pouls ouvrier un peu plus tard, bien que le Congrès de novembre de la Commission syndicale se prononcerait encore pour le maintien des caisses de chômage au sein des syndicats malgré le ralliement déjà acquis de la bureaucratie centrale à la thèse officieuse du gouvernement.

Mais un autre problème préoccupait particulièrement la Bourgeoisie: la recherche des points de convergence politique des partis et du terrain social de diversion où puisse se concentrer l’attention des ouvriers. D’une part, afin d’enlever l’unanimité “sacrée” sur la défense nationale, on procédait à des tentatives de rapprochement entre Rex, le parti catholique flamand (KVV) et les nationalistes flamands (VNV) dont la coalition pouvait en outre former l’axe d’une éventuelle attaque frontale contre le prolétariat; à remarquer d’ailleurs que le démocrate Van Zeeland n’ignorait rien des tractations en cours. D’autre part, l’agitation rexiste offrait l’occasion de placer les ouvriers devant ce dilemme: ou bien ils défendraient la constitution et les “libertés démocratiques” ou bien ils subiraient le joug du Fascisme. En d’autres termes, on voulait bien encore leur accorder les “bienfaits” de la démocratie, mais en échange de leur renoncement à défendre leurs intérêts de classe. Évidemment les “démocrates” de toute couleur n’insistaient pas sur le fait que la menace rexiste ne s’était précisée qu’après une année de politique d’Union nationale placée sous le signe de la dévaluation et dont eux, les défenseurs de la “liberté” avaient été les plus zélés artisans.

La manœuvre antifasciste ne se développait cependant pas sans accrocs. Le prolétariat réagissait par des grèves sporadiques, “sauvages”. Et Van Zeeland, dans son discours radiophonique de septembre devait regretter les “impatiences injustifiées” (!) des ouvriers et désapprouvées par les dirigeants syndicaux. Il avertissait qu’il ne fallait pas “jouer avec le feu”, que la situation internationale interdisait de créer des risques de “guerre civile” (!), que la “discipline nationale” s’imposait et que l’union des partis de l’ordre représentait la véritable “solution belge”. Ce fut bien aussi l’avis du POB qui, le même mois, suivant l’exemple des démocrates-chrétiens et des libéraux, rejetait tout Front populaire comme inadéquat à la situation.

C’est alors que la propagande intensifiée de Rex facilita la croisade anti-fasciste développée à l’initiative du Gouvernement lui-même. Spaak ouvrit le feu au meeting de Schaerbeek en indiquant que les “masses” avaient à riposter à Rex en appuyant un large mouvement de concentration nationale excluant tout “extrémisme” car, il importait de “renforcer l’autorité et les responsabilités de l’État démocratique”. C’était là en effet une solution que le développement de la situation internationale requérait de plus en plus et qui se reliait au tournant de la politique étrangère précisé dans le discours du Roi, déjà esquissé précédemment par de Broqueville en mars 1934, lors du rétablissement du service militaire obligatoire en Allemagne, et aussi, par Spaak, en juillet 1936. Ce tournant n’apportait cependant aucun changement profond à la position belge au sein du concert impérialiste.

D’autre part, la campagne anti-rexiste se conjuguait parfaitement avec la recherche d’une solution au problème militaire que les stratifications sociales de la Belgique rendaient particulièrement complexe: le vote des armements par les rexistes, en décembre, ne révéla-t-il pas l’inexistence d’une opposition fondamentale entre “rexisme” et “van zeelandisme” devant une décision qui conditionnait la vie du capitalisme ? L’interdiction de la manifestation rexiste du 25 octobre ne pouvait donc signifier autre chose qu’une contribution à la “pacification sociale” qui s’imposait. Comme le remarquait Van Zeeland, Degrelle avait à respecter les “règles du jeu” ainsi que le faisait le gouvernement lorsqu’il “mettait ses services à l’entière disposition de la propagande de ses adversaires dans la campagne menée contre lui”. Une Union sacrée élargie exigeait plus qu’une trève des partis: leur polarisation autour de l’idée nationale. L’antifascisme devait être le drapeau de ralliement autour du programme capitaliste et non pas un facteur de désagrégation qui ne ferait que renforcer la tendance à la multiplication des “grèves sauvages” que le POB s’évertuait à dénoncer comme l’œuvre des “diviseurs” et des “indisciplinés” pendant que de l’autre côté, Bovesse préparait le projet de loi sur le maintien de l’ordre.

Cependant les Mineurs, toujours à la pointe de la lutte du prolétariat belge, persistaient à revendiquer les 40 heures, concédées nominalement en juin. La Bourgeoisie répliqua à la menace de grève générale pour janvier en accordant les 45 heures (avec dérogations). Cela permettait au Congrès des Mineurs de déclarer “la grève sans objet” (!) tandis que la Commission syndicale poignardait les grèves partielles (Liège, Centre, Charleroi, Borinage) au nom de la “discipline” et que le Comité de l’ordre prenait ses dispositions d’attaque. Au nom de la défense de la démocratie tout rentra cependant dans l’ordre. Ainsi pouvait se poursuivre le processus de coordination des forces capitalistes et la refonte structurelle des partis qui s’opérait déjà depuis quelques mois. Nous devons nous borner à mentionner la transformation organique du parti catholique qui tentait de refaire son unité idéologique sur des bases nouvelles et visait à la réintégration des fils prodigues: rexistes, nationalistes flamands.

Le POB non plus n’échappait pas à la loi d’adaptation qui subordonnait la survivance des partis à leur adhésion intégrale au programme national et exigeait parallèlement l’absorption des organisations ouvrières au sein de l’État capitaliste. Il est vrai qu’il s’était déjà orienté dans cette voie avec le plan de Man traçant les cadres de ce “socialisme national” que Spaak et de Man formulèrent en février dernier. Socialisme national: appât jeté aux ouvriers pour les souder à l’Union sacrée et qui n’était autre que le national-socialisme de Hitler: les moyens différaient; l’objectif était identique.

La formule du “socialisme national” n’était-elle pas celle qui répondait le mieux aux nécessités politiques, qui réagissait contre “l’esprit de parti” dénoncé par Van Zeeland, qui assurait la base idéologique de cette stabilité gouvernementale dont la réforme étatique devait créer l’assiette organique par la prépondérance de l’Exécutif ? Telle était bien la signification à laquelle s’était rallié le POB en dépit des controverses qui avaient paru opposer “droitiers” (Spaak, de Man), “centristes” (Vandervelde), et “gauchistes” front populaire (Marteaux, Brunfaut) flanqués du Parti Communiste.

Quand Degrelle – le plus ferme soutien du Capitalisme, comme l’appelait Vandervelde – provoqua donc les élections, il contribuait de son côté au succès de la politique de concentration nationale Van Zeeland, de même que Vandervelde en sortant du gouvernement au cours d’une “crise de conscience” pouvait étendre les ravages de l’hypnose démocratique en exaltant, au Palais des sports, l’Espagne démocratique.

Ainsi fut accélérée la réconciliation nationale devant le “péril de la guerre civile”, tout comme elle s’était réalisée en 1914 devant l’explosion de la “barbarie teutonique”. Le Parti communiste ralliait le front démocratico-politique au nom de “l’union de tous les antifascistes” et la défense nationale contre l’agression fasciste intérieure ou extérieure, tandis que le Parti Socialiste révolutionnaire le faisait au nom du “Léninisme” !

L’Union sacrée démocratique poussait donc à terme la maturation des conditions politiques qui allaient présider à l’extension de la réforme de l’État que le capitalisme avait dû reléguer après mai 1936. Et le plébiscite du 11 avril fut la consécration de la profonde modification sociale qui s’était opérée durant les mois précédents et constituait la base du nouveau cours politique. Tout comme la “défaite” de Rex fut la contrepartie nécessaire de la victoire du Capitalisme triomphant encore une fois d’un prolétariat livré à la coalition des traîtres et des confusionnistes. C’est pourquoi, le 1er mai, Vandervelde pouvait en toute assurance souffler le chaud et le froid, répudier le socialisme national, se solidariser avec l’Espagne démocratique et libre, appuyer l’interventionnisme des charognards et la “paix armée” pour terminer enfin sur une note de chantage en opposant le Front populaire socialiste-communiste à une coalition éventuelle de “droite”.

L’avenir, peut-être immédiat, dira dans quelle mesure le Capitalisme pourra dans la “reprise” économique, fondée sur la préparation à la guerre, trouver les possibilités matérielles qui l’aideront à contenir les inévitables conflits sociaux qu’il pourra, d’autre part, encadrer dans le réseau d’institutions nouvelles qu’il se propose d’édifier afin d’empêcher leur généralisation.

De son côté, le prolétariat, très probablement se trouvera placé devant cette nécessité vitale d’avoir à déclencher ses actions de classe en dehors de ses organisations traditionnelles afin de pouvoir les faire déborder des limites revendicatives tracées par l’ennemi. Encore sa combativité ne deviendra-t-elle un facteur déterminant du bouleversement des situations que si elle se conjugue avec sa capacité à orienter ses réactions, c’est à dire si le prolétariat, au cours de sa lutte, parvient à se relier à l’organisme révolutionnaire capable de traduire ses aspirations.

La tâche de notre fraction est lourde. Il n’est pas présomptueux d’affirmer que de son aptitude à résoudre les redoutables problèmes politiques qu’elle va bientôt affronter, dépend en grande partie le sort du prolétariat.